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blissement de colonies nouvelles étaient également toutes favorables aux Italiotes. Le territoire de plusieurs cités dé la Gaule que les Cimbres avaient envahi, étant devenu, à ce qu'il prétendait, une partie du domaine de la république, depuis que Marins en avait chassé les barbares', Satuminus y envoyait
qu'elles ne devaient pas être présentées par un préteur, car ce magistrat convoquait seulement des comices par centuries. A Tappui de son opinion, M. Klenze aurait pu citer ce mot de Glaucia: a Lorsqu'on vous présente une relation, disait-flau « peuple, écoutez seulement le début. Si cela conunencepar ce a préambule : le dictaUur^ le consuly le préteur ^ le maître de m la cavalerie^ soyez assurés que cela ne vous regarde pas. « Faites seulement attention à la formule finale : quiconqtêe d <i( r avenir... et prenez bien garde qu'on n'y glisse quelque ce disposition pénale à votre préjudice. » Gic. Pro Rab. Post. 6. Suivant M. Rlenze, toute loi papulairey à cette époque, n'était présentée que par un tribun , et, en conséquence, il suppose que celle^i fut rendue pendant le tribunat de Glaucia, dont par approximation il fixe la date entre les années 6kS et GSth. Mais peut-on dire que la loi Servilia de pecuniis repetundiê fût une loi populaire? Les seules dispositions nouvelles qu'elleait introduites sont celles qui regardent les Latins. Or, elles étaient loin d'être agréables à la populace romaine. — Quelle que soit la date de cette loi , on remarquera que la question de l'émancipation des alliés se mêle à tous les débats politiques, et Ton en peut conclure combien elle préoccupait alors tous les esprits.
* Aux yeux des Romains, les Gaulois, leurs sujets, avaient
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des colonies latines, c'est-à-dire , ayant le droit du Latium, et composées d'Italiens ^ C'était un acheminement à la naturalisation complète des Italiotes, que de les élever en quelque sorte jd'un degré, en les assimilant aux Latins. Mais à Rome, le peuple était trop avide de distributions de terres pour voir avec plaisir une mesure profitable seulement à ses alliés ; aussi la loi Apuleia fut-elle, au rapport des historiens, aussi odieuse au sénat qu'au peuple. On a peine à comprendre quel pouvait être l'intérêt de Satuminus. Peut-être obéissait-il à un ordre de Marins, qui avait fait quelques promesses aux contingents italiens dans sa dernière campagne. Peut-être était-ce de sa part une première tentative pour se concilier l'affection des alliés ; tentative qui couvrait des projets plus vastes et qu'il est impossible de pénétrer aujourd'hui. Enfin, et cette dernière conjecture s'accorde avec le caractère du tribun, on peut supposer qu'il avait été gagné par des spéculateurs, ou par des sénats de villes italiennes. Pour un
perdu tous droits sur ce territoire en se laissant dépouiller par les Cimbres; en outre, plusieurs peuples gaulois s'étaient rendus coupables d'avoir bien accueilli les barbares, avec lesquels ils avaient des rapports de mœurs et d'origine. Ce crime méritait une confiscation.
* App. Civ. I, 29, in fine.
d8 ESSAI
bomme de cette espèce, Fappàt du gain était le mobile le plus puissant. Quoi qu'il en soit, sa loi passa, mais après une émeute sérieuse dans laquelle les soldats licenciés de Marins cbassèrent du Forum les partisans du sénat et les plébéiens que Saturninus n'avait pu entraîner. Dans ces scènes de désordre. Marins joua le rôle le plus odieux \ D'abord, affectant une grande borreur pour les violences de Saturninus, il excita les sénateurs et surtout Metellus, autrefois son bienfaiteur, maintenant son ennemi particulier, à protester contre la loi nouvelle. Fuis, lorsqu'il les vit compromis de la sorte, il se rétracta avec impudence, laissant à Metellus le choix de se déshonorer en imitant sa bassesse, ou d'encourir les peines très-sévères portées par Saturninus contre les sénateurs qui refuseraient leur adhésion à son plébiscite^. Metellus n'hésita point et s'exila.
