‹ Études sur l'histoire romainoChapitre 26 sur 36 · C9SAI · texte numérisé non relu

C9SAI

Marcius, en se dirigeant sur Préneste, avait sans doate dans ses instructions Tordre d'éviter la route que suivait Sylla dans sa retraite, c'est-à-dire, suivant toute apparence, la voie Cassia, qui traversant Vulsinii, Sutrium, aboutissait, sur la rive droite du Tibre, à la porte Flumentale ^ Je suppose qu'il marcha par une route parallèle, mais ^sur la rive gauche du fleuve : c'était le chemin le plus court» mais il prétait le flanc à Pompée, qui, après avoir battu Carrinas dans plusieurs rencontres, manœuvrait dans les environs de Spolète^, où il tenait soti ennemi presque assiégé. Pour arriver k Préneste, le Samnite Pontius Telesinus avait également de grands obstacles à surmonter; le principal était le passage de certains défilés dont on ignore la position précise, mais que je serais tenté de placer aux environs de Val-Montone ^. Si les Samnites surprenaient ou forçaient ces défilés avant l'arrivée de Sylla, Préneste était délivrée sans doute, lors même que Marcius eût manqué son mouvement du côté opposé. Ainsi, la victoire devait appartenir à l'armée qui saurait soutenir les plus longues marches. Le prix

* Cfr. Cic. Phil XH, 9.

« App. Civ. I, 90.

' J'essayerai tout à Theure de déterminer cette position.

de cette espèce de course fut à Sylla. De 3a per* sonne, il occupa les défilés de Préneste, repoussa les Samnites el couvrit le blocus. Marciu^ cepeu'* daaty surpris par Pompée, perdit beaucoup de monde, et se vit au moment d'être contraint à mettre bas les armes ayec toutes ses troupes, sur une hauteur où il «l'était laissé enfermer ^ Échappé à grmd'peine après avoir manqué le but de son opération, il fit une retraite précipitée sur Clusium, dans laquelle il fut abandonné par presque tous ses soldats. La plupart, paysans étrusques de nouvelle levée, découragés par ce revers, regagnaient par troupes leurs villages, jetant leurs armes et leurs enseignes. Une légion, coupée du corps principal, se retira sur Ariminum; enfin, de quatre-vingts cohortes, Marcias n'en ramena que sept à son général ^

Carbon n'avait pas le droit d'accuser son lieutenant, car il n'avait été ni moins malheureux ni moins imprudent «Malgré tant et de si dures leçons, au lieu de se borner h faire une guerre de chicane, il n'h&ita point à engager une action générale. Réuni à Norbanus, le consul de l'année précédente,

* App. Civ. I, 90.

* Id. ibid.

Mh ESSAI

il atteignit M étellus, prés de FaTentia dans la Gaule cispadane, et sans avoir reconnu sa position, il donna le signal de Tattaque, bien qu'il restât à peine une heure de jour et que ses soldats fussent fatigués d une longue marche. L avantage du nombre était pour eux ; mais Métellus était fortement retranché dans un terrain accidenté et coupé de vignobles, où il était impossible de Faborder en ligne. Arrêtés par ces obstacles naturels, les assaillants ne purent agir avec ensemble, et furent repoussés vigoureusement sur tous les points. Déjà des monceaux de cadavres encombraient les abords du camp de Métellus, lorsque la nuit survint, toujours à craindre à la guerre, et surtout dans une guerre civile, où elle favorise les trahisons. Cinq mille des soldats de Carbon passèrent à lennemi, le reste se dispersa de tous les côtés. A peine le consul put-il retenir autour de lui un millier d'hommes avec lesquels il regagna FÊtrurie \ Il laissait encore cependant des troupes assez nombreuses dans la Gaule cisalpine ; mais, avec de jeunes soldats sans discipline et remplis de témérité, les mêmes fautes se reproduisaient sans cesse; Carbon avait plutôt des masses tumultueuses qu'une armée ; toujours demandant le com-

* App. Civ. I, 91,

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bat avec une audace imprudente, elles se débandaient au premier revers. M. Luculios, lieutenant de Métellusy eut bon marebé des débris de ces troupes démoralisées, et les battit complètement auprès de Placentia \

Après cette bataille, toute la Cisalpine reçut la loi du vainqueur ; cbaque chef, chaque corps isolé s'empressa d'ofFrir sa soumission pendant qu'il pouvait encore s'en faire un mérite. Ici , les soldats abandonnaient leurs officiers; le, les généraux livraient leurs armées. C. Verres, questeur de Carbon, désertait, emportant sa caisse militaire^. Près d'Ariminum, une légion entière 'se mutina contre Albinovanus qui la commandait, et s'alla rendre k Métellus. Si Albinovanus n'avait pas suivi ses soldats, c'est qu'il méditait une plus noire trahison, et qu'il voulait se faire distinguer par Sylla entre ces déserteurs vulgaires, qui, chaque jour, abandonnaient unie cause

* App. Gv. I, 9i. — Fidentia, suiv. Plot. SuU. 37.

* Cic. m Yerr: Act. sec. 1, 13.

' Appien appelle ce corps une légion locanienne : T«>oc At^movûv, Civ, I, 91. Ne devrait-on pas traduire plutôt une légion lueqMùise f Outre que la trahison d'une ^upe luca* nienne parait peu probable en raison des dispositions de sa patrie , je ne m'expliquerais pas comment des Lueaniens se seraient trouvés dans l'armée de Carbon.

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désespérée. Accueilli par Norbanus comme un homme sur lequel on pouvait compter dans la mauvaise fortune, il fut nommé gouverneur d'Arïminum. Là, au milieu d'un repas, il fit égoi^r les chefs qui s'étaient réfugiés dans cette place, et, tout couvert du sang de ses camarades, il ouvrit ses portes à Métellus^

Accablé coup sur coup de tant de malheurs, Carbon lui-même désespéra de sa cause. Cependant, les Samnites et leurs confédérés de l'Italie méridionale n'avaient point encore été entamés, et les Étrusques, malgréleurs défaites, paraissaient disposés à défendre courageusement leur pays. Mais ils avaient retiré leur confiance à un chef toujours malheureux. Carbon commençait à se trouver tout i fait isolé au milieu d'un peuple étranger, qui n'aurait oublié l'origine de son général qu*à la condition qu'il les menât toujours à la victoire. Chaque bataille perdue le rendait suspect à ces hommes qui s'étaient sacrifiés pour lui. Découragé lui*méme, effrayé du mécontentement de ses troupes, il prit le parti de i^uitter l'Italie et

* App. Ci«. I, 91. Norbanus parvint à s'échapper et à gagner Rhodes. Son extradition ayant été réclamée par Sylla, il ae tua tnr la place publique , pendant que les Rhodiens délibéraient sur la demande du dictateur.

d'aller tenter Ailleurs la fortune. Dans la dissolution générale on pouvait, avec de l'audace et un nom, se faire dans quelque province une position indépendante. Sertorius s'était solidement établi en Espagne; Carbon voulut essayer d'en &tre autant en Afrique. Dans ce dessein, 11 quitta son camp devant Clusiuxn, à la faveur de la nuit, accompagné seulement de quelques Romains, trop compromis pour espérer leur p$rdonde Sylla. Sa ftiité avait été préparée avec le secret lé plus profond, et il était déjà hors d'atteinte, que son armée ignorait encore iSon absence. Il n'avait nommé personne pour le remplacer, et ses principaux lieutenants, Carrinas, Marcius et Damasippus, commandant chacun des corps détachés plus ou moins éloignés de Clusium» n'avaient point été mis dans la etmfldence de ses projeta.

Sans chefs, sans ordres, livrée k la plus complète désorganisation, cette armée, qui comptait encore trente mille soldats, eut le courage d'attendre Fennemi devant Clusium et de défendre ses drapeaux. Vingt mille hommes restèrent sur le ôhamp de ba^ taille ; le t&b^ se dispersa^ et le sort de l'Étrurie fut décidée

* Cfr. App. Cf0. 1, 92. ^ Vell. Pat. Il, Î8. ^ Phit. SulL

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En voyant la constance des Etrusques dms cette guerre, malgré leurs défaite^ continuelles» la faci* lité avec laquelle se reforanaient sans cesse leurs armées, plusieurs fois presque complètement dissipées, qui ne remarquera l'inhabileté de Carbon à se servir des immenses ressources dont il disposait? Depuis longtemps, h la vérité, rÉtrurie avait perdu, par la faute de ses gouvernants, ces habitudes militaires qui s'acquièrent si difficilement et se perdent si vite. Sous ce rapport, elle le cédait h toutes les nations ifailiotes. Ses cohortes étaient trop peu exer-

S8. Appien attribut à Pompée l'honneur de cette victoire; Velleius Paterculus nomme les deux Servilius * comme les lieutenants de Sylla qui commandèrent dans cette journée; le témoignage de Yelleius étant confirmé par un passage de Plutarque, me parait devoir être préféré. — Plutarque mérite une confiance particulière pour les événements de cette époque, ayant eu à sa disposition les mémoires de Sylla, qu'il cite souvent. — On remarquera, de plus, que Pompée poursuivait alors dans l'Ombrie les lieutenants de Carbon qui ne prirent point de part à la bataille de Clusium. Au lieu de se porter sur l'Étrurie méridionale, il semble que Pompée projetait un mouvement sur les derrières de Telesinus. A cet efiet, il devait marehar par la Sabine et le pays des Marses , pour occuper la rive gauche du Lins. De la sorte, il eût fermé aux Samnites la route de leur pays.

