‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 26 sur 113 · Ibid., p. 338 el la note i · texte numérisé non relu

Ibid., p. 338 el la note i

simple marchand génois qui emploie les loisirs d'un séjour en France à chercher, pour l'humaniste Fazio, îles manuscrits de Cicéron. Ce seul trail nous en dil long sur la différence de culture <|ui sépare les deux pays.

El cependant, à la fin du quatorzième siècle, il y eul un moment où les circonstances semblèrent favorables, en France, à la diffusion de l'humanisme. Trois hommes parurent alors, qui devaient être la gloire de l'université parisienne; c'est Pierre d'Aillv, Jean Gerson et Nicolas de Glamenges '. Tous trois possèdent des auteurs latins une connaissance assez étendue et ils les citent assez fréquemment2. Gerson applique dans ses discours les principes « de l'enseignement de Tulle »\ Nicolas de Glamenges, au temps de sa jeunesse, s'est passionné pour l'étude de l'éloquence. Il axait étudié, peut-être même avait-il expliqué publiquement, la rhétorique cicéronienne4. Son style, encore chargé d'expressions scolasliques el barbares, se ressent toutefois de l'influence des modèles anciens \ Sont-ce de vrais humanistes que Nicolas de Glamenges et ses deux amis0? Non,

i. Le gros livre de A.-L. Masson sur Jean Gerson (1894) relève de la littérature hagiographique ; sur Nicolas de Clamenges, voir le travail de Ad. Miïutz, Nicolas </<• Clêmanges, Strasbourg, 184b, eu attendant la thèse de l'abbé J. Boulanger (annoncée dans la /{crut' historique Ardennaise, t. Y.!, kjoo, article de la p. 277).

•2. Voigt, op. cit., ]). 343 et 354-

.'!. a lit si je vouloie curieusement faire déduction selon l'enseignement de Tulle en sa Rhétorique, je trouveroie tous les lieux qui sont a miséricorde estre icv distinctement compris. » (Dans le plaidoyer pour l'Université contre le sire de Savoisj ; voir l'extrait donné par L. Glédat, Morceaux chinais des

auteurs français du moyen âge', p. 406.)

4. Voigt, op. ci/., p. 342 el 35o, en note. Quand Nicolas de Clamenges et

Gerson parlent de la « rhétorique cicéronienne », il s'agit toujours de la Rhétorique i'i Hérennius, que l'on attribuait alors à Cicéron.

5. C'est l'opinion de Voigt, op. cil., p. 354; niais il remarque en même

temps que dans tous ses écrits Nicolas de Clamenges emploie encore une foule

d'expressions scolastiques et barbares; l'éditeur du dix-septième siècle en a même composé tout un glossaire spécial (;//ossarium latinobarbarum).

6. Je ne nomme ici que les plus marquants parmi les écrivains latins de cette époque. On peut y joindre Jean de Courtecuisse, non pas tant (pie par lui-même il ail une grande importance, mais il a fourni à M. Coville la matière d'une étude très solide et très complète qui donnera bien l'idée de ce qu'était la culture des docteurs de ce temps-là. Quant au cardinal Guillaume Filiastre

(1 348-l428), Oïl pourrait voir en lui un véritable humaniste s'il était vrai qu'il

eni traduit « quelques livres île Platon ». Mais le l'ait, affirmé successivement

ce suni avant (ont des théologiens1. Ils n'ont garde de laisser la littérature empiéter sur le domaine de l;i science maîtresse, la théologie. La poésie païenne n'est pour eux que vanité et Nicolas de Clamenges, vieillissant, regrette presque le temps qu 'il y a consacré durant sa jeunesse2.

Dans le monde lettré de ce temps-là il y a cependant un homme chez (pii l'on trouve déjà tous les traits essentiels dn véritable humaniste, et c'est Jean de Montreuil3. D'abord, c'est un simple laïque4; à l'Eglise il ne demande que des bénéfices, et c'esl à la cour des grands qu'il fait tonte sa carrière comme diplomate et comme homme d'Etat. Quand il mourut, il était chancelier du roi Charles VI. Il avait pris part à plusieurs ambassades; il eut ainsi l'occasion de voir l'Italie et même il fit à Rome un séjour prolongé. Ses lettres nous font voir en lui un admirateur fervent des humanistes italiens. Pétrarque lui apparaît comme le maître de la philosophie morale; il met ses œuvres an même rang que les pins belles des œuvres classiques -\ Il obtient l'amitié de Coluccio Salutati, le célèbre chancelier florentin, « le prince de l'éloquence latine », et il se montre très fier de lui avoir arraché une copie de ses lettres et de plusieurs de ses traités moraux".

par toutes les biographies, n'a jamais été démontré, et pour cause. En réalité, l'on trouve eu tète d'une traduction du Phédon qui est à la bibliothèque île Reims une lettre de Piliastre au chapitre de Reims, pour qui il avait l'ail e\ecuter le manuscrit (Catalogue des manuscrits des départements, l. XXXIX, H1' partie, p. 171). C'est là, sans doute, ce qui a donné lieu à la tradition que je voulais dénoncer, et qui constitue une erreur évidente. Parmi tous les livres de Filiastre qu'a recueillis la bibliothèque de Reims, il n'y a pas un seul manuscrit grec, el la nature même des ouvrages qui \ sont transcrits n'indique nullement un curieux de la langue ou même de la littérature grecque.

1. Cela est trop ('vident pour Pierre d'Aillv, qui d'ailleurs est le plus ancien des trois. Uuels sont les ouvrages qui le recommanderont à la postérité? C'e8t

un Tractatus exponibilium, c'est un opuscule intitulé Conceptus ci insolubilia; ce sont enfin ses Quaestiones sur di\ers livres des Sentences et la Coneordantia astronomiae cum iheologia. (Voir Pellechet, Catalogue des Incunables, t. I, pp. 1 10-1 17.)

■■. Vbigt, op. cit., p. 344 et 355.

:'>. Voir, sur ce personnage, la thèse d'Ant. Thomas, de Joannis de Monsterolio vita et operibus 1 1883). Jean de Montreuil, aé vers [354, mou ru 1 en 1418.

r\. M. <i. Lanson, le premier, a insisté sur cette circonstance, si importante ;'i l'époque où nous sommes (ffist. de la littéral, franc., p. 1

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