‹ Etudes sur l'histoire naturelleChapitre 9 sur 11 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Après avoir passé en revue les caractères qui différencient rhomme des animaux, nous allons étudier ceux qui lui sont communs ayec eux, et nous commencerons par les caractères qu'il partage # avec le plus petit nombre.

1^ La saillie nasale n'existe que chez l'homme et chez un autre singe, le nasique, et il est à remarquerque c*estchez un animal fort éloigné deThomme sous tant de rapports, et qu'en outre, ici, le nez est bien plus grand, proportions gardées, que chez les races les plus élevées de notre espèce.

2° L'homme ressemble au troglodyte et au gorille par la forme de ses ongles ; ces animaux ont, comme lui, le dos des ongles tout à fait plat, tandis que tous les autres singes ont les ongles en gouttières. — On a eu tort de dire que ce dernier caractère

appartenait à tous les ainges et les distinguait d avec l'homme.

3** Il y a huit os du carpe chez le troglodyte et le gorille comme chez l'homme.

4® Chez le gorille, le troglodyte etl'orang-outan, on trouve une oreille qui présente à peu près les mêmes détails de structure que l'oreille de l'homme.

5® La longueur des sternums, des os scapulaire et iliaque, ainsi que la prédominance du diamètre transversal de la poitrine sur le diamètre antéropostérieur, est un caractère commun à l'homme et aux singes de la première tribu.

6® Le caecum et l'appendice vermiculaire existent chez les troglodytes (Daubenton), l'orang-outan et le gibbon (Cuvier), et sont à peu près comme chez nous. Il est probable que le gorille présentera le même fait lorsqu'on l'aura disséqué.

V On trouve chez les singes précédents, et l'on peut aussi ajouter chez quelques singes américains, la disposition curieuse des poils sur les bras de l'homme; les poils se dirigent en descendant de

l'épaule vers le coude ; ils remontent de la main vers le coude. Chez les autres mammifères on voit au contraire que tous les poils vont en descendant de Tép^ule vers la main.

&* La similitude de Thomme avec les animaux, s'étend à un plus grand nombre de genres lorsqu'on arrive à la queue, ou plutôt à l'état rudimentaire de la queue. On trouve ce caractère d'abord chez tous les singes de la première tribu, et encore chez le magot et le cynopithèque ; cependant, chez ces derniers, le coccyx n'est pas retourné en avant et les vertèbres qui le composent ne sont pas soudées comme on le voit chez l'homme.

Il est une circonstance qui pourrait modifier ce rapprochement que nous faisons ici ; c'est Pexistence, non vérifiée il est vrai, mais fort probable, d'hommes à queue vivant en Afrique et désignés sous le nom de Ghilanes ou Niams-Niams ; nous en parlerons à propos des races humaines.

9® Toujours en suivant cette échelle ascendante, nous arrivons à un caractère très-important, c'est celui des dents ; on l'a souvent négligé ou du moins dénaturé. Voici ce qu'il y a de plus exact à ce sujet.

L*homme nous présente, pour son système dentaire, la composition suivante: A chaque mâchoire, de chaque côté, deux incisives, une canine, deux petites molaires et trois grandes molaires, ce qui fait huit dents ; en multipliant, on a le nombre 32, qui est celui des dents de l'homme. Cette composition peut être indiquée par la formule.

Or voici quelles sont les formules dentaires de diverses tribus de singes.

4(2l + C-f-2m-f5M) = 3aD

4(2l4-CH-3m4-2M)=32D

On voit par ce tableau que Thomme ressemble :

A tous les singes par le nombre des incisives et des canines ;

Aux trois premières tribus, en outre, par le nombre de leurs grandes molaires ;

Aux première, seconde, quatrième tribu par le nombre absolu des dents ;

Aux deux premières tribus par le nombre et la composition des dents.

Nous avons déjà vu que Thomme se distinguait

Tribu L

SiMIXNS

THbu II,

GTNOPITHÏGIEirS

Tribu III.

