‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 26 sur 43 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

(2) Cum mea lex dilucide velet : Biennio quo quis pelât, petiturusve Bit gladiatores dare, nisi ex lestamenlo, prœstituta die (Cic, m Vat., Ib et Pro Sest., 64). — Nec ignoramus auclore ipso Cicérone et C Antonio coss. legem severiorem de ambiiu puniendo fuisse scriptam, cujns meminit pro Murena, nam clementior aliquatenus v.debaïur lex fuisse Calpurnia (Cfr. Schol. Bob., pro Plancio, p. 269. - Et Scho). Bob , pro Sest., 309 et 324). - La loi Tuîlia avait prévu le cas où l'accusé chercherait à se soustraire au jugement en feignant une maladie, ruse au moyen de laquelle il aurait pu parvenir à retarder le procès jusqu'au moment légal de son entrée en charge. « Morbi excusationi pœna addila est. » {Pro Mur., 23.) - Ce passage obscur, et mal interprété par quelques commentateurs, me semble expique de la manière la plus satisfaisante par Ferratius, cité par Or^Ui {Uno^ masticum Tull. Index legum, t. Vlll, p. 287).

mépris de la nouvelle loi contre la comiption électorale.

Sur les manœuvres de Murena le sénat fermait les yeux, réservant toute son indignation contre celles qu'on imputait à Catilina. Un jour, vivement interpellé par Caton, et menacé même d'un procès, menace redoutable, car Caton était alors tribun du peuple désigné, Catilina, emporté par la colère, s'écria : « On veut porter le feu dans ma maison... qu'on y prenne garde! je ne l'éteindrai pas avec de Teau, je rétoufferai sous des ruines (1) ! » Tant d'audace consternait les vieux sénateurs; les conjurés étaient pleins d'espérance ; le parti démocratique voyait avec un secret plaisir Thumiliation et l'anxiété de ses adversaires.

Les comices consulaires, retardés à dessein extraordinairement, étaient indiqués pour le 12 des kalendes de novembre. La veille, Cicéron rassembla le sénat et lui communiqua les rapports qui lui étaient adressés de différentes villes de l'Italie. On lui annonçait que, le 3 des kalendes de novembre, une prise d'armes devait avoir lieu en Élrurie ; le lendemain une émeute éclaterait dans Rome; la vie des consuls (2) était menacée. La flotte en station à l'embouchure du Tibie était sollicitée à la révolte, et L. Gellius, le légat qui la commandait, venait de découvrir une conspiration organisée parmi ses équipages (3J. Ailleurs

(1) Cic, Pro ffur., 25. — Cfr. Sali., Cat., 3t. — Salluste, évidemment à tort, rapporte ce mot à un autre moment, pour le rendre plus dramatique.

(2) Plut., Cic, 16. — Sali., Cat., 27, 28, 3(K — On voit que Cicéron affecte ici de présenter les deux consuls comme également menacés, et, parlant, comme intimement unis. De la part d'un homme qui, peu de mois auparavant, avait attaqué avec la plus grande violence la coalition d'Antonius et de Catilina, cette fiction officielle n'est pas seulement un ménagement politique, elle prouve encore, ce me semble, cette soumission aux faits légalement accomplis, ce respect pour lus formes si caractéristiques chez les Romains. Pendant leur candidature, Cicéron et Anlonius pouvaient se montrer ennemis déclarés; devenus consuls l'un et l'autre, ils formaient ce que l'on appelle aujourd'Iiui le pouvoir exécutif, qui, officiellement du moins, devait être considéré comme animé d'une volonté unique.

<'3) Cfr. Cic, Post red. ad Quir., 7. — Il règne quelque incertitude sur la date précise qu'il faut donner à cette tentative pour insurger la

