‹ Etudes sur l'histoire naturelleChapitre 6 sur 11 · ANIMAUX · texte numérisé non relu

ANIMAUX

L'homme, a dit Blumenbach, est bimane ; le mot avait été créé par Buffon, comme nous Tavons déjà montré, pour distinguer l'homme du singe qui est quadrumane.

L'on donne donc pour caractère à l'homme Texistence de deux mains. Pour apprécier la valeur de ce caractère, il faut savoir ce que l'on doit entendre par une main.

Chez les carnassiers, les doigts des quatre membres se ressemblent tous en. forme et en longueur, et ils sdnt compris dans les mêmes mouvements. Leur réunion forme une patte. Chez l'homme le membre supérieur est muni d'une main à doigts allongés, mobiles et à pouce opposable; tandis que le membre itifé):ieui^ repose sut" un pied à doigts

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courts et très-peu mobiles. Dans le pied, îl n'y a pas d'opposition possible d'un doigt aux autres. La préhension ne peut s'effectuer par cet organe, du moins dans les circonstances ordinaires où nous nous trouyons. La main, au contraire, peut saisir les objets de trois façons : l°en opposant le pouce aux autres doigts ; 2° en ^ l'opposant à la paume ; 3® en opposant les quatre doigts à la paume.

Cuvier, s'appuyant sur ces trois particularités de la main, a défini cet organe en disant que ce qui le caractérise, c'est essentiellement « la faculté d'opposer Je pouce aux autres doigts pour saisir les plus petites choses ^ » Cette définition est mauvaise, elle ne s'applique qu'à la main parfaite, celle de l'homme.

Or, l'expression de Buffon <« les singes sont quadrumanes » est parfaitement juste; elle ne le serait pas si Ton admettait complètement la caractéristique donnée par Cuvier. Chose remarquable, en partant de leurs prémisses, Cuvier et ses disciples sont parvenus au même résultat que Buffon; mais, c'est en se contredisant eux-mêmes et démentant les définitions qu'ils veilaient de poser.

Quant à nous, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire ,

A Cuvier, Bègne ammat, 1. 1, !'• édit., p. 78, 2* édit., p. 67.

nous conclurons comme eux, mais ce sera en partant d'autres prémisses.

Commençons par examiner les mains dès singes, et voyons d'après leur composition quelle définition nous pourrons leur appliquer.

Les atèles ne présentent pas de pouce, ou du moins ce doigt estj chez eux, réduit à un simple tubercule ; le colobe est dans le même cas ; pourtant les deux singes que nous citons ont une véritable main et tous les auteurs le reconnaissent ; mais fidèles à leur définition, ils regardent ces faits comme une exception confirmant la règle qu'ils ont posée ; — cette exception s'étend à un trop grand nombre d'espèces, comme l'ont prouvé Et. Geoffroy Saint-Hilaire, MM. Otïilby et Isidore Geoffroj Saint-Hîlaire. Il résulte des observations de ces auteurs, que tous les singes de l'Amérique et beaucoup de ceux de l'ancien monde ont une main dépourvue de pouce.

Il faut donc abandonner la définition de Cuvier et en donner une beaucoup plus large : » La main est une extrémité pourvue de doigts allongés, profondément divisés, très-mobiles , très-flexibles et par suite susceptibles de saisir. »

Donc alors on peut dire que l'homme et bimane et le singe quadrumane.

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Ce qu'il y a de plus remarquable ici, et ce qui sépare nettement notre espèce, c'est que dans les animaux qui sont immédiatement après elle, toutes les fois qu'il y a un défaut de conformation dans la patte, ce défaut existe aux membres antérieurs ; c'est toujours l'extrémité postérieure qui est le mieux conformée en main. Nous pouvons citer parmi les singes : les atèles, les colobes, les ériodes, les ouistitis et tous les singes américains ; dans les tardigrades, Vaye aye ; dans les marsupiaux, les didelphides, les phalangers, etc., etc.

La définition de Cuvier est encore jugée bien mauvaise quand on examine Thomme même. — On serait; d'après elle, porté à appeler main le pied de l'homme; car dans certaines circonstances le gros orteil du pied peut devenir opposable. Si cela n'a pas lieu ordinairement, c'est que nous ayons l'habitude d'emprisonner dès le jeime âge notre extrémité inférieure. Cette habitude empêche le gros orteil d'exécuter une foule de mouvements que les muscles propres dont il est muni lui rendraient si faciles ^

Aussi ^ toutes les fois que la cause qui atrophie le

ni y a en effet au pied un abducteur, un adducteur^ un exten<' seur et deux fléchisseurs propres.

gros orteil disparait, ce doigt est apte à une foule d usages; c'est avec lui que les bateliers de Kaching, en Chine, tiennent la rame; dans quelques provinces de cet empire les menuisiers tiennent les planches entre le gros orteil et les autres doigts. Au Sénégal il y a des nègres qui tissent avec le pied. En Amérique plusieurs peuples s'en servent pour sai- * sirl'étrier*.

On a vu les Gaycurus lancer la boule indifférem" ment de la main ou des pieds ; les Carajas tissent aussi en tenant le partissoir soit avec le pied soit avec la main.

Un fait plus curieux a été observé par M. Emile Deville; il a vu les Carajas se servir de leur pied pour voler les voyageurs; pendant que ceux-ci, prévenus de leurs habitudes de vol, surveillaient leurs mains, les indigènes introduisaient adroitement le pied dans leurs poches et s'emparaient de petits objets et entre autres d'hameçons qu'ils enfouissaient aussitôt sous la terre avec une dextérité incroyable.

Parfois certains hommes privés de bras se sont servis avec beaucoup de bonheur d^e leur pied pour

^ Ëory Saint-Vincent avait afiSrmé que les résiniers landais se servaient de leur pouce pour « récolter les lichens sur la cime des arbres ; » mais M. Richard (du Cantal), dans un récent voyage fait dans ces pays, a vti que le fait était faux.

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exécuter des travaux remarquables. Ainsi Thomas Schweiker, qui vivait au xvf siècle, était dessinateur, sculpteur et surtout calligraphe renommé.

De nos jours, un peintre distingué montre par ses admirables travaux combien4e génie s'inquiète peu du corps qu'il habite, et fier de sa mutilation, il signe toujours : • Ducomet, né sans bras^. >

Résumant tous ces faits, nous disons qu'il ne faut pas se laisser abuser par le mot pied jusqu'à Tassimiler à celui des animaux ; d'un autre côté, ne pous^ sons pas l'exagération trop loin et ne disons pas, conmie Morcati au xvin* siècle, que la station verticale vient de Thabitude que l'on a de se tenir sur les pieds.

* Diieoniet en mon depuis U rédaction de cet article*

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