‹ Etudes sur l'histoire naturelleChapitre 7 sur 11 · SUITE DE LA. LEÇON PRECEDENTE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA. LEÇON PRECEDENTE

L'attitude verticale de l'homme a été célébrée par beaucoup de poètes anciens et modernes.

Os homini sublime dédit, cœlumque tueri Jussit

a dit Ovide.

L*bomme élève un front noble et regarde les deux, a dit Louis Racine.

C'est une exagération permise aux poëtes, mais le naturaliste ne doit pas se contenter de cette demivérité; il doit établir les faits tels qu ils sont, après un long et mûr examen.

' Pourquoi donc Virey dit-il que, parmi les animaux, aucune espèce ne ae tieut debout excepté

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rhomme, et qu'ils oni toujours \g cor^^ k peu près horizontalement placé, ceux du moins qui sont «• sy- « métriques ou formés de deux moitiés accolées se- » Ion leur axe longitudinal, « ajoute Virey', qui cherche en vain à corriger par cette restriction une erreur si souvent reproduite.

Ce fait qu'il avance n'est pas exact; en effet le kanguroo, les gerboises, etc., se tiennent debout quelquefois mais non toujours, et de plus le mécanisme de cette attitude n'est pas le même que pour l'homme. CJiez les oiseaux, ce caractère est exprimé d'une manière plus permanente, surtout chez les oiseaux d'eau, le pingouin, le manchot, etc.

Beaucoup plus près del'homme, trouverions-nous cette attitude verticale, d'une manière permanente et fondée sur des caractères spéciaux? On l'admettait au XVIII® siècle.

Bttffon, dans la figure qu'il donne du jocko, lui attribue une attitude verticale ; la figure est faite par Desève, mais il faut dire que celui-ci n'avait sous les yeux qu'un animal dressé, et qu'en outre il était fatalement entraîné par les idées du temps à prêter à l'animal l'attitude qu'on lui voit.

Bonnet dit aussi que Vorang-outan « marche tou«

^ Histoire naturelle du genre humain, 2* édit., 1824, 1. 1, p. 25

jours comme l'homme, sur deux pieds, la tête levée, w Linné consacre aussi cette croyance*. »»,

Aujourd'hui, au contraire, on sait que plusieurs singes auxquels on prêtait l'attitude verticale, marchent appuyés sur leurs jambes et sur un de leurs bras dans une position oblique ; ils sont ainsi intermédiaires entre Fhomme et les singes des trois dernièrps tribus et tous les mammifères à attitude horizontale. Il n'y a donc d'animaux à attitude verticale que loin de l'homme et parmi les espèces qui s'en éloignent considérablement par leur organisation; dans celles par conséquent où l'attitude, si elle est semblable, résulte néanmoins de combinaisons anatomiques et mécaniques très-différentes.

Le caractère de Y os sublime et du sittts erectus, comme le dit Blumembach, peut donc être regardé comme un caractère distinctif de notre espèce. «• Il lui appartient en propre, tant qu'on ne compare l'homme qu'aux espèces animales qui lui sont organiquement comparables : celles qui composent l'ordre des primates et particulièrement la grande famille des singes. »

Cette attitude verticale est écrite dans toutes les

* Fauna suesîca, 17/i6. Praefatio 3.

parties de notre organisation : il existe soas ce rapport une solidarité étroite entre toutes nos parties. Nous allons le prouver par plusieurs exemples :

1° Daubenton a fait un travail remarquable sur les proportions du crâne et de la face; il dit que la tête de rhomrae est en équilibre parce que le trou occipital est au centre, tandis qu'à mesure que Ton descend dans la série animale, on voit le trou se porter de plus en plus en arrière : il est donc impossible, dit-il, que les animaux puissent se tenir longtemps dans l'attitude verticale.

2** Les apophyses épineuses du cou sont courtes chez l'homme parce que notre tête a peu de tendance à tomber en avant; il suffit d'un petit effort exercé par de petits muscles, pour la maintenir en équilibre; aussi, ces muscles ont-ils besoin d'une faible surface d'insertion. — Ces apophyses doivent être, au contraire, énormes chez les autres animaux, pour permettre l'attache des forts ligaments élastiques.

3® Le bassin de l'homme est large et peu élevé ; l'articulation du fémur se fait par une tête inclinée à angle droit sur cet os, de sorte qu'il y a rejet de la jambe en dehors, ce qui élargit notre base de sustentation.

4^ Un caractère qui explique bien que l'homme

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est né pour la station bipède, c'est la différence entre ses membres inférieurs et supérieurs. — Tout est établi pour la rigidité dans les premiers, pour la mobilité dans les seconds.