on signalait des conciliabules suspects, ou des mouvements inquiétants parmi les esclaves. Ici des tentatives pour embaucher ées gladiateurs avaient excité les alarmes ries magistrats ; là des amas d'armes de guerre, formés mystérieusement, venaient d'êlre découverts et saisis. Toutes ces menées, tous ces préparatifs effrayants, les projets de rébellion et de guerje civile qu'ils indi'iuaient trop clairement, le consul les attribuait à Catilina, il en ''aisait le texte d'une accusation formelle. Puis il rapportait un passage d'un discours adressé par Caliiina à ses partisans, discours presque public, comme il semble, et qui pouvait faire connaître (jucls étaient ses desseins en demandant le consulat, et quels suffrages il espérait obtenir. « Les malheu- « reux, aurait-il dit, ne trouveront un défenseur fidèle qu'en « choisissant un homme malheureux lui-même. Les pauvres et « les opprimés ne doivent accorder aucune confiance aux pro- « messes des riches et des puissants. Que ceux qui veulent re- « couvrer ce qu'ils ont perdu, reprendre ce qu'on leur a volé, « que ceux-là considèrent mes dettes, ma position, mon déses- « poir. Aux opprimés et aux malheureux, qu'on ne l'oublie « pas, il faut un chef hardi, et le plus malheureux de tous (1)! » Le consul n'avait pas besoin de commenter un langage si menaçant pour exciter Tépouvante dans une assemblée telle que le sénat. Après ces terribles révélations, on devait s'attendre à ce qu'il demandât des pouvoirs extraordinaires ; cependant

Cotte d'Étrurie. Quelques-uns ont pensé que L. Gellius, dont il s'agit ici, légat de Pompée dans la guerre contre les pirates (Flor., 3, 6), n'avait pu conserver son commandement jusqu'en 69i, et, en conséquence, ils ont rapporté celte mutinerie avortée à la première conjuration de Gaiilina, en 689. En me tondant sur le passage de Cicéron cité plus haut, il me parait plus probable de rapporter à la seconde conjuration ce projet de révolte que fit échouer la fermeté de L. Gellius Il n'est d'ailleurs nullement invraisemblable qu'un des amiraux de Pompée, commandant une division de la flotte romaine en 689, fût encore h la mer en 69i, deux ans après la destruction des pirates. La nécessité de veiller sans cesse sur les arrivages d'Egypte et de Sicile devait obliger le gouvernement à entretenir une forte station à l'embouchure du Tibre et sur les côles d'Éiruiie. (1) Cic, Pro Jfur., 26.

il se bornait à conclure à ce que le sénat, usant de son droit, ajournât les comices, et délibérât sur la situation des affaires. Aussitôt Catilina, se levant avec emportement, s'abandonna aux récriminations les plus violentes contre un gouvernement qui, disait-il, opprimait tout le peuple. « La tyrannie de quelques « hommes, s'éciia-l-il, leur avarice, leur inhumanité, voilà les « véritables causes du malaise qui tourmente la république. » Puis après avoir nié d'un air de mépris les projets de révolte qui lui étaient imputés et s'être répandu en invectives contre le consul, il termina par cette figure menaçante : « 11 y a deux « corps dans la république, l'un débile avec une tête caduque ; (( l'autre fort, mais sans tête. Eh bien, tant que je vivrai, il « aura une tête (1) ! » 11 sortit à ces mots, laissant le sénat encore plus effrayé qu'indigné, car cet appel aux pauvres et aux malheureux, toujours redoutable aux riches, l'était surtout à celte époque, où un fort petit nombre d'hommes opulents s'abandonnaient à un luxe scandaleux eu présence d'une multitude immense de prolétaiics affamés.

On avait délibéré cependant, et sur la proposition de Cicéron, les comices furent encore ajournés. On fit plus, on rendit un sénatus-consulte qui attribuait les pouvoirs les plus étendus (2) aux consuls et à tous les magistrats en fonctions à Rome, et qui les chargeait, comme dans les calamités pressantes, de veiller au salut de la république. Ce décret, renouvelé de celui qui avait foudroyé C. Gracchus, était une arme terrible, mais il fallait avoir la hardiesse de s'en servir. Les temps étaient changés; dans l'état où se trouvait Rome alors, Cicéron, mal secondé et peut-être trahi par son collègue, témoin de l'effroi

(1) Cic, Pro Mur., 26. — Dixit duo corpora esse reipublicae, unum débile infirmo capite, alterum fîrmum sine capile. — Manuce propose de lire : firmo capite. L'antithèse est mieux marquée de la sorte; mais il me semble évident que, dans les idées de Catilina, la république était mal gouvernée. J'ai suivi la leçon ordinaire, qui contient une insulte adressée aux consuls, fort probable dans la situation (Cfr. Plut.» Cic, 10).

(2) Le pouvoir le plus important déféré aux consuls était celui de lever des soldats, et d'enrôler lou» les hommes en état de porter les armes, à Rome et dans l'Italie.

du sénat, inceiiain sur les dispositions du peuple, n'osait assumer la responsabilité qu'Opimius n'avait pas craint d'encourir autrefois. Il se borna donc à pourvoir à sa sûreté personnelle et à maintenir la tranquillité dans la \ille par un déploiement inusité de forces militaires.

