PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XXXVII
embarrassés de plaider la cause du Droit romain; mais pour le défendre, nous invoquons d^ordinaire,
qu'on ne veuille mettre le dernier des Levantins polyglottes au-dessus du premier de nos hellénistes. Enfin, si même on tient à se placer à ce point de vue « pratique, » — dont l'abus ne laissait pas que d^inspirer à Sir Henry Maine une certaine ironie, — chacun sait, de par sa propre expérience, combien les langues anciennes facilitent l'accès des langues modernes, sans en excepter les langues qui ne sont point directement apparentées au grec et au latin. Et ce n'est pas ici pure affaire de philologie comparative, comme on affecte de le soutenir; c'est, au contraire, la constatation très reconnaissante des services que rend l'étymologie , dès qu'on sort de sa propre langue pour aborder une langue voisine où le sens primitif des mots n'a point subi les mêmes déviations, ni couru les mêmes aventures. Et l'on sait de reste que toutes les langues civilisées d'Occident ont emprunté aux deux langues classiques la plupart de leur vocabulaire abstrait, du vocabulaire qui, non seulement défraie la nomenclature tout artificielle des sciences, mais qui sert encore presque exclusivement aux spéculations de la philosophie, aux enseignements du droit et de la morale, aux récits de l'histoire. — Sir Henry Maine ne se dissimulait pas, au surplus, l'inanité de cet engouement excessif pour les langues vivantes, que le public n'a ni le temps sérieux, ni la volonté patiente, ni même les moyens pécuniaires de s'assimiler à fond jusqu'à pouvoir retirer de leur culture un véritable profit. « Je ne crois pas, » disait-il un jour, « que l'on puisse vraiment apprécier un livre à l'étranger tant qu'il n'a pas été traduit. Il est curieux de voir combien peu l'on comprend les livres anglais, même en Allemagne. » « Je suis persuadé, » écrivait-il encore, « que l'on exagère beaucoup le nombre des gens capables, en n'importe quel pays, de lire les ouvrages étrangers, sauf peut-être quelques romans. »