PRÉFACB DE TRADUCTEUR. III
Maine est en ce sens « l'homme d'un seul livre. » Il n'a rien écrit d'étranger à sa ligne d'études habituelles (1). Et, de même , il restait fidèle à ses préoccupations ordinaires jusque sur le terrain des affaires pratiques. Si la politique et la science se sont partagées sa carrière, on peut dire qu'il a fait de la politique en savant et de la science en homme politique. Dans ses livres , cette consistance est des plus marquées : ses travaux se complètent, se développent réciproquement plus quMls ne se rectifient. Son extrême circonspection le préservait, en effet, des engagements trop aventurés, et lui épargnait la dure nécessité de battre en retraite ou de se rétracter. Lui-même avait conscience de cette unité précieuse; il renvoyait fréquemment ses lecteurs d'un travail à l'autre; et le public ne saurait évaluer la force de son œuvre sans l'avoir parcourue tout entière. Pour cette raison, nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de re-
(1) En dehors du présent volume et des quatre autres déjà publiés sous son nom, — V Ancien Droit, trad. Courcelle-Seneuil, Paris, Guillaumin, 1874; l'Histoire des Institutions Primitives , Irad. Durieu de Leyritz, Thorin, 1880; V Ancien Droit et la Cou-' iunie Primitive, ibid., 1884; Le Gouvernement Populaire, ibid., 1887 , — il a cependant écrit de nombreux articles de circonstance pour le Times et la Saturday Review. Mais il ne s'est pas inquiété de les réunir à part, et nous n'avons pas à les faire rentrer dans ce qu'il regardait vraiment comme son œuvre définitive.
IV PBÉFACB DU TRADUCTECB.
produire ici toutes ses Etudes qui n'avaient pas encore subi de traduction; et, par une singulière coïncidence, notre volume comprend ainsi les premières et les dernières pages qu'il lui ait été donné de publier à l'adresse du monde savant, durant sa vie littéraire de 1856 à 1887, sans que, de la première à la dernière, on l'y trouve différent de lui-même comme fermeté de doctrine, comme originalité de vues , comme supériorité de pensée, comme ampleur de style.
En première ligne , figure l'important travail sur les Communautés de Village^ qui date de bientôt vingt ans (1871). Il produisit, à son heure, une sensation mêlée d'autant de curiosité pour l'apparente nouveauté du sujet que d'admiration pour la profondeur des perspectives ouvertes par la méthode de l'auteur. Le souvenir n'en est pas éteint, et Tinfluence continue de s'en faire sentir; mais, devant certaines discussions récentes sur ses tendances ou ses conclusions, il importe d'en bien préciser le caractère.
L'auteur arrivait de l'Inde où il venait de remplir, dans le Conseil du Vice-Roi, les hautes fonctions de Membre Jurisconsulte (1). Très au courant des nombreux problèmes que soulèvent les origines du Droit, il s'était promptement aperçu
(1) Voir plus loin, p. 318.