‹ Etudes sur l'histoire naturelleChapitre 8 sur 11 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

DES CARACTÈRES COMMUNS A l'hoMME ET AUX ANIMAUX.

Les caractères que nous venons de pasfeer en revue isolent complètement l'homme des animaux. Ce sont des caractères nets, tranchés, absolus. Telle conformation existe chez l'homme, elle n'existe pas chez les animaux. C'est le oui chez le premier, le non chez les seconds.

Maintenant nous arrivons à des caractères qui sont communs à tous les animaux et à l'homme, mais que ce demien présente beaucoup plus marqués. C*est une différence de degré, une différence du plus Q,u moins.

Le premier de ces caractères est Texistenced'un visage (7rpo(TC()7ïov) chez l'homme, et d'un museau (ovyyoç) chez les animaux*

Ce qui caractérise le visage, c'est qu'au delà de la ligne susorbi taire on trouve une partie de la face

appelée /ron^ et au-dessous de la lèvre inférieure, un prolongement appelé menton.

Le menton est très-développé chez l'homme; il existe à peine chez Torang-outan; mais il est nul chez les autres singes. Chez ces animaux, à partir de la lèvre inférieure la face va en fuyant.

Mais ce caractère, tiré du développement plus ou moins grand du menton, a peu d'importance comme caractère différentiel de notre espèce d'avec les autres espèces animales.

Au contraire, le front va nous offrir des différences remarquables et très-importantes.

D'abord il se présente ici une première question. Le front n'existe-t-il que chez l'homme? La réponse est négative. En effet, lorsqu'on examine des têtes de divers singes, surtout dans leur jeune âge, on trouve que la partie antérieure et supérieure de leur crâne est globuleuse, arrondie.

Le front existe surtout chez les singes de la première tribu, tels que le gorille, le chimpanzé, etc. ; mais on le retrouve aussi dans la seconde, et on le voit surtout très-saillant et très-analogue (sous ce rapport) à celui de l'homme, dans la troisième tribu, chez le petit singe appelé saïmiri.

Cette première question étant résolucf, posons immédiatement la seconde «

Le front de l'homme est-il, toutes proportions gardées, fait de la même manière que celui des quelques singes que nous avons signalés?

Cela n'est pas. On remarque dans le front du singe une saillie médiane, et dé chaque côté une dépression ; le front présente pour ainsi dire une sorte de biseau à pointe antérieure. Chez l'homme, au contraire, le front est yéritablement saillant, et cette saillie est surtout très-marquée aux deux extrémités dans les points appelés bosses frontales, si bien qu'il y a au milieu une sorte de dépression.

On voit donc que sous ce rapport le front de rhomme est essentiellement différent de celui du singe.

Quelle est la cause de cette différence? — Il faut la chercher dans la disposition du cerveau.

En effet, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, tandis que, chez l'homme, la plus grande saillie du front existe latéralement aux points qui, à droite et à gauche, correspondent aux extrémités antérieures des hémisphères cérébraux, la saillie frontale correspond, chez les singes, non aux hémisphères euxmêmes, mais à l'intervalle qui les sépare en avant et à la faux du cerveau La dépression latérale du front de ces animaux est due à ce que leurs hémisphères cérébraux sont très-peu développés.

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La différence entre notre front et celui des singes se rattache donc à de grandes considérations d'organisation.

Nous arrivons à un grand caractère ostéologique, qui a beaucoup occupé les naturalistes au xviii® siècle.

Blumenbach disait que la tétc d'un animal se terminait en ayant par un os particulier portant les incisives et appelé intermaxillaire, tandis que rhomme ne présentait pas une telle pièce.

Ces idées étaient admises lorsque, vers îa fin du xvm® siècle, le célèbre Gœthe, aidé du raisonnement, en vint à soupçonner l'existence de cet os chez l'homme.

