‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 34 sur 113 · Cf. supra, y · texte numérisé non relu

Cf. supra, y

3. L. Delisle, Journal des Savants, [894, p. 268, à propos du n" 1180 du Catul. de la Bibl. Mazar... M. L. Delisle serait disposé à croire que cette édition de Sedulius n'est pas antérieure à i5oi; le passage cité dans la note suivante lui donne complètement raison.

l\. Itusilii magni de libris leeiitandis opusculum aureum, au v du Feuillet de titre (lettre de Josse Bade à Nicolaus Chappusotus) : « Abhinc enim (si rite recolp) triennium, Sedulianam poesim eo tempore [le temps du Carême] sitien-

tihus an'unis exposuisti, aune Basilii Magni de leeiitandis ellmicorum liltris

opusculum... iisdem exponere constituisti » (daté du 27 janvier i5o8). Ce petit traité de saint Basile, dans la traduction de Lionardo Bruni, a joui à cette époque d'une grande vogue. Les tendances de saint Basile, qui dans la poésie païenne cherche d'abord des leçons de morale, étaient bien conformes à celles de l'époque. Sun opuscule servit comme de programme à ceux qui s'adonnaient aux a études d'humanité » ; venant d'un Père de l'Eglise, il put en même temps leur fournir une réponse aux critiques ilmit ces études étaient l'objet. Jusqu'à l'année 1 -""»-> 1 , mi en compte, rien qu'à Leipzig, au moins douze éditions (G. Bauch, Geschichte </i:s Leipziger Fruhhumanismus, p. 66; voir ibid., pp. 67-68, l'analyse de l'opuscule). ô. Pamphilus de amore cumeommentoj amiliari \ 1 'iu'.iI' v" ''" feuillet de titre

comme celles de Baitista le Mantouan '. Andrelini commente publiquement le De coetu poetarum, poème d'un obscur humaniste italien2. Lui-même il compose des ouvrages propres à être « lus » dans les classes ; telles ses Epistolae prouerbiales et Morales, d<mt le titre indique suffisamment le' caractère3. Ses distiques

(Anthonius barellus bibliopola lohanni proto S. P. /).) : a ... mihî... subiil

in :< ni mu m de iibello amoris l';nn|ihili el de ea quam i sine magna audien-

liiiin admiratione Fecisti familiari eiusdem interpretatione... Per amicitiam Dostram oro, ul quam uiua noce ad tuos auditores familiarem ipsam tuam interpretationem, litteris mandare el scriptam émendare aon pigriteris, mihique eani imprimendam transmittere ne deneges. » Le Pamphilus de amore, œuvre d'un poète du douzième siècle appelé Maximianus, était très répandu dans les écoles du moyen âge. Toutefois L'inspiration, sans doute trop libre, de l'ouvrage ne lui pas sans éveiller les inquiétudes de certains maîtres. (Ch. Thurot, de Alexandri de Villcù-Dei Doctrinali, i85o, pp. 3o-3i). Plus tard, on en compte au moins cinq éditions pour le quinzième siècle el le débul ilu seizième siècle (Brunet, Manuel du libraire, t. IV, col. 338).

i. Parmi les nombreuses œuvres de ce poète, l'opuscule contra /mêlas impudice loquentes semble être devenu bien vite un texte habituel d'explication. Aux alentours <le 1/199, les libraires parisiens font paraître au moins cinq éditions de ce poème fanxiliariter explicatum (M. Pellechet, Calai, des Incun., n°« 1 793-1 707). Cette abondance d'éditions répond évidemment aux besoins de l'enseignement, et d'autre part le titre de l'ouvrage indique suffisamment les notions qu'on y allait chercher. Sur la renommée dont a joui, de son vivant même, le carme Battista Spaumoli (i448-i5i6), (( cet autre Virgile », voir le dialogue de Lilio Gregorio Giraldi de Poetis nostrorum temporum, édition K. Wotke, p. 25.

