Cf. supra, p. 22, n
.">. 1 f. supra, p. 22, n. 2.
l[\ GUILLAUME BUDÉ.
dos victoires et d'écrire, pour la cour, des « épithalames » ou des « lamentations » '. Do son côté, le Véronais Paul Emile, encore un pensionné du roi, entreprend cotte histoire de France (jui aura, sur celle de Gaguin, l'avantage d'être patronnée par la royauté2. Ce sont là les plus ciotoires des Italiens qui vécurent
i. On trouvera dans G. Knod, op. cit., pp. 10.4-108, une liste assez complète des opuscules d'Andrelini qui contiennent ses poésies de circonstance. En devenant poète officiel, il ne cessait pas d'enseigner à l'Université. On lit, au colophon d'une édition de ses Elegiae (chez <i. .Marchant, i4û4)j et juste à la suite de la date : Fausto ipso et oratoriam et poeticam arlem in eodem gymnasio publiée profitente (M. Péllechet, Catal. des Incun., no 7.'')!). A la tin de l'opuscule de Neapolitana uictoria, une épigrammeest intitulée : Stephani bertheloti parisîensis patricii fausti discîpuliet contubernalis epigramma (M. Péllechet, op. cit., n« 753). Cela semble indiquer qu'Andrelini tenait une » pédagogie » ; il aurait eu chez lui quelques jeunes cens de bonne famille auxquels il donnait à la fois la pension et l'instruction. Entre temps, il se rendait à la cour pour présenter ses vers au roi. Le deCaptiuitate Ludottici Sphortiae commence par une épigramme de Faustus a se recitatum, cam regiae Francorum maiestati libéllum hune obtulit (M. Péllechet, op. cit., n° 721).
2. Sur Paul Emile, voir L. Thuasne, t. 1, pp. 1 fji-ios, et t. II, p. 289, n. 3. Né a Vérone vers i/|oo, il vint en France d'assez bonne heure, et, dès 1489, « .M1' Paulus Emilius, orateur et chroniqueur lombart ». est le pensionné du roi. Sa vie semble s'être écoulée tout entière à la cour, mais nous ne savons quelles fonctions il y occupait. Dans une lettre datée de 1^99, mais qui est en réalité de l'année i5oo [Eràsrni Epist., col. 58 E). Erasme fait allusion à un séjour de Paul Emile dans les Pays-Bas; il y était sans doute à la suite d'une ambassade. Aléandre, onze ans plus tard, se plaint en lui écrivant (pie Paul Emile se soit trop attaché à la cour, et il fait allusion au voyage que son ami fait par toute la France à la suite du roi (E. Jovy, François Tissard et Jérôme Aléandre, 2'' fascicule, p. 44 et 45). En i5ii, il est nommé chanoine prébende de Notre-Dame de Paris. Il avait commencé par composer, en 1487-1489, un travail sur les antiquités de la Saule, qui est resté manuscrit cl dont le deuxième livre est dédié à Charles VII (P. E. proemium in secundum uolumrii antiquitatis gallicanae ml octauum regem heraclidam christianissimam). Paul Emile semble, dès lors, avoir été agréé comme historien officiel de la couronne. C'était là une faveur que Gaguin avait demandée vainement pour lui (voir les lettres 23 et 3o aux pp. 252 et 278 du t. 1). Il conçul quelque dépit de voir un étranger l'obtenir, et sans doute il pensai) à Paul Emile quand il fle vantait, dans la nouvelle préface de son Compendium, d'avoir entrepris son œuvre sans l'appui d'aucun prince, nullu principis munificehtia prouoeatus (F. Thuasne, 1. II, p. 289). Au reste, Paul Emile mit un temps incroyable à parfaire la sienne. File parut seulement en 1517, sous le litre Uf rébus gestis Francorum libri IV. Le livre est d'une inspiration toute classique, avec ses discours fictifs imités de Thucydide et son style cicéronien. Nous verrons plus loin que Paul Emile fui en relations avec Budé el Lefèvre d'EtapIes.
LES PRÉC1 RSEURS. '">
alors à Paris; leur enseignement, leur faveur suffisaient à les mettre en relief. Mais beaucoup d'autres [tins obscurs mil contribué par leur exemple à répandre le goûl des belles-lettres dans le monde de l'Université parisienne. C'esl un théologien que Domenico Mancini, niais un théologien dont la science n'a rien d'austère. Ses livres les plus sévères s'égayenl de préfaces en vers ei qui sont d'un tour assez élégant: Il v prend même le titre « d'orateur, de poète-lauréal et de comte palatin » '. Le carme Ferabos est, lui aussi, poète-lauréat2. L'un et l'autre adressent des vers au général des Trinitaires. Gaguin s'en montre 1res Halle : pour leur répondre, il se met en frais de périphrases élégantes et d'images poétiques. Voici enfin Angelo Cato, un habile politique que le caprice de la faveur royale a l'ait archevêque de Vienne el primat des Gaules3. Nous le voyons honorer de sa présence une leçon d'ouverture de Charles Fernand. Il intervient comme arbitre dans la querelle qui met aux prises Guillaume Tardif et Ballii '. L'on a le droit de penser qu'il s'était fait à la cour l'introducteur et le patron de ses compatriotes.
Tel est, en France, à la fin du quinzième siècle, le groupe des précurseurs de l'humanisme. Ils sont, par leur amour des belles-lettres, en avance sur leur lenips, mais il subsiste dans leur attitude des contradictions significatives. Pour nous en tenir à Gaguin, que ses lettres nous font parfaitement connaître, pouvons-nous voir- en lui le type du véritable humaniste? Il a salin'' avec joie cette résurrection des éludes anciennes que rendait
i. Cf. L. Thuasne, i. Il, |i|>. 214-217. .Mancini est l'auteur d'un Libellai de quatuor uirtutibus (préface datée de Paris, (484) et d'un Tractatus de Passione Dominé (i4KN), l'un ci l'autre fréquëmmenl réimprimés. En 1482, il avait il éjà édité à Paris le cours d'un théologien italien sur le premier livre îles Sentences (Lectura primi sententiarum Jralris Gregorii </<■ Arimino).
2. On ne sait que peu de chose sur Giovanni Andréa Ferabos. En 1470-147I1 il occupa la chaire de poésie à Pérouse, et c'esl alors que Paolo Marsi dénonça l'infamie île ses munis en <les vers injurieux (L. Thuasne, t. Il, pp. 272-274)- Une fois à Paris, il «lut expliquer les poètes devant les étudiants. C'est ce que me semblent indiquer les vers de Gaguin à Ferabos (ibid., v. ti-24).
.'•>. Angelo Cato fut successivement au service de la maison d'Anjou, de Charles le Téméraire et de Louis XI, dont il devint le médecin et l'aumônier.
Nommé en 1482 archevêque de Vienne, il 1 irut en i4qJ>< Les Mémoires de
Commynes ont été écrits â sa prière et lui sont adressés (voir aussi les mentions qu'on \ trouve de lui au I. V, c. 5, et au I. VII, c. 5).