‹ Études sur l'histoire romainoChapitre 18 sur 36 · iS · texte numérisé non relu

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mait un petit nombre de tribus nouvelles, qui ne prenant leur rang dans lés comices qu'après les pre^ mières^ n'auraient jamais pu exercer une grande influence sar lés délibérations politiques ^ On sait que l'usage était d'arrêter les opérations du scrutin aussitôt que la majorité s'était prononcée ; il en résultait que les tribuiï italiotes devaient être fort rarement appelées à donner leur suffrage, et que, dans tous les cas, elles restaient dans une infériorité complète yis-à-yis des Romains de naissance.

^ Suivant Yelleius Paterculus , les Italiens auraient été iûscritfl dans huit des trente-cinq anciennes tribus. « Baque oum ita civitas ItalisB data esset, ut in octo tribus eontri-buerentur novi ciyes (voir dans Forcellini le mot cantribuo)^ Cinna in omnibus tribubus eos se distributurum pollicitus est. » Vell. IL 20. — J'ai préféré la version d'Âppien , d'abord parce que les détails dans lesquels il entre prouvent qu'il avait étudié la question; puis, il est évident que le sénat ne voulut accorder aux alliés que le moins possible; or, si les Italiotes avaient été inscrits dans huit tribus anciennes , où nécessairement ils auraient eu toujours la majorité, ils auraient pu être appelés quelquefois à donner le suffrage prérogatif; et l'importance superstitieuse que les Romains attachaient à ce vote me fait supposer qu'ils avaient pris des mesures pour se le conserver. Sur la création de tribus nouvelles, Appien ne laisse pas de doutes. Â.\là

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Malgré cette restriction, la loi Julia, ainsi nommée d'après son auteur, suffit cependant à contenter tous les alliés demeurés fidèles, Bi^i plus, elle fut ao* cueillie arec enthousiasme par plusieurs provinces, et surtout par rÉtrurie^ D'un état de servage, les jMiysans étrusques passaient tout d'un coup à la condition de citoyens romains, ils devenaient les égaux de leurs Lucumons. C'était plus qu'ils n'eussent osé attendre du triomphe des confédérés.

La loi Julia eut encore pour effet de refroidir singulièrement Tardeur des Marses et de leurs voi* sins. A Texception de leurs chefs, trop compromis pour espérer une réconciliation sincère avec Rome, ils ne montrèrent plus ni la même animosité ni la mêine vigueur. Les Samnites et les Lucaniens, qui combattaient plutôt pour satisfaire une haine nationale que pour conquérir une association avec des ennemis abhorrés, conservèrent leur énergie et leur acharnement.

A l'approche des élections, les généraux de la république se rendirent à Rome, pour la plupart,

* App. Cïr.I, W.-^Quelques villes grecques, notamment Héraclée et Néapolis , paraissent avoir refusé le bénéfice de la loi Julia. (Cic. Pro Bal, 8). Dans ce parti, il y avait peutêtre autant de crainte des Samnites que d'attachement à leurs anciennes institutions.

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afin d'assister aax oomioes et d'y réclamer le prix de leurs exploits. L. Sylla obtint la préture et le commandement de Farmée destinée à fiiire la guerre aux Samnites. Cn. Pompée et L. Porcins Caton, nommés cofisuls, eurent pour mission, le premier de réduire les Pioentes et d'observer TOmbrie et l'Êtrurie ' ; le second, ayant pris le commandement de larmée de Marius, dut attaquer les Màrses et les autres peuples dépendant de leur confédération.

Lies alliés avaient formé le plan d'une puissante diversion en Êtrurie. Trompés sur les dispositions de cette province, ils se flattaient de l'insurger facilement et d'enfermer ainsi Rome dans un cercle d'ennemis. Dans cette intention, ils détachèrent quinzse mille hommes de leurs meilleures troupes, qui,

* Suivant Appien, Civ. I, tô,L. Cssar aurait dirigé, en qualité de proconsul et en conservant Fimperium, une partie de l'armée du Nord détadiée contre Asculum. Ce fait , cx)ntredit par Orose et par rEpitomé', paraît peu vraisemblable. £n effet, pourquoi aurait-on 6té à Caesar le commandenoient de l'armée du Midi après qu'il venait de battre les Samnites? Pourquoi l'aurait-on donné pour collègue à Gn. Pompée, qui n'avait pas été moins heureux contre les Picentes? Tout se concilie par la correction généralement admise dans le texte d'Appien, à savoir, que la ville près de laquelle L. Caesar mourut de maladie, n'est point Asculum, mais Acerr», ou toute autre vdie de la Campanie.