2. Nous voyons qu'il en donne une édition en 1/199 (L. Thuasne, t. I, p. 1 - > "7 > - L'opuscule d'Octavius Cleophilus n'est içuère, sous une forme poétique, qu'un catalogue des poètes latins; c'est ce qui en faisait l'intérêt, au point de vue proprement scolaire : à Leipzig, il est imprimé deux luis en l'espace de quelques années (la deuxième fois en i5oi ; voir (i. Bauch, Gesch. d. Leipz. Frûhhuman., p. 711). A Paris, Josse Bade le réimprimer;! en [5oq, avec îles annotations de son cru : Octauii cleophili phanensis... Libellas de coetu poe-

laruin ab Asre/isia menti is plnsculis lersus el dilitjenler e.r/dana/iis. Le

poète Octavius Cleophilus, originaire de Fano, était mort en [490.

A. Voici le sujet (les quatre premières lettres, tel qu'il est indiqué ;'i la table 1 /\ Fausti Andrelini Epistolae prouerbiales et morales, édit. parue vers

l5l6) : " Uuiid liiielenus in producendo tanlum carminé insudaueril, nunc

demum solutam orationem aggrediatur. Amico reconciliato aut raro au1 nunquam fidendum. — Quod Aeneis non ab omnibus întelligatur, dubiam Indiens cum Iliade palmam. Non esse antiquatis, obliteratisque uerbis utendum. » Etc. L'opuscule lut réimprimé maintes fois, du vivant d'Andrelini; en t5o8, il y en eut, à Paris, deux éditions différentes {Catal. delà Bibl. nat.} t. III, col. i5o).

42 (il 11,1. Al Ml. BUDE.

(Hecatodistichon) resteront longtemps parmi les livres on nsayo pour l'enseignement littéraire1.

D'ailleurs, à l'étude directe «les poètes on continue de préférer l'étude dos grammairiens. Pou à peu, ceux du Quattrocento se ton! leur place dans l'enseignement. On imprime à plusieurs reprises la Grammaire de Perotti el son Ars metrica2. Le célèbre ouvrage de Valla es! expliqué dans les classes'; niais on semble lui préférer, pour leur simplicité même, des livres pins récents el qui puissent servir de manuels. Enfin, les recueils de lettres semblent avoir beaucoup de succès. ( )n voit paraître successivement les Elegantiae d'Àgostino Dati, le manuel de « Sulpitius Vernlanns », les Regulae Elegantiarum de Francesco Nigri '.

i. A. Claudin, Les Origines de l'imprimerie à la Réole, pp. 27 et 35;Cf. le Calai, de la Bibl. nat., t. III, col. i.V>.

2. Des débuts de l'imprimerie à l'année i5oo, Panzer mentionne cinq éditions

parisiennes de la Grammaire; trois au moins contiennent à la suite VArs Metrica .'voir le répertoire aux années 1^77, '479 (n" 63; cf. dans le Catal. île la Bibl. Mazar. le 11" ■>.:>-;), i4g3 (n" 267), i4Q7 (n<> 444) et i4oo (no Ô47 ; à la suite des deux opuscules, le de Arte diphthongandi de Guarino de Vérone).

3. Les Elegantiae sont déjà parmi les livres qu'imprime l'atelier de la Sorbonne (n« vin de la liste de J. Philippe, Orig. de l'imprim.). Plus tard, Guy Jouvenneaux publiera sur l'ouvrage de Laurent Valla une Interpretatio qui a coup sur coup trois éditions (i4o4> '4ï)7 el i/i<,i(V;- voir les nos -s.i et '(Mo de Panzer, et le n" q85 <\u Calai, de la Bibl. Mazar.). L'auteur, dont on a signalé déjà un commentaire aux comédies de Térence, est un ami des frères Fernand (L. Thuasne, t. I, p. 328). Il a publié un recueil de ses lettres (i499ï n11 .">:>:> de Panzer), et traduit en français la règle de l'ordre de Saint-lîennil ,

auquel lui-même appartenait (i5oo; n" 2o35 de M. Pellechet, Calai, des Incun.).