. * On suppose que i'un d'eux fut P. Servilius Vatia IsauHcus..

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cées pour se mesurer eh ligne avec les soldats aguerris de Sylla ; mais derrière des murs, ou dans de fortes positions, comme à Clusium, elles devenaient redoutables. L'Étrurie avait quantité de places bien fortifiées et dans des situations àvanta* geuses ; d'ailleurs, les montagnes qui oeuvrent une grande partie de cette province offrent à chaque pas des postes faciles h défendre. C'est là que Carbon aurait dû attendre ses adversaires, et qu'il les aurait combattus avec de grandes chances de succès. Les lieutenants de Carbon, abandonnés à euxmêmes, se réunirent pour délibérer sur le parti qu'ils avaient à prendre. Se maintenir en Étrurie, au milieu de trois armées victorieuses, leur parut impossible ; se rallier aux Samnites pour continuer la guerre dans le midi, c'était, dans les conjonctures présentes, une entreprise difficile, mais leur seul espoir de salut, et il était digne de braves gens de tout tenter avant de mettre bas led armes. Us avaient encore quatre légions, fort affaiblies sans doute, mais éprouvées par les fatigues d'une campagne qui durait depuis plusieurs mois. En trois ou quatre marches ils pouvaient gagner le camp de Telesinus, qui les invitait à le joindre; car, dans le même moment, il se préparait à Tune des manœuvres les plus hardies dont l'histoire ait gardé le

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souvenir. Us partant donc et parvionaent à déroba une marche à Pompée. lU suivaient je le présumei, la route de Spolète ou de Narnia à Reate (Rieti), pour, de là, remonter le Telonius jusqu'à Carseoli. Puis, par un embranchement de la voie Yaleiîai ils devaient gagner Sublaqueum (Subiaoo)i où ils espéraient trouver les Samnites. Plus prohablemânt^ avertis par Po^tius Telesinusi ils marchèrent de Reate par la voie Salaria, dans la direotion de Tibur, vers un lieu de rendez^vous qui Imv avait été indiqué.

he général samnite, cependant» venait de concentrer toutes ses forces dans le voisinage de Préneste. Sous ses ordres étaient les contingents luoap niens commandés par M, Lamponius, çt ceux de la Campanie conduits par Gutta de Capoue« Toutes ces troupes, qui s'élevaient ensemble à prèa de quarante mille hommes, ignoraient encore les desseins de leur général. Après unedémonstrati(m contre les défilés gardés par Sylla, les Samnites, à rapproche de la nuit, tournent ces positions dans le plus grand silence, et se portent li marche forcée sur Rome.

140 plan de Telesiaus et aes espérances sont Kstés dans une profonde obswrité. Pour moi, je ne puis admettre, avec la plupart des historiens, que aa pointe sur Rome ait été un coup de tét», une subite

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inspiratkm de son désespoir ; car puisqu'il requit pour sa maucaurre la coopération de Fannée étrusque^ il fiiuf que son projet ait été prqnré assez ^ longtemps i FaYance» et Je aérais porté à croire qu'il recommença» mais^ arec jdus de succès, le grand mouvement tenté peu auparayant de concert avec CarbcNH, et qui ayait éeboué par la fiiute de Mar« dus.

Quelques auteurs ont avancé que le bot du Samnite fut seuloQEient de dégage Marins et son propre frère , as(»^és dans Préneste , en c^Ugeant Sylla de courir au aecours de Rome ; mais si tdle eût été son intention y il était inutile de se porter sur Rome avec toutes ses forces, et la division étrusque eût probablement suffi pour emporter une ville alors presque sans défense. A mon sentiment, le plan de Telesinus était plus vaste, et n'allait à rien moins qu'à réunir toutes ses forces au centre des positions occupées par les Ronàains^ p<Mftr tomber successivement sur leurs armées séparées les unes des autres et assez éloignées pour ne pouvoir se secourir promptement. Sylla était devant Préneste avec une partie de ses légions , une seconde armée se trouvait à Clusium ; Pompée manœuvrait pour couper le chemin du Samnium à Telesinus. On voit que celui^-ci pouisuthattee^ SyUa avanàqu'il eut Mt s» joBctien avec

Pompée, et se porter eQsuite<M)iitre ce dernier sans qu'il fût possible à rarmée romaine d'Êtrurie de venir en aide à Tun ou à l'autre. Enfin, Teffet moral que devait produire en Italie la prise de Rome entrait encore dans les prévisions du Samnite, et sans doute aurait eu pour conséquence immédiate de rallumer la guerre dans le nord de la péninsule.

Les confédérés, laissant Préneste sur leur gauche , entrent dans la vallée de FAnio Nqvus , et de là gagnent la voie Tiburtine , où , probablement, ainsi que je l'indiquais tout à l'heure, ils se joignirent à Carrinas et aux quatre légions, restes de l'armée d'Êtrurie ^ C'était pendant la nuit des calendes

^ Que Telesinus ait tourné les défilés de Préneste par le nord, c'est-àndire en laUsant Prénette à sa gauche^ me semble un fait constant, sur lequel les expressions trèsprécises employées par Plutarque ne doivent laisser aucun doute. Il avait, dit-il, Sylla en tête et Pompée en queue; il était enfermé de toutes parts. Dans cette situation, il prit la résolution de marcher sur Rome, oc Ènel ¥ ^(xBéxo 2v»ffv

fAêv xarà oroiixa, Ilo/xTriQtoy Se xar' Qy/aàv (3oiiî5joo/*oOvt«(? sir* aOrov, slpyôiie^toç ToO Tr/aôffw xeci oTrtffw. » Plut. Sulla^ 29. Or, Pompée venait de TOmbrie, et soit qu'il se fût mis à la poursuite de Carrinas et des autres lieutenants de Carbon, soit qu'il cherchât à couper aux Samnites leur ligne de retraite, on doit présumer qu'il se trouvait la veille des calendes de novembre dans la Sabine ou dans le pays des Marses. —Si

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de noveiobre , l'an de Rome 672 (23 août, 82 av. J. C.) que cette grande armée se précipitait sur

les Samnites eussent marché sur Rome par la route des marais Pontins, ayant Préneête à leur droite^ et suivant la voie Latine ou la voie Labicane, Farmée de Pompée aussi bien que celle de Sylla aurait menacé leur flanc , mais ils n'auraient pas été enfermés entre les deux généraux romains, car le moyen de supposer que Pompée aurait eu le temps de se jeter sur la route de Campanie? U est évident en effet qu'il avait quitté l'Ombrie en même temps eu selon toute apparence un peu plus tard que les Étrusques deCarrinas» et que ceux-ci lui avaient dérobé une marche. n faut donc que le gros des forces de Telesinus se trouvât au nord de Préneste» probablement dans les environs de Subiaco. J'ajouterai qu'il lui eût été beaucoup plus difficile de cacher son mouvement à Sylla s'il eût pris la route directe pour aller à Rome. Le Romain , à la tète d'une armée victo^ rieuse et trés-forte en cavalerie , n'eût pas demandé mieux que de le combattre en plaine, et Telesinus, sans doute, ne voulait accepter la bataille qu'après avoir fait sa jonction avec tous les corps des confédérés qui tenaient encore la campagne. Enfin , il eût été impardonnable à Sylla de ne pas couvrir Rome de ce côté, surtout lorsque les Samnites étaient à peu près maîtres de la Campanie, et qu'ils avaient une armée considérable dans le Latium. Si cette route eût été ouverte , Telesinus aurait pu prendre Rome, lorsque Sylla marcha sur l'Ëtrurie. — Tous les auteurs sont d'accord sur ce point, que les confédérés arrivèrent le matin des calendes de novembre devant la porte Colline; il semble donc qu'ils

Rome, £q ce moment U Yiile» presque abandonnée^ n'avait qu'une très»faible garnison , destinée seulement à contenir la populace urbaine. Sylla était ret^iu aux environs de Préneste; Pompée poursuivait au hasard les lieutenants de Carbon. Cependant» la certitude d'avoir donné le change à leurs ad versaire» augmentait l'ardeur de» confédérés. Dc^i» pour prix de leurs efforts» ils se v^issaimt en imagination du pillage et de Tineendie de Rome » et cet espoir doublait leurs forces et leur faisait oublier la fatigue

s'avansaient par 1« ehavûa i» TiiMir. B est vrai ^'Appieii rapporte que les Sanxnites, après leur miffdie nodunie^ s'arrêtèrent dau&le Yoiaiaageâ'Atban(0,>eeftl stades deRoiae :

92. Mais commeot croire qu'arrivant sur Ravie <fe ee cdté^ Us aient perdu ua ten^ps précieux à tourner autour des ] parts pour aller se porter devant la poiile CoMÂne» a'exp à rencontrer Sylla dams eeUe luavclM de flaneï KenanpioB» encore que^ dans la bataille qià suivit,, Vaiaiiée* des conié^ déré9 avait «a droite du côté de IVone > ek qu'eNe fut pMSsée dans la direçtiou d« r£;ibrttrie après sa défaite. «^J'inagîM qu'Appion» ne a'étaut ws au^uMini^iit es peûie d'esafluner Ici inoÂdepti de cette mémorable ymmée» A'«acapailèd'Alf bano que parce qu'il savait que: la rente ditesle du Sanniu» à Rome pasae par ee village^ J'ai) dît plw haut leinotif fui rend le témoignage da flulan^i^ pactiiraUArtnent. digne* da fei ^n cfUjK^ oGciam-

d'une mavobe de plus de quartiite milles. Samnites, Lueamens, Êtrusqiiei, brûlants de haine et de ven* geanoey entraînaient avec enx les Romains de Carbon à la ruine de leur patrie. En une nnit leur ayant-garde arrive à un mille de Rome ^ devant la porte Colline. Là, épuisés de lassttudei ils font une légère balte. Au lever du jour, Pontius Teleûnus aperçoit les

