‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 27 sur 113 · A, Thomas, op. <■//., p · texte numérisé non relu

A, Thomas, op. <■//., p

GUILLA.1 Ml. BUDE.

Se former une bibliothèque de choix, c'est alors ['ambition de tout lion humaniste et c'est celle de Jean de Mon treuil. Il harcèle ses amis pour obtenir qu'ils lui procurent «les manuscrits de Gicëron qu'il convoite1. Il ne se contente pas de posséder les œuvres que le moyen âge connaissait et admirait déjà. Il se fait envoyer d'Italie les traités d'agriculture de Caton et de Varron, le de Architectura de Vitruve, et les comédies de Piaule, toutes œuvres, dit-il, « qui semblent introuvables de ce côté-ci des monts ». Il en triomphe et il s'écrie orgueilleusement : « Que les rois, comme dit ce même Plante, que les rois gardenl Leurs royaumes, que les riches gardent leurs richesses; tant que je vivrai, je vénérerai ces maîtres d'une manière toute spéciale2. » Pourtant, il n'admire pas de confiance tous les auteurs anciens, quels qu'ils soient. Il en est auxquels il est particulièrement dévot, (l'est bien un culte qu'il a pour Térence, et, pour louer son auteur favori, il sait trouver des expressions chaleureuses et délicates3. Parfois, ses amis le grondent, ils se plaignent que l'antiquité païenne tienne trop «le place dans sa vie. Il a l'ail graver le texte des lois de Lycurgue dans une salle de sa maison; cela choque Laurent de Premierfait, pour qui Jésus n'a rien de commun avec Lycurgue4. Ce même ami lui reprochait un jour de consacrer trop de temps à l'étude de Cicéron, et Jean répondait qu'on peut bien, après avoir psalmodié les heures canoniques, donner à Cicéron le reste du jour. « Ce partage de l'âme entre Jésus-Christ et Cicéron, c'est déjà tout l'esprit de la Renaissance 5. »

Seulement Jean de Montreuil est un isolé et son cas montre

i. A Thomas, op cil., p. 5g, t»o et 102.

'. Ibid., p. 711 : g Quoniam ab Italia Cato censorinus \sic] et Varro de agricaltura, nec non de architectura Viturinus L-S'"'l rt simul senex Plautus michi inissi sunt et allati, quos, ut uerum fatear, uescio apud alium quem- ([ii.no citra montes existere. Habeant sua régna reges, su;is diuitias diuites, ut idem ioquil Plautus, talia ego quoad uiuam precipue uenerabor. »>

•'>. Ibid., p. 65 (il met la phrase dans la bouche d'un ami à qui il envoyai! un Térence) : «0 dies aequiquam pfeteritos, quibus te oon uideram, Therenti dulcissime, clarissime, propriissime, eloquentissime, et, m ;ii( Flaccus, artificiosissime, et, ni dicam mea quod sentit exilitas, spéculum bumane uite ac morum ualidissimus descriptor ». Cf. p. 66.

t\. Voigt, "//. cit., p. 34 1 .

5. Petit de Julleville, ffist. de lu littéral, franc., t. lit, p. 7.

fort bien que la France n'étail pas mûre encore pour la Renaissance. En Italie même, l'humanisme n'a pas encore porté tous ses fruits; il faut attendre le milieu t\i\ quinzième siècle. Alors, il aura la force d'expansion nécessaire pour se répandre au delà

• 1rs Alpes. Mais, entre les deux pays, il faudra de longues années

(le contact pour qu'il se forme en France une classe lettrée, nettement favorable à ces tendances nouvelles.

Les agents les plus sûrs de cette évolution, ce sont les grands évêques français à qui leurs talents ou leur science assurent nu rôle politique. Tel est le bénédictin Jean Joufifroy ' : il est entré de bonne heure au service des ducs de Bourgogne, (l'est un canonislc éminent et un diplomate fort avisé. On lui confie plusieurs ambassades auprès <\ii Saint-Siège. Il fait ainsi de longs séjours en Italie, voit Rome, assiste à des conciles. Le voilà bientôl évêque d'Arras, puis cardinal (i46i). Dès lors il fait partie de la curie romaine, et une lionne partie de sa vie se passe à Rome. Il y possède un hôtel, une « vigne »; il y a rassemblé une importante bibliothèque2. Il est en relations avec les humanistes de la curie et Lionarrlo Dati lui adresse des vers3. D'une intelligence souple et vive, il a eu vite fait de s'initier à la littérature de l'antiquité. La connaissance qu'il en a demeurera superficielle' ; l'inspiration de ses discours5 n'est pas puisée aux sources antiques; ce qu'il emprunte aux anciens, ce sont des expressions isolées, des maximes, «les exemples historiques. Mais, enfin, il connaît bien

1. Né en i/| 1 ■>., mort en 1/173. Voir sa biographie dans la thèse de Fierville (Le cardinal Jean Jouffroy et son temps), pp. i-i5.

