‹ Études sur l'histoire romainoChapitre 5 sur 36 · MAI · texte numérisé non relu

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sur rimpartialité des triumvirs. Quant à rinsoffisanoe de leur autorité, c'était un faitreoonnu« Sd* pion obtint que la décision de toutes les affaires relatives à la loi Sempronia fût remise à l'un des consuls. U annonçait que la haute position de ce magistrat allait aplanir toutes les diffîoultés. En réalité^ il portait le dernier coup à la loi agraire. G. Sempronius Tuditanus^ consul en 625» reçut les pouvoirs des triumvirs ; et ^ soit qu'il apportât dans ses fonctions un mauvais vouloir^ soit qu'il rencon^ trât les mêmes obstacles que ses prédécesseurs^ il saisit avec empressement le prétexte d'une guerre en Ulyrie pour se rendre dans cette province , et dès lors la loi Sempronia fut abandonnée sans jffO' tecteurSf sans moyens d'exécution*

Les alliés cependant ne cessaient point leurs plaintes; mais désormais la question des partages les occupait moins que celle de leur émancipation : un grand nombre de villes se concertaient pour que leur accord ajoutât une nouvelle force à leurs de^ mandes. Elles donnèrent alors une preuve remar' quable de leur unanimité ^ en choisissant pour leur patron commun Scipion Émilien, qui devant Carthage et devant Numanee avait su apprécier la valeur des alliés , et qui s'en était fait aimer par la douc^ir et la justice de son commandement. Mais depuis que

le sénat se voyait délivré de Gracchus, il n'accueil* lait plus les plaintes des alliés. Maintenant elles étaient devenues presque fectieuses , et leur prêter son appui , c'était de la part de Scipion un crime qui faisait oublier tous ses services. Triste exemple de l'inconstance des homnies! le grand Scipion, qui avait délivré Rome de son ennemie la plus redoutable, qui avait relevé la gloire de ses armes, un moment ternie sous les murs de Numance; Scipion était devenu sur la fin de sa vie également odieux au peuple et au sénat. Accusé par l'un d'avoir frauduleusement détruit la loi agraire, par l'autre d'avoir conspiré avec les Italiotes, il mourut sans exciter un regret. Sa mort, qui eut lieu peu de temps après la déposition des triumvirs, fut soudaine et accompagnée de circonstances assez étranges pour nécessiter une enquête. Appliqués à la torture, ses esclaves déclarèrent que des inconnus entrés la nuit dans sa maison par une porte de derrière , l'avaient étouffé dans son lit. La déposition de ces misérables peint l'esdavage à Rome et les mœurs de l'époque. On leur ilemanda pourquoi ils ne s'étaient pas empressés de dénoncer l'attentat. Ils répondirent qu'ils ne l'avaient pas osé, sachant combien leur maître était haï dans Rome. Pour ces gens, cet assassinat était une af&ire d'hommes libres, un in-

cident politique dont ils n'avaient point à se mêler.

Un soupçon terrible plana sur les triumvirs déposés, particulièrement sur G. Gracchus et Fulvius Flaccus, qui, avant de résigner leurs charges, avaient eu de vives altercations avec Scipion. Mais l'enquête n'alla pas plus loin, car, dit Plutarque, le peuple craignait y en approfondissant l'affaire, de trouver les coupables dans une famille qu'il adorait ^

Quant à Fulvius, ces rumeurs n'empêchèrent point les alliés de le prendre pour leur patron après la mort du grand homme dont il était l'ennemi; Fulvius passait pour ambitieux ; et ses mœurs rudes et grossières l'avaient rendu choraux soldats. Il parvint au consulat en 629 , et montra du courage et du talent dans une campagne que^ le premier des Romains, il fit au delà des Alpes contre les Ligures-Saliens, ennemis des Massaliotes. La même année il présenta une rogation que l'on ne connaît que très-imparfaitement , mais qui parait avoir eu pour but d'assimiler les Italiotes aux Latins, en leur accordant le droit qu'avaient ces derniers d'obtenir à certaines conditions leur inscription dans une tribu romaine ^. U n'était pas encore

* Plut. C. Gracchus, 11.