4. Le livre de Dali est imprimé déjà par la Sorbonne (Augustini Dali Isa-

gogicas Libellas, ao v de la liste de .1. Philippe, Orig, de l'imprim.). Puis,

en i'io*. un éditeur réunit dans le même volume ce qu'il appelle les Elegantiae d'Agostino Dati et les Regulae elegantiarum Francisci Nigri, le tout avec des commentaires de .lusse Clicbtoue (n" 96g du Calai, de la Bibl. Mazar.; cf. J.-Al. Clerval, de Tudoci Clichtouei uita, p. xrv). Le livre a du succès; en i5oi, mi \ ajoute, en le réimprimant, le traité de Sulpitîus Verulanus de Orationis compositione (intitulé, pour la circonstance, de Epistolarum compositione) et quelques autres opuscules qui ont trait surtoul à l'orthographe (voir,

au v" du feuillet de litre, la lettre de dédicace de .lusse Bade " sludiosae iuuen.

tuti 1.). Rien qu'à Paris, le recueil précédent est réimprimé cinq fois de r5oa à i5i2 (J.-Al. Clerval, /or. cit., et cf., pour la description des éditions, les n°s correspondants de Vander Haeghen, Bibliogr. des œuvres de Josse Clichtove, t888). Les humanistes italiens qui viennent d'être nommés oui tous écrit dans la seconde moitié du quinzième siècle. Agostino Dati était chancelier

les lettres du même auteur1, les Epistolae aureae de Pic de

la Mirandole2, etc., et toutes les lettres apocryphes (jui nous viennent de l'antiquité3. La vogue de ces ouvrages tienl au caractère pratique que conserve toujours l'enseignement universitaire. Ils fourniront l'étudiant <lr recettes pour toutes les circonstances de la vie où il devra écrire une lettre ou prononcer

de la république de Sienne; il a laissé des discours et des Lettres familières dont il va être question (voir infra la n. 2). Sulpizio de Veroli (Verulanus) enseignait à Rome vers la fin du quinzième siècle (en i488; cf. Fr.-X. Laire, Spécimen typogr. Roman. XV. Sec, p. 267, et la dédicace de l'opuscule de Sulpizio). Il a composé également une Grammaire (G. Bauch, Gesch. d. Leipz. Frûhuman., pp. 168-169). Enfin, Francesco Nigri est, d'après Fabricius, un prêtre vénitien quivivail à la même époque.

1. On en compte au ins deux éditions. Celle de Pierre Gaudoul (n° 54o du

Gâtai. île la Bibl. Mazar.) ne saurait être antérieure à i5o8(L. Delisle, Journal des Savants, 1894, pp. 91-92). Dans relie d'Anthoine Denidel (Epistole Francisci nigri, s. d.) on lit, au v du feuillel de titre, un titre plus détaillé qu'il n'est pas inutile de transcrire : Opusculum epistolarum familiarium <■/ artis earumdem scribendarum maxime in generibus uiginti... (Suit l'énumération des vingl genres de lettres que distingue l'auteur], fforum autem generum qaodlibet cl suas habet species nf locis suis in sequentibus studiosis horum patebit lucidissime. Ainsi le premier titre du livre n'en indique pas bien le caractère : c'est en réalité un manuel d'art épistolaire où la partie théen rique est accompagnée d'exemples appropriés. Cf. le titre de l'édit. de Leipzig mentionnée par (i. Bauch, op. ci/., p. 94.

:<.. lui [499 (Catal. de /</ Bibl. Mazar., n° 1072). Elles sont réimprimées, en i5o4, par un autre libraire : Aura- Epistole h>li<innis l>i<i Mirandule uiri omnium mortalium doctissimi eloquentissimique (Roberl de Gourmont). Je eiie au hasard les Epistolae de fie parmi les nombreuses collections de Lettres qui lurent alors éditées et qui ont pour auteurs des humanistes italiens. Il faudrait mentionner aussi les Epistolae de Gasparino de Bergame (de 1/170/1 [5oo, quatre éditions parisiennes donl la première est «lue à l'atelier de la Sorbonne : nos 1082 sqi|. de M. Pellechet, Gâtai, des fncun.); les Epistolae in cardinalatu editae d'Aeneas Sylvius Piccolomini (1476; "" ll):> llr ^- l'ellechei); les Epistolae de François Filelfe (1498 et i5oo; nos 509 et 655 de Panzer); enfin, le recueil de lettres auquel PoUtien a donné son nom (i499ï "" 552 de Panzer), La vogue des Elégant Mae de Dati lii rechercher ses lettres; voici Le titre de l'édition qui en parut en i5i2 : Augusiini dathi Senensis oratoris clarissimi familiarissime atque auree epistole, neotericis litterarum alumnis perutiles In quibus utpote eleg antiarum precepta ad unguem obseruantur nusquam antea cis alpes impresse. Dans sa lettre-préface, Simon Charpentier déclare avoir expliqué ces lettres publiée (f° A 3 r°).

