‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 25 sur 113 · Rabelais · texte numérisé non relu

Rabelais

tours royaux, déjà vieille de dix ans, commence à porter ses fruits : le triomphe de l'humanisme est désormais assuré. Ainsi le personnage que nous voulons étudier se trouve placé, comme Ton dit, à un tournant de l'histoire. Il mérite qu'on l'étudié pour lui-même, el c'est bien ce que nous comptons faire. Mais, si nous voulons en même temps apprécier la portée de son œuvre et son influence, il nous faut d'abord préciser le poinl où s'est, pour ainsi dire, insérée son action. Cette révolution, dont le classicisme esi sorti el <pii nous apparaît si soudaine, dans quelle mesure avait-elle été préparée par les hommes du quinzième siècle? Budé est-il vraiment le premier représentant de l'humanisme français et n'y a-t-il pas eu avant lui bien des Français animés des tendances qui seront les siennes? Telle est, en ses différents aspects, la question qui se pose d'abord à nous : le chapitre qu'on va lire a pour objet d'y répondre1.

i. Est-il nécessaire ici de définir ce que nous entendons par « humanisme »? Je ne l'aurais pas pensé si parfois l'on n'avait prétendu détourner le mot de son sens habituel. Pour M. Brunetière, Hist. de la littérat. franc, class., t. I, i1'' partie, p. 3o : c< l'humanisme, c'est toutes choses ramenées à la mesure de l'homme, conçues par rapport à l'homme, el exprimées en Fonction de l'homme ». (Voir toul le développement pp. :>8-34 •) Dire cela, c'est donner de l'humanisme une définition toute a priori ; c'est prétendre établir ce que doit être un phénomène historique avant de savoir ce qu'il a été. En avons-nous le droit ? M. Brunetière l'a dit lui-même excellemment (ibid., p. 28) : Certains mots « n'onl de signification que celle qu'ils tiennent des circonstances, et le contenu, si l'on peut ainsi dire, en est purement historique ». Le mot d'humanisme est, quoi qu'il en pense, de ceux-là.

La définition de M. Faguet a moins d'ampleur et l'ait au contraire des distinctions dont les historiens n'étaient point coutumiers. « La Renaissance, dit M. Faguet, c'est la résurrection des idées antiques ; l'humanisme, c'est le goûl de l'art antique » (Seizième siècle, p. xv). Dans un remarquable article de la Revue historique (t. LXIV, inijy, pp. 259-261), M. 11. Hauser a bien mis en lumière le caractère arbitraire de ces formules. Elles ont contre elles d'être

trop absolues, niais il y a une idée féconde dans la distinction faite par M. Faguet. L'humaniste peul forl bien, dans les œuvres de l'antiquité, ne voir cpie des œuvres d'art ; il les étudiera en dilettante, et seulement pour essayer

d'eu reproduire la beauté. L'1 tanîsme, au seizième siècle, n'implique pas

uécessairement une adhésion aux idées de l'antiquité, en tant qu'elles sont en

opposition avec celles de l'époque présente : c'est seulement, à l'égard îles

œuvres anciennes, un sentiment d'admiration enthousiaste, qui aboutit à l'étude exclusive el ;'i l'imitation des modèles antiques. (Voir, dans le même sens, les

indications de l'élit de .lulleville, Hist. de lu langue et de la I i I Irful . J'riinr. ,

t. III, |>. H.) L'histoire «le l'humanisme, c'est l'étude des monuments littéraires

Que le moyen âge ait eu, au sens propre du mot, la connaissance de L'antiquité, cela ne saurail plus, aujourd'hui, être mis en question. Mais, de la connaissance à la compréhension, mi doit reconnaître qu'il y a loin, el le moyen âge n'eut jamais, à aucun degré, le sens de l'antiquité1. Ce qu'on cherchait alors chez les auteurs anciens, c'étaient des « histoires » ou bien des exemples propres à illustrer des préceptes moraux. On ne taisait point de leurs oeuvres l'objet d'une étude désintéressée <•( qui fût à elle-même sa propre fin. En France, il en lui ainsi pendant longtemps. Paris qui, aux yeux de toute l'Europe, était alors « la nourrice des études »2„ Paris devait celte renommée à la Faculté de théologie, mais l'étude de l'éloquence el de la poésie n'y était pas en honneur. Pétrarque, qui y lit deux séjours, a gardé mauvais souvenir de « cette ville des disputes, avec sa bavarde rue du Fouarre »3. Lui qui aimait tant à pratiquer les devoirs de l'amitié, il ne se fit guère d'amis dans la société parisienne. Il s'y lia avec Philippe de Viltv. mais aussi, c'était alors « le seul poète que la France possédai » '. Les Français ne montraient qu'indifférence pour la culture des belleslettres. Près d'un siècle plus tard, un autre Italien écrira : « Ici, l'on ne trouve personne ou presque qui s'intéresse ou qui s'applique à l'étude de l'éloquence5. » Celui qui parle ainsi, ce n'est plus un écrivain irrité peut-être de se voir méconnu, c'est un

que nous a valus celte disposition d'esprit toute spéciale. Il serait vain, | nulle moment, île vouloir approfondir davantage.

i. Voir, à ce sujet, les conclusions île Petïl de .lullev il le, op. cit., pp. .">-'|-

■'. (l'est l'expression même île Pétrarque : " Roma atque Parisius, altéra iniuiili capul et iirliiiuu regina, nutri.x altéra uostri 1 1 ■ m 1 1 h ni -, sludiorum >> oie Nolhac, Pétrarque ri l'humanisme, p. 37).

3. « Contentiosa Pariseos ac slrepidulus straminum uicus, u M. de Nolhac,

en citant eette phrase (p, 38), émet l'avis qu'elle est inspirée a Pétrarque par

u hostilité contre la France ». Il me semble plus naturel d'admettre avec

(i. Voigl ( l)n- Wiederbelebung , t. Il, p. 333) que Pétrarque gardait rancune

aux Français de ne pas lui avoir lait un accueil assez enthousiaste.

?\. Voigt, Die Wiederbelebung, t. Il, p. 332 et la note r>.

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