‹ Études sur l'histoire romainoChapitre 19 sur 36 · SIX · texte numérisé non relu

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Tournant maintenant noâ regards vers la Campanie, nous trouvons en présence deux grandes armées; Tune commandé par L. Sylla, l'autre par un Samnite» L. Cluentius, dont le nom parait ici pour la première fois'. A cette occasion, on ne peut s'em-

* Gros. V, 18.

* App. Civ. I, 50.— On voit dans Eotrope, V» 3, un A. Cluentius; dao» Diodore, XXXYII, 538 et suiv., un Tibé-

tW BS8AI

pécher de faire cette remarque, qu'on ne voit jamais en même temps les deux chefs, ou les deux consuls de la ligue, à la tète de ses armées. L'année précédente, Papius Mutilus commençait la guarre, et Pompaadius n'y prenait part que longtemps après l'ouverture de la campagne, et lorsqu'il n'est plus fait mention de son collègue. Maintenant Pompaedias combat tous les jours, et le général samnite semble disparaître de la scène. Ne pourrait-on pas expliquer leurs rôles alternatifs par une obligation que la constitution italiote aurait imposée à ses chefs? Tandis que l'un commandait les troupes, l'autre ne devait-il pas présider les délibérations du sénat?

L'armée romaine se dirigeait contre Pompéi. En même temps que Sylla se disposait à l'attaquer par terre, une flotte commandée par un de ses lieutenants, A. Postumius Albinus , suivait son mouve* ment en longeant la côte de Campanie. Arrivé près de Ppmpéi, Postumius mit à terre ses troupes de débarquement. Là, dans le camp qu'il occupait, éclata tout à coup une sédition dont la cause est restée ignorée. Les mutins accusaient Postumius de trahison, crime inconnu jusqu'alors dans les armées

rius Clepitius. La conformité dos événements prouve que ces trois noms désignent un même personnage.

rsmaines. €e fut enTain que le malhettrenx géEié-* rai essaya d'arrêter le désordre. Il eut beau supplier les soldats de récouter, de le juger même; il fut lapidé sans miséricorde.

Quelque indisciplinées que Ton suppose les cohortes de Postumiusy ce reproche de trahison élevé contre leur chef est trop étrange pour n'avoir pas été motivé, du moins par quelque apparence. Pour moi y je n'hésite point à croire qu'une défection eut lieu dans sa flotteet lui fut imputée par les séditieux. Vers le même temps, au rapport d'Appien S le ^ nat fit mettre en état de défense le littoral du Latium et de la partie de la Campanie que ses troupes occupaient. Or, les alliés n'avaient point de vais« seaux ,. et par conséquent , si une défection ne leur eût livré une flotte» nulle descente n était à craindre sur les côtes du Latium. Si Ton se rappelle que les équipages des navires de guerre chez les Romains se

* Cfr. Liv. Epit. 75. — Oro8. V, 18. — Val. Max. IX, 8, 3, Voir surtout ce passage d'Appien si remarquable : H Bov>^... vqv /xèv ôâXa99av èfpoxtpti. tiqv àno fLùfinç htl f o ^vx^. Civ* I, iil>9. — Appien, il est yrai, semble attribuer aux mouvements de rÉtrurie l'inquiétude du sénat et ses préparatifs de défense; mais contre les Étrusques, c'eût été la rive droite du Tibre et non les cOtes de la Campanie qu'il importait de fortifier.

composaient de matelots étrangers , de socii navales, la possibilité, la probabilité même d'une défection devient évidente, surtout du moment où, débarrassés de la présence des soldats romains, qui pouvaient les contenir, ces marins se trouvaient seuls, en quelque sorte, exposés aux séductions des Samnîtes.

Cette révolte , d'ailleurs , quelle qu'en soit la cause, montre ce qu'étaient devenues les armées romaines, si renommées autrefois pour leur discipline. A cette époque, elles serecrutaient parmi la plus vile populace, qui , de longue main , accoutumée aux émeutes du Forum , ne pouvait se plier à cette obéissance passive si nécessaire dans la milice. Malgré le paludamentum de leurs généraux, Içs soldats improvisés de ces temps malheureux ne voyaient en eux que des candidats pleins de souplesse, qui naguère avaient mendié leurs suffrages, et qui aux prochains comices redoubleraient de bassesses pour obtenir des honneurs nouveaux* Porcins Caton, quelque temps auparavant , avait failli être victime d'une sédition de ses troupes, excitée par je ne sais quel obscur orateur de carrefour, alors soldat dans son armée ^