:;. L'atelier de la Sorbonne publie successivemenl un recueil contenant les lettres de Phalaris, de Brulus et de Cratès, puis la collection des lettres apocryphes de Platon m" vi el vin de J. Philippe, Orig. de l'imprim.). Le premier de ces deux recueils esl réim piin ie i'li i486.

'\'\ (.1 ILLAUME Bl DÉ.

un discours1; ils lui donneronl le secret d'une correction toute formelle et d'une élégance factice; on n'en demande pas plus, alors, aux « études d'humanité ».

Pendant ce temps, les vieux manuels scolaires continuent d'avoir des lecteurs2. 11 se trouve un régent de grammaire pour faire, au Grécisme d'Everard de Béthune, les honneurs d'une glose nouvelle3. Le « poème stupide » ' d'Alexandre de Yilledieu est réimprimé à Paris près de dix t'ois en moins de vingt ans5. Dans certaines éditions on y ajoute des remarques nouvelles afin, comme nous dirions, de mettre le livre an courant. 11 en est <pii sont signées de Josse Bade", le même libraire qui im-

i. Les Epistolae et Oration.es * 1 * - Guillaume de la Mare sont précédées d'une lettre où Je;m Vatel (« loannes Vatellus huius operis recognitor ») vante en ces termes le profit qu'on peut retirer d'un semblable recueil (v° du feuillet de titre) : « Quod si etiani principis inire obsequium, si orare ad popuhun in quacumque republica, uel actione uolueris, habes sane hic in oinni dicendi génère exemplar, et co stilo ac ductu moderatum, ut non desit facilitati eloquentia. »

■>. Voir à ce sujet, pour une période un peu postérieure, les constatations de L. Delisle, liulletin <lr la Soc. drs antiquaires de Normandie, t. XV. 1891, p. 463.

3. Le Grécisme est, un lexique du moyen à<;'e, ainsi appelé de ce que les onze premiers chapitres en sont consacrés aux mots latins tirés du grec (Ch. Thurot, De Alexandri de Villa-Dei Doctrinali, p. 8, n. 2). Il figure, avec le Doctrinal, parmi les livres que le premier précepteur de Gargantua lui fait lire (Rabelais, 1, i/j, tout à la fin). L'édition à laquelle je lais allusion a été glosée par « lohannes Vincentius Metulinus », régent à l'Université de Poitiers. Il déclare, dans son avertissement, que la métaphysique est le fondement nécessaire de la grammaire (r° du feuillet de titre) et, pour lui, l'origine de cette science doit être cherchée dans l'acte d'Adam, nommant les animaux lors de la création (!'<> A 2 r')).

4. » ( larmen ineptum » ; c'est l'expression d'Aide l'Ancien, dans sa Grammaire latine, publiée en i5oi (L. Thuasne, t. I, p. 172). A la même époque, on voit un éditeur allemand opposer au célèbre Doctrinal, comme plus simple et plus claire, la Grammaire de Sulpitius Verulanus : 0 Sulpicij Verulani * 'pus insigne Quo puni facilius, melius, el citius imbuuntur quara obscuritatibus Alexandri » (colophon d'une édit. de i5o3, donnée à Leipzig et décrite par (1. Bauch, Gesch. <l. Leipz. Frnhhuman., pp. 168-169). ^"r '*' fortune du Doctrinal à celle époque, en France cl dans les pays voisins, voir Gh, Thurot, De Alexandri Villa-Dei Doctrinalis eiusque fortuna, pp. 54-64-

."). Cf. M. Pellechet, Catal. des fncun., pp. 98-105. Une liste d'ensemble des éditions «lu Doctrinal se trouve dans Reichling, Das Doctrinale des Alexander

tir Villa-Dei (1893). 13e i483, date de la première édition parisienne, à l542,

daie de la dernière, il y aurait eu vingt-deux éditions faites à Paris (Reichling, op. ri/., |). ccc).