Gebiens

THbu IV.

Hapaliens

des animaux par l'égale hauteur des dents, tout en faisant remarquer que les canine^ dépassaient chez lui, mais d'une manière peu sensible, le niveau des autres dents. De plus, nous ayons montré que toutes les dents de Vhomme étaient implantées verticalement. Ces caractères se retrouvent à un degré presque égal chez presque tous les singes, excepté Jes derniers groupes des trois dernières tribus, chez lesquels on observe quelques différences. Remarquons que la dernière grande molaire représente chez rhomme quatre tubercules, et chez la plupart des singes, cinq.

10® Buffon avait observé que chez les siuges qui ont la même formule dentaire que l'homme, les narines sont comme celles de l'homme, arrondies et placées à la pçirtie inférieure du nez, tandjs que chez les autres ell^s sont latérales et allongées.

IV Chez tous les singes, comme chez l'homme, les yeux sont placés à la partie antérieure de la tête.

De plus, chez eux, les yeux sont logés dans des orbites entièrement closes. Ce dernier caractère disparaît lorsqu'on passe aux lémuridés ; en effet, tandis que ohez tous les singes et l'homme la cloi-

DES RAGES QUMAINES. 54

son orbito-temporale forma un seul os< ou voit que, chez les lumérîdés, cette oloisou n'existe qu'en avant.

12^ Nous passons maintenant à Tétude de Tenoé^ phale considéré sous le point de vue que nous traitons ici, et ç est là que se trouvent les plus grandç^ ressemblances de Tbomme avec les singes.

D*abord le cerveau a la forme ovalaire, chess l'homme et les singes des deux premières tribus ; il est, au contraire, elliptique chez tous les singes américains.

Comme Thomme, les trois premières tribus nous présentent des circonvolutions et la division en trois lobes. Enfin, chez tous les singes, on remarque le développement assez considérable de la partie postérieure du cerveau, c'est-à-dire que celui-ci peut recouvrir le cervelet, ce qu'on ne revoit plus chez les lémuridés. On voit donc que chez ceux-ci le cervelet est postérieur, tandis que chez l'homme et les singes il est inférieur.

Il y a môme ici un fait remarquable, c'est que précisément dans la quatrième tribu des singes, renfermant ceux qui n'ont pas de circonvolutions cérébrales, on trouve un caractère humain exagéré ; le cerveau non-seulement recouvre le cervelet, mais

bit UNITÉ d'origine

encore le dépasse d'un cinquième environ de la longueur totale de l'encéphale.

On voit donc par cet exemple, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, que «« non-seulement par un grand nombre de caractères tant intérieurs qu'extérieurs, l'organisation humaine répète, exactement ou avec de très-légères variations, celle de la première famille des quadrumanes ; mais que dans la série commune où, par ces caractères, l'homme prend place ayec un plus ou moins grand nombre d'animaux, il n'occupe pas toujours et partout le rang le plus élevé. Si l'homme devait être rangé parmi les animaux, il ne serait même pas à tous les points de vue le premier d'entre eux \ »

Nous venons donc de voir les ressemblances que l'homme présente avec un grandnombre d'animaux. Cette similitude, nous ne l'appellerons pas humiliante comme Buffon, quoique Ennius ait déjà dit :

Simia quam similis turpissima bestîa nobis !

Non, elle n'est pas humiliante, et de plus elle ne vient pas, comme on l'a craint, donner un appui aux doctrines matérialistes. C'est une des preuves les plus éclatantes en fayeur de la supériorité mar-

quée de Thomme ' sur les animaux, — supériorité intellectuelle, morale, raisonnable.

C'est ici surtout que les idées sur lesquelles nous avons fondé la distinction des règnes entre eux nous sont utiles. Car elles montrent que la distinction du règne humain se peut baser sur des facultés et non sur des faits matériels.