* Cfr. Plut. SylL 29 : ^sxa (rraSiovc. — App. Civ. 1 , 92. — De Subiaeo, où était , je pense , le quartier général de Telesinusy à Rome, il y a 40 milles. On se demande si cette distance a pu être parooume dans une nuit par une armée de quarante à cinquante imlle hommes. Ici , il faut se rap** peler les marches extraordinaire? des troupes italiennes. En 547, le consul C. Glaudius Néron partit des environs de Canusium pour se rendre à Sena Gallica dans TOmbrie, où, réuni à son collègue M. Liyius Salinator, il déBt complètement Tannée d'Asdrubal. La nuit même de cette victoire, il repartit de Sena, et rentra le sixième jour dans son camp près d0 Ganusium. l^iv. XXVn^ SO. De Sena à Canusium il Y a au Fnoins 270 milles; ainsi son armée faisait hli milles par jour. On voit dans Yégèce, J, 9, qu'on apprenait aux soldats romains à faire 20 milles en cinq heures , au pas militaire , et 2i au pas accéléré , pleno gradu. Je suppose que les Samniies n'avaient ni chariots , ni tentes, et probablement peu ou point de cavalerie. Partis de Subiaeo à six heures du soir, ils pouvaient se trouver devant la porte Colline à six heures du matin.

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temples et les tours de Rome dorés par les premiers rafyons du soleil. U croit déjà les voir briller à U flamme de ses torches. Enfin, sa superbe ennemie est en sa puissance. U appelle ses Samnites et leur montre le but de leurs derniers efforts : « La voilà, s'écrie-t-il , la tanière de ces loups ravisseurs ; brûlons-la , détruisons-la ! Tant que la forêt maudite où ils se retirent ne sera pas rasée, les Loups ne laisseront pas de liberté en Italie ^ ! » Samnites et Lucaqiens, en poussant des cris de joie, s'élancent à sa suite.

Tout d'un coup, la porte Colline s'ouvre, un gros de Romains armés en sort et s'avance fièrement à leur rencontre. C'étaient les débris des maisons les plus considérables de Rome, échappés aux proscriptions de Marins, que leur jeunesse avait dispensés de prendre les armes dans le camp de Sylla ; c'étaient des malades, des blessés, des vétérans, depuis longtemps retirés du service. Ils avaient frémi d'indignation en voyant paraître un ennemi devant leurs remparts, et, à l'exemple de leurs ancêtres, ils avaient voulu marcher au-devant de lui. Cette généreuse troupe, commandée par ÂppiusClaudius, descendant des plus illustres patriciens, se jeta tête

*Vell. Pat. 11,29.

baissée sur les Samnites, et se fit hacher en pièces après des prodiges de valeur ^

Toutefois, leur audace en imposa à Telesinus. Il n'entendait pas les cris des femmes qui croyaient déjà la Tille au pouvoir de l'ennemi ; il ne voyait pas Tépouvantable confusion qu'y avait jetée son approche. Mais qui aurait pu croire en effet que tous les défenseurs de Rome venaient de se faire tuer hors de ses remparts 7 Telesinus hésite y et craint des obstacles qu'il n'a pas prévus. Maintenant , il veut donner quelque repos à ses soldats harassés , attendre l'arrivée de toutes ses troupes. Il perd un temps précieux. Bientôt paraissent quelques escadrons romains qui augmentent son irrésolution. C'était une avant-garde de sept cents chevaux, qui, partis la nuit du camp de Préneste, arrivaient i bride abattue, annonçant que Sylla les suivait avec toute son armée, et qu'il serait à Rome vers le milieu du jour. Telesinus, renonçant à un assaut, se prépara pour la bataille*

En effet, Sylla ne tarda pas à se montrer. Furieux d'avoir été trompé par son ennemi , ce fut à regret qu'il laissa quelques instants à ses soldats, hors d'haleine , pour prendre leur repas. Dès qu'il

' Plut. Sull 29.

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les eut mis en bataille , il fit sonner la charge. Il était près de quatre heures après midi. De part et d'autre on se battit avec la rage du désespoir^ et les généraux des deux arùiées donnèrent Texemple &l s'exposant en soldats. Sylla courut leis plus grands dangers* Monté sur un cheval blane^ il servait de but aux traits des Samnites» et une fois entre autreS| sans la présence d'esprit de son écuyer qui fouetta son cheval , il était percé de deux javelots qui le rasèrent en passant derrière lui ^

La nuit tombait , lorsque son aile gauche » vive» ment pressée par Telesinus eu personne^ plia et se mit en désordre» Sylla accourut aussitôt pour la ramener au combat, prodiguant les promesses et les menaces. De sa main il saisit ménie plusieurs soldats et les contraignit à tourner, la tète. Mais une dernière charge de l'ennemi enfcmça tout ce qui résistait encore, et alors toute cette aile gauche se débanda ^ et Sylla lui-même fut entraîné par les fuyards. On dit que, dans ce danger» il tira de son sein une image d'Apollon ^ enlevée au temple de Delphes, et l'apostrophant en fureur : (( Eh quoi , s'écria-t-il , Apollon Pythien, n'as-^^tu donc élevé si haut Cornélius Sylla le Fortuné ^ ne lui as^tu Ssiit

* Plut. Sull 29.

gagner tant de batailles que pour l'abandonner et le trahir devant les murs de sa patrie ' ! »

Auoun miracle n'eut lieu. Ses soldats s'enfuyaient de toutes parts, se précipitant vers la porte de Rome, péle-méle avec l'ennemi. On craignit un instant que les Samnites n'y pénétrassent , et les vétérans de garde sur ce point laissèrent tomber ]a berse. Nombre de fuyards furent écrasés dans la presse, ainsi que quelques sénateurs curieux qui s'étaient un peu trop avancés pour voir une bataille, spectacle encore plus intéressant que Uunjeux de gladiateurs ^.

Cependant les débris de l'aile gauche, acculés contre les murs de Rome, se voyant dans l'impossibilité de fuir, recommencèrent à combattre au milieu des ténèbres, mais sans ordre, sans chefs pour les diriger, frappant au hasard. Cette horrible boucherie dura jusqu'à la neuvième heure *. Alors les armes échappèrent aui mains lassées, et l'épuisement sépara les combattants. Quelques fuyards ne s'arrêtèrent qu'au camp devant Fréneste, où ils annoncèrent la perte de la bataille, la mort de Sylla et la prise de Rome. Peu s'en fallut que Lucretius Ofella ne levât le siège.

* Plut. Sull 29.

* App. Civ. I, 93. —Plut. Sull 29.

» Plut. SwK. 29.

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Dans la confusion d'une mêlée nocturne, Sylla ignorait ce qui se passait sur les autres parties du champ de bataille. Il croyait son armée anéantie^ et pensait peuirétre à se donner la mort lorsque des cavaliers le rencontrèrent, envoyés par Crassus, qui commandait son aile droite. Us annoncent que l'ennemi est battu, en pleine déroute, qu'ils Font poursuivi jusqu'à Antemnffî, mais qu'ils sont épuisés de fatigue , et qu'on se hâte de leur envoyer des vivres*.

Jamais général ne passa plus brusquement du désespoir au comble de la jme. Dès qu'il fat jour, Sylla ralliant tout ce qu'il trouva de ses troupes, les conduisit à Antemnœ, où les restes de l'armée ennemie se défendaient encore. Une division de trois mille hommes , peut-être des Romains de Carbon , demandait à capituler : Sylla leur promit la vie à condition qu'ils tourneraient au3sitôt leurs armes contre leurs camarades ^. Us obéirent sans balancer, et cette perfidie acheva la déroute. Huit mille prisonniers, la plupart samnites, et ces traitres avec eux, furent le lendemain massacrés de sang-froid ';

* Plut. Sull 80.

* Plut. Sull 30.

' Plut. loc. cit. i— App. Civ. I, 93. — Le0 auteurs varient

SUR LA GCERRB SOGULE. 321

c'était presque tout ce qui restait de l'armée des confédérés.

Cinquante mille morts des deux partis étaient étendus sur le champ de bataille. Longtemps on chercha Telesinus. On le trouva enfin percé de coups y mais respirant encore, entouré de cadavres ennemis. L'orgueil du triomphe se lisait dans ses yeux éteints, qu'il tournait encore menaçants vers Rome \ Heureux si la mort le surprit tandis qu'il se croyait vainqueur !

Gutta, le chef des Campaniens, trouva comme lui une mort glorieuse sur le champ de bataille. On ignore la destinée de Lamponius. Quant aux lieutenants de Carbon y Marcius, Carrinas et Damasippus ^y on les amena prisonniers à Sylla , qui les fit aussitôt mettre à mort. Leurs têtes sanglantes, celles

sur le nombre des victimes. Cfr. Oros. V, 21. — ^•Dionys. Hal. V, T7. — Senec. De clem. 1, 12, 3. — Liv. EpU. 88.

^ Yell. Pat. Victoris magis quam morientis vultum prœfe^ ren$y II, 27.