^ Dio Cass. fr. Hh. Porcios , suivant DioD, ne dut la vie qu'à une circonstance fortuite. « L'armée campait, dit-il, sur

SUR LA GOKIRR SOClAlK. 193

A la nouvelle de la mort de Postiimias ^ Sylla ne montra aucune indignation ; il dit froidement : (( Ces hommes sont à moi , maintenant qu'ils ont commis un crime *. » Pour tout reproche , en les incorporant dans ses légions , il leur dédara que le sang d'un citoyen exigeait en expiation des flots de sang ennemi ^. Ses soldats étaient pleins d ardeur, lui rempli de confiance ; il n'hésita pas i donner tête baissée sur le camp de Cluentius, avant même d'avoir rassemblé toutes ses forces. D abord il fut chau-^ dément repoussé; mais l'arrivée de ses réserves contraignit les Samnites à décamper et à découvrir Pompéiy dont il s empara de vive force*.

nn sol argileux, fraîchement labouré, qui ne fournit pas de pierres aux soldats pour lapider le consul. Ils ne purent lui jeter que des mottes de terre, qui lui firent peu de mal. On s'étonnera peut-être que ces soldats indisciplinés ne songeassent point à faire usage de leurs armes pour se défaire de leur dief, mais, dans les idées superstitieuses des anciens, c'était un moindre crime de tuer un général à coups de pierres que de le menacer d'un glaive. Le lapider c'était en quelque sorte le tuer religiemement. Même superstition chez les Grecs. Yoir dans TAnabase , comment Qéarque faillit , deux fois, être assommé de la sorte. Xen. An, I, 3 et 5. /

* Plut. Sul 6.

, « Gros. V, 18. I

» Vel. II, 16.

Peu après, Cluentius ayant reçu un renfort de Gau^ lois 9 déserteurs sans doute des troupes de la république, accepta la bataille dans les environs de Nola. Elle commença par un combat singulier entre une espèce de géant gaulois et un nain numide. Ce dernier, qui était le champion de l'armée romaine , ayant tué son adversaire, les Gaulois, dit Appien , se débandèrent et s'enfuirent. Il est bien plus vraisemblable que ces mercenaires trahirent une seconde fois. Quoi qu'il en soit , la victoire de Sylla fiit complète. L'élite de l'armée samnite resta sur le champ de bataille , et les Romains firent un carnage affreux des fuyards qui se pressaient aux porter de Nola. Cluentius périt bravement en faisant de vains efforts pour les rallier K

Après cette bataille , toute la Campanie reçut la loi du vainqueur 9 à l'exception de Nola, qui parait avoir été l'une des plus fortes places de ce temps. Sans s'amuser à en faire le si^e, Sylla voulant frapper ses ennemis au cœur, se porta sur le Samnium,

Pour couper les communications entre les Samnites et les Lucaniens, leurs plus fidèles alliés, il se jeta d'abord sur le pays des Hirpins, qui sépare les

* Appien porte là perte des confédérés à 50,000 hommes» chiffre évidemment exagéré. Civ. I, 50.

SUR LA GÙfeiltlE SOCIALE. i9^

deux provinces- La terreur de son nom et la rapidité de sa marche en imposèrent aux habitants de cette contrée , jaloui d'ailleurs ^ comme il setttble» des SamniteSy et mal disposés pour lA confédération italiote\ Ce ne fut que devant Aeculanum, leur capitale, que Sylla trouva de la résistance. Cependant cette ville n'avait point de murs, et pour toute défense une enceinte de palissades. A l'approche des Romains, les habitants, qui comptaient sur l'arrivée d'une armée de Lucaniens, essayèrent de gagner du temps à parlementer. Mais Sylla ne leur laissa qu'une heure pour se décider, et cependant ses soldats entassaient contre les palissades des faisceaux de sarments et des bottes de paille. L'heure était écoulée, et d^à la flamnie brillait et gagnait les palissades, lorsque les Aeculans s'écrièrent qu'ils voulaient capituler. Il était trop tard. Le préteur les traita en rebelles, et la ville fut abandonnée h la fureur du soldat. Après cet exemple, le reste dés Hirpins s'empressa de mettre bas les armes.

