‹ Etudes sur l'histoire du droitChapitre 31 sur 66 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XLI · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XLI

de demeurer fermement attachés aux premières acceptions admises par leur science d^élection , sous peine de s'égarer sur leur propre domaine. Bientôt, il est vrai, tend à s'établir entre le public oublieux et le savant de profession, une confusion de langue, une mésintelligence dans l'emploi d'un même idiome, qui est proprement, dit-on, celle qui régnait au pied de la tour de Babel. Mais on la pourrait prévenir avec un peu plus de sévérité. Or, le danger qu'elle offre dans les sciences sociales est tel qu'il menace de bouleverser notre civilisation ; et par la porte démocratique de la politique active, elle peut rentrer dans nos lois , d'où la science du Droit romain l'avait si complètement bannie. C'est donc au Droit romain, et à l'esprit juridique qu'il engendre, de prévenir à nouveau ce péril imminent. Nous avons la ferme conviction qu'il peut nous rendre sur ce terrain d'incalculables services, si toutefois on veut bien songer à les lui demander.

L'Etude sur La Famille patriarcale es,i l'une des dernières publiées par l'auteur. Elle n'a même pas été réimprimée en Angleterre. Insérée dans la Quarterly Review de janvier 1886, elle répondait à une provocation presque directe des frères Mac- Lennan. On ne peut s'étonner qu'elle ofifrit , dès lors, un caractère défensif, — et, par suite, légèrement agressif, — qui pouvait en diminuer la por-

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tée. Nous l'avons, avec l'autorisation de l'auteur, dégagée de son appareil polémique et des précautions de langage qu'imposait l'anonymat, pour en mieux faire ressortir la valeur générale. — Du sujet même traité dans ces pages, nous n'avons rien à dire, d'autant qu'il ne semble pas de nature à se modifier ou s'élargir d'ici longtemps. Sir Henry Maine ne l'abordait qu'avec une répugnance avouée. Il estimait que, dans Tétat actuel de nos connaissances, ce genre de spéculations devait forcément échouer en pleine brume. — Mais il n'en éprouvait pas moins la contrariété singulière de voir la critique s'abattre lourdement sur les chapitres de ses livres qu'il consacrait d'aventure à cette question douteuse, et qui lui tenaient le moins à cœur. Il recevait, de ce chef, des éloges ou des blâmes, dont la profusion comme l'ardeur leur procuraient chaque fois un nouvel étonnement. Certes , les méprises de la critique ne sont pas chose rare ; mais pour se méprendre avec une aussi remarquable unanimité, elle doit avoir quelque raison sournoise. Et, de fait, se tromperait-on de beaucoup en soupçonnant ici, malgré la couleur scientifique des bannières , une escarmouche nouvelle entre le positivisme et la métaphysique religieuse? S'il en est vraiment ainsi, la critique a, ce nous semble, bien tort de se donner gratuitement des allures tapageuses. Le sujet nous paraît, en effet, ne relever aujourd'hui que

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de la science pure. Entre les deux camps, il y a moins de distance effective que ne l'imaginent les esprits belliqueux. Les plus sages disciples de Morgan ou de Mac-Lennan ne peuvent s'empêcher de reconnaître, dans une certaine mesure, la légitimité du point de départ d'Henry Maine. « Accordons à Sir Henry Maine, à M. Darwin et » au bon sens , » écrivait naguère M. Andrew Lang , « que si l'homme a été créé parfait , il » a dû vivre dans la monogamie avant la chute; » et que , s'il est sorti de l'animalité , les in- » stincts animaux débridés ont dû travailler à » établir la monogamie ou la polygamie patriar- » cale au sein de la famille strictement primi- » tive (1). » — « Si l'homme, » ajoutait un autre écrivain , « a jamais été un animal presque dé- » pourvu de raison , il est probable que la jalousie » propre aux animaux a dû contribuer à le main- » tenir dans la monogamie ou la polygamie. Mais, » précisément, par cela même que l'homme, en sa » qualité d'être raisonnable, devait trouver le » moyen de s'enivrer , le sauvage , en devenant » plus ou moins raisonnable, a pu se livrer aux » habitudes qui devaient engendrer le matriar- » cat , l'exogamie , le totémisme; après quoi, ces » étranges coutumes auront à leur tour créé la fa- » mille moderne, en se transformant sous la direc-

(1) Contemporary /?evîew;, septembre 4883.

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» tion d'une raison plus éclairée (1). » L'hypothèse est ou non plausible : mais on n'y aperçoit rien d'essentiellement contraire aux traditions bibliques. Le dogme de la chute originelle appuierait même les conjectures les plus audacieuses sur la dépravation voulue , sur la perversité consciente de l'espèce humaine. — Le tout est de savoir dans quelle mesure s'était répandue cette contagion du mal. Et c'est exactement l'objet de la discussion entre les patriarcalistes et leurs adversaires. Observons, à ce propos, que les exégètes des Ecritures hébraïques inclinent aujourd'hui volontiers à croire que les grands châtiments divins, tels que le Déluge, n'atteignirent qu'une branche plus ou moins restreinte de Thumanité ; si bien que le reste de l'espèce aurait eu mainte fois, depuis la chute originelle, le temps de rouler sur la pente de tous les vices , d'atteindre le fond de toutes les corruptions, avant que l'Histoire daignât s'enquérir de ses mœurs et coutumes. Libre donc à chacun de supposer, chez les primitifs, aussi large qu'il le voudra, la part du bon sens, l'empire des saines impulsions de la nature, et d'aborder le problème sous son seul aspect scientifique. L'orthodoxie des croyances n'y peut rien perdre, l'hétérodoxie n'y saurait rien gagner, tant il a dû s'écouler de siècles, tant il a

(1) Athenxum, 30 mai 1885.

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