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PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XLIX

» sance est ailleurs , dans le respect que notre » caractère inspire à ces peuples. Un Européen » qui a des mœurs basses devrait être immédia- » tement empoigné et embarqué pour l'Europe. » Ainsi pensait l'administration, et pendant longtemps, alors que l'Inde n'était pas sillonnée de chemins de fer, l'existence hautaine du Collecteur qui vivait seul, isolé, dans un district de quinze cent mille âmes, sans un seul homme de sa race avec qui frayer, insensible en apparence à toutes les séductions , invulnérable à toutes les passions, — frappait l'imagination populaire comme la vie d'un rishi, d'un ascète, d'un saint. Aujourd'hui, l'isolement est moindre peut-être; mais le prestige individuel, celui de la force corporelle et de l'autorité morale, n'a rien perdu de sa nécessité. « Le magistrat qui ne sait pas faire cinq » lieues à franc étrier pour instruire un délit, » écrivait hier encore un de ces superbes Anglo- Indiens, « ou qui se fait scrupule de brûler la » cervelle d'un émeutier, fera mieux de rester à » son comptoir ou dans sa boutique (I). » Et il ne paraît pas que l'Angleterre ait eu à se plaindre de ce système. Ceux qui ont fondé la grandeur de son Empire dans l'Inde, ceux qui l'ont soutenue aux heures critiques où sa puissance menaçait de s'effondrer, — les Clive, les Warren-Hastings, —

(1) Sir Lepel Griffin, Asiatic Quarterly Rev., avril 1887.

L PRÉFACE DU TRADCGTBCR.

n'étaient rien moins que de brillants lauréats universitaires. La chronique raconte qu'au moment où l'écrasement de la révolte des Cipayes mettait dans toutes les bouches le nom de John Lawrence, on eut quelque peine à persuader le directeur du collège d'Haileybury que le héros de l'aventure s'identifiait avec un de ses anciens élèves, plus célèbre [lar ses frasques que par son assiduité. « Mais alors , » fit-il d'un air sec, « que deviennent donc nos bons élèves? »

Suivez maintenant, dans le détail des fonctions administratives, ce personnel recruté par des voies auxquelles la démocratie ne sait plus ri-^'n comprendre, et voyez avec quelle large initiative il tranche nombre de questions qui nous embarrassent. Le Vice-roi est assisté d'un Conseil législatif dont il demeure parfaitement libre de ne point suivre les indications. Ce Conseil, composé de seize à dix-huit membres, anglais et indigènes, ne relève d'aucun suffrage électoral. Les projets de lois , préparés par un département spécial et insérés dans la Gazette officielle^ sont soumis aux méditations des principaux fonctionnaires et des personnes compétentes; mais la responsabilité définitive en incombe au Membre jurisconsulte, qui, du commencement à la tin, en demeure à peu près l'unique auteur. Et l'on ne voit pas que ces monuments législatifs , soustraits aux discussions stériles, aux amendements irréfléchis de nos as-

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