En vertu de la loi Fapiria^, Saturninus se fit pro^ roger le tribunat. Il semble qu'il saitit le besoin de donner à sa faction Tappui d'un nom plus pc^ulaire que le sien , car il essaya de rallier les d^ris du parti des Gracques en supposant un fils de Tibérius
* Plut. Mar. 90. Anecdote de ses conférences avec le sénat et Saturninus.
' Y. Onomasticon Tull. Orelli, lex Àpukiaf p. 137. » V. § ni.
recueilli par ses soins, pois élevé dans la retraite. On ditquun de ses af&anchis, suivant Appien, un esclave fugitif, s'était chargé de jouer ce rôle; mais il fut démasqué par Sempronia, la veuve de Scipion Émilien et la sœur desGracques*.
Saturninus ne connaissait qu'un moyen de réussir, c'était d'assassiner quiconque lui résistait. Prévoyant qu'un de ses adversaires, C. Memmius, allait être nommé consul, il le fit poignarda sur la place publique par des bandits qu'il avait à ses ordres. Fuis, accompagné de Glaucia et d'une troupe de désespérés, il s'empara du Capitole, dont il fallut £aiire le siège en règle. En sa qualité de consul, Aferius fut chargé de commander les troupes qu'on dirigea contre ce furieux. D'abord, l'attaque fut si mollement conduite, qu'il fut évident pour tout le monde que le consul le ménageait à dessein. Mais le peuple s'étant joint aux soldats et ayant coupé les conduits qui amenaient l'eau dans le Gapitole, les insurgés mirent bas les armes, et se rendirent à Marins par une espèce de capitulation dans laquelle il leur promit la vie sauve. Provisoirement il les fit enfermer dans la curie Hostilia; mais la populace escalada l'enceinte, et, dé-
* Au tel. VîctoT. Satum. — App. Lit. 1. 32.
couvrant le toit, assomma à coups de tuiles Saturni- Dus, Glaucia et ses complices, sans qu'aucune tentative fût faite par Marins ou par le sénat pour les sauver, ou du moins pour les punir dans les formes légales.
Rien de plus obscur que cette révolte ou cette conjuration, à laquelle tout porte à croire que Marins ne fut point étranger , mais qu'il se hâta d'abandonner dés qu'elle n'eut plus de chances de succès. Sans doute, il avait intérêt à ce que le secret des conjurés pérît avec eux. Toute insurrection allègue des griefs vrais ou prétendus , arbore un drapeau quel qu'il soit. Ici l'histoire ne nous a conservé aucune trace des desseins .de Saturninus. Si Ton en juge par la tendance que révèlent celles de pes lois qui nous sont connues, il n'est point improbable que l'émancipation italienne fut son cri de ralliement; du moins, la fureur de la populace et le soin qu'on prit à cacher le motif de la révolte, s'expliqueraient assez naturellement par cette hypothèse.
Une espèce de fatalité semblait peser sur la question italienne. Chaque tentative malheureuse en augmentant le nombre deses ennemis, éloignait d'autant plus une solution favorable. Les allies avaient vu le sénat et le peuple se réunir pour résister à leurs prétentions. A la vérité, ils pouvaient bien
trouver encore parmi les ambitieux de Rome des hommes de talent prêts à prendre leur défense, mais il était évident que la masse de la nation se révoltait ' à Fidée d'associer à sa grandeur ceux qu'elle regardait comme des sujets indociles. Une seule cause peut-être retenait une explosion que les esprits prévoyants regardaient comme imminente : c'était la facilité que trouvaient alors tous les Italiotes riches et en état d'avoir des protecteurs à Rome, pour éluder les lois relatives au droit de bourgeoisie, et se soustraire ainsi aux charges accablantes qui pesaient sur leurs villes. Le sénat , présumant trop de sa puissance, voulut fermer la seule issue qui restât à ce flot de griefs longtemps accumulés ; il l'obligea de rompre ses digues.