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SOUS la conduite de Vettius, se dirigèrent sur l'Ëtrurie par un long circuit au trayers des montagnes. Partant, suivant toute apparence, des bords du lac Fttcin, cette expédition longea les Apennins, traversa la Sabine, et dut déboucher en Ombrie du côté de Spolète, pour de là gagner Clusium, alors la ville la plus importante de FÉtrurie. On ignore jusqu'où pénétra cette armée ^ Outre les dijDQcultés que la nature du pays et que la saison avancée^ opposaient à sa marche, elle eut bientôt sur les bras les troupes de Cn. Pompée. D'ailleurs, au lieu de Tenthousiasme qu'il croyait exciter par sa venue^ Scaton ne trouva chez les Ombriens et les Étrusques qu'apathie et répugnance. Alors, renonçant à s'aventurer au milieu d'une population indiflférente, sinon hostile; il dut chercher à se replier sur le Picenum pour y faire sa jonction avec d'autres che& des confédérés qui tenaient encore la campagne. Cette manœuvre réussit, et nous le trouvons bientôt non loin d'Asculum, en présence de l'armée ro-* maine. Sans doute elle lui fermait le chemin de

* L'expression d'Appien est fort obscure : iç rv* Tuppqvéccv frepecTrtjiirov. Civ. I, 50.

' C'était au commencement de Thiver. Fin de Tan 90, ou commencement de Tan 89 avant J. C. Commencement de l'année consulaire 665.

cette ville ^ ; mais dans ses marches et contre-marches, il avait rallié plusieurs divisions italiotes et se trouvait à la tête de soixante-dix mille hommes. Pompée lui en opposait soixante-quinze mille, si toutefois ces nombres nous sont parvenus sans exa* gération |. Avant d'en venir aux mains, les deux généraux, retranchés dans lents camps, suivant Tu* sage romain, s'observèrent quelque temps, hési** tant l'un et l'autre à engager une lutte décisive, dont chacun sentait parfaitement les conséquences. Pompée essaya de parlementer ; il ofifrit vraisemblablement les conditions acceptées déjà par une partie des cités italiotes ; mais Scaton, qui avait souvent battu les Romains, voulait une émancipation plus complète que la loi Julia. Les conférences se prolongèrent, chacun, sans doute, devant en référer à son sénat. Avant la guerre, ScaUm avait eu des liaisons d'hospitalité avec Sex. Pompée, frère du consul, personnage grave et respecté de tous les partis. Dans l'espoir que son influence pourrait ren« dre le Marse moins exigeant, le consul manda son

* Cela est évideat par les suites de la bataille qui eut lieu. Les alliés furent rejetés sur les Apennins, au lieu d'être enfermés dans Aiculum.

* Vell. Pat. 11 , 21. — lie passage est suspect d'inlerpola*tion.

frère de Rome pour l'aboucher avec le général. ^inemi. Cioéron, qui faisait alors ses premières armes, fut présent & cette entrevue, et nous en a conservé quelques détails pleins d'intérêt \ Elle eut lieu entre les deux camps. Scaton salua Sex. Pompée. i< Quel nom te donnerai-je? dit celui-ci. — Appellemoi ton hôte, répondit le Marse. Je le suis d'intention; par nécessité ton ennemi.» De part et d'autre on se donna des preuves de confiance et d'estime; mais aucun ne voulait céder de ses prétentions : tout accommodement devint impossible. Il fallut combattre, et la victoire se déclara pour les Romains. L'sjrmée des alliés perdit ses plus braves soldats^ ; et

^ Que quidem tnemini Sex. Pompeium fratrem consulis ad colloquium Roma venire, doctum virum atque sapientem. Qaem Scato quum salatasset : Quem te appeUem?inquit. At ille : « Yolantate hospHem» necessitate hostem. )> Ërat in illo colloquk) lequitas , duUus timor» nuUa suberat suspido, médiocre etiam odium ; non enim, ut eriperent nobis socii divitatem, MoA ut in eam reciperentur, petebant. Gic. Phil. XII, 11.