Bossiuet n'a-t-il pas prononcé ces remarquables paroles : Si *« les organes sont communs entre les hcmvmjes et les bêtes, il faudrait conclure nécessairement que l'intelligence n'est pas attachée aux organes, qu'elle dépend d'un autre principe, et que Dieu dans les mêm£s apparences a pu cacher divers trésors. »

Nous avons dit qu'il n'y a que deux manières de classer l'homme, en faire une famille hum^aine , ou un règne humain. Nous rejetons la première, parce que nous laissons de côté les caractères tirés de la conformation de l'être.

« C'est, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, par ses facultés propres, qui ne s'éteignent qu'où cesse l'animal, et seulement par elles que l'animal diffère essentiellement du végétal , et s'élève jusqu'à constituer au-dessus de lui un règne distinct : c'est de

94 PNITÉ P*ORIG|NE

même par àen facultés incomparablement plus hautes encore, par les facultés intellectuelles et moron les^ ajoutées à \Sk faculté de sentir et à hijhculté dp. se mouvoir, que l'homme ise sépare à soq tour d^ règne animal, et constitua ^.u-depisus de lui Isif divi^ sion suprême de la nature, le règne humaiu,

En un mot, la plante vit^ Tanimal vit et ^Q|it, l'homme vit, sent et pense. «

DES RAGKS HUMAINES. . M

SEPTIÈME IJEÇON.

D^ BIFFÉBENTEB ILACE9 HUMAINBa.

Nous arrivons maintenant à considérer Vbomme dans les différences qu'il nous présente, question difficile, mais aussi question importante, question capitale.

La distinction des différentes variétés de notrç espèce pourrait nous sembler, ai) premier aspect, une des parties les plus parfaites de nos connais- SQjices, car des études longues, antérieures, ne sont pas nécessaires ici comme pour la connaissance du règne animal. Il semble que tout' homme intelligent qui voyage peut rapporter des notions exactes sur les hommes qu il a observés, aidé surtout, comme il Test aujourd'hui, des secours que fournissent 1q daguerréotype, la moulure, le dessin,

Cette étude semble à la portée de tout le monde, et c'est précisément cette apparence de facilité qui

56 UNITÉ d'origine

a encombré la science d'une foule de faits inutiles ou faux.

On se laisse entraîner à des erreurs d'observations, on accepte facilement les récits des naturels, et, en outre, on est porté soi-même à exagérer ce qu'on a vu. Le merveilleux intervient toujours dans la relation d'un voyage.

Pour n'en citer qu'un exemple tiré de la taille : on mesure le plus grand Patagon, sauf à mesurer plus tard le plus petit des Lapons, afin de rendre plus saillante l'opposition entre ces deux races extrêmes.

Nous sommes donc obligés, avant d'aborder les faits anthropologiques ou ethnologiques, d'éliminer trois catégories de faits :

1* Les faits fabuleux, — Les contes des voyageurs contiennent des erreurs acceptées de bonne foi, et dont on a fait quelquefois justice. Remarquons cependant que les témoignages des voyageurs sur des faits absurdes ont été si nombreux, que les esprits les plus lucides ont même été entraî* nés. C'est ainsi qu'Aristote a admis des peuples androgynes. On s'étonne moins, après cela, que Pline et quelques auteurs du moyen âge aient admis des hommes sans tête, sans bouche, ou ayant le visage au milieu de la poitrine.

Le naturaliste qui a le premier renversé toutes ces fables, et a fait rentrer l'anthropologie dans ses limites légitimes, c'est Buffon,

Aujourd'hui, que l'on prenne garde de tomber dans un excès contraire, de passer de la crédulité la plus confiante au scepticisme le plus absolu, et de rejeter trop facilement des faits qui choqueraient les idées reçues.

Ceci peut s'appliquer aux peuples d'Afrique pourvus d'un prolongement caudal.

On a ri longtemps d'une telle assertion, et l'on avait un peu raison, d'autant plus que les premiers voyageurs qui l'ont accréditée la donnaient avec peu de garantie d'authenticité. Ducourret disait, par exemple que la queue partait du centre du sacrum, ce qui est une chose vraiment inadmissible !