Nous allons développer cette comparaison ;

L'épaule et le bassin sont deux ceintures osseuses à Taide desquelles les membres sinsèrent sur le tronc. Ebbien, la seconde de ces ceintures est fixée, immobile, et fait corps avec la colonne vertébrale, tandis que la première n'est ni soudée ni fixée, — L'omoplate n'adhère pas aux vertèbres ; elle est susceptible de mouvements. — La clavicule aussi est mobile.

Le membre inférieur s'articule au bassin par la tête du fémur , qui est globuleuse et pénètre dans la cavité cotyloïde creuse et profonde; c'est là une condition de fixité et de solidité.

Au contraire, la tête de Thumérus est une calotte sphérique peu étendue, qui n'est qu'appliquée contre la cavité glénoïde ; celle-ci est peu profonde.

L'avant-bras est formé de deux os pouvant exécuter l'un sur l'autre un mouvement de rotation ; les doigts de la main sont très-longs, très-mobiles et très-flexibles.

La jambe, au contraire, se compose de deux os, mais ils sont solidement articulés ensemble en haut et en bas ; pour l'effet physiologique, c'est comme s'il n'y en avait qu'un, car ils conservent constamment leurs positions respectives. — Les doigts du pied sont petits, peu mobiles et rigides.

5® La poitrine de l'homme est plus étendue transversalement que dans son diamètre antéropostérieur ; le contraire a Ueu chez les autres animaux, de plus notre sternum est large : il est trèsétroit chez les quadrupèdes. ^

Après le caractère de l'attitude verticale, nous pouvons placer celui-ci, relatif aux téguments de l'homme. On ne doit pas dire, comme plusieurs auteurs, que l'homme se distingue des animaux par sa nudité, car il aurait ce caractère de commun avec les cétacés, les rhinocéros, les batraciens, etc.

Le caractère véritable de l'homme, sous le rapport du tégument, c'est qu'il présente certains .endroits dépourvus de poil, et d'autres plus circonscrits qui en sont couverts ; exemple, le périnée, le pubis, les aisselles, les joues, la tête, — De plus, les animaux sont généralement plus velus sur le dos, tandis que c'est le contraire pour l'homme.

Aristote expliquait ce fait en disant qu'en effet les parties les plus exposées aux influences atmosphériques devaient être les plus couvertes. Voilà pourquoi, disait-il, on trouve plus de poils sur notre tête et sur le dos des animaux.

Il nous reste à ajouter deux détails :

Les poils atteignent rarement, chez les animaux, la longueur qu on leur voit acquérir chez l'homme. Citons les cheveux des femmes du midi de l'Europe et de la Chine, qui descendent quelquefois jusqu'aux malléoles, c'est-à-dire ont une longueur d'un mètre et quart et plus encore. Les poils les plus longs que l'un trouve chez les animaux, sont ceux du mouton d'Abyssinie, et M. Geoffroy Saint- Hilaire ne leur trouve, chez des individus de choix, qu'une longueur de 90 centimètres.

Le dernier fait relatif aux poils est la différence que présente le système pileux chez l'homme et la fenmie. Chez les oiseaux on trouve fréquemment, dans le mâle, des développements épidermiques manquant à la femelle. Rien de plus rare chez les mammifères. On ne peut citer que trois exemples de ce fait, ceux de la lionne et du grand phoque

femelle qui sont dépourvus de crinière, celui de la femelle du nilgau, à laquelle il manque la cravate que porte le mâle. « C'est donc par une exception très-digne de remarque, que la femme ressemble, jusqu'à l'âge critique, à l'enfant complètement imberbe, et après l'âge critique à l'adolescent, au moment où la barbe commence à pousser. »

On trouve chez quelques singes des poils plus ou moins allongés, simulant une chevelure ou une barbe ; mais il y a ici cette différence que la femelle nous les présente aussi bien que le mâle. — Par ces points cependant, le chimpanzé et l'orang se rapprochent plus de l'homme que des autres singes et indiquent l'affinité de la famille des singes avec ce que quelques auteurs ont appelé la famille humaine.

Un autre caractère est celui de l'égalité et de la contiguïté des dents. Dans les animaux, même chez les singes qui nous ressemblent le plus , la canine dépasse de beaucoup les autres dents et plonge dans un espace ou barre présenté par la mâchoire opposée. — Cette barre n'existe pas et ne doit pas exister chez l'homme, puisque la canine ne dépasse pas sensiblement le niveau de l'arcade dentaire.

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