Il ne pouvait comprendre, disait- iV, son absence chez nous, puisque notre mâchoire présentait les mômes particularités que celle des singes. A force de recherches patientes, il vérifia par l'observation les résultats que son raisonnement lui faisait prévoir, et il reconnut que l'os intermaxillairc se trouvait chez l'homme. Il examina des fœtus et des enfants excessivement jeunes, et c'est là qu'il put vérifier le fait ; il vit que cet os se soudait aux os voisins à mesure que l'enfant grandissait.

Il réunit ses recherches dans un mémoire qu'il

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s'eïnpretssa d'envoyer à Camper. Celui-cî ne s'occupa guère du travail de Goethe ; il se contenta die féliciter Fauteur sur lejormat et T écriture. C'est une des causes qui ont détourné celuî-cî de Tétude des sciences et l'ont fait se lancer dans la poésie. N'étant pas encouragé par ses maîtres, il a laissé inédit jusqu'en 1817 cô travail écrit en 1785 de la même main immortelle qui devait plus tard écrire le Fœast et Werther,

La même année que Gœthe, Vicq-d'Azyr, notre célèbre compatriote, trouva par hasard chezThomme l'os intermaxillaire, et, partant de cette découverte, il s'éleva aux plus hautes considérations sur l'unité de composition.

Ce fait, que l'on a souvent nié, a été vérifié depuis par plusieurs auteurs, et entre autres par Tyson. Il n'est pas possible de le mettre en doute aujourd'hui.

Jusqu'à Camper, on disait que ce qui distingue rhomme de la bête, c'est le développement plus grand du crâne comparé à celui de la face ; mais on n'appréciait pas ce caractère par des mesures exactes.

Camper, dessinateur fort habile en même temps

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que sculpteur distingué et savant anatomiste, chercha à exprimer géométriquement cette différence de volume.

De toutes les considérations auxquelles il eut recours, une seule a fait fortune, celle de la ligne faciale^.

Il nomme ainsi une ligne tangente au front et à la racine des incisives inférieures.

Il prend aussi une ligne qu'il appelle horizontale.

Voici comment on la trace. On mène une ligne qui joint les deux trous auditifs, on en prend le milieu, et c'est de ce point que Ton fait partir la ligne horizontale pour lui faire couper la faciale à la raeine des incisives. De cette manière se forme ce que nous appelons Y angle facial.

On comprend qu'à mesure que le front fuit, l'angle diminue, et Ton peut alors, par ce moyen, comparer plusieurs têtes différentes.

Voici quelques résultats auxquels on est arrivé.

Chez des têtes de choix de*notre race, Camper, Cuvier et Et. Geoffroy Saint-Hilaire ont trouvé un angle de 85*^ ; mais en moyenne notre race possède un angle de 82®.

L'angle facial de la race nègre est de 70**.

^ Camper ne se sert jamais da mot angle facial.

Chez les Makoias, peuplade noire de l'Afrique australe, il est même de 63® 3/4 ou 64.

Ajoutons qu'entre ces deux nombres extrêmes il y a tous les intermédiaires. .

Voyons les mesures obtenues chez les animaux. Le mandrille, le cynocéphale ont un angle facial de 30®, — le magot, le macaque, un de 40 ou 50®, — le gibbon, le semnopithèque, un de 60®, — l'angle facial de Torang-outan jeune est de 63®, mais celui de Tadulte n'est que de 35®. Chez le saïmiri, on trouTe l'angle facial de 65®, comme certaines races de l'espèce humaine.

Cette grande ouverture de l'angle facial chez le saïmiri doit nous faire prévoir, chez ces singes, une grande intelligence. Le fait a été vérifié par M. de Humboldt ; il a vu que ces petits animaux diétinguaient parfaitement, sur un dessin non colorié, un insecte dangereux d'un insecte inoffensif. D'un autre côté, les Makoias, malgré la petitesse de leur angle facial, sont néanmoins remarquables par leur intelligence (Verreaux). Cela va un peu à rencontre des idées phrénologiques !

Pénétrons maintenant dans la voûte du crâne, et comparons le cerveau de l'homme à celui des autres animaux.

iJI UNITE II*QIUGiINK

Oa regarde ordiiuûrement comme caractères distinctifs de ootre espèce le yolume considérable de Vencephale, le nombre des circonvolutions, leur profondeur, retendue considérable des Qorpn calleux.