M. de Castelnau étant, il y a quelques années, consul de France àBahia, où l'on transportait beaucoup de nègres pour la traite, eut l'idée de les interroger pour faire, à l'aide de leurs renseignement!^, une géographie assez grossière, il est vrai, de l'intérieur de l'Afrique. Par eux, il apprit, pour la première fois, qu'il existait des hommes à queue dans la région moyenne et occidentale de l'Afrique.

C'était, d'après les récits des nègres, un peuple terrible, anthropophage, que l'on massacrait tou-

58 timffe 1>*0RIGIMB

jours lorsqu'on le pouvait, sans faii'ë un seul prisonnier.

Ce témoignage a paru à M. Greoffroy Sàint-Hîlaire avoir beaucoup de valeur. Depuis ce temps il À vu, à Paris, le fils du sultan du Fedzan, lequel A fkitla guerre en Afrique. Il a donné à M. Qeofft*oy un dessin de ces hommes à queue, et cette figure s'accorde avec tous les renseignements qu'a obtenus M. de Castelnau.

Le professeur dit qu'il ne conclut pas, tant s'eii faut, à l'existence des hommes à queue, mais il croit qu'il y a lieu d'examiner la question*.

2* Faits tératologiques. — Buffon s'est lui-même ^ laissé prendre aux faits que nous allons examiner. Il s'agit de ces hommes que l'on désigne sous le nom A'Alhinjos, Ce sont des individus à peau trèsclaire, existant dans les divers pays, mais remarqués surtout dans les régions où la peau est pluâ colorée, parce que là le contraste est plus frappant. Comme ils vivent isolés, opprimés par certains peuples, vénérés par d'autres, les voyageurs devaient en conclure que c'est une race à part, peutêtre un peuple ancien dont il ne resterait que des membres dispersés.

i Voir la cinquième étude de ce volume.

DES hAGES HUdlAINES. 59

Ce qu'il y a de v^ai, c'est que ce àôht dés hommed chez lesquels le pigrnentuniy ou inatyit'e colorante de la peau, ne s'est jpas déposé dans ce tissu, ni dans ceux qui en dépendent. — Or, le pigmentum n'existant pas à là face postérieure de l'iris, cette membrane n'est plus, comme chez nous, un diaphragme opaque percé seulement au centré de Touverture pupiUaire, et les rayons lumineux, au lieu de pénétrer dans l'œil dans une certaine mesure, entrent par tous les points de la pupille ; l'œil semble inondé de lumière et paraît blanc; — de plus, la lumière du jour blesse les yeux des Albinos et ils n'osent sortir que la nuit. — Chez des peuples où tout le mérite est d'être chasseur ou guerrier, ces Albinos sont regardés comme des êtres inférieurs et obligés de se cacher dans les cavernes. Ailleurs, on les regarde comme des êtres supérieurs ; ils sont respectés et nourris dans les temples aux frais de la nation.

3® Faits pathologigtLes. — Les naturalistes de notre siècle se sont beaucoup occupés des faits doiit nous allons parler, mais ils ne faisaient que continuer des discussions déjà entamées au temps d'Hippocrate et reprises au moyen âge par Cardon.

On trouve en Bolivie des crânes humains remarquables par leur forme; il n'y a pas de front. De

même que chez les animaux, la ligne sus-orbîtaire est la limite supérieure de la tête qui, à partir des yeux, fuit considérablement. Cepeuple s'appelle les Aimaras. •

Buffon aussi a parlé de la tête des Caraïbes. Il j a là un fait analogue au précédent, avec cette seule différence que la tête est plus élargie.

Quel sens attacher à cette déformation^

Il s'est trouvé dans notre siècle des auteurs qui ont dit que ces têtes, trouvées principalement dans le continent américain, étaient réellement celles de peuples ayant habité fort anciennement ces terres. Ces habitants primitifs de l'Amérique y auraient été remplacés par ceux qui s'y trouvent actuellement et qui viennent de Tartarie et de Chine*.