* Orose, y 9 18 y compta dix-huit mille morts et quatre mille prisonniers ; Appien , Civ. 1 9 KO , cinq mille morte seulement. Us s'aocordent d'ailleurs sur 1^ circonstances de la retraite qui suivit la bataille. Si Ton admet les chiffres de YeMus Patereulus , la perte des confédérés , telle qu'elle est nppoflée par Orose, ne paraîtra pas hors de proportion ayec le nombre des combattants ; mais je aoupsoiuw qu'O*-

le reste, dans le plus grand désordre, fut refoulé sur les montagnes. Alors commença pour ces troupes, déjà démoralisées, une retraité désastreuse. L'hiver régnait dans toute sa rigueur. Sans cesse

rose confond les deux batailles gagnées par Cn. Pompée» l'une près de Firmum, lorsqu'il était préteur, l'autre près d'Ascolumy lorsqu'il était consul. On peut le supposer, en rémarquant que parmi les morts il cite un Franeus^ général des Marses. A mon avis, il n'est point douteux que ce nom ne soit falsifié par un copiste, au lieu de celai d'Afranius ou de Lafrenias, qui, comme nous l'avons vu plus haut, commandait les alliés devant Firmom. L'importance de cette bataille de Firmum est attestée à la fois par l'Epitome et par Orose, d'accord sur ce fait, qu'à la nouvelle de la victoire, le sénat reprit les laticlaves et les autres insignes qu'on quittmt dans les temps calamiteux.

On pourrait peut-être concilier les chifires d'Appien et ceux d'Orose, en supposant que le premier ne compte la perte des alliés que dans la bataille prés d'Asculum , et que l'autre y ajoute celle qu'ils firent danls leur retraite.

Quant au lieu où se livra la bataille, je ne puis |NN>po8er que des conjectures fort incertaines. Pour passer de l'Ombrie dans le Picenum , la route naturelle de Yettius Scaton me parait être de remonter la vallée du Nar, d'entrer dans la Sabine, et laissant Nurcia sur la gauche, de se diriger sur Asculum par la vallée du Tronto. Ce serait donc au débouché de cette dernière vallée que Pompée l'aurait battu et rejeté dans l'Apennin.

harcelés par les vainqueurs, les Italiotes étaient obligés de suivre au milieu des neiges les crét^ des montagnes. La &im, le froid, la misère, les décimaient chaque jour. Les Romains rencontraient des cohortes entières arrêtées, immobiles sur la neige, et qui semblaient faire halte. En s approchant, ils trouvaient les soldats couchés, ou appuyés sur leurs armes, les yeux ouverts, mais ne voyant rien. Ces malheureux étaient morts gelés/. Bien peu parvinrent, après mille dangers, à revoir leur patrie, et ce'fut pour y porter le deuil et le découragement. Yettius Scaton périt dans cette funeste expédition : on ne sait si ce fut dans la bataille ou dans la retraite; mais les circonstances de sa mort recueillies par Sénèque, méritent d'être conservées à rhistoire. Fait prisonnier par quelques soldats, on le conduisait au consul ; un de ^es es* clayes, auquel personne ne faisait attention, marchait à ses côtés; tout d'un coup cet homme arrachuit une épée à l'un des soldats de l'escorte, en frappe Scaton et le tue sur la place. « J'ai aiSranchi » mon maître! s'écria-t-il d'un ton de triomphe; à » mon tour, maintenant! » et il se passa l'épée au travers du cprps ^.

*Oro8e,V. 18.

* Senec. De 6011. lU, i3.

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La victoire de Pompée, et ses suites plus désas* treuses encore pour les alliés, lui permirent de pat^ ter la plus grande partie de ses forces contre les peuples (fui habitaient le littoral de TAdriatique et les versants orientaux ^es Apennins. Leurs contingents étaienjt détruits, ou bien, réunis à larmée de Pompœdius Silon, ils faisaient této au consul Por* dus. Us n'avaient de secours à attendre ni des MarseSy aux prises avec ce dernier, ni des Samnites, vivement pressés par Sylla. Contre une armée nombreuse, exaltée par les succès, ils ne pouvai*eDt opposer une longue résistance*