* Val. Max. L. IX, S, i. Ctm Uges introiucmtde em^

question d'étendre le droit de cité à des nations entières. Fulvius ne le donnait qu'à ceux qui avaient transporté leur domicile à Rome ^ et probablement aux mêmes conditions qui restreignaient cette faculté pour les Latins \ Peut-être que si le sénat eût admis le projet de Fulvius, les Italiotes s'en fussent contentés pour longtemps. En voyant sa rogation repoussée , le consul éclata en menaces, et la violence de son langage excita les alliés & renouveler leurs demandes , et à les présenter dans une forme qui devenait plus impérieuse après cbaque refus.

Gomme ces averses légères qui précèdent de loin un grand orage, un événement imprévu vint révéler la tempête qui s'amoncelait contre Rome. Sous le consulat de Fulvius (629), une révolte éclata dans Frégelles, colonie latine, mais dont la population était mêlée de Samnites et de Peligniens^. Au pre*

tate danda et de provoeatione ad populutn eorum qui ciyitatem mutare voluissent...

^ C'est-à-dire , en justifiant qu'ils avaient laissé des enfants dans leur ville natale. Les Romains, dans Tintérêt du recrutement, voulaient que les villes alliées conservassent toujours, à peu près, la même population.

' ^ Il y avait à Frégelles, en 5T7, 4,000 familles samnites ou peligniennes. Liv. XLI, 8. Le consul C. Claudius fit ren-

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mier bruit des menées qui se tramaient dans cette yille, le préteur L. Opimius cita devant son tribunal le principal magistrat des Frégellans, Q. Numito-* rius PuUus. Cet homme , intimidé par le préteur, avoua tout et nomma ses complices. Il obtint sa grâce; mais Tépithète de traître resta pour les Ro« mains eux-mêmes éternellement attachée à son nom^ Abandonnés par leur chef, les Frégellans ne perdirent point courage ; ils osèrent se défendre ; Opimius, après un siège en règle, prit leur ville et la saccagea^. Grâce à la promptitude, & la rigueur du châtiment, cette insurrection fut étouffée près* que aussitôt que découverte, et Tordre ne fut point

dre & cette occasion une loi qui interdisait aux alliés d'émigrer dans des colonies, ou de changer leur nationalité, mais on verra que cette loi ne fut jamais rigoureusement observée.

* Cic. De tntj. II, 34, 105. — Quis PuUum Numitorium Fregellanum non odit? Cic. De fin. Y, S3, 63. — Numitoria proditoris filia. Cic. Philipp. III, 6, 17.

' Opimius demanda le triomphe, et il avait tué assers d'hommes pour le mériter, d'après la lettre des lois romainea. Cependant il ne put Tobtenir du sénat, qui lui fit rapplication de cette maxime, a que le triomphe appartient à ceux qui ont étendu l'empire, non à ceux qui ont recouvré ses anciensnés limites. » Dans le faiti une insurrection d'alliés était un événement trop triste pour qu'on ne voulfiit pa9 le faire oublier. Val. Max. II, 8, k.^Ur. Efit. 60.

tnmblé dans le reste de l'Italie ^ • On ignore les causes de ce mouvement, aussi bien que les plans et les es^ pérances de ses auteurs, et Ton ne doit, je pense, le considérer que comme une explosion partielle du mécontentement général, dét«*minée par des vexa* tions particulières. C'était un indice de la haine ao* cumulée contre Rome, mais aussi une preuve de la désunion de l'Italie , qui assistait froidement à la ruine d'une de ses villes principales. Le sénat ne trouvant point de complot italiote, chercha ou affecta de chercher les véritables coupables à Rome même, dans le parti démocratique. Parmi ceux qu'on accusa formellement d'avoir fomenté cette insurrection, on nomma G. Gracchug, le frère de Tibérius, qui» bien que depuis son triumvirat il eût vécu dans une retraite prudente, n'avait pu faire oublier la dé^ fiance et la haine que son nom inspirait au parti de la noblesse. C. Gracchus avait cependant obtenu une petite charge militaire; il avait été questeur en Sar» , daigne, où il s'était fait également aimer des soldats

* Aurelius Victor est le seul historien qui nomme Asculum comme complice de Frégelles. Asculanae et Fregellanae defectionis invidiam 8ustinuit(C. Gracchus), De vir. ilL 65. Mais il y a grande apparence qu'il confond Tordre des temps, et qu'il attribue à Gracchus la révolte d'Âsculum , qui n'eut lieu que longtemps après sa mort.

