XVII
Depuis la prise de Rome par Sylla , Carbon n'est plus le chef de la république; il n'a plus d'auspices,
* App. Cit?. 1,87.
* Plut Poiwp. 7.
plus de Japiter Capitolin qu'il puisse invoquer à son aide. Bé^k depuis longtemps son armée ne comptait presque plus de Romains dans ses rangs. Le voilà devenu une espèce de capitaine d'ayenture, conduisant une armée étrusque, et défendant l'Étrurie, sa patrie adoptive. Sur ce terrain la guerre semble reprendre une fureur nouvelle; c'est qu'il s'agit à présent de l'existence même d'un peuple qui^apr^ une longue léthai^e/ s'agite quelques instants à la lumière, pour disparaître bientôt a jamais de la scène du monde.
Si l'on tourne les yeux vers le midi de l'Italie» un spectacle semblable se présente. Marins et les Romains qui restent attachés à sa fortune, étroitement bloqués dans Préneste, ont cessé de jouer un rôle dans le grand drame qui s'achève. Mais ce vaste champ de bataille du Latium, cette terre arrosée de sang, ne cessera pas pour cela de s'engraisser de nouveaux débris humains. LesSamnites descendent plus ardents dans cette arène; c'est que la prise de Rome les soulage d'un grand poids. Us rougissaient de se voir les alliés des Romains; aujourd'hui, libres de l'apparence même d'un engagement, ils recommencent cette vieille lutte dont l'origine remonte aux temps héroïques, et cette fois, c'est un duel à mort entre les deux nations. Ainsi, après
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avoir porté ses aigles yictorieases dans tontes les parties dn monde, Rome, reculant, ponr ainsi dire, de quatre siècles, se trouvait encore disputant péniblement aux Samnites et aux Étrusques la possession de l'Italie.
Carbon, laissant une partie denses troupes dans Ariminum, avait concentré le reste devant Clusium, et couvrait cette ville, qui renfermait ses dernières ressources, par un camp retranché sur les bords du Glanis *. De son côté, Sylla, après avoir confié à l'un de ses lieutenants, Lucretius Ofella*, le blocus de Pl^neste, avec des forces suffisantes pour arrêter au besoin les Samnites, s'ils essayaient de secourir cette vilJe,se disposait à envahir l'Étrurie avec l'élite de son armée. En même temps. Pompée refoulait €arrinas sur l'Ombrie méridionale, et Mételtus, embarquant ses légions sur l'Adriatique, les portait à Ravenne,'et tournait ainsi la forte position d'Ariminum. A cheval sur la voie Émilienne, qui, partant de cette dernière ville, aboutissait à Placentia, Métellus fermait le passage aux renforts que Carbon pouvait tirer de la Gaule cispadane. Enfin, un corps détaché dans laCampanie tenait en haleine les Lu-
* La Chiana. — App. Civ. I, 89.
^ C'était un déserteur du parti de MarioB.
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eaniens et les Sanmites^ qui, à l'exempte des Romains de Sylla, rempUssaieal cette riche {H^ovinoe de massacres et de dévastations ^
A son «Qtrée dans rÉtrnrie, Sylla ne rencontra d'abord que peu d'obstacles. Sur tes bords du Glanis et devant Saturnia, il obtint quelque succès d'avantgarde *, qui renhardirent i attaquer l'armée principale de Carbon, dans la positic»! £Drmidable qu'elle occupait en ayant de Clusium. Là, sa fortune parut l'abandonneiP pour un instant. Plendant tout un jour on se battit avec le dernier acharnement, et la nuit seule sépara les deux armées ; mais les Étrusques avaient conservé toutes leurs positicms; les légions ^inemies avaient fait des pertes considérables, etSylia lui-même, troublé d'une résistance i laquèUe il ne s'attendait point, ne se crut pas en mesure de renouveler ses attaques. D'ailleurs, sa situation en Ëtrurie commençait à lui dionner des inquiétudes. On lui annonçait que les Samnites et les Lucaniens allaient descendre en force dans le Latium; il était urgent de les arrêter au débouché des montagnes, de couvrir le blocus de Préneste, de couvrir Rome même restée sans dé&nse. Sylla fut donc contraint
* App. Éïf). 1 , 89. -^ Flor. m, 81, 22.
^ App. Civ. I, 89.
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de faire retraite; mais ce fut avec honneur; car dans sa marche rétrograde il battit une des divisions que Carbon détachait au secours de Garrinas, alors vivement pressé par Cn. Pompée ^
Carbon, de son coté, était hors d'état de poursuivre ses avantages; il recevait à la fois les nouvelles les plus alarmantes. Dans la Gaule, la diversion de Métellus le privait d'une partie de ses ressources, et le proconsul y faisait chaque jour de nouveaux progrès. D'autre part, il apprenait que Préneste allait manquer de vivres et se trouver réduite aux plus dures extrémités. Dans ces conjonc* tures, il partagea son armée. Huit légions, sous la conduite de Marcius, l'un de ses lieut^iants, marchèrent sur Préneste ; tandis qu avec le reste de ses troupes il reprit le chemin d'Ariminum, espérant pouvoir accabler Métellus, isolé dans la Cispadane^, pendant que le gros des forces de Sylla serait aux prises avec Marins et les Samnites. Par la jonction
* App. a«. 1,90.
' On voit que Carbon et Sylla attachaient l'un et l'autre une grande importance *à la possession de la Gaule cisalpine. Outre les recrues que cette province envoyait sans cesse, elle fournissait aux armées de la république et à toute l'Italie une immense quantité de provisions de bouche, surtout des viandes salées.
des deux grandes années étrusque et samnite, la guerre pouvait changer de face ; Marius allait être dégagé, tandis que Sylla, environné de toutes parts par des forces supérieures^ se verrait obligé de livrer une bataille dont toutes les chances étaient contre lui.
On a peine à comprendre pourquoi, dans ce grand mouvement, Carbon ne se réserva pour luimême qu'un rôle secondaire; car si l'armée de Sylla était battue, Métellus, isolé dans une province en* nemie, était perdu sans ressources. Carbon avait un génie organisateur. Son grand talent c*était d'improviser des armées ; d'ailleurs, général timide et lent, dès qu'il s'agissait de les conduire. Peutêtre , se rendant justice, se crut-il moins propre que Marcius à exécuter un mouvement qui demandait de laudace et de la rapidité. Peut-être encore, à une époque où les trahisons étaient si fréquentes , et lui-même en avait fait la triste expérience, fut-il rappelé dans Âriminum par la découverte de quelque complot. Il disait qu'en Sylla il avait à combattre tout ensemble un lion et un renard, et que le renard était le plus dange-
Plqt. Si*«. 28,