2. Fierville, <>/>. cit., p. 1 2 et i3 : il lègue, par testament, à l'abbaye de Saint-Denis s;i bibliothèque de Rome, ;'i son neveu Perrin son hôtel de Home

et s.i vigne.

.'!. ///n/., pp. 244-246. Pour les relations de Jouffroj avec Bessarion, voir Em. Legrand, Cent dix lettres grecques de François Filelfe, p. 225 el 237.

4. //m/., p. 55. Voir ;iussi, p. 60, ce que !<• cardinal Ammanali écrivait à Jouffro) : " Accordons que vous avez beaucoup lu; que vous avez feuilleté (tractasse) beaucoup de manuscrits; que vous avez mis bien des choses dans votre mémoire. M ; 1 i s qu'y ;i-i-il de digéré dans cette masse informe de m;ii<:riaux?... Combien de contresens n'avez-vous pas t';iiis dans vus citations! Combien de fois n'avez-vous pas attribué ;'i <l«'s auteurs biens connus des idées qui n'étaient pas les leurs!.. Pour moi, je ne désire pas trouver tant d'érudition chez un prêtre.

.">. Fierville en a publié cinq parmi sis pièces justificatives : voir aux pages 2/J8-2.V1 et 255-201 .

c< GUILLAUME BUDE.

tous les grands écrivains latins'; il a l'ait de Ouintilien une étude particulière2. Chose [dus rare pour un Français de ce temps-là, il a lu. dans les traductions, les grandes œuvres de la lit térat lire grecque3. Il a dans sa bibliothèque un Homère en latin. C'est un amateur de beaux et de lions livres. A Louis XI, il offre, en traduction latine, un Strabon et un Thucydide qui sortent de l'officine de « ser Vespasiano », le célèbre libraire florentin'. Il achète, pour sa propre bibliothèque, un manuscrit de Plaute d'une calligraphie admirable, dû à la plume même de Pogge5. Ainsi les « barbares » devenaient sensibles au charme de la culture italienne; de ce jour, les humanistes faméliques songèrent à les exploiter. JIs allèrent chercher en France ces pensions (pie les princes italiens commençaient à leur marchander. Celui qui v songea le premier fut Filelfe, ce type étonnant de l'humaniste aventurier et quémandeur. Il était déjà le panégyriste attitré de Francesco Sforza6; il fût volontiers devenu celui de Charles VII. Dès i/|5i, il fait au roi de France des avances qui restèrent sans succès7. II entre alors en correspondance avec le

i. Voir dans Fierville, p. 229, la liste de ceux qu'il cite dans ses discours cl dans ses notes marginales du Quinlilien de Carcassonne.

■>.. Voir La noie précédente et Fierville, de Quintilîaneis codicibus, pp. 5 9 ci 72-74.

3. Voir dans Fierville, Ji'un Jouffroy, p. 23i, la liste des auteurs a,recs qu'il a eu l'occasion de citer. Il se peut qu'il les cite parfois de seconde main, mais en général il semble avoir de leurs œuvres une connaissance directe et personnelle. A la lin de son Ouintilien, on trouve plusieurs pages sons la rubrique suivante : Ex 2° libro yliadis ffomeri comparationes excerptae. Il «lit aussi, dans un passage de son discours à Nicolas V : « Legi ego superioribus diebus Zenophontem a Reuerendissimo pâtre Niceno eleganter traductum... (Ibid., p. ■•■">•'■ 1

4. Le manuscrit, qu'il avait spécialement légué à L'abbaye de Sainl-Denis, est maintenanl à Stuttgart (Léop. Delisle, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. LVII, 1897, pp. 707-708.)