^ Il règne quelque incertitude sur sa mort. Salluste , Cat, 51 , le fait mourir proscrit par Sylla. — L'Épitome de Tite-Live, 89, rapporte qu'il se tua lui*même en Sicile, se voyant sur le point d*ètre pris par des soldats de Pompée. — Dion Cassins dit que sa tête fut portée à Préneste avec celles des autres chefs. Frag. 135.

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de Telesinus, de Gntta et des autres chefs, plantées au bout des piques , furent promenées autour des murailles de Prénéste, pour amioncer à ses habitants qu'ils n'avaient plus d'espoir. Marins et le frère de Fontius Telesinus tentèrent de s'échapper par un souterrain qui donnait sur la campagne ; mais trou* Yant toutes les issues étroitement gardées , ils ne voulurent pas laisser à leurs ennemis la joie de les voir mourir. A cette époque, la fureur des combats de gladiateurs avait fait inventer une espèce de sui* cide à deux. Déterminés à périr, deux amis sq battaient l'un contre l'autre; acteurs et spectateurs i la fois, c'était un dernier plaisir qu'ils se donnaient^ Tel fut le genre de mort que choisirent Marins et Telesinus. Le Romain, plus adroit escrimeur, tûa le Samnite , et, blessé lui-même, se fit achever par un esclave. Eux morts, la ville ouvrit ses portes.

Lucretius Ofella fit d'abord décapiter tous les chefe, et quant aux soldats et aux habitants,. il at^ tendit les instructions de son général. Sylla fut à Préneste ce qu'il s'était montré à Antemnee. A son entrée dans cette malheureuse ville , on divisa , par son ordre, les prisonniers en deux classes. Dans la

* Voyez un exemple d'un duel semblable entre Petrejus et Juba. Hirt BelL Af. 9k.

première» les Romains ; les Samnites et les Préiiestins dans l'autre ; tous lui furent présentés dans l'attitudede suppliants. Aux premiers ildit qu'ils mé* ritaient la mort pour leurs crimes, et que cependant^ comme Romains , il leur laissait la vie. Pour les Samnites et les Frénestins, il n'y eut point de gr&ce. Sauf lès femmes, les en&nts et quelques citoyens nommément exceptés , tous furent tués à coups de flèches sous ses yeux. Us étaient près de douze mille ^ Le pillage de cette Ville sans habitants fiit donné aux soldats; son territoire, empesté par douze mille cadavres sans sépulture > fut confisqué au profit des vainqueurs.

§ xvni.

La guerre était terminée. Sylla revint à Rome et déposa le paludamentum qu'il portait depuis si longtemps* La nuit qui suivit son retour, i} ne put

' Cfr, App. Civ. h 9k. — Plut. Sull. 82. ~ Val. Max. IX» 2,1. — Strab. Y, p. 239. —Suivant Yalère Maxime, les femmes mêmes n'auraient point été épargnées du massacre. — Les Samnites d'Antemnœ et ceux de Préneste furent tués â coups de flèches ^ probablement par les auxiliaires de Sylla, ses légions se refusant à cette horrible boucherie.

aSk ESSAI

dormir. Ce n'étaient pas les cris des Prénestins massacrés retentissant encore à ses oreilles qui troublaient son repos. Une immense joie, il l'écrivit lui-même dans ses mémoires^ lui dérobait le sommeil, et son âme était comme souleyée par un tourbillon \ Non, ces immenses tueries n'avaient pas encore assouvi sa soif de vengeance. Il annonça publiquement qu'il ne pardonnerait à personne de ceux qui avaient suivi le parti contraire après la rupture des conférences de Teanum ; et aussitôt, dressant ses fameuses tables de proscription , il procéda méthodiquement à l'extermination de ses adversaires.

Je voudrais épargner au lecteur le tableau hideux des violences qui préparèrent la grande réforme politique et sociale que Sylla avait méditée dés son entrée aux affaires. Mais une partie de ces atrocités se lie trop intimement au but de mes recherches pour que je les passe sous silence. Je dois donc suivre en Italie les effets de la contre-révolution qui termina la guerre sociale et qui en rendit le retour à jamais impossible. En cela , du moins , Sylla réus-

* Yttô ynOovç xat %«/&«? lASyôflinç oitrirsp nvâxtiiuroç àifOLfepô^svoç Tï2v •'l/v^'^if, Kat raOra Tzepi «utoO yéypKtpe-j ev toïç vTrofiVjQ^accv.

Plut. An seni $it ^er. p. Iti-Sy éd. Reiskc.

sit complètement. S'il ne parvint pas à établir une aristocratie romaine, du moiùs il ne laissa en Italie que des Romains.

Après la sanglante bataille de Rome, après la prise de Fréneste, les che& samnites , lucaniens, étrusques, qui n'étaient pas morts sur le champ de bataille , mis hors la loi par le vainqueur, périrent du supplice des criminels , ou bien , s'expatriant , allèrent mourir ignorés dans des contrées lointaines *. A ces nobles guerriers succédèrent quelques

^ Une phrase de rÉpitome de Tite-Live raconte i)eutètre la fin du plus illustre de ces proscrits. On lit dans cet abrégé , que Mutilus , mis hors la loi par Sylla, se présenta, la tète voilée, à la porte de sa maison , demandant un asile; reconnu , mais repoussé par sa femme Bastia , qui déclara qu'elle ne voulait pas recevoir un proscrit, il se tua sur le seuil, qui fut arrosé de son sang. Epit. 89. — Quel est ce Mutilas? Serait-ce le fameux Ëmbratur des Samnites, souvent vainqueur des Romains, et depuis longtemps condamné à rinaction par ses blessures? Le nom de sa femme, qui n'est point romain, ajoute encore quelque vraisemblance à cette hypothèse ; enfin , le fait n'était pas , malheureusement, assez extraordinaire à cette époque pour que Tite-Live s'y fût arrêté avec quelque détail, si ce Mutilus n'eût pas été un personnage considérable. Mais , d'un autre côté , Appien , dans son long récit des proscriptions ordonnées par les triumvirs, fait mention de la mort d'un chef

316 M8$ja

paysans, divisés en petites troupes, errant de montagne ^i montagne, traqués par les Romains comme des bétes fauves, et périssant sans laisser de aouve* nir de kur résîistanoe; à ro{^resedon. D'abord , trop peu nombreux {tour mériter le nom de rebelles, on les appela des brigands. La nécessité leur en donna bientôt les mœurs ^ et vingt ans après la guerre ci-* vUe^ rÉtrurie était infBStée par de nombreuses

samtiite qui s'était illustré dans la guerre sociale, et qu'il

appelle StatiuS. iTunoç $è.o lawivQÇy 7ro>Xà locuvtroecff ev t&» (rv|ut|:ità;(i9eâ fe^kéfMù xttt«ej&ya<r|uisvdç. Cw* IV, S5. *"r- Or, ce

Slatk» étant d)solQineiit iaoennu , Wesseling a proposé , et cette légon est géllénd^meat reçue , de lire Papiué , et il adimA qae ce Papius est t'aneien général de la Hgue. Je ne sais ai eette correction ne paraîtra pas un peu trop hardto. Quoi qu'il m soit, toid quelle fut la fin de œ Samnite. Devenu Romain , le souvenir de ses exploits , ses richesses et sa haute naissance, l'avaient fait nommer sénateur (probableiment par Julei^ César, qui accorda la même faveur h beau* cï^p de nouveaux citoyens). U avait quatre-vingts ans lorsque les Itiumvirs l'inscrivireht sur la table des proscrits^ En l'apprenant, il fit ouvrir les portes de sa maison, puis exhorta seë compatriotes et ses eSblaves à la piller au phis vite. LuiHnêfme jetait dans la rue ses meubles et ses trésors. La maison vidée, il s'y renferma seul et y mit le feu, ne fadssant qu'un monceau de cendre aux émissaires des triumvirs.

troupes de bandits qui conservaient encon une haine traditionnelle contre le sénat de Rome ^

Plusieurs yilles préférèrent une destruction certaine à la clémence de Sylla. Dans leLatium, Norba, colonie romaine, située au pied des montagnes volsquesy soutint un long si^e et ne fut prise que par trahison. Voyant l'ennemi dans leurs murs, les habitants s'entre-tuèrent après avoir mis le feu à leurs maisons. Un vent violent répandit la flamme; to^t fut consumé, et les vainqueurs ne purent profiter de la riche proie sur laquelle ils comptaient. Malgré sa sécheresse ordinaire, Âppien n'a pu refuser un mot d'éloge aux habitants de Norba. « Ils BMmrurent, dit*il, en gens de eœur ^. »

Populonia, dans l'Étrurie, se fit également remarquer par la vigueur de sa résistance, et fut plutôt détruite que vaincue'.

Nola, dans la Gampanie, occupée par les Samnites dès le oominenoement de la guerre socirie^, re-

* Sali. CaL 28.— 'Gaiilina recruta ion année parmi le$ paysans étrusques, que la misère et le désir de la vengeance rendaient avides de révolutions, dussent-ils prendre pour chef un des satellites de Sylla , l'auteur de tous leurs maux.

^ Rae o%Bt |xiv ourci)? èy^pcuToîç «TrsOavov. App. dv* 1, 9&.

' Strabon, V, p. 223.

* Liv. Bfit. W.

poussa longtemps avec succès les tentatives des lieutenants de Sylla, Il fallut, pour l'obliger à ouvrir ses portes, que le dictateur en personne vint en presser le siège'.

