‹ Etudes sur l'histoire du droitChapitre 9 sur 66 · XII PRÉFACE DU TRADUCTEUB · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE DU TRADUCTEUB

du succès qu'elle a bientôt rencontré. — Assurément, il faut se garder d'abuser de ces comparaisons attrayantes; et Sir Henry Maine, quoi qu'on en ait dit , n'était pas le dernier à protester contre un aussi dangereux travers. Il n'a jamais négligé de le blâmer; on en trouvera la preuve dans ce volume (1). Mais, pour son compte, lorsque les rapprochements lui paraissaient légitimes, il n'hésitait pas à s'en servir, à leur demander les éclaircissements que lui refusaient les textes. — Ainsi procède la linguistique, mais avec une différence d'objet qu'il est essentiel de noter. La philologie comparée n'existe que pour rechercher la filiation des langues , dont la plupart se rattachent, en effet, par des liens visibles, de sorte qu'il devient aisé de les réduire à un petit nombre de familles qui plongent leurs racines dans un passé lointain. On n^'en trouverait d'ailleurs aucune qui ne doive avoir sa généalogie et qui ne soit fllle de quelque autre. Les institutions primitives , au contraire , relèvent si directement de la nature de l'homme, qu'elles doivent naître spontanément, partout où les circonstances les favorisent. Le patriarcat et le communisme, entre autres , durent avoir plus d'un centre de création. Ils se reproduiraient encore spontanément dans des conditions analogues. Les rapprochements en sociologie nous

(1) Voir plus bas, p. 486.

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apprennent donc moins la parenté des grandes institutions sociales que leur mode de développement et l'état d'esprit de ceux qui les pratiquent. Et cette idée de rapprochement, en manière d'explication, se présente d'elle-même , dès qU'e l'on a constaté leur existence. Mais , entre des institutions d'apparence identique , il faut cependant, — et la difficulté paraît sérieuse — tenir un compte suffisant des différences d'âge et de milieu, des incidents possibles, des circonstances oubliées, qui ont pu modifier , sans que nous l'apercevions à la distance où nous sommes, la nature et le jeu des coutumes dont nous ne saisissons plus aujourd'hui que l'aspect général, les grandes lignes dessinées en perspective lointaine. — D'où , la nécessité d'une prudence en perpétuel éveil.

Nons n'entendons pas suivre ici dans ses intéressants détails la fortune de la théorie communiste. La simple nomenclature des principaux travaux d'érudition , des recueils d'observations , à son appui, nous entraînerait trop loin. Dès 1872, un esprit ingénieux, très sensible aux impulsions nouvelles, M. de Laveleye, publiait sur « la Propriété et ses Formes primitives, » une série d'Etudes (1), qui étendaient de beaucoup le cercle des recherches où s'arrêtait Sir Henry Maine. En An-

(1) Réimprimées en 1874. Paris, Germer-Baillière.

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gleterre, l'attention une fois éveillée, on retrouvait presque partout des traces de propriété , ou du moins de culture commune, qui avaient échappé jusque-là aux remarques du public. Et la conviction s'implantait, de plus en plus solide, que la propriété individuelle est aussi bien le résultat que l'accompagnement obligé de notre civilisation. « On voit en Ecosse des comtés entiers » écrivait, il y a quelques années, le ducd'Argyll, « où chaque » ferme, tenue maintenant par un seul individu, » était naguère encore exploitée par plusieurs » cultivateurs, et même par de véritables com-

> munautés de village. L'histoire de cette trans- » formation n'est autre que l'histoire du progrès » agricole en Ecosse , l'histoire du passage d'un » état d'agriculture chétive à une situation très » prospère. Des hommes qui vivaient autrefois

> dans des taudis enfumés , au milieu d'une mi- » sère sordide, exposés à des famines périodiques, » sont aujourd'hui les mêmes dont l'agriculture » est peut-être la plus productive du monde. . . » Les parcelles de terre changeaient de mains » chaque année, et l'attribution s'en trouvait » déterminée par le sort. J'ai vu partager ainsi » quatre-vingt-six acres de terre labourable (35 hec- » tares) en plus de deux mille parts dont aucune » n'aurait permis la culture du blé. . . Ce système » barbare était alors universel chez les petits cul- » tivateurs des Highlands ; il subsiste encore dans

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