‹ Etudes sur l'histoire du droitChapitre 6 sur 66 · PBÉFACB DC TRADUCTEUR. VII · texte numérisé non relu

PBÉFACB DC TRADUCTEUR. VII

avait entrevu quelque peu cette vérité que le Passé de notre civilisation pouvait bien être encore le Présent des civilisations voisines. « Pour savoir ce qui se pratiquait chez les anciens, » écrivait le président de Brosses, « il n'y a qu'à voir ce qui » se passe actuellement chez les peuples sauvages, » et , en général , il n'y a pas de meilleure mé- » thode de percer les voiles des points de l'anti- » quité peu connus , que d'observer s'il n'arrive » pas encore quelque part sous nos yeux quelque » chose d'à peu près pareil (1). » Mais les philosophes d'alors , comme l'abbé Raynal , noyaient si bien dans les chimères cette parcelle de vérité, qu'elle n'aurait pu servir à des recherches méthodiques , pas plus que telle rêverie de Diderot préparer aux découvertes de Darwin. Et les savants, comme Montesquieu, dans l'état réel de leurs connaissances , ne possédaient pas assez de renseignements ethnographiques pour une comparaison pleinement instructive entre les données de l'histoire et celles do la géographie. — Il nous semble d'ailleurs assez inutile d'insister sur ces autécédents. Nous ne voyons pas qu'il y ait lieu d'attacher une importance excessive à l'histoire des théories scientifiques. Les esprits originaux, vrai-

(1) Du OuUe des Dieux fétiches, ou Parallèle de l'ancienne Religion de V Egypte avec la Religion actuelle de La Nigritie (Genève , Cramer), 1760.

till Pft'Éï'A^E' DU TRADUCTEUR.

ment novateurs, ne doivent souvent qu'à des circonstances personnelles, de s'être trouvés sur la piste de leurs découvertes'(l). Tout au plus peut-il être utile de montrer ensuite, pour rassurer les timides , que leurs hypothèses ne sont point des innovations téméraires et qu'elles résolvent des problèmes dont s'étaient inquiétées déjà les g'énérations précédentes. Après quoi, chacun demeure libre d'attribuer la paternité de la doctrine nouvelle à celui qui le premier lui donne forme régulière , la construit assez solide pour résister aux objections, et la lance définitivement dans le courant de la science active. — II en est alors de ces

(1) La genèse des grandes théories scientifiques est souvent tout autre qu'on ne le supposerait d'après les légendes qui circulent sur leur naissance. Que l'on nous permette, à ce sujet, un rapprochemefit curieux, « Si l'on imagine sérieusement, » écrivait Sir Henry Maine dans ses dernières Etudes sur le gouvernement populaire, « que jamais livre écrit par un penseur, dans son cabinet, ne pourrait provoquer ou arrêter un grand mouvement, on n'a qu'à étudier l'ouvrage de M. Bonar, intitulé : Malthus et son OEuvre, •> ftrad. française, p. .373). Or il se trouve précisément que Darwin, dont on sait l'influence sur la direction d«s sciences contemporaines, a puisé l'idée première de son système dans la théorie de Malthus , tandis qu'il éprouvait une certaine répulsion pour le fameux Lamarck, qu'on lui attribue d'ordinaire comme précurseur. "Voir la Vie de Charles Darwin, (trad. Varigny, Paris, Alcan, t. I, 1888); et aussi la lettre de M. Alfred R. Wallace, publiée dans la Quarterly Review de janvier 1888.

Page 1