6. La première édition du Doctrinal avec annotations de .lusse Bade est

primera les livres de Budé et répandra en France les œuvres de l'humanisme italien l. Preuve bien frappante de l'incohérence qui règne dans les esprits2.

Celte incohérence est le trait le plus frappant de la période que nous venons d'étudier. Malgré les forces conservatrices qui restent toutes-puissantes dans le monde de l'enseignement, certains maîtres deviennent sensibles peu à peu au charme des lettres anciennes. Ils les cultivent, ils en prêchent l'étude autour d'eux. Mais ils ne leur l'ont, dans leur propre vie, qu'une place strictement limitée. Ils veulent les subordonner aux directions de la pensée chrétienne, ou, du moins, ils ne s'occupent pas encore d'opter entre les deux tendances.

Un homme cependant, parmi cette génération, a su former des desseins plus nets et obéir moins servilement, dans le cours de sa longue carrière, aux impulsions multiples du moment et des circonstances. Lefèvre d'Etaples nous offre le spectacle d'une vie consacrée tout entière à la recherche obstinée de la vérité; et c'est ainsi que, parti de l'aristotélisme de l'Ecole, il en est venu peu à peu, par une lente évolution, aux témérités qui ont fait de lui

de i5oo-i,5oi : Reichling, op. cit., p. ccxxxm; sur le caractère des éditions auxquelles Josse Bade a donné ses soins, voir le nièine auteur, |>. cm. Paul Hemmerlin, dont nous avons déjà signalé les éditions de Virgile el de Térence, a, lui aussi, contribué à une édition du Doctrinal, pour laquelle il a revu le commentaire de « Facinus Tiberga » (M. Pellechet, Catal. des Incun., a° f\\y> >.

i. Sur Josse Bade, lodocus Badias Ascensias, voirL. Thuasne, t. I, p. 17^. On notera seulement que le nom d'Ascensius s'explique non par le lieu de naissance de Josse Bade, comme on l'a cru longtemps, mais, comme l'a montré Valider Haeghen , par son nom véritable qui était min Asche. M. Ph. Renouard prépare une bibliographie des éditions de .lusse Bade. En attendant, on trouvera, dans le Catal. de la liilil . nat., t. VI, col. 286-308, la lisir des éditions où se trouvent des commentaires de Josse Bade ou donl il a revu le texte.

2. Cf. <.. Lanson, Reoue d'Hist. littèr. (1902), t. IX, p. 3ia : 0 On ne mesure bien l'importance el l'effet de ces lumineuses manifestations de l'esprit de

la Renaissance que... quand 011 voit les élégances <le Laurent N'alla sortir entre

les Sophismata Buridani et le Spéculum curatorum, dans le même atelier, ou

bien Erasme en vente dans la même boutique de libraire à côté de Pierre d'Espagne ou d'Isidore de Séville. 0

46 GUILLAUME BUDK.

comme le père de la Réforme française. Son histoire est d'aulanl plus instructive qu'il a joui, comme philosophe, d'une immense autorité parmi ses contemporains. Il apparaissait à ses disciples comme une manière de dieu '. On s'accordait à dire qu'il avait le premier débarrassé les sciences philosophiques de la barbarie séculaire qui les infestait 2, et les générations suivantes virent en lui un des agents les pins actifs de cette renaissance des lettres anciennes qui a marqué le début de notre seizième siècle3.

Jacques Lefèvre d'Etaples {lac. Faber Stapulensis) ' était, à quelques années près, le contemporain de Fichet et de Gagpuin. Cependant, sa vie ne commence à nous être connue qu'à partir de l'année i4ç)0- A peu près vers cette époque il fait, en Italie, un voyage qui devait marquer dans son existence \ Il visita

i. « I. F. Stapulensis, qui tuin propter emergentia studia meliora quibus pro uirili succurrebat, tantum non Deus (juispiam uidebatur»; ainsi s'exprime Beatus Rhenanus dans une lettre citée par Clerval, de Iudoci Clichtouei ui/a,

2. Lettre d'Hummelberg à Beatus Rhenanus, citée par Clerval, op. cil.. p. 64- Cf., à la p. 5 el à la p. 65, d'autres témoignages du même ordre.