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et des habitants de File. Malgré la réserve où il se renfermait, son nom seul lui assurait une grande faveur auprès du peuple, qui ignorait encore et son génie et son audace. En Tobligeant à se défendre, ses ennemis révélèrent son éloquence , et l'impression qu'elle produisit lui montra que le temps était venu pour lui déjouer un grand rôle. Plus ambitieux que son frère, il était encore moins scrupuleux dans le choix de ses moyens. Tibérius avait attaqué le sénat avant de s'être assuré du peuple; Caîus résolut, avant tout, de se faire une position redoutable, d'où il pût en sûreté accabler ses adversaires.

Son premier soin fut de se lier intimement avec Fulvius, qu'il détermina à solliciter avec lui le tribunaty magistrature que la plupart des consulaires regardaient comme au-dessous d'eux. Lui-même, en 630, demanda le tribunal comme un héritage de famille, et tous les efforts du sénat n'aboutirent qu'à • le faire nommer le quatrième du collège \ rang d'ailleurs fort indifférent en réalité, car son éloquence et son audace lui assurèrent en peu de temps une supériorité décidée sur tous ses collègues. A peine entré en charge, il se fit adorer du peuple en faisant passer un décret pour taxer le blé à un prix telle-

* Il y avait dix tribuns.

sus LA GUBRRE SOGIALB. 65

ment bas qae les pauvres plébéiens fassent désormais assoies de leur subsistance ' • Au reste, la misère de la populace romaine faisait presque une nécessité de cette mesure, car la fûm pouvait à tout moment la jeter dans l'insurrection. Sans doute personne ne se trompa sur le but véritable de Gracchus; mais il ne se trouva point d'adversaire pour le combattre y et il consacra ce principe déplorable, que le citoyen romain devait vivre sans travailler^ aux dépens des provinces tributaires.

C'était en quelque sorte un devoir de famille pour G • Gracchus de reproduire la loi agraire de Tibérius. On ignore quelles mesures nouvelles furent proposées par lui , à cette occasion. Je ne suppose pas qu'il ait obtenu autre chosequedes enquêtes, ou, tout au plus, quelques décisions générales sans importance; il ne paraît pas qu 'il en ait pressé l'exécution avec beaucoup de vigueur, soit qu'il craignît de se faire des ennemis parmi les chevaliers ou les Italiotes, soit que les difficultés qui avaient arrêté son frère fussent réellement insurmontables. En réveillant le fantôme de la loi Sempronia, son dessein ne fut autre, je pense , que de s'attacher le peuple par l'espoir d'un pai-^ tage de terres, et d'effrayer ses ennemis en suspendant sur leurs têtes une arme toujours prête à frapper.

* Triente et semisse. Liv. Epit. LX.

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Upe démomtFatiao plu» sérieusa révék bientôt trop qlaireipent SQ8 projet» tmbitieus. On « vu qtt« r^utarUé 4$^ tribuiw ne dui^it quwe wam»

nprès laquelle iU Tentraieiit dana h yii privée j Tibé* riui^, m mépris do» Ipii qu dsi ii^eii tYait inutilement essayé de 99 &ir« ré^ire^ et cette tentative lui avait coûté la vîcf, Caiu^ engagea Pon ancien oolr lègue au triumvirat, C , Fapirius Carbon, à convertir en loi générale Fe^geption queTibériu$ avait vaine^ ment sollicitée en s« frveur. Il ût décréter que le tribun dout la ipagjatrature e]ipirerait avant qu'^^il eût été 3tatué mx le? rogations dont il était l'auteur, pourrait et devrait w^e être réélu de préférence auij autres candidata \ Par ce wioyen, tt rendait inu^ tiles toutes lea mano^uvrea dilatoire» fréquemment employées par le ^éqat pour écarter lea prcqpositiona d'un tribun pt^ulairei bien plua. il pouvait s'éter* niser dans sa charge. Pe feit , elle lui fut continuée aux élections suivante*. ]|&a môme temps qu'il aug^ mentait la puissance tribnnitienne, Qraccbus ne perv dait pas une occasion de diminuer celle du sénat, ou plutôt de la caste des hauts fanctionnairea. On sait quepourparvenirauxhonneursilfallaitjustifierd'nn certain nombre d'annéea de service militaire. Or,

* App. Cw, 1 , 21 . — Cfr. Epit C. — Cic. Lœl. 25.