On a vu qu'une loi ou plutôt qu'un traité permettait aux Latins d'obtenir le droit de cité romaine, en établissant leur domicile à Rome, pourvu qu'ils laissassent des en&nts dans leur ancienne patrie. Mais cette restriction n'était pas rigoureusement observée, et les magistrats chargés de faire les recensements se montraient d'autant plus faciles pour ces émigrés, quelesguerrescontinuellesde la république diminuaient la population de Rome d'une manière alarmante. Quant au reste des alliés, ils parvenaient également à changer de patrie et i se procurer une
condition meilleure. Les uns, par une vente simulée, livraient comme esclaves leurs enfants à un citoyen romain qui les affranchissait aussitôt. D'autres pro* ûtaient de l'établissement de colonies romaines pour s'y rendre et s'y faire inscrire au nombre des colons. Il parait que cette permission était rarement refusée , car on voit qu'en 558 on raccordait à tous les Italiens qui n'avaient pas pris parti pour les Carthaginois ^ J ai déjà cité l'exemple remarquable de la colonie de Frégelles, qui seule avait reçu quatre mille familles samnites ou péligniennes^. Enfin la vigilance des censeurs ne pouvait empêcher qu'à chaque d^ombrement un certain nombre d'Italiotes établis à Rome depuis quelques années ne se fît inscrire à la dérobée dans quelque tribu de la ville^
Il fut un temps où les villes alliées réclamaient avec énergie contre ces émigrations, car malgré les pertes de citoyens qu'elles éprouvaient aini» , elles
* Liv. XXXm, 2
^ Liv. XLI, 8.
' Le cens n'ayant lieu que tous les cinq ans» on conçoit que dans une grande ville, on pût sans peine en imposer aux censeurs. En 662, M. Perperna fut nommé consul. Il était, dit-on, d'origine grecque et n'avait pas été naturalisé. Val. Max. m, 4, 5; — Pigh. Ann.
n'en étaient pas moins obligées à fournir le même contigent militaire. Vers Tannée 577, le sénat prit des mesures pour mettre un terme à cette espèce de fraude, et particulièrement pour défendre les yenteis simulées au moyen desquelles on éludait la loi. Le consul C. Claudius Pulcher publia un décret portant : « que tous les Latins ou Italiotes qui, à dater de la censure de M. Claudius et de T. Quinctius*, auraient été inscrits sur les rôles des alliés, retourneraient chacun dans sa ville avant les calendes de novembre.» Lemémesénatus-consulteprescrivit, en outre, que tout individu qu'on mettrait en liberté afiOj*merait par serment « que celui qui laffranchissait ne le faisait pas dans la vue de lui fournir les moyens de changer de cité^. » Mais cette loi comme tant d'autres ne fut pas longtemps observée, et les mêmes fraudes se renouvelèrent plus fréquemment encore lorsque la question de l'émancipation italienne devint l'objet de débats animés. A cette épo«que^ la religion du serment avait perdu beaucoup de son empire, et les patrons des Italiotes, surtout les partisans des Gracques, ne se faisaient aucun scrupule de favoriser de tous leurs efforts les émigra-
' A. de R. 565.
* Liv. XLI, 9.
lOÏ ESSAI
tions de leurs clients. Après l émeute avortée de Saturninusy elles se multiplièrent au point d'attirer l'attention du sénat» qui voulut remettre en vigueur les édits de Claudius. Les consuls L. Licinius Crassus etQ. Mucius Scœvola* renouvelèrent la défense d'émigrer d'une ville dans une autre , et obligèrent ceux d'entre les alliés qui cherchaient à. se faire passer pour Romains/ à retourner dans leurs villes *. Ce décret fut exécuté sans opposition; mais il porta au comble l'irritation des Italiotes. Les émigrés rentrés dans leurs cités, la rage dans le cœur et ne respirant que vengeance, faisaient partager à leurs compatriotes les sentiments qui les animaient. Il semblait que la honte de leur bannissement rejaillît sur leur nation tout entière ^ Déjà dans beaucoup de villes marses ou samnites, on disait tout haut qu'un seul moyen restait aux alliés d'assurer leur indépendance, c'était de la conquérir par l'épée. Les circonstances étaient favorables. Une grande partie de la jeunesse italienne rentrée dans ses foyers \ or-
* A. de R. 659.
* Cic. Pro Cor, Balboy I. — Fragm. or. p. 4W. Ed. Orel. — Ascon. In Corn. 98.