5. C'est !'• Vnt. lui. 1629; je ne sache pas qu'on l'ait encore étudié au point de vue qui nous intéresse. A la tin du volume, un e.f/ifici/ où l'ogge se donne

comme !<■ copiste du manuscrit, Puis, une noie où fohannes, évêque d'Arras (alors Jean Jouffroi), déclare avoir acheté le livre des fils' de Pogge. Celui-ci étail mort en \l\5g, et Jouffroi fut élevé au cardinalat en 1^62. Parmi les autres manuscrits que l'on sait avoir appartenus à Jouffroi, je noie encore l'ouvrage de l'humaniste Uoberto Valturio sur l'art militaire. (Voir la noie déjà citée de I.. Delisle.)

Ci. Sur Filelfe et les épisodes de sa carrière, voir l'index du livre de \ oigt.

7. Voir, dans les Epistolae de Filelfe, la longue lettre à Charles VII, du 16

célèbre chancelier Jouvenel des Ursins1. Il a, d'ailleurs, des intelligences à la cour : le médecin du roi est nu Grec, Thomas de Coron, avec qui Filelfe est en relations d'amitié2. Bientôt ses ambitions se précisent; il veul se rendre lui-même en France pour offrir à Charles VII un exemplaire de ses poésies3. Il ne parvient pas à réaliser ce projet. A sa place, on voil arriver un Grec misérable, le savant Argyropoulos, qui ne lii que passer1.

avant les calendes de mars ( 1 7 lévrier i/j."u). C'est une exhortation à entreprendre la croisade contre les Turcs. Dans la lettre à Jouvenel des Ursins, «lu 3 mars 1457 (F. nonas martias), Filelfe se plaint que le roi ait laissé sa lettre sans réponse.

1. Voir, dans les Episfolae, les lettres à Jouvenel des Ursins du 6 avant les calendes de février i/|53, i/| avant les calendes de mars i453 (à la fin : <. Vale. Kl me Christianissimo régi Karolo quam diligentissime commenda »), du 7 et

du '\ avant les calendes de juin i/j.Vj, du g avant les calendes et de la veille des calendes d'août [454, du 10 avant les calendes de décembre i'|"»'|, 10 avant

les calendes de mars 1/1.V); d'autres lettres, adressées au même personnage, seront encore citées dans la note 3. Presque toutes mit pour occasion le départ d'une ambassade pour la France. Souvent elles annoncent au chancelier l'envoi d'un manuscrit de Filelfe qui lui est destine. Dans la dernière de celles qui viennent d'être énumérées, on lit cette phrase, bien significative sous la plume de Filelfe : <> [laque mihi plurimum gratulor, quod eum te amicum et benejicentissirnum quidem amicum sum adeptus; in quo summa oinnia esse intelligo. »

2. Pour les lettres adressées par Filelfe à Thomas de Coron philosophus medicusque regius, voir Em. Legrand, Cent dix lettres grecques de François Filelfe, pp. 73-75.

\\. Dans une lettre du 26 octobre 1 '|.V| ( VII kal. noaembres), Filelfe annonce à Thomas de Coron son intention de dédier au roi un recueil de vers lyriques (cf. la lettre du 1 .'> novembre à Jouvenel des Ursins). Le i5 mars [idibus martiis) i455, il annonce au chancelier son intention de venir en France, dès le mois suivant, pour remettre lui-même l'œuvre au roi (cf. la lettre du même jour à Thomas de Coron : Thomae franco philosopho ac medico, et celle du ."> avril imuis aprilibus, adressée : Nicodemo Tranchedino). .Mais le 8 juin (17 iilns iunias), il écrivail à ses deux amis que Francesco Sforza se refusait à le laisser partir.

4. La lettre par laquelle filelfe recommande Argyropoulos à II tas de

Coron est du iS mai i/j .">."> (XV L'a If ml. iiiiims). C'était le moment où lis

Grecs, chasses de ( lonstan t inople , erraient à travers l'Europe pour apitoyer les princes chrétiens sur leur malheureuse situation. Plusieurs des lettres au chancelier des Ursins sont destinées à lui recommander des tirées fugitifs et errants. A son tour, Argyropoulos dut essayer d'émouvoir en sa faveur la

compassion île la 1 nui de Irancc. La lettre de Filelfe esl le seul document qui

nous renseigne sur ce voyage, mais nous saxons qu'ArgyropouIos, en i456, fut appelé au studio de Florence avec un salaire fort honorable. (Voigt, Il "■derbelebunq, 1. I, p. 368. 1