Mais la résistance la plus vigoureuse et la plus extraordinaire fut celle de Volaterrœ, ville d'Étrurie, sur laquelle Strabon nous a conservé quelques détails intéressants. Elle était située sur un plateau abrupt de presque tous les eôtés^ et environnée d'une enceinte pélasgique inattaquable au bélier, dont les ruines subsistent encore. Là, un grand nombre de proscrits et quelques cohortes, débris de Tannée étrusque^ se réfugièrent et soutinrent un siège de deux ans, après lequel ils réussirent à obtenir une capitulation honorable, ou parvinrent à sortir de la ville et à se mettre en lieu de sûreté'^.

Déjà l'ordre commençait à se rétablir dans la république, et les massacres et les confiscations qui avaient suivi la prise de Préneste faisaient horreur à tout le monde. La défense héroïque des Volaterrans, loin de réveiller d'anciennes haines nationales, avait inspiré un vif intérêt aux Romains, et

* Liv. Epit. 89.

» Stràbon , V, p. 223. — Cic. Pro domo sua, 30.

même à cette aristocratie que Sylla venait de reconstituer ^ Malgré tout son pouvoir, il ne put faire confirmer le décret qu'il avait rendu à l'époque des proscriptions, et qui dépouillait les Yolaterrans du droit de cité romaine, et cependant ils n'avaient point encore déposé les armes ^. Parmi les Étrusquesy ce furent presque les seuls qui échappèrent à la vengeance du dictateur.

Au reste, Sylla, dans sa haine implacable, sévit avec une égale fureur contre les cités qui montrèrent leur soumission après sa victoire, et contre celles qui tentèrent une résistance désespérée. Toutes les villes qui, à quelque titre que ce fait, avaient prêté assistance à la faction vaincue, furent enveloppées dans un égal anathème. De celles que les flammes avaient épargnées il chasiifiit la population et la remplaçait par des colons romains. Il confis-' quait les propriétés publiques et particulières; en sorte que les habitants du pays, sans asile et sans pain, n'avaient plus d'autres ressources que de vivre de brigandages'.

Les terres des riches proscrits satisfirent l'avidité

^ Cic. ibid. — Remarquer ce mat : comUiii centuriaiis. ^ Id. loc. cit. Quum etiam tum esseni in armis. ' SaU. Cai. 28.

830 MUAI

de ses officiers. Mais il avait encore cent vingt mille soldats à cont^iter, et il leur distribua les terres enlevées aux villes qui s étaient signalées par lear résistance, ou seulement qui avaient montré de l'attachement au parti vaincu. Il n'y eut pas une province qui ne reçût ainsi des colonies de vétérans» espèce de garnisons, qui répondaient de son obéissance. Établis dans le pays par cohortes et par légions ', ces hommes» livrés depuis longtemps à rindiscipline, pouvaient, en raison de leur nombre et de leur organisation militaire, se livrer impunément à tous les excès contre les populations au milieu desquelles ils vivaient en vainqueurs.

Quelques cités, plus coupables aux yeux du dictateur, furent encore pfus rigoureusement traitées. U les priva du 4roit de cité romaine, conservant tout^ois à leurs habitants la faculté d'hériter et d'aliéner leurs biens d'après certaines formes du droit romain ^. U semble résulter de cette dîsposi-

' C'est ainsi que le territoire de Bovianum fut partagé aux soldats de la XI"* légion , d'où cette ville prit le nom de Bovianum undecutnanorum. Plin. III, 12. — César, au contraire, eut soin de disperser ses vétérans, individuellement, dans toute Tltalie, de peur que, se sentant en force, ils ne molestassent les habitants. Suet. J. Cm. 38.

' Tulit de civitate ut non sustulerit horum nexa aCque

tion, qu'il ne leur ôta en réalité que le droit de suffrage, les réduisant à une condition analogue à celle des colonies romaines. Au reste, ces confiscations de droits politiques demeurèrent en général sans exécution, «t, malgré la toute puissance de Sylla» nous avons vu que les Yolaterrans parvinrent à s'y soustraire* Répitouvées par l'opinion publique, ces mesures étaient encore condamnées par tous les jurisconsultes, comme contraires au premier axiome qui régit le droit de cité, k savoir, qu'il ne peut se perdre que par la renonciation libre de celui qui le possède*.

Plus qu'aucun autre pays, le Samnium eut à souffrir des violences du dictateur. Non-seulement il détruisait les fortifications des villes, mais il démolissait encore les temples et les maisons. Il avait entrepris d'expulser tous les Samnttes de leur patrie, et il répétait sans cesse que lès Roniains ne serai^it tranquilles que lorsque les Samnites auraient cessé d'être une nation *. Il n'y réussit que trop bien; leurs villes, autrefois florissantes, étaient réduites, du temps de Strabon, k la condition de mi-

hereditates. Cic. Pro Cœc. 35. — Cfr. Sali. HisU I, Oratio f Lepidi.

* CSc. Pro Cœc. 33, seqq.

• Stiabon, V, p. 24-9.

BSSAI

sérables viUages ^ Dans toute lltalie méridionale on ne voyait plus que des ruines. Refoulés en tous sens par les nouveaux colons, soldats de Sylla, les anciens habitants étaient devenus comme étrangers dans leur propre patrie. La nation samnite tout entière, succombant sous le poids du malheur, avait oublié ses traditions antiques, ses usages, son costume, enfin jusqu'à sa haine contre le nom romain.

On demande vainement aux historiens quelle fut la condition politique du reste de cette brave nation. J'ai exposé plus haut les motifs qui prouvent qu'elle avait refusé le droit de cité romaine à une époque où elle pouvait traiter avec Rome d'égale à égale. Vaincue et sous la main de fer de son impitoyable .ennemi, aurait-elle pu l'obtenir alors? On a vu que Sylla fit toujours une horrible distinction entre ses prisonniers samnites et les autres Italiotes. Pour les premiers, jamais de grâce; et pourtant , comme on ne peut tuer tout un peuple, il fallait bien qu'il accordât dans la société factice organisée par lui, une place quelconque aux malheureux échappés à tant de massacres. On ne peut admettre qu'il réduisit le Samnium à l'état de province tributaire; l'origine italienne de ses habitants était un titre im-

' Strabon, V, p. 2k9.

prescriptible, que leur persécuteur même était contraint de respecter. Comme ennemis, U pouvait les exterminer; comme Italiotes, il ne pouvait les avilir. Il est certain qu'après la dictature de Sylla, on retrouve les Samnites en possession des mêmes droits que les autres peuples anciens habitants de la péninsule K Ces droits, après le rétablissement de Tordre, les reçurent-ils de la pitié de quelque magistrat romain? les obtinrent-ils du dictateur luimême, lorsqu'il cessa de les craindre? Le fait demeure incertain; mais je ne regarde pas comme improbable que Sylla, satisfait d avoir anéanti leur nationalité, et désespérant d'exterminer tous les individus, consentit à. les assimiler aux Romains, et peut-être» de sa part, cette apparente pitié ne fut-elle qu'un raffinement de vengeance ^.

^ On a vu déjà qu'un Samnite était devenu sénateur romain. App. Civ. lY, 25. Voyez la note de la page 326.

' Cette question de la position politique des Samnites dans la république y après la guerre sociale, était fort obscure , même pour les écrivains de l'antiquité. Appien , qui paratt avoir reconnu que les Samnites n'acceptèrent point le droit de cité romaine offert par la loi Plautia et Papiria, avoue qu'il ignore comment ils l'obtinrent par la suite (Civ, I, 53). Si cette loi n'eût point été transitoire (elle fixait un délai de 60 jours pour accepter le droit de cité), on pourrait croire

334 SSSAI

Quant aux villes italiennes qui lui avaient fourni des secours à son arrivée dans la péninsule, ou qui depuis avaient mérité grâce par leur prompte soumission, il leur conserva les droits que leur avaient accordés les décrets de Cinna. Ses propres promesses et les traités solennels qu'il avait faits avec plusieurs nations ne lui permettaient pas de revenir sur une mesure déjà conférée. Oh verra bientôt que la constitution qu'il donnait à la république enlevant, par le fait, aux assemblées populaires la plus grande partie dé leur importance, il n avait plus qu'un médiocre intérêt à restreindre les droits de bourgeoisie romaine.'

Dix années d'une guerre furieuse avaient coûté à ritalie le plus pur de son sang. Cent cinquante mille Romains avaient péri par le glaive, et la perte des Italiotes avait été au moins aussi considérable. Pendant cette courte période, le triomphe momentané de chaque parti fat signalé par des confiscations, des pillages, des incendies, des massacres, des destructions de villes. Il n y avait pas en Italie

que les Samnites en invoquèrent le bénéfice après la tyrannie de Sylla. Au reste, du moment que le principe de rémancîpation italienne eut été admis, la naturalisation de quelques districts, oubliés pour ainsi dire, dut être en tout temps accordée sans opposition.

de cité si petite qui n'eût vu dans son sein plusieurs révolutions, images, réduites du grand bouleversement de la république. Au milieu de ces épouvantables catastrophes, la classe moyenne, celle des petits propriétaires, en général attachée au parti de Marins ^ avait presque entièrement disparu. Exposée depuis longtemps aux envahissements des riches, elle avait à subir encore l'insolence et la rap»cité des colons militaires de Sylla, qui, au lieu de cultiver les champs que leur général leur avait donnés, enlevaient par la force les récoltes de leurs yoisins» et vivaient à leurs dépens comme en pays «memi. €es vétérans, répugnant aux liens du mariage, et ne pouvant s'assujettir aux soins d'élever une ftimille,*, usaient dans la débauche le reste de leurs forces, et s'éteignaient sans laisser de postérité. Entre des populations industrieuses, dépouillées et proscrites, et ces colons paresseux et rapaces, l'Italie se changeait en un désert, et l'ulcère dont Tib, Gracchus avait signalé l'apparition, s'était étendu sur tout le corps social, et déjà était devenu incurable.