H. Scévole de Saintc-Marlhe, Gallorum elogia, cité par 1']. Jovy, Mémoires île ht Société de Vitry-le-François , t. XIX, p. 328 : « Torpebanl ingénia Gallorum diuturnis ignorantiae tenebris inuoluta Lutetiaeque scbolasomnes foedissima iampridem barbaries occupabal cum e Belgiço littore tanquam sol nouus emersit lacobus ille Faber qui, dissipata caligine, Gallicam iuuentutem ex altissimo ueterno tandem excitaret liheralesque disciplinas lurpissime iacenles, effuso purioris doctrinae lumine, primus illustrarel et erigeret. »

4. Jacques Lefèvre, qu'on trouve parfois appelé Fabri dans les documents de l'époque, était né à Étaples (Picardie), vers l'année [435, disent la plupart dises biographes. On se l'onde, pour donner' celte date, sur une expression du

poète S. Macrin d'après qui il serait mort (en r 536) aeui peracto iam prope saeculo (voir, dans l'article du Dictionnaire de Bayle, la Remarque critique

adjointe à la Remarque A). Il faudrait savoir s'il eonvieut île prendre ces mots

à la lettre, ei si Macrin était bien renseigné sur l'âge de Lefèvre. Je croirais volontiers que celui-ci ne naquit pas avanl l'année [445; cela lui donnerait encore, au moment où il mourut, plus de quatre-vingt-dix ans, âge largement suffisant pour justifier les expressions de Macrin. Si on le fait naître vers (435,

il est bien étonnant ipie nous n'ayons aucun renseignement sur lui avanl l'année i/|i|o. Sur Lefèvre d'Etaples, les seuls travaux d'ensemble que l'on puisse

recommander sont ceux de K. II. Graf, Essai sur la vie et les écrits de J. Lefèvre d'Etaples, thèse de Strasbourg, [842, el lacobus Faber Stapulensis dans la Zeitschriftfùr histor. Théologie, (852, pp. 3-86, [65-237. Jusqu'à présent, en somme, et cette remarque s'applique aux travaux de Graf, c'est le théologien et le réformateur qu'on a surtoul étudié dans Lefèvre d'Etaples. .">. Selon Clerval, de Fud. Clicht. uita, p. f\, n. 3, ce voyage aurait eu lieu

LES PRÉCURSEURS. l\-J

toutes les villes où L'humanisme donnait alors ses plus exquises floraisons. Il connut Ermolao Barbaro et Pic de la Mirandole, dont la jeune gloire étail alors dans tout son éclat '. De retour à Paris 2, il reprend son enseignement au collège du Cardinal Lemoine3; pendant plus de quinze ans les livres qu'il publie sont les seuls événements de sa vie laborieuse. Cependant, ses travaux d'exégèse le font connaître en dehors du monde latin. Il compte des protecteurs très sûrs et aussi des ennemis acharnés. Dès lors il mène une vie inquiète et aventureuse, connaît même l'exil et meurt seulement en [536, presque centenaire, nous dit-on4. L'ensemble de ses publications reflète à merveille l'évolution insensible qui s'est produite dans son esprit. Elles peuvent être réparties en trois catégories bien tranchées dont chacune correspond assez bien à une période distincte de sa vie. Lefèvre a commencé par s'adonner tout entier à l'étude de l'aristotélisme et des sciences accessoires qui forment le triiiuim et le quadri-

sans doute vers 1 488-1 489. (l'est oublier un texte de Lefèvre lui-même, texte mis en lumière par Graf et duquel il résulte que le voyage d'Italie date de >49:i [Zeitschrift /'. histor. Theol., i<X.">2, |>. 9). D'ailleurs Lefèvre nous dit avoir fréquenté ;'i Venise la boutique d'Aide Manuce (E. Jovy, Mémoires Soc. Vitrifie-François, 1. XIX, p. 33o); or celui-ci n'a fondé son imprimerie qu'en l'année 1490. r

1. Pour les relations avec Fie, voir le passage de (irai' cité à la note précédente. On a déjà vu qu'à Venise Lefèvre connut Aide Manuce. Pour ses relations avec Ermolao Barbaro et d'autres patriciens de Venise, il en parle luimême dans un de ses livres (PoliticoriWl lihri Octo, H. Kslicime. i5û6,

'" !»9 v°) : <l e,si nullos alios praeter Hermolaum Barbarum, Hieronymum Donatum, Petrum Pascalicum, Vincentium Ojuirinum nossem, id dicere opor-

tuit » [il vient de faire l'éloge de la noblesse de Venise].