Pendant que Sylla réduisait les Hirpins, les lieutenants de Pompée pénétraient en Apulie. Le pré-

* Vell. Pat. Il, 16. — Minatius Magius d' Aeculanum avait levé une légion pour les Romains, dans cette province , dés le commencement de la guerre sociale.

teur Cosconius prit d abord et brûla Salapia , fit capituler la ville de Cannes, et mit le si^e devant Yenusia. Marins Egnatius ' accourant avec une ar* mée samnite au secours de cette place, força les Romains à se replier sur Cannes. Les deux armées se trouvèrent en présence, séparées par rAufide^ non loin de cette plaine fameuse qu'Annibal avait inondée de tant de sang romain. Là, par une bravade héroïque, Marius Egnatius envoya son héraut à Cosconius, pour le défier à combattre en rase campagne, dans un lieu où nul obstacle naturel n'empêcherait les deux nations rivales de montrer leur valeur. Voici quelles étaient les conditions de ce singulier cartel. Le Samnite invitait son adversaire à passer TÂufide, s'engageant k ne pas l'attaquer avant qu'il se fût mis en bataille sur l'autre rive, ou bien, à son choix , il le priait de reculer, afin de lui laisser à lui-même le loisir de traverser la rivière et de prendre ses dispositionspourcette espècede duel. Le Romain, qui se piquait peu de loyauté, chevaleresque, feignît d accepter le dernier parti ; mais au passage même

* Cfr. Appien, Civ. 1, 52. — Liv. Epit. 75.— Dans Appien, le général samnite est un Trebatius, nom parfaitement inconnu, substitué sans doute par un copiste à celui d*Egnatius* J'ai suivi la leçon de TEpitome.

de l'Aufide, il fondit avec toutes ses forces sur les Samnites, les culbuta et en tua ou noya un grand nombre *. Marins Egnatius périt dans cette journée , qui rendit les Romains maîtres de presque toute FApulie.

Après la soumission des Hirpins, Sylla chargeant un de ses légats de contenir les Lucaniens, envahit le Samnium Jusqu'alors respecté par les armes romaines. La grandeur du péril avait obligé Papius Mutilus à reprendre le commandement des troupes; et c'était sur Fhabileté éprouvée de ce chef heureux jusqu'alors que le sénat italien fondait sa dernière espérance; mais cette fois encore la fortune de Sylla fut supérieure à celle de son rival. D'abord, par des manœuvres habiles , il parvint à attirer les forces principales des Samnitçs sur un point fort éloigné de celui qu'il voulait attaquer. Tout d'un coup , changeant de direction , il fit franchir à son armée des montagnes réputées inaccessibles, et, trompant tous les calculs de son ennemi par l'inconcevable rapidité de sa marche, il parut au cœur du Samnium quand celui-ci Fatteiidait encore à l'entrée des gorges qui séparaient cette contrée des provinces occupées par les Romains. Papius, surpris, essayai mais

* Cfr. App. Cw. h 52.— Liv. Epit. 75.

en vain^ d'arrêter ce torrent dévastateur; vaincu dans un combat acharné , blessé grièvement à la tête j il fut entraîné dans la déroute générale et porté mourant à Aesernia , cette dernière conquête des Samnites , maintenant le dernier asile de leur liberté. Avec Papius , la diète italienne se hâtait de chercher un refuge dans les murs d' Aesernia ; car déjà Bovianum, où elle venait de s'installer à peine \ était menacé par larmée victorieuse. Malgré les trois citadelles qui défendaient cette ville , malgré la résistance désespérée de ses habitants, Sylla s'en rendit maître en quelques heures et la saccagea cruellement. Tant de revers, se succédant coup sur coup, n'abattirent point le courage indomptable des Samnites; pour soumettre cette généreuse nation, il fallait l'exterminer. C'était en vain que Sylla portait le fer et le feu dans leurs villages, jamais il ne put les contraindre à demander la paix. I^ssé lui-même de cette héroïque opiniâtreté, il laissa sa conquête imparfaite , et retourna à Rome, où l'approche des comices consulaires lui offrait le but promis à son ambition et la récompense de ses services *.

En même temps qu'arrivaient à Aesernia les dé-

*App. Cw. 1,51.