3 Cic. Pro Sesiioy 13.
^ Depuis la défaite des Cimbres, près de dix années s'étaient écoulées sans que la république eût éprouvé le besoin démet-
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gueilleuse de ses victoires sur les barbares, apprenait en frémissant les insultes qu'en leur absenoe les magistrats romains avaient prodiguées à leurs compatriotes. Leur indignation s'exhalait en plaintes plus violentes que celles des émigrés. Â Técole de Marins s étaient formés des officiers habiles qui brûlaient de montrer qu'ils ne le cédaient en rien aux généraux de Rome. En un mot, une armée nombreuse, aguerrie, et des chefs expérimentés se trouvaient tout prêts à servir la révolution qui se préparait.
Plus d'un obstacle retardait encore ce dénouement terrible. Le plus difficile à surmonter, c'était
tre sur pied des armées nombreuses, par conséquent d'éloigner les contingents italiens de leurs pays. Contenir les incursions des Thraces, réprimer une révolte d'esclaves en Sicile, achever la soumission de quelques tribus celtibériennes, voilà les seules opérations militaires des généraux romains pendant cette période de dix années, et comparativement c'était presque un état de paix. Il y avait à cette époque en Italie une grande quantité de soldats licenciés. — M. Keferstein, De beU. Mort. p. 3&, remarque que les Italiotes se trouvant en contact, dans la guerre cimbrique, avec les prolétaires romains enrôlés par Marins, durent perdre un peu de leur estime pour les légions romaines, les trouvant ainsi composées ; mais il me parait probable que Marins ne s'était pas borné à enrôler les prolétaires romains, et que cette mesure s'était étendue à toute l'Italie.
la division des peuples de l'Italie, résultant non-seulement de la différence des mœurs et des langues, mais encore de la différence des intérêts. L'alliance romaine avait enrichi plusieurs villes, et leur prospérité les rendaitmoins sensibles à la hoûte du joug. D'anciennes inimitiés de peuple à peuple n'avaient pu s'éteindre encore dans le sentiment d'unehumiliation commune. Tandis que quelques cités foulées par les proconsuls ne demandaient qu'à courir aux armes, d'autres, gouvernées avec douceur, ne se souvenaient plus aussi vivement de leurs anciens griefs. A ne considérer la situation de l'Italie que sous un point de vue général, on y pouvait reconnaître trois partis bien tranchés. Dans le sud, les nations de race sabellique , péniblement domptées , fières et belliqueuses, paraissaient disposées à se ranger avec enthousiasme sous le drapeau de l'indépendance. Au centre de la Péninsule, le Latium, à demi romain, n'avait que peu de griefs à venger, peu d'avantages nouveaux à conquérir. Ses villes étaient devenues des faubourgs de Rome, et ses habitants avaient perdu leur antique nationalité. Enfin, dans le nord, les Ombriens et les Étrusques s'étaient facilement accommodés du gouvernement de la république. Ils lui devaient d'avoir repoussé les Cimbres de leurs frontières, de contenir les Gaulois, leurs dangereux
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Yoisîiis. Les nc^les étrusques surtout voyaient avec terreur se' grossir une tempête qui les menaçait à l'égal des Romains, car ils étaient oppresseurs coomie eux, et le cri de liberté pouvait soulever leurs serfs et fonder dans leur pays cette égalité qui commençait à ré^er dans les républiques italiennes.
Outre ces divisions qui séparaient les différents peuples, il en existait d autres dans chaque ville. Depuis un temps immémorial, toute cité italiote comptait deux partis hostiles l'un à Tautre. Presque partout c'était la vieille querelle des patriciens et des plébéiens; ailleurs, la faction qui s'était déclarée pour les Carthaginois s'était perpétuée dans un parti hostile à Rome, tandis que leurs adversaires avaient gardé le souvenir des récompenses qui avaient payé l'attachement de leurs ancêtres à la république. Toutes ces divisions, la politique romaine les avait entretenues soigneusement; mais des injures et des e^àrances communes tendaient tous les jours à les détruire.