Enfin, à la fin de r 456, arrivait en Franee Gregorio le Tifernate, le premier humaniste qui ail, à noire connaissance, enseigné le grec à Paris1. Malheureusement., les leçons u'eurenl pas lieu pendant toul 1*' temps de son séjour en France. Gregorio était attaché à la personne du roi et il suivait la cour dans ses déplacements. En 1 458 seulement, l'Université se décide à lui confier une chaire de grec. A la fin de 1 ^ .">(), il avait (jnitlé la France. Son enseignement ne dura pas assez longtemps pour établir une tradition dans le inonde des écoles parisiennes. ( >n ne petit même dire qu'il ait formé des disciples. Nous saxons que Robert Gaguin suivit ses leçons, et il es! de fait que Gaguin ignora toujours le grec2. Il est vrai qu'il nomme Gregorio comme un des maîtres qui l'initièrent à la littérature classique. Aux écoliers parisiens, entêtés de logique et de théologie, il a fait s;uis doute entrevoir le charme immortel des œuvres des anciens; par là, il a pu jeter dans les esprits une semence que d'autres se chargeront de faire fructifier.

C'est maintenant un Français et un théologien qui va reprendre l'œuvre à peine commencée par Gregorio. Depuis qu'il est à Paris (vers i4,r>9J> Guillaume Fichet a suivi jusqu'au bout la carrière qui s'ouvre, à l'Université parisienne, devant les étudiants en théologie3. Lentement, il a conquis ses grades jus-

i. Sur Gregorio en général, voir le travail de t.. Delaruelle, publié dans les Mélanges de rK<<>h> de /i<>mr, t. XIX (1899), |>]>. 9-33. Le séjour en France y est étudié aux pp. 25-29. M. L. Thuasne a eu l'occasion de compléter ou tic corriger certains détails de ce travail dans sou édition des Epistole de Gaguin : voir le t. I. ]>[>. g-i3.

2. Mélanges, t. XIX, y. 26, e1 L. Thuasne, H. Gaguini Epistole, pp. 20-21. .M. !.. Thuasne rappelle à cet endroil le témoignage de Reuchlin, disanl qu'à Paris, il avait appris les éléments i\\\ grec des disciples Formés à l'école de Gregorio. Cela même confirme ce que nous disions : Gregorio a donné quelque teinture du grec aux étudiants, peut-être assez rares, qui suivaienl ses leçons : il n'a pas formé nu seul helléniste. Dans ce monde universitaire de la fin du quinzième siècle que nous allons étudier maintenant, le grec est. de fait, totalement ignoré.

.''>. Guillaume Fichet était m'' eu Savoie. Tannée r433. On ignore la date de sa mort, mais nmis savons maintenant (grâce a M. 1,. Thuasne, /<■ G. /-.'/us/..

qu'au titre de maître et, chaque jour, il fait un ou même deux cours publics1. A la différence de ses confrères, il ne se croit pas tenu de mépriser les « études d'humanité » (studio, humanitatis). Il en a pris le goût dans sa jeunesse, sans doute quand il étudiait à Avignon, dans cette ville italienne où le souvenir de Pétrarque était encore vivant2. Il s'irrite de voir qu'en France on néglige cette science si belle et si utile de la rhétorique3. Sans abandonner sa « lecture » des Sentences, il se mel à lire aux étudiants le traité de rhétorique qu'il a compost''1. Mais à des éludes nouvelles il fallait des livres nouveaux, qui manquaient aux étudiants. D'accord avec Fichet, Jean Heynlin de Stein5 fit venir de Bâle, où lui-même avait vécu, un ouvrier, Martin Krantz, et deux bacheliers de l'Université , Ulrich < îering et Michel Friburger6. Ils installèrent leur atelier dans les

t. I. p. 221), qu'il vivait encore en 1 4'.t°- En i4°9-i470j •' s'était acquitté d'une mission diplomatique auprès du duc de Milan. C'est le seul événement qui ressorte dans sa carrière tout universitaire. Sur (i. Fichet, on consultera le livre de Philippe, Guillaume Fichet (i8g2). La milice de L. Thuasne, /•'. G. Epist., t. I, p. 220, utilise les éludes postérieures à cet excellenl travail.

i. Voir, dans Km. Legrand, Cent dix Irlln-s grecques de François Filelfe, p. 2-]!\, lu lettre de Fichet à l'abbé de Cîteaux : « Eodem oamque die (quod dixerim citra iactantiam) non solum semel quotidie aut bis etiam plerumque theologam lectionem in refertissima auditorum corona persoluebam, sed et rhetoricam quoque (quam nunc ad te, tanquam auditorii lui fructum alîquem, ipse mitto) simul et scribebam et transcribentibus membratim proferebam, transcriptamque docebam. » Cf. p. 229.