' Fin de Tannée consulaire 665. Automne de 89 av. J. C.

bris de Farmée samnite, Pompaedius Silon, yaincu dans plusieurs reneontres parles légats deCn. Pompée, abaiidc»mait sa patrie inondée de troupes romaines; et, suivi d'un petit nombre de braves, échappés cooune lui à vingt batailles, il se retirait sur la terre où la liberté italienne avait encore quelques défenseurs.

Vers la fin de Tannée 665| la troisième de cette guerre , la grande confédération italienne était pres^ que dissoute. La plupart des insurgés du Nord et de TEst avaient fait leur soumission , ou bien renon^ çaient à Tespoir de prolonger leur résistance ^ Dans ces provinces il n'y avait plus d'armée italienne, mais seulement des bandes désorganisées errant de montagne en montagne, poursuivies sans relâche parles cohortes romaines. A l'exception d'Âsculum,

* Deux tribuns du peuple, M. Plautius Silvanus et C. Papirius Carbon, contribuèrent puissamment à hâter la sou*miflsion de ces peoples, en étendant les effets de la loi Julia à tous les alliés, pourvu qu'ils fussent domiciliés en Italie, et qu'ils déclarassent dans un délai de soixante jours leur acceptation des droits de cité romainel Cic. Pro Àrchia, 1. H semble que cette loi ne différait de celle deL. Gsesar qu'en ce qu'elle ne faisait point de distinction entre les alliés demeurés fdèles pendant la guerre, et ceux qui se soumettraient dans le délai indiqué.

assiégé par Cn. Foiû})ée et privé désormais de tout secours, il n'y avait plus une seule ville qui n eût ouvert ses portes aux Romains, ou qui songeât à se défendre.

Dans le sud de la péninsule, les Samnites et les Lucaniens conservaient encore une attitude fière au milieu du découragement général* Bien que depuis la soumission des Hirpius ces deux belliqueuses nations se trouvassent en quelque sorte isolées , et hors d'état de concerter leurs efiforts, elles n'en comptaient pas moins Tune sur l'autre, et savaient que leur résistance ne cesserait qu'avec la vie de leur dernier soldat. Des douze préteurs de la confédération, cinq seulement ' avaient survécu à tant de désastres. Un des consuls ou des deux^ chefs suprêmes, Papius Mutilus, dangereusement blessé, était hors d'état d'exercer un commandement. Telle était la situation des affaires lorsque Pompœdius se présenta devant la diète d'Aesernia.

Aussi magnanime que le sénat romain, qui, après

* Diod. Sic. XXXVn, 538et8uiv.~C'éteient, autant que je puis croire s les deux Pontius Telesinus, Samnites, M. Lamponius, Lucanien, Guttade Capoue, enfin Judacilius d'Asculum. Ce dernier errait alors dans les Apennins avec les débris de ses troupes, et harcelait l'armée de Cn. Pompée qui assiégeait Asculum.

SDR LA GDBmU SOCIALE. âOi

la bataille de Cannes, remerciait Varron de n'avoir pas désespéré de la république , la diète italienne accueillit le général marse, arrivant en fugitif, conune elle l'eût fait au retour d'une victoire. On lui déféra par acclamation le commandement suprême^; résolution d'autant plus remarquable, que cette assemblée se composait alors en grande majorité de Samnites , ou du moins presque tontes les troupes dont elle pût encore disposer appartenaient à cette nation. J'insiste sur ce fait^ parce que d'ordinaire le malheur rend les hommes méfiants et in* justes, et qu'il est beau de voir une nation conserver dans les revers le re^ct de ses chefe et le sentiment du devoir.

' Toutes les forces des confédérés ne s'élevaient pas à plus de trente mille hommes , en y comprenant les fugitif , Marses, Apuliens, Campaniens, qui avaient trouvé un asile dans les montagnes d'Aeser^ nia. Pour grossir celte armée, chaque sénateur, chaque propriétaire samnite afiranchit ses esclaves ; on en forma un corps d'environ vingt mille hommes, qu'on arma du mieux qu'il fut possible dans cette extrémité. En épuisant toutes ses ressources, la diète ne parvint à équiper qu'environ mille chevaux^

^ Diod. id. ibid.

* Diod. id. ibid.

