‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 21 sur 43 · C-îj le*. -:d · texte numérisé non relu

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SUR LA GUERRE SOCIALE. 197

maine à une époque où elle pouvait traiter avec Rome d'égale à égale. Vaincue et sous la main de fer de son impitoyable ennemi, aurait-elle pu l'obtenir alors? On a vu que Sylla fit toujours une horrible distinction entre ses prisonniers samnites et les autres Ilaliotes. Pour les premiers, jamais de grâce ; et pourtant, comme on ne peut tuer tout un peuple, il fallait bien qu'il accordât dans la société factice organisée par lui, une place quelconque aux malheureux échappés à tant de massacres. On ne peut admettre qu'il réduisit le Samnium à l'état de province tributaire; l'origine italienne de ses habitants était un titre imprescriptible, que leur persécuteur même était contraint de respecter. Comme ennemis, il pouvait les exterminer; comme Italiotes, il ne pouvait les avilir. Il est certain qu'après la dictature de Sylla, on retrouve les Samnites en possession des mêmes droits que les autres peuples anciens habitants de la péninsule (\). Ces droits, après le rétabhssement de l'ordre, les reçurent-ils de la pitié de quelque magistrat romain? les obtinrent-ils du dictateur lui-même, lorsqu'il cessa de les craindre ? Le fait demeure incertain ; mais je ne regarde pas comme improbable que Sylla, satisfait d'avoir anéanti leur nationalité, et désespérant d'exterminer tous les individus, consentit à les assimiler aux Romains, et peut-être, de sa part, cette apparente pitié ne fut-elle qu'un raffinement de vengeance (2). Quant aux villes italiennes qui lui avaient fourni des secours à son arrivée dans la Péninsule, ou qui depuis avaient mérité

(1) On a vu déjà qu'un Samnile était devenu sénateur romain (App., Civ., IV, 25). — Voy. la note de la page 326.

(2) Celle question de la position politique des Samnites dans la république, après la guerre sociale, était fort obscure, même pour les écrivains de l'antiquité. Appien, qui paraît avoir recotinu que les Samnites n'acceptèrent point le droit de cité romaine offert par la loi Plautia et Papiria, avoue qu'il ignore comment ils l'obtinrent par la suite {Civ., ), 53). Si cette loi n'eût point été transitoire (elle fixait un délai de 60 jours pour accepter le droit de cité), ou pourrait croire que les Samnites en invoquèrent le bénéfice après la tyrannie de Sylla. Au reste, du moment que le principe de l'émancipation italienne eut été admis, la natm'alisation de quelques districts, oubliés pour ainsi dire, dut être en tout temps accordée sans opposition.

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grâce pai- Imv prompte soumission, il leur conseiva les droits que leur avaient accordés les décrets de Cinna. Ses propres Lmesses et les faites solennels qu'il avait faits avec plusieurs nations ne lui permettaient pas de revenir sur une mesure deja consacrée. On verra bientôt que la constitution qu il donnait a la république enlevant, par le fait, aux assemblées popuUr la plus gi-ande partie de leur importance, il n'avait plus qu un médiocre intérêt à restreindi-e les droits de bourgeoisie ro-

Dix années d'une guerre furieuse avaient coûte a 1 Italie le nlus pur de son sang. Cent cinquante mille Romains avaient péri par le glaive, et la perte des Italiotes avait éle au moins aussi considérable. Pendant cette courte période, le triomphe momentané de chaque parti fut signalé par des confiscations, des pillages, des incendies, des massacres, des destructions de viUel 11 n'y avait pas en Italie de citi si petite qui n eut vu dans son sein plusieurs révolutions, images réduites du grand bouleversement de la république. Au milieu de ces épouvantables catastrophes, la classe moyenne, celle des petits propriétaire^ en général attachée au parti de Marins (1), avait presque entièrement disparu. Exposée depuis longtemps aux envahissements des riches, elle avait à subir encore Tip.solence et la rapacité des colons militaires de Sylla, qui, au lieu de cultiver les champs que leur général leur avait donnés, enlevaient par la force les récultes de leurs voisius, et vivaient à leurs dépens comme en pavs ennemi. Ces vétérans, répugnant aux liens du mariage , et ne pouvant s'assujettir aux soins d'élever une famille (2), usaient dans la débauche \q reste de leurs forces, et s'étei-naient sans laisser de postérité. Entre des populations industrieuses, dépouillées et proscrites, et ces coloiis paresseux et rapaces, l'Italie se changeait en un déseit, et l u cere don Tib. Gracchus avait signalé l'apparition, s^était étendu sur tout le corps social, et déjà était devenu incurable.

(\) Voy. l'excellent mémoire de M. Bureau de la Malle sur l'affaiblisiaemeni de la populaiion de l'Italie (Mém. de l'Ac, des inscr., t. Xll). (2) Tacite, Ann., XIV, 17.

