PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XXXIII
cela pleinement d'accord avec l'Ecole anglaise , l'Histoire est une science qui doit se plier à tous les procédés scientifiques , si minutieux qu'ils paraissent (1). Ce n'est pas ici le lieu de défendre cette thèse. Mais on ne saurait nier que la prétention hautaine de traiter tout d'abord en perspective le tableau des grands événements ou le portrait des grands personnages , ne favorise surtout la légende aux dépens de la vérité ; et , visiblement, le prétexte d'art n'est ici que le masque de la paresse. A distance, la colonne Trajane se confondrait singulièrement avec la colonne Vendôme. Le plus habile paysagiste ne saurait nous faire comprendre en quoi le mont Blanc diffère de THimalaya, si le géographe n'avait préalablement dressé leur carte , sans omettre ni une crevasse ni une aspérité, et si le naturaliste n'en avait minutieusement relevé tous les détails caractéristiques de géologie , de flore et de faune. Les « petits papiers » d'archives sont donc des documents scientifiques au même titre que le caillou et le brin d'herbe; mais, plus exactement, leur témoignage a pour effet de placer rhistorien sur le même pied qu'un juge instruisant une enquête. Il est malheureusement trop prouvé que les préjugés politiques s'accommodent
(1) Voir aussi plus loin (App. IV, § 2) son second discours aux Etudia^its de Calcutta.
ni