2. Voir la note mise par Fichet à la fin d'un manuscrit qui contient un ouvrage de Pétrarque (ms. latin i6683; reproduite par .1. Philippe, Guillaume Fichet).

'.\. Eni. Legrand, >>/,. ri/., p. :<:;;» (lettre de Fichet à Bessarion) : - Ai mihi rhetoriculae scribendae tibique mittendi fecit audaciam amor eloquentiae, quam et mirabar et dolebam Gallos aostros ad hoc lempus latuisse. g Toute la Ici Ire esl à lire.

i. Cf. supra, la n. 1. et Km. Legrand, op. cit., p. 229, dans une lettre qui esl sans doute de l'iyo: « Ai uero doctoral i bus insignibus adhinc [sic] irienniiiiM mihi collaiis, coepi mane theologiam el tempore postmeridiano Ciceronis ariem docere. 0 Ainsi, Fichel aurait sans doute commencé à « lire 9 sa rhélo- 1 i me en 1 467.

7>. Sur Jean Heynlin de Stein (Ioannes Lapidanus), voir le chap. m du \^rr de .1. Philippe {G. Fichet). Comme G. Fichet, il appartenait au collège >\<- In Sorbonne. Il venait d'en être élu prieur, el Fichel bibliothécaire.

6. Pour l'histoire de l'atelier de la Sorbonne, l'ouvrage de J. Philippe, Origine de l'imprimerie à Paris (i885), doii être complété par A. Claudio, Hisi. de l'imprimerie en France, 3 vol. publiés (1900- 1904).

propres bâtiments de la Sorbonne, el vers la fin de r'ijo, ils publiaient le premier livre qui ait été imprimé à Paris, les Epistolae de Gasparino dit de Bergame1. (Test par l'œuvre d'un humaniste qu'ils commençaient leurs publications et, pendant les deux ans que fonctionna l'atelier, il en sortit surtout des livres destinés à l'enseignement des belles-lettres : œuvres classiques, traités de yrammaire, recueils de lettres anciens ou modernes. qui devaient servir de modèles pour la pratique de l'art épistolaire. Fichel v lit imprimer sa Rhétorique2 et put ainsi l'expliquer à un plus grand nombre d'étudiants. D'autres maîtres, suivant son exemple, revenaient, dans leurs cours, à l'étude des auteurs anciens. Il semblait qu'un souille nouveau passai sur l'Université parisienne, asile des bonnes études et citadelle de l'orthodoxie, et Fichet s'écriait, dans une lettre à Robert (îaguin : « J'éprouve un grand contentement, très érudit Robert, en voyant les Muses et toutes les parties de l'éloquence que l'âge précédent avait ignorées, fleurir enfin dans cette ville. Quand, au temps de mes jeunes années, je quittai le pays de Baux et me rendis à Paris pour me mettre à l'étude d'Aristote, je m'étonnais de voir qu'à Paris un orateur ou un poète était chose plus rare qu'un phénix. Personne n'étudiait nuit et jour Cicéron, comme beaucoup le font aujourd'hui ; personne ne savait faire

un vers correct, ni scander les vers d'autrui; l'école parisie

avait désappris la latinité, et tons ses docteurs ou presque en étaient descendus à un langage barbare. Mais, à présent, nous voyons enfin des joins meilleurs, car, pour parler le langage des poètes, les dieux et les déesses l'ont renaître chez nous la science du bien dire3. » Kichet se pressai) trop de célébrer

i. Humaniste de la première moitié du quinzième siècle, Gasparino da Barzizza esl déjà un cicéronien ; ses lettres, qui valent uniquement par le détail iln si\ le, ont de bonne heure été considérées comme des modèles accomplis d'art épistolaire (cf. Vbigt, Wiederbelebang, t. Il, p. 424 ''' passim). En France, on en compte au moins cinq éditions, rien que pour, le dernier tiers «In quinzième siècle (M. Pcllechet, Calai. (1rs Incun., p. 48i). La seconde publication de l'atelier 'I'- la Sorbonne comprendra V Orthographia, du même humaniste, avec quelques petits traités du même genre.

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