' Voir Texcellent mémoire de M. Dureau de la Malle sur raftaiblisgement de la population de lltalie. Mém. de TAc. des Inscr. Tome XII.

» Tacite, Ann. XIV, 17.

L'émancipation de lltalie effaça rapidement les différences de lois, de mœurs, d'idiomes, que la politique romaine avait longtemps entretenues, en défendant les mariages entre peuples voisins, en perpétuant dans chaque petit État une forme distincte de gouvernement. Cernés de tous côtés par la langue latine, les différents dialectes de la péninsule disparurent bientôt avec les traditions, les littératures, les coutumes, les religions nationales \ La promptitude avec laquelle s'opéra la fusion de tant de peuples en une seule nation a quelque chose de surprenant, que ne peut expliquer la violence même des mesures prescrites par le dictateur. G'est que

' La perte des livres étrusques est particulièrement regret- ^ table. Les Étrusques avaient non-seulement de nombreux ^ouvrages sur le droit augurai, qui contenaient sans doute des observations astronomiques et des renseignements précieux sur la mythologie, mais encore des annales qui devaient jeter un grand jour sur Thistoire de ritalie. Varron, lib. IV, p. 17, cite un Yolumnius auteur de tragédies étrusques. — Je ne connais point d'auteur osque. Les seuls ouvrages originaux en cette langue, populaires chez les Romains, étaient les Fables atellanes, espèces de dialogues qui ressemblaient à nos intermèdes. Il parait, au surplus, qu'à une époque très-ancienne, la langue grecque était en Italie la langue savante, la langue des livres, à peu près comme le latin Tétait en Europe au moyen âge.

SUE LA GtTSRHB SOCIALE. 337

depuis rémaocipation italienne, et depuis lors seulement, Rome était réellement la capitale de l'Italie. Naguère forteresse d'une caste privilégiée, elle ouvrait maintenant ses portes à toutes las ambitions, à tous les intérêts, à tous les plaisirs. Les&milles riches de l'Italie, abandonnant leurs villes, accouraient se fixer à Rome. Là veulent s'agglomérer toutes les fortunes; là se donnaient rendez- vous toutes les intelligences. Mais en m^ae «râips s'annulaient tous les omtres distincts de civilisation qui existaient autrefois dans la péninsule; ils venaient se fondre dans la grande ville, malheureusement sans lui apporter des forces nouvdiBa. Jadis, la république avait accru sa puissance en absorbant les peuplades voisines. Son aristocratie, jeune alors et bim homogène, recrutait ainsi un peuple de travailleurs et de soldats braves et robustes; mais aujourd'hui» c'était toutes les aristocraties usées qui se réunissaint à Rome ; son peuple n'était plus qu'une plèbe affamée et turbuleite, prête à se livrer à tout ambitieux qui lui donnait du pain et des spectacles. On eût dit que ce patriotisme romain, qui avait fsit tant de grandes choses, avait perdu son énergie alors que la patrie s'était agrandie elle-même. Les nouveaux citoyens n'apportaient pas à Rome cet amour passionné du pays, qui animait autrefois

9W MiAI

ses enfante; et le» anciens citoyros^ il^tiis qu'ils avaieiïl partagé leurs drmU, »a smtoieot eraund d^gradc^, et perdaieut jttsqu'i cet or§mï qui Ima Avait teùti lieu Icb tant de vertus.

. Le i^fitàme des ecmiioeB, Tiaietix dès qUe Rome ayaU ^i des eitoyens à qudquea milles de ses inura^ devint uue nlonstrueuse* absiirdité et idie eiuse colntiiiudilede dédofdres lorsqu'il dût s'appliquer 1 ritillie entière^ On ne voyait plus , comme dans l'anoiefuie république, un candidat demander les suffrages de: gens qui le ccn^naisAient depuis son enfance, juges compétents de son carsct^ et de sA cdfiacité; .tnaintrinsnt^ les homieurs étaient acquis au plus fidiè^ à celui qui, le jour des comices^ pcMirrait amener à Rome des populations étfan^^- ^res, et Tarier sur le Forum une masse ignorante liehbtée à prix d'or«

Mais de toutes les conséquences de la goerre sociale, la plus fenesié sans contredit, ce fîit l'exemple donné aux ambitieux, d*un généAJ cfaan|(eant à sa volonté les lois de son pays et disposant en maître de toutes les fortunes. L'armée se sépara de la natk>n ; la discipline militaire fût i jamais perdue ; déBonnais le soldat ne connut plus d'autre patrie que son. camp, d'autre loi que Tordre du gœéral le plus indulgent et le plus heureux, de butin fdœ

SUE LA GUEBim SOGIALK. 339

précietix iti plus Assuré que les trésors renfermés dans lai palais de Rrtne. Lu jeuttesse, perdue de dettes et dedébAuehe, s'habitua à considérer une révolu^ tiofi ù&mitaé l'unique moyen, pout* dâs getis de éaênt^ d'attqtiérir gloii^^ hottheU^s, rifehesses. Tous mê biétis^ le âletateiil^ ravftlt tîioiitt*é devant là porte Gdllitiei Un gétaië aiidadéllt, tui bMs imrépidé pou^ tiiMit lëA «ëti^éH^ tk uh ]mt. Dès ce ktiométit, Mhaiit l'énergique éxpt^siôtl de Shlluste, ou Vit UHB géAté^atioû d'hothm^ qui he poutàit âVOil* de pàtl*lffi»iii« ni souffrit* qttë d'autres èh pos^assent^

Le duel de Marius et de Telesinus fut comnle un pféaagedes déiitinéeâ de ritalîè. Lé Rdniàin tua le Sarnnîte, et tomba ëtpifant sût^ le càdaVre du gliefri^ qu'il vefiait d'abattre. Aiii^i lltalië était tnôrte ; maië Rome^ fHippéë àil cofitir, ùé devait pa§ ki sottiVfid longtemps.

Après la tataille de Rome, il n'y a plus de nationalité italienne, elle est morte avec Telesinus, et je devrai3 peut-être m'arrêter ici; mais j'ai pensé

< San. Frtfg. Hb. 1, !0.

3U> BSSAI

que l'étude que j'ai entreprise ne serait pas complète si je n'essayais d'exposer le système d'après lequel se réoi|;anisa cette société composée d'âéments hétérogènes que l'émancipation de l'Italie avait substituée à la vieille et compacta société romaine. La réforme ou la constitution imposée par SyUa, bien qu'elle n'ait eu qu'une médiocre durée, fut pourtant une digue immense à l'abri de laquelle le gouvernement républicain subsista et reprit mÀoae quelque force» au moment oii il semblait abattu sams espoir; digue si puissante» en effet, que pour la rompre il &llut un génie supérieur à cdui de Sylla.

Cette constitution, fondée par des violences inouïes, avait un noUe but cependant, celui de régénérer les Romains et de changer une multitude abrutie en un peuple libre. Jamais tyrannie ne fut préparée par des moyens plus odieux ni plus criminels que ceux dont Sylla se servit pour raffermir la liberté; c'est que cet homme extraordinaire avait dans toutes ses actions une épouvantable logique; il acceptait sans hésitation les conséquences, quelque atroces qu'elles fussent, des projets qu'il avait conçus. S'il avait cru que la destruction de la moitié de l'espèce humaine fût nécessaire au but qu'il se proposait, il l'aurait ordonnée avec sang-froid. Ae-

SDR>A GUERRE SOCIALE. 3^1

coutume à ne compter pour rien la yie des hommes, il supputait firoidement combien il aurait de têtes à couper pour la réussite de ses plans, comme un général calcule, la veille d'un assaut, combien il devra sacrifier de soldats pour la possession d'une place importante. Observons encore im autre trait de son caractère : il était religieux à sa manière; il se disait et avait fini par se croire l'objet constant de la protection d'une providence divine, un instrument des dieux pour de grands desseins qu'apparemment il avait pénétrés ^ Tous ses efforts, tous ses crimes lui furent inspirés par une pensée unique; il voulait le rétablissement de l'ancienne république aristocratique, qui avait fiait tant de grandes choses, mais qui était devenue comme une institution de rage d'or, admirée de tous, et réputée applicable seulement aux races héroïques.

Les Gracques etDrusus avaient cru régénérer leur paUîe en y incorporant les peuples italiques, moins corrompus, et, si Ton peut s'exprimer ainsi, plus jeunes que les Romains. Us les appelèrent au partage des droits politiques. Au contraire Sylia prétendit enlever ces droits à la plupwt des Romains, et les concentrer dans un seul corps d'élite qui de-

^ Attila avait de Uii-mème une opinioa semblable.

Yait être la réttaûm detQtttos ka inteltiganees. Hab depuis raTiUflfiWieiit da aémt ee eorps àtaH i créer* La démpcNitie amt pénétré dam les rneB^m, 0t la Kqerre seciale Yvftàt pwr aiaai di^ diiTaeiliée en Italie. N'importe I aiu^un ohitade a'arrétait Sylla. Ji'aiwieil séBat wupaUe de faiUeiie, il le fimi périp, il eii ittipro¥ia»ra ua aiilpe. Les luunmes, les nations qui out montré des diaposîtioiis ooEtràires à ses prcgets, il les eiteriniae?« ; il Templaomi 1^ oations par d'autres aatioas, et ne eessfim de tuer que lorsqu'il ne trouvara plus un eentifidietear. Ainsi» comme oes tymna des légendfs oiieotile», il crut bl(tir un édifice indestruattiile s'il leeimentait avec du sang humain.