afin d'éluder oett6 loi, la noblesse faisait enrôler ses enfants dès l'âge de puberté. Attachés à la personne d'un général, ils allaient au camp, étaient inscrits sur les rôles de Tannée, mais leur service était pu* rement nominal* . Cependant ils parvenaient ainsi de très-bonne heure à compléter leurs années de milice, et partant, pouvaient obtenir une charge avant d'avoir été réellement soldats. Caïus Gracchua fixa à dix^sept ans lage auquel un Romain pouvait être enrôlé. Quelques*-uns ont va dans cette loi une idée philanthropique. Rien de moins exact. Grac* chus voulait seulement supprimer un abus profitable aux classes élevées et dcmt il aurait pu trouver des exemples dans sa propre &mille, car son frère Tibérius fit sa première campagne sous Scipion TA*fricain , à Fâge de quinse ans^. Gracchus se servit d'un moyen plus sûr pour s'attacher les soldats ; ce fut de décréter qu'à l'avenir leur habillement leur serait fourni par la république , saus retenue sur la solde, ce qui avait lieu auparavant. Enfin, pour ne négliger aucun moyen d^aceroitre sa popula-

^ Ils faisaient partie de rétatrroajor du gôaéral, et autrefois partageaient sa tente: de là le mot de contuimnium pour exprimer leur position.

»Cfr. Plut. C. Gracckm, I.

rite, il fit exécuter de grands travaux de routes doDt il s'adjugea la direction. Le nombre prodigieux d'ouvriers employés à ces travaux pouvait au besoin lui former une armée dévouée autant que redoutable.

' Déjà maître des esprits, il songea à la vengeance, devoir sacré pour un Romain. Scipion Nasica, poursuivi par l'exécration publique, n'osant demeurer à Rome, était allé mourir ignoré à Pergame^ Mais Gracchus voyait encore dans le sénat, Popilius, qui, préteur en 621 , avait fait condamner plusieurs des amis de Tibérius. Sa perte fut jurée, et bientôt parut une loi qui traduisait devant le peuple, pour être jugé criminellement, tout magistrat convaincu d'avoir rendu ou fait exécuter un jugement contre un citoyen romain, sans, au préalable, avoir obtenu l'assentiment du peuple^. Popilius n'eut d'autre ressource que de se dérober par l'exil à la sentence qui l'attendait.

Victorieux dans toutes ses tentatives, Gracchus redoublait d'audace, chaque obstacle qu'il surmontait lui servant à éleVer ses visées encore plus haut. Il

* Il fut , dit-on, le premier grand pontife qui alla vivre loin de Rome.

* Plut. C. Graechusj fc. Cfr. E. A. J. Ahrens, Excurs. ad CoftMV,p.214..— Orel. Onomasticon TtiM.part. III, p.204.

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voulut diviser ses adversaires ; et, reprenant un projet bien connu de Tibérius, il ôta aux sénateurs le pouvoir judiciaire pour en investir les chevaliers, qu'il espéra gagner de la sorte è sa cause. Le scandale récrit de quelques arrêts qui avaient acquitté des concussionnaires odieux à tout le monde, lui fournit une occasion favorable de noter d'infamie, pour aiqsi dire, tout Tordre du sénat. Telle était, au reste, la réputation d'injustice et de partialité de ce corps, qu'ayant, pour ainsi dire, la conscience de sa propre honte , il courba la tête et se laissa dé- '

pouiller sans résistance. Ce fut le dernier triomphe de Gracchus; il en fut ébloui et se fit illusion sur ^

ses conséquences, car il se vanta publiquement d'avoir anéanti l'autorité du sénat \ Il n'avait fait que

*■ Au reste, ses projets n'allaient à rien moins qu'à reconstituer complètement cette compagnie, en triplant le nombre de ses membres par des adjonctions tirées de Tordre équestre. Ce projet fui-il présenté sous la forme d'une rogation ? Fut-il rejeté ou simplement ajourné? Ce point est demeuré tout à fait incertain. Tout ce qu'on sait, c'est qu'à la mcirt de C. Gracchus, le sénat n'avait encore subi aucune modification.

Ce fut probablement pour diminuer la puissance des consulaires, et pour les empêcher d'acquérir une trop grande influence dans l'État, que C. Gracchus fit rendre une

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