Une des raisons qui ont conduit à ces explica* tiens, c'est qu'on a trouvé une multitude de têtes de cette forme placées dans un même lieu et en* fouies dans des tombeaux remarquables par leur architecture; cela même a engagé les phrénologistes à chercher sur ces crânes la bosse de la con^ structivitéf et ils l'y ont trouvée !

Les choses en étaient là, lorsque la vérité s'est

A Cette dernière hypothèse est assez probable*

DES KKCKS HUMAINES. 64

présentée dans toute sa simplicité ; on a vu que ces têtes s'étaient produites et se produisaient encore de nos jours dans notre pays même.

On a d'abord remarqué *qu il fallait beaucoup retrancher de l'explication que nous avons signalée plus haut, parce que des crânes analogues à ceux des Caraïbes, se trouvaient au Muséum d'histoire naturelle, et avaient été recueillis sur des champs de bataille fort anciens ; Hippocrate même avait parlé de têtes semblables.

La démonstration de la vérité à ce sujet, vérité que nous allons exposer, est due à M. Foville, célèbre par ses travaux sur l'encéphale humain, et qui a été directeur du Dépôt des aliénés à Rouen. Il a vu dans ce dernier établissement, et surtout dans la division des femmes, beaucoup de déformations de têtes analogues à celles que nous présentent les caraïbes. Il prit des renseignements et apprit que ces formes anormales étaient dues à un usage fort répandu en Normandie, usage déplorable contre lequel on ne saurait trop s'élever. Le voici : lorsque l'enfant est né, pour maintenir sa tête et afin d'empêcher le chevauchement des os qui sont mobiles à cette époque, on place autour du crâne un bandeau qui fait deux tours. De cette manière les os sont maintenus dans une position

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anormale, et c*est ainsi disposés qu'ils s'ossifient complètement.

On a remarqué que cette déformation était plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. La raison en est simple. C'est que les petits garçons, sitôt qu'ils peuvent courir, veulent avoir la tête nue et se débarrassent des linges incommodes qui entourent leur tête. Les petites filles, au contraire, peuyent garder ces bandages sous leur bonnet pendant plusieurs années.

Cette explication que nous avons donnée pour la déformation des crânes de Normandie peut-eUe être appliquée à celle des crânes des Aimarasf Oui, car si on les examine bien, on aperçoit d'àbord leur irrégularité et ensuite la place où a été mis le bandeau.

On voit donc que l'analogie suffirait pour expliquer ces faits. Maintenant qu'on lise les récits des voyageurs qui ont parcouru l'Amérique et on verra qu'aujourd'hui encore les Caraïbes et les Aimaras compriment la tête des enfants, tantôt par des bandelettes, tantôt par de petites planchettes de bois ; ces peuples sefaisant des idées bizarres de labeautéS

' Cela rappelle les Chinois qui regardent comme une beauté la petitesse du pied, et qui, pour l'obtenir, condamnent la femme à une infirmité affreuse.

donnent à la tôte les formes les plus variées. Il y a des peuples dont parle La Condamine, et qui font toujours à leurs enfants une tête ronde, afin qu'elle ait la forme de la lune. Les Aimaras, au contraire, yeulent la tête longue.

Dans le livre De Victu de la collection hippooratique, lauteur dit que chez certains peuples qui déforment leur tête, on voit, à la longue, se mani* f es ter une tendance à ce que celle-ci présente, au moment de la naissance, la déformation de la tête des parents. On n'a jamais observé de faits semblables. Cependant Cardan a répété la même assertion.

Les faits pathologiques que nous avons énumérés se trouvent ailleurs qu'en Normandie : M. Lunier les a observés dans les Deux-Sèvres, Un des auditeurs des cours de M. Geoffroy Saint-Hilaire lui apprit, il y a quelques années, que des faits analogues existaient dans les environs de Toulouse, et il lui a même envoyé le portrait d'une femme dont la tête était démesurément allongée et qui vivait encore avec cette déformation.