D'après les pratiques militaires de cette époque , la cavalerie se trouvait, par rapport k l'infanterie, dans une proportion trop faible des trois quarts au moins ^ . Ce fut avec ces troupes , encore mal organisées, que Pompœdius entreprit sa dernière campagne^. Il attaqua les garnisons romaines que Sylla j^T^it laissées dans le Samnium, et les chassa successive^ ment de toutes leurs positions". Les historiens ro« mains, si soigneux de cacher leurs défaites, ne nous ont laissé aucun détail sur les derniers exploits de ce grand capitaine. On sait seulement qu'il s'empara de vive force de Bovianum , l'ancienne métropole des Samnites, à la suite d'un combat assez glorieux, comme il semble, pour que la diète, qu'il réinstalla peut-être dans cette ville, lui accordât les honneurs du triomphe, à l'exemple du sénat romain. Pompœdius fit son entrée dans Bovianum , traîné sur un char, suivant le cérémonial usité par les généraux de la république, pompe bien inutile et presque déplorable dans la situation où se trouvaient les affaires des confédérés^.

Dans le même temps, Lamponius obtenait de son

* La proportion ordinaire était d'un à dix ou à doaze. ' Fin de l'année 665, ou commencement de 666.

* Pompeius Sylo, in oppidum Bovianum, quod oeperat,

SUK LA GUBE&E SOCIALE. 908

côté un avantage sur les légions romaines. Le légat A. Gabinius ayant eu Timprad^ice de Tattaquer dans un camp fortement retranehé, fot battu, et perdît la vie dans cet engagement» k la suite duquel furent rétablies les communieations entre la Luoanie et le Samnium^

Ces succès partiels ne pouvaient avoir d'autre résultat que de retarder pour quelque temps enooi^ la soumission des provinces du Sud ; ils n'avaient plus d'influence «ur le sort de l'Italie. Désormais Rome avait repris son ascendant, et la pacification complète de la p^nsule n'était plus, aux yeux du sénat» qu'une question de temps* A l'issue des comices, les consuls nommés, L. Sylla et Q. Pompée,

triumphans invecius , omen victoriae hostibus dédit ; quia triumphans in urbem victricem, non in victam invebi solet. Proxîmo prœlio, amisso exercitu , occisus est. Jul. Obs. cap. 116. S'il était nécessaire de discuter des présages, on pourrait faire remarquer la fausseté de robserration de Julius Obsequens. Bovianum était une ville saîa^nite, reprise uiais non pas vaincue. Toutefois, on pourrait supposer qu'après en avoir tué ou chassé tous les habitants, Sylla avait établi à Bovianum une colonie romaine ; mais, outre qu'il n'existe aucune trace historique de ce fait, c'est attacher trop d'importance aux rêveries de Julius Obsequens, que de chercher à leur donner un fondemeat quelconque.

* fifit. 76,

20b ESSAI

n eurent point pour mission de s'occuper de la guerre sociale. Pour éteindre les dernières flammes de rînsurpection dans le Nord, il suffisait de Cn. Pompée, à qui Ton conserra Fimperium, afin qu'après les latigues de deux pénibles campagnes, il recueillit la gloire d'une conquête facile ; dans le Sud, de quelques légats jouissant de la faveur publique, à qui Ton voulait donner l'occasion de se distinguer. Déjà le sénat semblait avoir oublié les périls des années précédentes. L'Italie avait cessé d'exciter sa sollicitude , et maintenant il la portait sur les provinces les plus éloignées de son vaste empire. L'élite des liions reçut l'ordre de se préparer à passer en Asie pour attaquer Mithridate. Ce prince avait profité des embarras^ de Rome pour envahir des royaumes placés sous la protection de la république. Il avait battu deux de ses généraux, et pour déclaration de guerre , il avait fait massacrer en un jour tous les citoyens romains que le commerce avait appelés dans ses états.

Depuis longtemps la puissance de Mithridate, son ambition, ses grandes qualités, étaient célèbres parmi les Italiotes, et plusieurs de leurs chefs, qui avaient servi en Asie, avaient pu le connaître personnellement. Après leurs premiers revers, les confédérés s'étaient mis en communication avec ce

Sun LA GUfiRRB SOCIALE. 306

prince^ pour lui demander des secours et Tinviter à recommencer l'expédition d'Ânnibal avec de plus grandes chances de succès. Mais peut-être Mithridate n était-il pas encore préparé, ou bien, tout entier à des conquêtes plus faciles, il recula devant ridée d'une entreprise aussi gigantesque. Dans une réponse vague aux ambassadeurs des confédérés, il promettait de passer en Italie lorsqu'il aurait terminé la conquête des provinces asiatiques qu'il voulait 'réunir à ses étals. De £iit, il ne parait pas que la diète ait obtenu de lui des secours d'hommes ou d'argent. Seulement , il accueillit avec fisveur tous les Italiotes qui, désespérant de leur patrie, vinrent près de lui chercher un asile au delà des mers. Il en forma un corps de troupes qui, dans la suite, lui rendit de grands services'.