£ln ordonnant les massacrai et les proscANptiem qui suivirwt k prise de Préneste, il n'avait d'autre titre que celui d'Impemtnr \ qu'il avait »eeu de ses soldata* C'était par le draiide Tépée qu'il commandait aui Romainp, de mâmc) qoe Bpntius Tel^siftus l'eut fiit s'il eût triomphé, fins^ tâ^d, voyant tous ses annemjaou morts eu en fuite» l'Italie i^appée de stupeur^ il songaa è ap tw^tàê dNme autovifé légale* Détaruim et reeonstftuer^ telles étaient les

^ Il n'avait pas même le titre de proconsul, car, d'après les lois» il TaYail perdu en reatmoi daas Kobw.

SUE LA GOBftXE SOCIALE. 8tô

deux pêffti^ de la tÂ<4ie qu'il s'était tfacée. La pre^ mière, il Taedomplit comme un vainquetiT impi« toyable maître d'un pays ennemi | pour la seconde^ il assuma le pouvoir le plus étendu qui existât dans la VieSlle ooitoititution romaine, et il prit soin à^ Taugmenter encore. Ainsi, il marquait le passage de rétat de guerre, où toutes les violences s'exercent sans contrôle, à Téfat de paix, où Ton ne procède que par des formes légales.

Proclamé dictateur par l'interroi Valérius Flaccus,fl reçut du peuple, car le peuple fut consulté, les pouvoirs les plus monstrueux que des hommes assemblés aient pu décerner à un autre homme. La loi Valérîa, tel fut le nom du décret qui Tinvestit de la dictature^ sanctionnant d'abord tous ses actes passés et futurs, lui conférait nommément le pouvoir de mettre à mort les citoyens sans jugement, dé faire des lois, de fonder des colonies, de bâtir des villes, d'en détruire, de disposer des royaumes ti^ibutaires, de confisquer et de partager, suivant son bon plaisir, les propriétés publiques et particulières *. Et cette puissance sans bornes devait durer

f i^^ ê U ç y A^f^Mi jBâtf^ksMiy^^mt à {M^u^. j(mjpiaa9Ùê^ 91tit.

34& WBSài

« jusqu'à ce que la république Mtoonstituée,» c'< &-dire jusqu'à ce qu'il plût au dictateur de déclarer sa mission accomplie.

U y avait plus d'un jsiècle qu'on n'avait vu de dictateur à Rome, et les derniers magistrats qui avaient porté ce titre n'avaient eu de fsdt d'autre autorité que celle d'interroi, étant nommés seulement pour présider les comices en l'absence des consuls *. Cependant le souvenir des véritables dictateurs, revêtus de la toute-puissance, s'était conservé dans les traditions populaires comme un fantome terrible, entouré de haches sanglantes et de tètes coupées. Précédée par deux mois d'exécutions continuelles, par les massacres de populations entières, la dictature de Sylla frappait les imaginations d'une profonde terreur.

Mais toute l'œuvre de sang était accomplie; Sylla n'avait plus qu'à expliquer ses volontés, et les Romains étaient prêts à le remercier de leur fiodre con* naître ce qu'il permettait, ce qu'il défendait. L'in-

Sull. 33. — ^L. Flaccus interrex tulit at omnia quœcanque ille fecisset éssent rata. Cic. De kg. ag. IH, 2. — Ut eonim bona veneant qui promsripti sunt, aut eorum qui in adversarioram praeaidiis ocdsi sunt. Cic. Pro Séx. Bû$e. k3. Gfr. App. Civ. 1,98.

^ Sulpicius Galba, en 551, *- C. ServUius Nepos» en 562.

SUE LA GOBIMB SO€IALB. SUS

certitude de la crainte est le pire des maux; elle allait cesser, et le jeune Métellus était l'interprète du yc0U général en demandant à Sylla de nommer tout de. suite ceux qu'il voulait fiire périr, ou, si cda lui était plus facile, ceux qu'il laisserait vivre '. €e n'était pas l'indignation d'un homme libre qui adressait cette demande, mais la résignation d'un esclave. Les lois du dictateur furent reçues avec reconnaissance comme un traité de paix octroyé i des vaincus qu'il pouvait égorger.

Essayons de nuirquer les points principaux de cette réforme, qu'il imposa sans contrôle et qui fut à la fois politique et sociale.

Probablement ses premiers décrets eurent pour but de consolider son pouvoir en réccmipensant ceux qui l'avaioit servi. Dans la détresse du trésor public, il n'avait d'autres ressources que les coUr fiscations, et il en usa largement. Il fit vendre à l'encan les biens des proscrits, pour les adjuger à ses créatures, s'en réservant d'aiUeurs pour lui-même une part considérable ^. Ces confiscations produisirent 3,500,000 sesterces, somme qui paraîtrait bien fiible si l'on ne savait que les enchères avaient lieu

» Plttt SuU. 31.

' liv. Epit. 89. . /<

en sa préBenoe, et qu'elles n'élaimt point ecniTerteB dès qu'un de tes Civoris se présentait ' .

£n dépeuiUint les fils des proscrits des biens de leurs familles» il les déd«m incapables de prétendre au heuneurs, de remplir des eharges publiques i il les dégrada même de leur noblesse, en eidnant du sénat ou de l'ordre équestre ceux qui s'y trouyatent inscrits ^. Si ron songe que ks évaluations les plus modérées portent à deux mille le nombre des pre* scritS) on verra que cette disposition frappait une no<tablepartiendelajeunesseromam»; nMiisSylteportait ses vues dans lav^air^et vnulaitéterà la gén^tionqui s élevait l'espoir et les moyens de se venger un jour*

Il prévit enooro le eas où, dans rintérieùr mdme de Home» quelque ennemi obsour« oublié sur les tables de proaeription^ tenterait de soulei^r le peu* pie c(Hitre les loia dietatoriales. SjUa voulut avcir dans la pl^e urbaine le moyen de oenteniF ses ad* versaires* K oet effets il répartit dans les trente^inq tribos dix mille nouveaux eiloyens» mitrefois esda-^ ves des proscrits. U les affranchit en masse, et leur domda avec son nom ^ les droits de cité et de suf*

* Plut. Sull 33. — Liv. Epit. 89.

2 Vell. II, 29. —Plut. Sull 31. — Liv. Epit. 89. ^ Les affranchis prenaient toujours le non ds toormtrOn. Voy. App. Civ. I, 100.

SUE LA OnftAfi SOGIAU. 9Wl

|piga« Cet diy BiiUe Goméliens^ année toujours prête k prendre k défenae de son patron, lui répon* 4{ûeQt de la doeilité de la {dibe ui^bame»

Appèi fl'^re fait en qudque sorte un peuple à lui, il fle ehoiait un sénat» an adjoignant au petit nombre des sénateurs survivants trois cents nouveaux memèresi nommés parmi les ehafvaliers les plus liohes et les plus eoBfiicMrés de leur ordre \ Ce s^at^ rêeomposé de la (aorte, reçut des privilèges étendus. fiÎBB qu'il pFo£aisAt une admiration déclarée pour la constitution oligarchiquedes premiers âges de Rome, Sylla comprit pourtant qu'il ^vait ftiire de notables sacrifices aux idées et aux habitudes nouvelles. Aussi n'essayà441pas de filtre revivre l'ancienne distinction des castes, abolie, dès le quatrième siècle, par Licinius. Le sénat dejneurs^ accessible à tous les citoyens qui pfiaseraient par h fil»ère des magis* tmture^ publicpeej et vîiigt queitenirs» nommée tous les ai)s par les aiftomhtéof populMtes, devaient le recruter sans cesse ^.

Au sénat fut attribuée l'initiative de toutes les rogatious. Aucune loi ne put être jportée devant le

^ Celte élaotîoB fiiitfaitaou]^lolMMtifiéeparlei»eoBiioespar

tribus, kpp. )oe. <^. Tù^ fiMf àvctB^ TfflQ^v mfi /xâorou * Tacite. i4m*. XI, 22.

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peuple sans qu elle n'eût été au préalable eiaminée et approuvée par le sénat. € était ressusciter une des lois royales» tombée en désuétude; car, depuis des siècles , les sénateurs adoptaient par avance les résolutions des comices, quelles qu'elles fussent K

Enfin , pour augmenter encore l'influence du sénat f le dictateur lui rendit l'administration de la justice, transférée aux chevaliers, quarante ans auparavant, par C. Gracchus^. En un mot, le sénat

* Cfr. App. Civ. I, 89. -* Livi 1, 17.

^ Par une loi sapplémenteve Sylla lestragait,. pour les a\M;usés, le droit de récusation presque inimité dont Us jouissaient auparavant. Les plébéiens dt les chevaliars ne purent à ravenir récuser que trois de leurs juges. Les sénateurs conservèrent le droit d'en écarter un plus grand nombre (Cic. Verr, U, 31). D ne faut point chercher cependant une preuve de la partialité du dictateur dans ce privilège accordé à un seul ordre. Le^ sénateurs étant exposés pliui que les autres citoyens à rencontrer des adversaires parmi leurs juges, il était naturel de leur accorder le pouvoir d'en récuser un plus grand nombre. Verres, jugé par des sénateurs, en récusa cinq, et peut-être davantage. On doit présumer que la loi de Sylla relative à la récusation des juges fut rendue à la suite de plusieurs acquittement» scandaleux, et probablement parce que les juges réputés incorruptibles étaient toujours exclus par les accusés.

redevint l'arbitre de toutes les aflbires publiques et privées.

