PRÉFACE DU TRADUGTBDR. XXXIX
nez, par exemple, le mot solidarité ^ auquel l'auteur fait lui-même une allusion curieuse. Voyez quel chemin singulier il a parcouru dans la langue politique depuis trente ans, et comme il menace de devenir la base de toute une législation inique ou ridicule , suivant qu'on le prend au sens étymologique, — le vrai, celui des jurisconsultes romains, — ou qu'on lui attribue Tacception fantaisiste des politiciens de bas étage. Pour les uns, la solidarité ne signifie que le rappel d'une vieille et modeste vérité, la vérité qu'on a souvent besoin d'un plus petit que soi; — encore ne s'avisent-ils pas assez qu'à cet égard, la solidarité bénéficie aux animaux domestiques tout autant qu'au prolétaire. Pour les autres , elle formule la réserve des droits de l'Etat démocratique sur la fortune des riches taillables à merci. Mais d'aucune façon raisonnable, la solidarité ne remplacera la vieille fraternité , qui marquait avec une si exquise délicatesse la limite des devoirs de chacun envers un parent malheureux, dont cependant il n'est pas équitable qu'on partage toutes les responsabilités. — Quoi qu'il en soit, le vice du procédé se trahit à première vue. Tout comme en Angleterre la langue du Droit s'enrichit de mots usuels, en France la langue usuelle se pare de mots prétentieux, à tournure juridique, mais dont le vulgaire ignore l'exacte importance. A dire vrai, le phénomène n'offrirait, en principe, rien que d'ordinaire.