2. La tradition d'après laquelle Lefèvre aurait même parcouru l'Asie et l'Afrique ne semble reposer suc aucun rondement. Dès ifio-y, Syinpborien

Champier taisait allusion aux grands voyages que Lefèvre avait accomplis,

mais sans préciser dans quels pays ils axaient eu lieu (G. Knod, Ansiln-

Bibliotek des H. Rhen., p. 36, en n.).

3. En l'ui"- Lefèvre y enseignai) déjà : Clerval, op. '■if., p. 4» "• '• "'' l''"s nous savons que Josse Clichtoue y fui son élève el c'est en iV.r ;,M plus tard que commence la série de leurs publications communes (Clerval, op. cit., p. \iui. Lefèvre semble ne pas avoir quitté le collège du Cardinal-Lemoine pendant de longues années. En i5o3, l'un de ses disciples date ainsi une lettre de dédicace qu'il lui adresse : <> Ex 1 un cardinale. 25 janvier o (G. Knod, op. cit., p. '.'i-.'., n. 1 ).

4< Pour celle seconde partie de sa vie, ipii ne nous appartient plus. .11 peut

consulter la notice de la France protestante.

niuin. Puis on le voit, duranl quelques années, attiré par les auteurs mystiques anciens ou modernes : il traduit la Théologie

de Jean Damascène, il public les œuvres de Lulle, la traduction latine d'Hermès Trismégiste, un peu plus tard enfin les œuvres de Nicolas de Gués et la Théologie de Denys l'Aréopagite '. Mais déjà l'étude des mystiques l'a ramené vers les vraies sources de la religion chrétienne. En [5oq parait son Quincuplex Psalterium2, puis, en r5i2, ses Epîtres de saint Paul \ C'est le débul des travaux d'exégèse qui vont désormais l'occuper. On le voit ; cette vie si bien remplie est celle d'un grand savant qui n'a jamais cessé d'être d'abord un prêtre et un chrétien. Son champ d'études est celui que déterminent les programmes de la Faculté des Arts et de Théologie. Ses premiers travaux ne sont pour lui qu'un acheminement à l'élude de la science du divin, la seule qui mérite d'occuper nos intelligences4. S'il a été peu à peu conduit à professer des opinions qui étaient alors hérétiques, c'est malgré lui, si je puis dire, et connue poussé par la force de la vérité. Il n'éprouve aucune hostilité préconçue contre l'enseignement de l'Université; il n'y a pas trace, chez Lefèvre,

i. En 1507 parait, chez H. Estienne, la Theolor/ia Damasceni « quoi! superioribus diebus inter aulicos tumultus e graeco lalinum feci » (lettre de dédicace de Lefèvre, datée de Bourges, au verso du feuillet de titre). L'édition de Raymond Lulle et celle d'Hermès Trismégiste avaient paru toutes deux en i5o5 (chez H. Estieune; (I. Knod, op. cit., q<\s (38 et 17G). Puis en i5io, Lefèvre lit en Allemagne un voyage d'où il revint sans doute plus familier avec les doctrines des mystiques modernes. Il en rapporta de nombreux ouvrages de Nicolas de (aies et put ainsi, en iôi4, donner chez .lusse Bade une édition d'ensemble du célèbre cardinal (G. Knod, op. cit., p. 84). Enfin, en i5i5, il publie la Théologie de Denys l'Aréopagite (Clerval, op. cit., p. xxu). Ce ae sont là (pitiés principaux des auteurs mystiques ('dites par Lefèvre.

■i. Quincuplex Psalterium Gallicum . Romanum . Hebraicum . Vêtus . Conciliatum; II. Estienne, i5oq (G. Knod, op. cit., p. 84). Le titre de l'ouvrage serait de Nature à tromper sur son contenu. Le Quincuplex Psalterium renferme les trois versions ou revisions latines que saint Jérôme a laites du psautier (gallicum, texte adopté en Gaule; romanum, adopté à Home; hebraicum, traduit de l'hébreu), plus la version antérieure à saint Jérôme (uelus)e\ la revision de Lefèvre (conciliatum).