L'effroi qu'inspirait le dictateuravait arrêté toute opposition de la part des tribuns du peuple ; cepen* dant leur pouvoir immense, en partie usurpé, mais consacré par un long usage» n'en restait pas moins un contre-poids décisif à l'autorité du sénat. Sylla s'occupa de le réduire» disons mieux, de l'annuler. Les mesures qu'il prît dans ce but ne sont qu'imparfaitement connues ; mais il est évident qu'il enleva aux tribuns toute leur influence politique ^: A mesure que l'élément démocratique avait envahi la vieille constitution romaine» les tribuns avaient agrandi leur position ; ils étaient parvenus» dans lès derniers temps , à dominer le sénat et le peuple. Ces magistrats » qui d'abord n'avaient eu par Içur institution d'autre pouvoir que celui de protéger les citoyens de leur ordre par une opposition que Ton appelait le droit d'întercdd^y avaient fini par s'emparer de l'initiative des lois et par transporter tous les débats politiques dans les assemblées populaires qu'ils présidaient. Depuis les Gracqdes» et malgré leur triste fin , toutes les affaires importantes avaient été décidées par des plébiscites. Le dictateur

* Solla imaginem sine re reliquerat. Yell. Pat* II» 90.

retira attx tribuns cette initiative usnritée» et réduî-^ sit même notablement leur droit d'interceanon %

* Ce droit d'intercessioD, qui s'exerçait ea prononçant le seul mot veto, donnait eùtiore une si grande influence aux tfilnins, que, tnalgré rantorilé dé quelques teites, je ne puis croire queSyBaae l'ait pas cotisfdérabitoiileilt modifié. La plug forte objection qu'on puisse fidra ft non opiaiim est Utêê d'un passage de César, assez difficile à coitiffandr^, ^ar le pour et le contre y semblent également exprimés* «c Novum in R. Pi (c exemplum introductum, quœritur, ut tribunitia interne Cessio armis notaretur atque obprimeretur, qnae superioa ribds antils dtmié è^set resUtutà ; Stdlàiti, nudala dttinlbuâ a rébus tribiMilla potestate^ tatUeii lalehîeséioaéfti IlbeMm K r0liquisse« p 6ii à l'exemple da quelques oommentaiaun^ l'on suppose que le mot armts, à la fin iê la praraiAra phrasoi est une interpolation , ou qu'en l'admettant même, on applique cette phrase au rétablissement de l^intercession tribunltiétine, qui eut lieu par l'entremise de Pompée (et sinon, elle est iacômptébéiisibld], il faut bien que S^lla ait thodiflé cette intereeMion, Hï aiitfëiuétit, le ttioyeti da la /AtabU^t Le rétablissement de l'in tortai s i on doit, à làou avtoi s^im-*tendre de la Daeidté rendue alis tribiins dé ptooanaer leur teto dans certains cas où ils le pouvmant faire avant ks lois de Syll%. D'un autre côté, lorsque César parle de la lib^té d^ntercession laissée par Sylla, il a sans doute en vue le cas particulier d'iiitercësslon dont il s^agissait au commencement de la guêtre civile. Les tribuns M. Autoitie et Q.Cassitlâ opposèrent leur veto au sénatus-consulte qui prescrivait à César « de licencier son armée dans un délai dét^miné* soUs peine

SUR LA fiUBftVB SOCIALE. 351

catmcté depuis longtemps , et jusqu'alors respecté comme une institution fondamentale de k république. Mais il leur l^éserrait un coup bien plus terrible, en leur imposAUt des conditions d'éligibilité telles que tous lés ambitieux devaient nécessaire-^ munt s'^eigner de ta carrière du tribunat. Syllà établit qtie 9 pour étfe tribun , il fttudrait d'abord &T0ir été admis dans le ëéiiat ' , et qtt'une Mè

d'être déclaré ennemi public. » On en pourrait conclure que les tribuns con8eryèk*ent le veto contre les sénatus*consultes; il edt douteux qu'ildraientconservé éontre les lois.Je présume que Sylla défiait exaotemeilt les limitée du dfolt d'mfetcessiôn qu'il laissait aot tribuns : par etemplô, il dtlt leo? ifitet4ii*é de rexereer p^ur smpèoher les éleottoasdes maglstratsi Atant luiy rien de plus fréquent que l'opposition des tribuns aiix comices électifs ; il en résultait que la république demeurait sans consuls, sans préteurs, et que toutes les affaires restaient suspendues. On conçoit tout le parti que des tribuns turbulents pôuifttèflt tirËf de cette sorte d'intettdssloti. CSt. Cèës. iNlt. ekf. I, T. — CSe. Bt lêgg. H!, 9. «1» ista quidett re, YcAiementet Sullam ptdbo, qui triliutiii plebin, sua lége, iAjuriiefaèiendflb^téstfttemademefit, auititii ferehH reUquèriLy> * C'est la (5ofiied;ure très^jiiste d'Emeèti à Toceasion du passage suivant de Suétone: ComitiU tribunUiiSy sideeâàetlt candidat!) Senatôreè ex equitibus ronîanls créavit (Augilstus). Suêt. Àu§. XL. Quelques commentateurs ont cfd fâiissemdtit qu'il s'agissait ici des ttibutis Militall^, dont dluëlquës-titis

nommé I l'on deviendrait inhabile à remplir toute autre magistrature '. Ainsi les adversaires naturels du sénat allaient être choisis dans son sein, et uni-* quement parmi ceux de ses membres qui renon* çaient à tout avenir politique; en un mot, parmi des hommes sans ambition, sans considération, sans influence. La loi de Sylla pécha par son exagératioa même; car, bientôt il devint si difficile de trouver des tribuns, quil Mlut en revenir à'Tancienne institution.

Les comices, ou assemblées du peuple» instituées par Servius Tullius, pour nommer les magistrats et délibérer de toutes les afiBûres publiques, forent, dans le principe, organisés de telle façon que Tin-^ fiuence politique appartint presque entièrement aux riches. En effet, les citoyens étant divisés, suivant leur fortune, en cinq classes, on avait donné à la

étaientnomméspar lepeuple. Maison trouverait difficilemeaty je pense, un exemple de ces mots eomitia trUmmtia appliqués à ces élections. D'ailleurs, après Sylla, on pouvait être nonmié tribun militaire avant d'être séni^teur: tèoioin Jules César, qui obtint cette dignité avant sa questure, pritnus Aonor obtigit Suet. Jul, 5.

^ App. Civ, 1, 100. — Gotta legem tulit ut tribunis pldris liceret postea alios magistratus capere; quod lege SuUis iis erat ademptum. Asoon. in Cornel. 78. Ed. Orel.

première 89 votes, c est-à-dire, plus des quatre dixièmes du nombre total des suffrages, qui , pour tout le peuple, ne s'élevaient qu'à 193. Les quatre autres classes réunies n'en comptant que 1 04 , il suffisait de 8 autres votes pour assurer la majorité à la première classe, en supposant que ses suffrages ne se fussent pas divisés. L'assemblée du peuple tenue de la sorte s'appelait comices par centuries, parce que chaque classe se subdivisait en autant de centuries qu'elle avait de votes à donner * ; or, la majorité des suffrages dans une centurie était comp« tée pour un vote , quel que fût le nombre de ceux qui la composaient. Dans la suite, mais on ne sait précisément à quelle époque, ce système fut, sinon aboli, du moins notablement modifié. Ce qu'il y a de certain, c'est que le nombre des centuries fut changé, et l'influence de l'aristocratie dans les comices sensiblement réduite ^.

* Tout le monde connaît le fameux passage de Cicéron, De J{ep.II,22, si souvent controversé, et qui a donné lieu à tantde théories différentes sur le système des comices par centuries, introduit par Servius Tullius. Consultez Texcellent résumé des principales opinions, par M. de Golbéry, dans le septième volume de sa traduction de THistoire romaine de Niebuhr.

* Tite-Live, après avoir décrit en détail l'organisation de Servius Tullius, ajoute, lib. 1, c. 43 : « Nec mirari oportet

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Lorsque cette partie du peuple romain que les anciens désignaient par le nom de plebs eut acquis

hune ordinem qui nunc est post expletas XXXV tribus, duplicato earum numéro centuriis juniorum seniorumque ad institutam ab Servie Tullîo summam non convenire. » Ce passage, assez obscur, a donné lieu à de nombreux commentaires. Qudques-uns ont supposé que çhacunedes cinq classes avait été subdivisée en 70 centuries, 35 de juniores, et 35 de seniores, qui, avec 18 centuries de chevaliers, auraient formé un total de 368 centuries. D'autres, avec le savant éditeur de Cicéron, M. Orelli, persuadés que le fragment célèbre du second livre delà République se rapportait, non à l'époque de ServiusTuUius, mais aux sixième et septième siècles de Rome, ont conservé le nombre primitif de 193 centuries, et les ont réparties de la manière suivante entre les cinq classes :

PREMIÈaB C1«ASSE.

Centuries 4e chevaliera 12

Centuries de juniores 35

Centuries de seniores — 35

Les Six Suffrages ( centuries de chevaliers) 6

Totale de la première classe. 88

A ces 88 centuries de la première classe, il faut en ajouter une 89*, celle des charpentiers, tirée d'une classe inférieure et comptant dans le total de cette classe, bien qu'elle votât avec la première.

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