Nous allons poser ayec plus d'exactitude tous cQa faits.

D'abord Thomme n'a pas Tencéphale le plus yolumineux. Considéré d'une manière absolue, cet encéphale est plus pefit que celui de l'éléphant et de quelques autres animaux. — Appréciés par rap^ port au Tolume du corps, yoici les mesures que nous ont donné quelques cerveaux. Chez Vhomme, le volume de Tencéphale est à celui du corps comme 1 : 22 : 25 : 30 : S5. Ches le saïmiri , le rapport est :: 1 :22. Chez quelques oiseaux :: 1 : 20 : : 8 : 16 : 12. Ce dernier chiffre nous est fourni par la mésange.

Ce qu*il y a de yrai, c'est que les lobes antérieurs sont plus volumineux chez Vhomme que chez tous les autres animaux ; cl^ez les singes ils sont déjà très-affaissés. Disons qu'on peut appliquer la même remarque aux lobes postérieurs. Plus le cerveau est développé en arrière, plus il recouvre le cervelet* Chez Thomme, cette superposition a lieu exactement; chez les singes il en est de même. Mais

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chez les autres animaux on voit le cervelet à nu.

Passons au caractère tiré des circonvolutions.

L'homme a, il est 3rrai, beaucoup de circonvolutions, mais on trouve déjà celles-ci en grand nombre chez le chimpanzé et quelques singes; chez d'au^ très de la première tribu, elles sont moins abondantes en arrière. On voit donc que les espèces qui se rapprochent le plus de l'homme par Tensemble de leur organisation, s'en écartent le plus à ce point de vue. Mais nous n'allons pas jusqu à dire, comme Bory de Saint-Vincent, qu'on ne trouve pas du cerveau de l'orang-outan à celui de l'homme ded différences *« plus essentielles que celles qui existent entre les mêmes parties chez divers individus de notre espèce. " Bory croit déduire cette conséquence des belles recherches de Tiedemann sur l'encéphale de Torang. L'anatomiste allemand indique seulement que le cerveau de l'orang s'éloigne de celui de la plupart des singes et se rapproche de celui de l'homme par cinq caractères qui existent réellement, mais que l'on a souvent défigurés en citant l'ouvrage de Tiedemann.

Chez les singes de la deuxième tribu nous trouvons qu'il n'y a que quelques circonvolutions Cepropitheciens ; exemple, magot).

Dans la troisième tribu, celle des Cebiens, elles sont encore plus rares.

Un pas de plus et nous arrivons à la quatrième tribu, celle des Hapaliens ; nous nous attendrions à n y voir qu'une diminution dans la richesse des circonvolutions ; ce résultat est même dépassé ; les circonvolutions sont nulles. Il n'y a» sur le cerveau du ouistiti, que le sillon qui sépare les lobes antérieur et moyen.

On voit donc que si Ton prenait les circonvolutions pour base d'une classification, on diviserait les singes en deux groupes, l'un contenant l'homme et les singes à circonvolutions, l'autre renfermant les singes à cerveau lisse.

L'exemple des ouistitis nous fait Voir en passant, que ces animaux, placés très-bas sous le rapport de leurs circonvolutions, sont supérieurs aux autres singes au point de vue de leurs lobes cérébraux. Ce singe dépasse même l'homme par une particularité remarquable qu'il présente ; non-seulement son cerveau recouvre immédiatement le cervelet comme chez nous, mais il va au delà.

On a cru trouver dans la présence des cils un caractère distinctif de Thomme, on a eu tort, car, outre que l'on voit ijes poils chez quelques singes,

on les retrouve chez des animaux éloignés de notre espèce, tels que les pachydermes, ruminants, etc.

Un autre caractère, tiré de la présence de la membrane hymen, n'est pas plus admissible. Cuvier a trouvé cette membrane chez plusieurs mammifères.

Enfin le phénomène de la menstruation n*est pas même un indice de notre supériorité, on le retrouve, quoique moins régulier, chez les singes.

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