La publication du sénatus-consulte excita au plus haut point Fanxiélé publique, sans abattre en rien Taudace des conjurés, car ils ne pouvaient se méprendre sur les moti'fs qui retenaient le consul dans l'inaction. Chaque jour apportait de nouvelles alarmes. Tantôt on répandait le bruit que les colonies militaires étaient insurgées, et que les Gaulois cisalpins se soulevaient; tantôt on annonçait l'existence de vastes magasins d'armes et de matières incendiaires secrètement formés dans Rome même. L'incendie, le pillage, la révolte des esclaves, tels étaient les malheurs dont on se croyait menacé et qui pouvaient éclater d'un instant à l'autre. Il entrait dans les plans de Clcéron de ne pas démentir ces nimeurs effrayantes, peut-être même chcrchat-il à les accréditer, car les craintes de tous ceux qui avaient quelque chose à perdre faisaient sa principale force. Mieux que personne d'ailleurs, il était instruit des projets des conjurés. Dès avant son consulat, il avait organisé un système d'espionnage qui entourait jusqu'aux chefs du complot. Un certain Q. Curius, joueur eflVéné (1), jadis questeur, depuis chassé du sénat par les censeurs pour le scandale de sa conduite, avait été une des premières recrues de Catilina. Cet homme avait pour maîtresse une femme d'une famille illustre, nommée Fulvia. Traité avec froideur par elle lorsque la pauvreté, suite de sa disgrâce, l'obligea de se montrer moins généreux, il avait presque cessé ses relations avec Fulvia, lorsque tout à coup elle le vit reparaître plein d'arrogance et de hauteur. Il pariait de la fortune brillante qui allait être son partage, lui faisait les plus magnifiques promesses; ou bien, changeant tout à coup de langage, il la menaçait de la tuer s'il venait à douter d'elle (2). Curius avait toujours été d'une légèreté telle, qu'il n'avait ja-

(1) Ascon., In tog cand., p. 95. — Cic, ad Ait., I, 1, 2.

(2) Sall.,Cai'.,23.

niais su rien taire, même ses turpitudes (i). Surprise de ses bravades, Fulvia voulut en connaître le motif, et r/^ut pas de peine à le savoir ; puis, une fois maîtresse de son secret, elle songea à en tirer parti- pour elle-même. D'abord, sans nommer Curius, elle fit quelques confidences qui la mirent bientôt en rapport avec Cicéron. Mais celui-ci ne se contenta point de

vagues discour

;, il l'obligea de lui faire connaître son auteur.

Curius avait l'àme trop basse pour ne pas comprendre que le rôle d'espion lui convenait mieux que celui de conspirateur (2). Il l'accepta dès lors sans hésiter, et par l'ordre du consul continua de montrer à Catilina un dévouement dont celui-ci fut complètement la dupe. Admis à tous ses conciliabules, instruit de toutes ses résolutions, il rapportait jour par jour à Cicéron tout ce dont il avait été témoin. Grâce au mystère dont ces communications étaient entourées, les conjurés ne pouvaient former un projet (|ui ne fût déjoué d'avance. Mais si la trahison de Curius suffisait pour rassurer Cicéron contre le danger d'une surprise, le caractère de son agent lui rendait difficile de convaincre publiquement Catilina. Les révélations d'un misérable honni dans Rome, le témoignage d'une courtisane eussent été rejetés avec indignation par une grande partie du sénat. César et Crassus auraient soulevé toutes les susceptibilités patriciennes contre le consul qui sacrifiait à de tels accusateurs un des membres de leur ordre. Le consul avait besoin de preuves positives, incontestables, pour démontrer la vérité à tant dfl gens intéressés à ne la point voir.

Les comices n'avaient pu être retardés que de quelques jours* 11 fallut enfin en venir à cette épreuve décisive. D'un côté, Ton vit paraître sur le Fonim Catilina suivi d'Autronius, de Lenlulus et des principaux conjurés, parmi lesquels, outre sesaffidés de Rome, on remarquait beaucoup de soldats licenciés. Conduit» par de vieux centurions, ils arrivaient en troupes des colonie», où le dictateur les avait établis, et marchaient en ordre vers

(1) Neque suamet ipse scelera cccullare, prorsiis neque dicare neque fiiccre qnidqnaTii pensi habebal (Sali., Cat., 23). {Z) Sali., CaU, 23, 20.

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