Ici se présente une question tout humanitaire.

Que produisent ces usages de comprimer la tête des enfants î bien souvent l'idiotisme, plus souvent répilepsie ; rarement la déformation n'a pas de suites graves. Aussi il est temps de remédier à ces

mauxetd'empécher, par tous les moyens possibles, les populations ignorantes de persévérer dans leurs funestes habitudes.

Ayant éliminé maintenant les faits fabuleux, téralogiques et pathologiques, il nous reste à nous engager dans le dédale immense des faits anthro-pologiques.

Dans notre race, la race caucasienne, il y a une prédominance considérable du crâne sur la face ; on a dit souvent qu*elle était très-supérieure aux autres ; il s'agit de bien déterminer cette supériorité. Elle repose sur les facultés intellectuelles : en effet, Cuvier dit que c'est dans les rameaux de cette race qu'on a vu, à diverses époques, se développer tous les grands efforts de l'esprit humain, excepté les inventions immédiatement pratiques que l'on a vu toujours être le domaine de la race mongole.

Trouverons-nous quelque chose de visible qui indiquera cette supériorité ? Oui, c'est la prédominance du cerveau, c'est-àrdire l'exagération au plus haut degré dans notre race du caractère humain par excellence. Si c'est le signe de la supériorité, on devra donc trouver et on trouvera dans les races inférieures une moins grande prédominance

da cr&ne sur la face, mais cependant on n'arrivera jamais à une race où cette prédominance sera nulle, même chez le Makoia.

Le développement de la face, en opposition avec celui du crâne, peut se faire de deux manières, par l'allongement de la face en avant, comme chez les Makoias, et par son élargissement comme chez les Chinois, Hottentots, etc.

Pritchard, dans son livre sur les races humaines, livre fort bien fait, quoique parfois léger dans les conclusions, émet une vue qui, dans son ensemble, est juste et remarquable ; cependant hâtons-nous de dire qu'elle n'est pas reconnue vraie.

L'auteur anglais dit que les peuples où il j a allongement de la face, sont généralement les derniers, sous le rapport de la civilisation, ou plutôt sont des peuples complètement sauvages; ils vivent presque tous de chasse et de pêche. Nous pouvons appuyer cette observation d'une autre qui est fort ingénieuse et qui a été faite par M. Gustave d'Eichtalsur les FouUahs*, peuple à peau rougeâtre et très-intelligent, que l'on trouve répandu par petits groupes dans l'intérieur de l'Afrique et non-seule-

* Mémoires de la- Société ethnologique, Paris, 18&2, 1. 1, l'* par« tie, p. 1-29/i.

ment dans les parties tout à fait centrales, mais encore un peu à Test et à Touest. M. d'Eichtal a observé que toutes les fois que dans les récits de voyageurs ayant pénétré dans Tintérieur de l'Afrique, il est question de troupeaux de bœufs et de moutons bien soignés et bien conduits, on peut être sûr de trouver à la page précédente ou à la page suivante le nom des FouUahs.

Pritchard a vu, en outre, que chez les peuples remarquables par la largeur de leur face, dominent en général les habitudes nomades ; il cite comme exemple les Tartares.

Chez les autres races qui n ont pas la face allongée, on observe que les facultés intellectuelles sont d'autant plus supérieures que le crâne l'emporte par son développement sur la face.

Après ces caractères de la tête, il faut ajouter ceux relatifs à la saillie nasale, à la station, aux muscles des mollets qui sont plus développés chez les races supérieures. Seulement il ne faut pas donner trop d'importance au caractère du développement de ces muscles, parce que les jambes maigres et grêles se trouvent en général chez les peuples mal nourris et amaigris. On a dît à ce sujet quelque chose d'inexact, c'est que le mollet était plus haut placé chez le nègre que chez le blanc.

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