Après la publication de la loi Licinia et Mucia, quelques hommes hardis profitèrent du premier moment d'exaspération qui suivit le retour des émi-
grés , pour jeter les fondements d'une ligue secrète de tous les peuples de Fltalie contre la dominatioa. romaine. Le Marse Q. Fompaedius Silon, capitaine illustre dans sa patrie, passe pour avoir le premier conçu ce grand dessein ^ Il fut assurément l'un des che& les plus actifs et les plus entreprenants de cette yaste conjuration , qui bientôt compta des affiliés dans presque toutes les villes italiotes, et jusqu'aux portes même de Rome , car quelques Latins se laissèrent entraîner^. Les meneurs, allant de ville en ville, recrutaient des partisans et se faisaient donner des otages. D'ordinaire, c'étaient les enfants des principaux citoyens que, sous un prétexte, on envoyait au loin dans la maison de quelque conjuré. Ourdies avec la plus grande prudence, ces trames s'étendirent sur le Samnium, la Lucanie, et presque toutes les provinces du sud et de l'est de l'Italie, sans attirer l'attention du sénat, alors préoccupé des querelles du Forum. D'ailleurs, l'éventualité d'une
* Flor. m, 18. Ce cogaornen de Silo est latin, et sîgniBe Camard. Od verra d'autres exemples de rétonnante facilité avec laquelle les Italiens aussi bien que les Romains acceptaient les sobriquets les plus ridicules.
^ Omne Latium. Florus, III, 19. Exagération évidente, à moins qu'il n'ait voulu ainsi désigner les villes italiotes ayant le jus latinum.
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guerre avec la république était encore un secret pour la plupart des conjurés, et parmi leschefe même, un grand nombre ne croyaient pas que le moment fût Tenu d'en appeler aux armes. Ceux qui avaient des griefs personnels à venger, et surtout les préfets des contingents licenciés, opinaient pour les mesures les plus violentes ; mais les vieillards et la plupart des sénateurs italiens croyaient encore possible d'obtenir , sans efiîision de sang et par de simples démonstrations, c^t affranchissement, objet de tous leurs vœux. Malgré leurs espérances tant de fois déçues, ils comptaient toujours sur les efforts de leurs patrons à Rome, et se flattaient que quelque orateur, plus heureux que lesGracques, fléchissante la longue l'orgueil romain , préviendrait une catastrophe dont ils ne se dissimulaient pas que les conséquences pourraient être la division et l'affaiblissement de l'ItaUe. Cette supériorité que l'Italie romaine avait conquise dans le monde au prix de son sang, ils voulaient la conserver; et pourvu que le sénat de Rome devint la diète de l'Italie, ils eussent volontiers laissé à la ville des sept collines l'honneur d'être leur capitale. A cette époque, les alliés avaient pour patron avoué M. Livius Drusus, qui, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, paraissait avoir affermi son crédit sur le peuple. Fils de ce Drusus que nous avons vu
ItO ESSAI
radyersaire deC . Gracchus, il avait hérité des talents et de rimmense clientèle de son père. Encore trèsjeune, il s'était cm appelé à de hautes destinées, et pour jouer le premier rôle dans sa patrie, il n'y ayait rien qu'il ne fut disposé à entreprendre. Toutefois la persuasion intime qu'il avait de son propre mérite, son orgueil excessif , donnaient à son ambition une certaine grandeur qui le distinguait de ces factieux, tels que Saturninus, dont les violences avaient pour seul motif une basse cupidité. Drusus voulait qu'on lui crût les vertus des beaux temps de la république. Son architecte lui présentait le plan d'une maison qu'il allait faire bâtir, et lui faisait remarquer que ses voisins ne pourraient avoir vue dans l'intérieur. -^ « J'en voudrais une, M dit-il, où mes concitoyens pussent voir toutes mes » actions*' — Ses mœurs, cependant, démentaient le rigorisme de ses paroles. Obligé, pour se faire des partisans , à des largesses au-dessus de sa fortune , d'ailleurs naturellement fastueux, on l'accusait d'ac« tions honteuses où l'avait entraîné, le besoin d'argent^. Si ces accusations étaient fondées, il les faisait taire par sa forfanterie et son audace à se targuer de
* Vell. Pat. n, 14.
