‹ Etudes sur l'histoire naturelleChapitre 4 sur 11 · ANIMALE · texte numérisé non relu

ANIMALE

Il n y a pas une seule opinion sur ce sujet qui n*ait été émise et défendue, depuis celle qui fait de rhomme une espèce dans un genre comprenant des singes, jusqu'à celle qui en fait non- seulement un règne, mais un monde à part : le microcosme dans le macrocosme.

Linné a placé l'homme dans le genre homo avec un singe, le gibbon lar, et beaucoup d'auteurs ont cru que c'était avec le troglodyte chimpanzé; — c'est une erreur qu'il importe de rectifier.

Linné met bien dans le genre homo l'Aomo ulpiens (homme) et Yhomo troglodytes ; mais sous ce dernier nom, il veut désigner Ta/ômo^, nommé par lui troglodyte, parce que cette variété de notre espèce habite les cavernes ; il est du reste une circonstance qui aurait dû empêcher de commettre cette

erreur, c^est que le chimpanzé est noir, tandis que Linné appelle son homo troglodytes animal album !

Blumembach a fait de Thomme un ordre à part et Ta nommé inermis, parce que l'homme n'est pas pourvu d'armes défensives ou offensives*. Hus tard, il Ta appelé bimane, et cette expression a été adoptée par Cuvier et M. Duméril. Ce mot a pour auteur Buffon, qui s'en servait conuned'un adjectif, en disant : L'homme est bimane et le singe quadrumane.

Carus fait de notre espèce une classe du règne animal) mais une classe hors ligne et à part de toutes les autres, une classe qui n'en est pas seulement le couronnement, mais la synthèse. «< Si bien que l'homme étant compris dans le règne animal, ne peut néanmoins être appelé un animal, à moins qa*on ne veuille abuser du mot et ravaler la dignité de notre espèce : pas plus que la lumière pure composée des sept rayons du spectre, ne porte le nom de couleur *. »

* Eustachi a dit de rhomme : « Robur et vires in sapientià, » Tractatus de dentibus, Leyde, 1707, in-8, c. XXVII, p. 87.

s Trailé élémentaire d'anatomie comparée, trad. de Jourdan, 1. 1, p. 21.

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Très-anciennement, on avait eu Vintention de séparerrfcotalement Thomme des autres animaux, en créant un règne à part.

Ainsi Aristote divise les oorps en animés et inanimés : ta €ix^v)(jx XM va, o^u;;». Parmi les premiers il établit trois groupes : le végétal qui a Tâme nu* tritive, Tanimal qui a en outre la sensibilité et le mouvement, et enfin Tbomme qui a de plus la vie intellectuelle et morale,.

Ces idées ont fait loi pendant plusieurs siècles. Elles ont été admises par les commentateurs d' Aristote, tels que Hermolaïus Barbarus (1553), Christofle de Savigny (1587), Freigius qui, en 1576, résume ces vues dans un tableau synoptique, dont voici un extrait :

corpus a„i.atu.)^:«:r^ranr.,ç-o,«„,

iVerum jlrrationnale

(Rationnale (homo)

Les idées alchimistes sont venues renverser la division d* Aristote. « En effet, cette doctrine soumettait le ciel et la terre à des lois numériques communes, à des nombres sacrés, le septénaire et le ternaire; le septénaire à cause des sept jours de la Genèse ; d'où les sept planètes, les sept météores,

les sept métaux, les sept pierreries, les sept parties vitales de Thoinme, les sept saveurs, les sept notes de musique; le ternaire, parce qu en tout et partout, et jusque dans la création matérielle, devait se retrouver l'image du créateur triple et un, la triplicité dans l'unité, en un mot la tri uniias. « Voilà pourquoi quatre règnes existant établis par Aristote et adoptés par Albert le Grand, entre autres, les alchimistes ne pouvant pas y ajouter trois autres pour en avoir sept, ont préféré en enlever un pour en avoir trois, — de là, la division en trois règnes, animal, végétal et minéral, qu*ont adoptée Linné, Cuvier, etc....

La séparation de l'homme d*avec les animaux a été faite par Buffon. Seulement il émet, à ce sujet, deux opinions contraires, comme cela lui arrive dans toutes les grandes questions ; mais ici c'est la contradiction du progrès. Lorsqu'il a commencé à élever son monument d'histoire naturelle, il ne s'y était pas préparé ; il avait plutôt en vue d'écrire un ouvrage littéraire, et suivant le courant des idées reçues, il faisait de l'homme un genre du règne animal ; plus tard, il s'est instruit et est devenu grand naturaliste; il a dit alors : L'homme et les animaux.

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Tous les auteurs qui ont écrit depuis Buffon ont adopté ses premières idées, sans excepter Blumembach et Cuvier.

Adanson qui a fait, en 1772, un cours d'histoire naturelle, a séparé Thomme des animaux. Dauben*^ ton, l'illustre collaborateur de Buffon, et Vicq d'Azyr, ami de Daubenton, ont partagé et défendu cette opinion. En 1794, Et. Geoffroy Saint'Hilaire, qui fit alors le premier cours d'histoire naturelle, en France, consacra sa première et sa deuxième leçon à établir que Vhomme doit être distingué, isolé des animaux. Lacépède a fait de même. M. de Brabançois les a imités, en 1816, lorsqu'il a établi son règne moral. Fabre d'Ollivet a donné à ce règne, en 1822, le nom de règne hominaL Enfin, à notre époque, en Allemagne, il s'est produit un mouvement sous l'influence de la philosophie de Schelling. Parmi ses disciples, se trouve M. Nées d'Esenbeck qui a adopté le règne humain.

On peut résumer toutes ces opinions dans le tableau suivant :

DES RAGES HUMiUNES.

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