XIV
Après la mort de Marius, et pendant que Sylla, tout en faisant la guerre à Mithridate, méditait déjà de passer en Italie, la faction populaire maîtresse de Rome mettait à sa tète Cinna, qui n'avait aucune des qualités nécessaires à un chef de parti. Cet homme, mélange bizarre d'audace et de faiblesse, ne reculait pas devant un crime; mais après ravoir commis, saisi d'une espèce de vertige, il s'ar»* rêtait, et ne savait pas le faire servir à ses intérêts. Jamais on n'obtenait de lui que des demi-mesures. Il avait décimé le sénat, mais il n'y dominait point ; il avait rempli Rome de meurtres et de massacres, mais les plus dangereux de ses ennemis lui étaient échappés. Il avait accordé aux Italiotes le droit de cité romaine et de suffrage, mais il ne permettait pas qu'il y eût des comices ; il s'arrogeait le pouvoir souverain, mais il n'en usait pas, hésitant devant de «vieux usages, lui qui s'était mis au-dessus de toutes les lois. En un mot, il s'était attiré des haines particulières et le mépris général.
Depuis le départ de Valérius, on ne sait presque rien du gouvernement de Cinna, si ce n'est qu'après la naturalisation des Italiotes, il fit inscrire les affran-
SCR LA GCERRB SOCIALE. S6t
chîs dans les trente-cinq tribus, c'est-à-dire qu'il leur accorda les droits complets de cité romaine '. Cette grande mesure me semble encore l'accomplis^sement d'une de ces promesses faites au moment du danger et qu'il ne pouvait se dispenser de tenir. Marins, et Cinna lui-même à difiërentes reprises, avaient fait insurger les esclaves; ils en avaient incorporé un grand nombrejdans leurs armées. La disette d'hommes avait été telle en Italie sur la fin de la guerre sociale, qu'on a vu l'armée de Pompaedius Silon composée de presque autant d'esclaves que d'hommes libres^. Il fallait compter maintenant avec toute celte multitude à qui l'on avait mis les armes à la main, et qui, au premier sujet de mécontentement, les aurait tournées contre ses chefs'. En 669, Cinna se déclara de nouveau consul % sans assembler les comices, et se donna pour collègue Cn. Papirius Carbon. Sans doute l'anarchie à laquelle la république était en proie lui faisait re-
* Liv. Epit. 84.