Les préparatifs de cette guerre et les soins de Tadministration intérieure occupèrent le sénat et les consuls pendant la plus graudepartiede l'année 666, et cependant Cn. Pompée et ses lieutenants conti<nuaient leurs opérations contre les débris des insurgés. Hâtons-nous de retracer les derniers événements de cette lutte acharnée. On a vu que Cn. Pompée, débarrassé de la confédération marse, avait

' Diod. XXXVII, 539.— Frontin, StraL I, 3, 17.

S06 BdSAi

réuni la plus grande partie de ses forces contre Asculum. Il rendait cette malheureuse viHe responsable de la révolte dont elle avait donné l'exemple^ et il avait jurjà d'y exercer de terribles représailles. Mais la garnison était nombreuse^ les habitants remplis d'enthousiasme et d'espoir dans le succès de leurs alliés. A l'approche des premières troupes ennemies, ils ne montrèrent sur leurs murailles que des vieillards et des enfants , afin de persuader & Pompée que la ville, presque sans défense, pouvait être &cilement emportée par un coup de main. Ce stratagème réussit. Déjà les Romains commençaient Fescalade en tumulte, lorsque les portes d'Asculum s'ouvrant tout à coup , une jeunesse nombreuse se précipita avec fiirie sur les assaillants, en fit un grand carnage , et les ramena en désordre jusque dans leur camp^ Cet échec donna plus de circonspection à Cn. Pompée. Il entreprit un siège en règle; des lignes de circonvallation, des terrasses formidables entourèrent Asculum. Toutes les machines de guerre connues à cette époque furent réunies contre ses remparts. Peu h peu les assiégés

* FrontiD, Strat. m, 17, 8.-*-0d a trouvé, dit Pighius, près de la ville d'Âscoli , plusieurs balles de plomb de forme ovoïde, qu'on lançait avec des frondes. Elles portaient cette inscription: FERI POM., Feri Pompeium.

apprir^it les dé&ites sûccessiTes des alliés; chez eux, le découragement succéda bientôt à l'audace. Une sortie imprudente, qui leur coûta beaucoup de monde, acheva de les abattre ^

De tout temps les cités italiennes se divisaient en deux factions. Dans l'extrémité où les Asculans se voyaient réduits, le parti qui avait autrefois été persécuté pour son attachement aux Romains , commençait à relever la tête, et à se grossir de tous ceux qui n'étaient pas trop compromis pour désespérer de trouver grâce devant les magistrats de la république. Déjà l'on parlait tout haut de l'inutilité d'une défense prolongée ; déjà l'on jetait les yeux sur quelques familles patriciennes pour les charger d'un message auprès du général romain , lorsque Judacilius fut instruit de ces menées. Indigné , il ras* semble huit cohortes avec lesquelles il faisait la guerre de partisans dans les montagnes voisines. A la tête de cette troupe peu nombreuse, mais déterminée, il marche dans le plus grand secret contre ie camp de Cn. Pompée; et d'abord, il fait prévenir les chefs d'Asculum de son dessein, et leur ordonne de faire une sortie générale aussitôt qu'il se présentera devant les lignes ennemies.

* Orose, V, 18.

Ce message de Judaciiius, dont ils connaissaient le caractère inflexible, loin de ranimer l'espoir parmi les assiégés, les remplit de consternation; car, layant à leur tète , il fallait vaincre ou mourir, et vaincre n'était plus possible. Lorsqu'il parut en poussant son cri de guerre , pas une voix n'y ré-, pondit du haut des remparts d'Âsculum. Les habitants, découragés, et n'osant prendre un parti, le virent avec effroi faire des prodiges de valeur et lutter contre toute l'armée ennemie, espérant peut-être, par leur lAche immobilité, désarmer la vengeance des Romains. Judacilius s'aperçut qu'il était trahi, et sa fureur redoubla ses forces. Renversant tous les obstacles qui s'opposaient à son passage, il perça au travers des retranchements et des légions de Pompée, et suivi d'une poignée de braves, il parvint jusqu'aux portes d'Asculum, qu on n'osa lui fermer. Son entrée dans la ville fut celle d'un vainqueur irrité j le proconsul lui-même pénétrant par la brèche n'eût pas été plus terrible ni plus menaçant. D'un coup d'œil, Judacilius reconnut que prolonger la résistance était cHose impossible, avec ce peuple déjà vaincu par la misère et la désunion. Désormais il ne songea plus qu'à mourir libre et vengé. Les soldats qu'il amenait étaient dévoués et partageaient sa fureur. Par son ordre, ils massacrent tous