* Aur. Victor. Cum jpecunià egerety tnuUa contra digni* iatetn fecit
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toutes les vertus qu'il n'avait point. U se comparait naïvement aux anciens héros de Rome, et il avait fini par en imposer même aux plus incrédules. Dès son début dans les affaires, il avait renchéri sur les profusions que ses prédécesseurs jetaient à la populace, et il se vantait qu'après lui , sauf le ciel et la boue ^ rien ne resterait à donner \ S'il aimait son pays, c'est qu'il le regardait comme sa propriété. U disait : a Ma république y » et il s'indignait que d autre{( osassent s'en occuper^. Moins passionné \{ue les Gracques, il ne haïssait personne , parce que nulle part il n'aurait cru pouvoir rencontrer son égal. Il avait reçu peut-être de son père un attachement traditionnel pour le sénat ^, c'eB(nà-dire , pour ce qu'on appellerait aujourd'hui le gouvernement; ou plutôt, comme tous les ambitieux à vues élevéesi il comprenait la nécessité de fortifier le pouvoir, parce qu'il espérait bien l'obtenir un jour. Il défendait le sénat contre le peuple et contre les chevaliers ; mais
^ Aur. Vict.-— Flar. m. id.Nihil $e ad largitionem ulli reliquisse , ni$i si quis aut cœnum dividere vellet aut ccelum^
* Aur. Vict. Quid tibif inquit^ cutn republicà nostrâ?
^ Yell. Pat. II, 13. Cum senatuipriscum restituere cuperet deeus. — Cic. De Or. l, 7. Drusi tribunatus pro senatus , auctoritate susceptus. — Pro Mil. 7. M. Drusus senatus^ proptijna^or.— Cfr. Ascon. in Comel. 99.
lis ^ ESSAI
c'était à la condition qae le sénat lui obéit en tout, qu'il fût toujours prêt à humilier son orgueil devant le sien; et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que ce corps, si jaloux de ses privilèges, si susceptible lorsqu'on attentait k son autorité, se sentit subjugué par une fierté plus grande encore que la sienne. Un jour que Drusus était au Forum , on l'avertit que le sénat le mandait dans le lieu ordi« Haire de ses séances. — « DitesJui, répondit-il, que je l'attends dans la curie Hostilia ; elle est plus près d'ici. » Et les sénateurs n'hésitèrent point à s'y rendre \
Tel était l'homme que les Italiotes avaient pris pour l'avocat de leur cause, et dans lequel la plupart d'entre eux avaient placé une confiance sans bornes. Dans une maladie qui le mit en danger, toutes les villes de la Péninsule firent des vœux solennels pour sa guérison^. Il semblait qu'à son salut fût attaché le sort de l'Italie, tant il avait su leur inspirer cette foi en son génie, qui faisait le trait le plus saillant de son caractère. En promettant aux alliés sa toutepuissante intervention, il avait reçu d'eux en retour . l'engagement d'une obéissance aveugle, qui allait
* Val. Max. IX, 5, 2.
* Aur. Vict.
jusqu'à le servir dans tous ses desseins particuliers, avant même qu'il portât aux comices la grande question, qui seule avait toutes leurs sympathies.
Au reste 9 il fallait toute l'assurance de Drusus pour la reproduire devant le peuple; car, à l'exception de quelques politiques , qui voyaient dans l'émancipation italienne le seul moyen de prévenir des malheurs imminents , sénateurs et plébéiens la croyaient contraire à l'honneur national, et il leur semblait que partager le nom de Romain c'eût été l'avilir. L'aneîHlote suivante montre quelle était la force de l'opinion publique à cette époque, puisqu'elle pénétrait jusque dans la maison même du patron des alliés, Drusus logeait chez lui des députés des villes italiotes, et entre autres Q, Pompœdius Silon, ce Marse auteur de la ligue des alliés. Jouant un jour avec un des neveux de son hôte, enfant de quatre ans, Pompaedius s'avisa de lui demander^ avec une gravité comique, sa voix pour l'émancipation des Italiens. En vain il lui promit tous les jouets chers à son âge ; rien ne put lui arracher un mot, un signe de consentement. Alors le Marse le portant près d'ime lenétre élevée , et le tenant suspendu en dehors, le menaça d'une voix terrible de le lâcher s'il ne se disait l'ami des Italiotes; mais