SUR LA GUERUE SOCIALE

L'émancipation de riiaîie eifaça lapidement ks diiïérences de lois, de mœurs, d'idiomes, que la politique romaine avait longtemps entretenues, en défendant les mariages entre peuples voisins, en perpétuant dans chaque petit État une forme distmcte de gouvernement. Cernés de tous côtés par la langue latine, les différents dialectes de la Péninsule disparurent bientôt avec les tiaditions, les littératures, les coutumes, les religions nationales (i). La promptitude avec laquelle s'opéra la fusion de tant de peuples en une seule nation a quelque chose de surprenant, que ne peut expliquer la violence même des mesures prescrites par le dictateur. C'est que depuis rémancipation italienne, et depuis lors seulement, Rome était réellement la capitale de Tltalie. Naguère forteresse d'une caste privilégiée, elle ouvrait maintenant ses portes à toutes les ambitions, à tous les intérêts, à tous les plaisirs. Les familles riches de l'Italie, abandonnant leurs villes, accouraient se fixer à Rome. Là venaient s'agglomérer toutes les fortunes ; là se donnaient rendez-vous toutes les intelligences. Mais en même temps s'annulaient tous les centres distincts de civiUsation qui existaient autrefois dans la Péninsule; ils venaient se fondrai dans la grande ville, malheureusement sans kii apporter des forces nouvelles. Jadis, la république avait accru sa puissance eai absorbant les peuplades voisines. Son aristocratie, jeune alors et bien homogène, recrutait ainsi un peuple de travailleurs et de soldats braves et robustes; mais aujourd'hui, c'étaient toutes les aristocraties usées qui se réunissaient à Rome; son peuple n'é-

(1) La perte des livres étrusques est particulièrement regrettable. Les Étrusques avaient non-seulement de nombreux ouvrages sur le droit augurai, qui contenaient sans doute des observations astronomiques et des rensei^^nements précieux sur la mythologie, mais encore des annales qui devaient jeter un grand jour sur l'histoire de Pltalic. Varroiï (lib. IV, p. 17) cite un Volumnius auteur de tragédies frasques. — Je ne sache point d'auteur osque qui ait été eue. Les seuls ouvrages originaux en celte langue, populaires chez les Romains, étaient les Fables ateilanes, espèces de dialogues qui ressemblaient à nos inlermèdiîs. Il paraît, au surplus, qu'à une éi)oque très-ancienne, la langue grecque était en Italie la langue savante, la langue des livreSi à peu près comme le latin l'était en Europe au moyen âge.

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tait plus qu'une plèbe affamée et turbulente, prête à se livrer à tout ambitieux qui lui donnerait du pain et des spectacles. On eût dit que ce patriotisme romain, qui avait fait tant de gi andes choses, avait perdu son énergie alors que la patrie s'était agrandie elle-même. Les nouveaux citoyens n'appoitaient pas à^Rome cet amour passionné du pays, qui animait autrefois ses enfants ; et les anciens citoyens, depuis qu'ils avaient partagé leurs droits, se sentaient comme dégradés, et perdaient jusqu'à cet orgueil qui leur avait tenu lieu de tant de vertus.

Le système des comices, vicieux dès que Rome avait eu des citoyens à quelques milles de ses murs, devint une monstrueuse absurdité et une cause continuelle de désordres lorsqu'il dut s'appliquer à l'Italie entière. On ne voyait plus, comme dans l'ancienne république, un candidat demander les suffrage» de gens qui le connaissaient depuis son enfance, juges compétents de son caractère et de sa capacité; maintenant, les honneurs étaient acquis au plus riche, à celui qui, le jour des comices, pourrait amener à Rome des populations étrangères, et verser sur le Forum une masse ignorante achetée à prix d'or.

Mais de toutes les conséquences de la guerre sociale, la plus funeste sans contredit, ce fut l'exemple donné aux ambitieux, d'un général changeant à sa volonté les lois de son pays et disposant en maître de toutes les fortunes. L'armée se sépara de la nation ; la discipline militaire fut à jamais perdue ; désormais le soldat ne connut plus d'autre patrie que son camp, d'autre loi que l'ordre du général le plus indulgent et le plus heureux, de butin plus précieux ni plus assuré que les trésors renfermes dans les palais de Rome. La jeunesse, perdue de dettes et ('c débauche, s'habitua à considérer une révolution comme l'unique moyen, pour des gens de cœur, d'acquérir gloire, honneurs, richesses. Tous ces biens, le dictateur l'avait montré devant la porte Colline, un génie audacieux, un bras intrépide pouvaient les conquérir en un jour. Dès ce moment, suivant l'énergique expression de Salluste, on vit une génération d'hommes qui ne pouvait avoir de patrimoine ni souffrir que d'auUes en possédassent (i).

(1) Sali, Frag., IH). 1, 10.

SUR LA GUERIŒ SOCIALE

Le duel de Marins et de Télésinus fut comme un présage des destinées de l'Italie. Le Romain tua le Samnite, et tomba expirant sur le cadavre du guerrier qu'il venait d'abattre. Ainsi ritalie était morte ; mais Rome, frappée au cœur, ne devait pas lui survivre longtemps.

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