les partisans de la faction contraire, tous ceux qu'il désigne comme des lâches ou des amis des Romains. Fuis , dans le temple principal d'Âsculum , il fait dresser un vaste bûcher sur lequel on entasse tous les meubles précieux, tous les objets qui auraient pu orner le triomphe de Pompée. Au sommet on place un lit funèbre. Dans le vestibule du temple uil grand festin se prépare; Judacilius le préside, entouré de ses amis; il les exhorte à suivre l'exemple qu'il va leur donner. A la un du repas, on lui apporte une coupe de poison, il la vide, et s étend d'un air calme su^ le lit funèbre. Aussitôt qu'il eut rendu le dernier soupir, ses soldats allumèrent le bûcher qui , en un instant, dévora le plus brave des Ascu* lans et les dieux de sa patrie. Cn. Pompéia, en entrant dans la ville, n'y trouva plus que des cadavres et des maisons enflammées où ses soldats se précipitèrent aussitôt, pour disputer au feu le misérable butin quQ Judacilius leur avait laissé. Desfenùnes, des enfants, dépouillés de tout, furent destinés à suivre le char de Pompée*, qui vainqueur sans avoir

* Cfr. Pline, VH, W. — A. Gell. XV, *. — Les Asculans prisonniers furent conduits en triomphe à Rome ; mais je doute qu'ils aient été vendus comme eçdaves. On connaît la siogulièrà destinée de Yentidius, l'un de cçs prisonniers; on

210 nsAi

combattu, re^nt an Gapitole triompher d'Ascolum, mais non èe des habitants ^ «

Laprised'Aseulum, qui rendait disponible lanombreuse armée des assiégeants, fut suivie de fort près par l'entière soumission de tous lespeuples composant la confédération marse. Pompœdius, il est vrai, es* saya de ranimer le feu de Tinsurrection en conduis sant les Samnite%dans des provinces plus qu'à demi subjuguées. Mais sa tentative impuissante fut une nouvelle calamité pour la nation généreuse qui lui avait confié sa dernière armée. Débouchant en Apulie, Pomp^Bdius fut obligé de livrer bataille dan^ les environs de Teanum', au préteur Métellus, qui avait succédé à Ck^sconins dans cette province. La d^ite des alliés fut complète : Pompaedius mourut bravement les armes à la main, cpoune tous ses col<-

lui reprocha dans la suite d'avoir été garçon d'écurie, mais non pas d'avoir été esclave. Voici les expressions d' Aulu-GeUey ^6, hf qui ne peuvent s'appliquer à un esclave : Ëamque rem tam iûtolaranter tulissepopulumSLomanum^ quiYantidium Bassum meminerat eurandis mulis victitasse, ut vulgo per vlas urbis versiculi proscriberentur :

Concurrite omnes augures, haruspices ; Portentum Inusitatum «otiflatnm est reoent.

Nam muloft qvâfnmbKty otnsol façtus est,

*App. CîV.ly W.

2 Orose, V, 18.— Cfr. Appîen, Civ 1, 68, et Liy. Efii. 76.

SCft LA fiUBKHfi &ÛCIALK. 211

lègues. Les Apuliens et les Marses subirent la loi du vainqueur. Quant aux Samnîtes, toujours persévérants, ils regagi^èpâkit leurs moptagiiei, #ù le vainqueur n* essaya pas de les poursuivre/

Après cette bataille , la diète italienne semble s'être dissoute. Tous les peuples du Nord ayant mis bas Içs armes, les Samnites et les Lucaniens ne combattaient plus pour la liberté de l'Italie, mais pour leur propre indépendance. Us se choisirent pour généralissime le Samnite Pontius Telesinus, sous la conduite duquel nous les verrons eneore entreprendre de grandes choses. ^

I i . qi M p g w

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