‹ Etudes sur l'histoire des arts, ou Tableau des progres et de la decadence de la statuaire et de la peinture antiques au seinChapitre 9 sur 66 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ravageaient l’Elgypte. Selon la même inscription , ou bas-relief, et conformément à la chronique de Manétlion , ce fut Thoutmosis , deuxième du nom, quatrième successeur d’.\ménoftep , qui fit creuser l’immense lac Mceris, et construire l’obélisque qu’aujourd’biii l’on admire à Rome sur la place de Saint-Jean-de- Latran. Aménopbis II, le Mcmnon des Grecs, recula les limites de ses états vers le centre de l’Elliiopie. Son elTigie, dont la tête semblait s’élever jusqu’aux nues, étonna long-temps la crédulité des Grecs et des Romains : ce colosse immense rendait des sons liarmonieux au lever du soleil. Le fait est attesté par Strabon ; on peut l’attribuer à quelque supcrcberie. Cambyse, y soupçonnant de la magie, fit briser la statue depuis la tète jusqu’au milieu du tronc; la partie renversée rendit les mêmes sons.

Quoi (le plus majeslueux que ces fiÿures colossales , placées en avcmt de conslructious plus colossales encore ! L’aspect en. est sévère , effrayant même; mais l’immobilité de leur pose , la ré<yidarité de. leurs proportions , caractérisent éminemment le. peuple mélancolupie. qui les fit ériger. On y retrouve la trace de. quedques-unes de. ces gramles pensées qui dominaient les Égyp-

tiens ; et ce qui d’abord n avait semblé qu’un effort extraordinaire de l'art naissant , finit par en. paraître une des perfections. Aucune nation n’a mieux entendu cette sculpture d’apparat., qui, pour se mettre en rapport avec l’architecturc , doit être surtout monumentale ; mais il faut un certain travail d’esprit pour se bien convaincre du talent des sculpteurs égyptiens *.

Leurs figures , comme le dit Winckelmann , sont droites, sans action, le dos appuyé contre une colonne angulaire , les bras pendaiis et joints aux côtés, les pieds laides et rangés parallèlement l’un près de l’autre. Nulle saillie ne laisse apercevoir les nerfs et les veines. La charpente osseuse du corps est à peine indiquée.

« Les statues de ce genre , ajoute le même antiquaire, sont pour l’ordinaire chargées de caractères hiéroglyphiques; tous les traits du visage portent l’empreinte du style consacré par les types primitifs. Les yeux paraissent à fleur de tète. La ligne tracée en creux sur l’os du front, dessine sèchement la courbe du sourcil.

* Passage extrait de la Description de l’Egypte publiée par Pankoucke.

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