Une anecdote intéressante, que nous a conservée Valère Maxime, peut donner une idée des moyens employés par les généraux romains pour obtenir la soumission des villes alliées. Pinna, colonie romaine, dans le pays des Vestins, mais prise au commencement de la guerre, était maintenant assi^éepar les troupes de Cn. Pompée. Dans la place se trouvait un jeune homme, surnommé Pulton*, renommé pour sa bravoure et sa force prodigieuse; son vieux père était prisonnier des Romains. Des soldats amènent le vieillard chargé de chaînes, devant une bar-

* Le mangeur de bouillie ou de purée. C'est encore un sobriquet ridicule donné probablement à un. homme tfèsrobuste et de bon appétit comme on athlète.

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rière dont Puiton avait la garde, et le chef des assiégeants, peut-être Pompée lui-même \ appelant le jeune o£Qcier par son nom, lui annonce que s'il ne liyre son poste , il va &ire trancher la tête au prisonnier. Déji les Romains avaimt tiré le glaive, ils allaient frapper. La barrière s'ouvre, mais non pour les recevoir. Puiton sort. Seul il s'élance sur le groupe de bourreaux. En un clin d'œil il les abat ou les disperse. Le vieillard est libre, et son fils, plus heifteux que lui, le ramène triomphaji^ans la place.

Ces traits isolés d'héroïsme ne pouvaient sauver les Italiotes. 11 fallut céder au nombre. Les Vestins se soumirent les premiers^. Les IVfarrucins et les Péli* gniens se défendirent quelque temps encore dans leurs montagnes^; mais Pompée soumit tout le littoral de l'Adriatique, et deux de ses lieutenants pénétrèrent dans l'Apulie"^, diversion qui favorisait puissamment les entreprises de Sy lia contre les Sam* niteSé

A l'approche des liions romaines , la diète de Corfinium avait quitté précipitamment cette ville

^ Romanus Imperator. Val. Max. Y, &, 7, ext.

* Liv. JBjptt 75.

' Us ne firent leur soumission que Tannée suivante. JS'in^TS.

* EpU. 75.— Diod. XXXVH, 538 et suiv.— App. Cif>. 1, 51.

pourchercher un refogedans les murs de Bovianum ' , sons la protection des montagnes samnites. Nous la verrons bientôt encore obligée de choisir une retraite plus sûré^. Laissant à ses légats le soin d'achever la conquête des provinces de la confédération marse. Pompée dirigea tous ses efforts contre Âsculum.

Avant la défaite de Vettius Scaton, la fortune avait reparu pour un instant sous les drapeaux de Pompœdius. SaûMttendre la fin de Thiver^, le consul Porcins Caton était allé le chercher dans son pays, et lavait battu dans quelques affaires d'avant-garde. Ces succès insignifiants lui inspirèrent un orgueil immodéré qui lui devint faljal*. Il avait pris le commandement de l'armée de Marins, et raillant la prudence de son prédécesseur, il s'était vanté d'apprendre à vaincre aux soldats dont celui-ci n'avait pas su mettre à profit la bravoure. Dans son armée servait le fils de Marins, qui recueillit ses paroles outrageantes, et s'en souvint au moment où il semblait que le consul allait réaliser ses orgueilleuses promesses. Porcins avait attaqué le camp des Marses, retranchés auprès du lac Fucin, et ses légions, encou-

* Aujourd'hui Bojano. App. Civ. I, 51.

' App. Cît. SO, Tov 9' avrov;(Cif«âvo;.

* Oroae, V. 18.

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ragées par son exemple, pénétraîentdéji dans les li« gnes ennemies» lorsque le jeune Marias le frappa, ditr<Mi, d'un coup mortel'. En voyant tomber leur général, les Romains perdent courage, l'ennemi reprend de l'audace. Pompeedius, profitant du désordre des assaillants» les presse à son tour» les chasse de son camp et en &it un grand carnage. Mais cette victoire n'eut aucun résultat. Leséy^ementsdu Pi<cenum ouvraient aux lieutenants de Pompée tout le territoire de la confédération marse, et Pompœdius, entouré d'ennemis , se consumait en efforts impuissants pour défendre un pays déjà découragé, abandonné par la plupart de ses chefs, épuisé d'hommes et ruiné par une guerre désastreuse. .

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