3. Chez 11. Estienne (voir le colophon au recto du f° 262. L'ouvrage consiste

dans une traduction latine des quatorze épîtres de saint Paul (apocryphes ou

authentiques), avec un commentaire perpétuel donl Lefèvre est l'auteur.

\, Cf. la tin de la mile suivante et surtout ce qui est cité (le la préface du

Quincuplex Psalterium dans le liullrim du protestant, franc, t. XL I. [892, P. 5q.

de ce rationalisme narquois <pii a si bien servi Erasme clans ses attaques contre l'Eglise et qu'avait développé en lui l'étude des auteurs anciens.

Ces remarques nous laissent prévoir déjà de quel esprit s'inspirent les travaux philosophiques de Lefèvre, les seuls donl nous ayons à nous occuper ici. Aussi bien, il nous a lui-même indiqué le programme d'études qui avait toutes ses préférences : ou ne voit pas qu'il diffère beaucoup de celui qui était en vigueur à la Faculté des Arts. Lefèvre considère successivemenl et dans leur ordre habituel les diverses sciences du triuium el du qu.adriuium; pour chacune il indique les auteurs dont l'étude est à recommander. Pour la rhétorique {in rhetoricis) il faudra, dit-il, suivre les leçons de Gicéron, — en i5o5 ce n'était plus là une nouveauté, — puis il ajoute : « si delectabunf liistoriae, post sacram, castiores sunt losephi et Egesyppi, religiosiores Heraclidis et Agiographae » [sic]. Pour les sciences du Quadriniiim. Boèce, Euclide et Ptolémée restent toujours les grands maîtres. Ce sont enfin les seuls ouvrages d'Aristote qu'on devra lire « in Naturalibus, Moraliltus, rébus publicis et re familiari » '. Si nous exceptons la grammaire et la rhétorique, les publications de Lefèvre Louchenl à toutes les sciences qui ont leur place dans ce programme2. Il édite à nouveau ou commente les manuels qui, depuis des siècles, faisaient loi dans les écoles parisiennes : l'Arithmétique de Boèce3, la Géométrie d'Euclide, la

i. Clerval, op. fit., pp. 55-56. La partie du prograi ■ que nous venons

d'analyser comprend seulement les sciences qui forment comme la base de toute éducation libérale. Si l'un veut s'élever plus baut, il faudra lire les ouvrages d'Aristote sur la philosophie première, les livres saints cl les Pères de l'Eglise. L'àme sortira de ces études comme purifiée : alors, « si mens generosior eleualior-es contemplationes affectet, paulatim ex libris Cusae surgat et diuini Diooysii <-t si qui sini lus similes ». 'l'uni le passage est extrait d'un ouvrage

publié en i. ")d."). Lefèvre, on s'en SOU vient, s'est fail l'éditeur île Nicolas de (lies

ei de l'Aréopagite.

■'. Un notera même qu'il ;i publié, (die/ .lusse Bade, la traduction latine d'Hégésippe due au Camaldule Ambrogio Traversarî {(',. Knod, <>/>■ cit., 1>. 84).

.">. I ne impression de if\</> contient déjà VEpitomede Lefèvre sur l'Arithmétique de Boèce (u" 77 de (i. Knod). lin t5o3, VEpitome est accompagné, dans mu' nouvelle impression, d'une Compendiosa introdactio in I Un-as arithmelii-t,s iliui Seuerini Boetii ; le tout est pourvu de commentaires de Josse Clichtoue (u" 76 de G. Knod; cf. Clerval, "//. cit., |». xvi).

ÔO (.' III. Al MF. HUOK.

« Sphère » de Sacro Bosco '. Lui-même compose des traités élémentaires pour servir d'introduction à l'étude de la musique ci de L'astronomie : ce sonl ses Elementa Musicalia n son Introductorium astronomicon ; un peu plus lard, Josse Clichtoue \ ajoutera des commentaires3. Nous ne voyons pas qu'il ail composé sur la dialectique de travaux originaux, niais c'est lui qui fil connaître en France le traité de Georges de Trébizonde, imprimé par ses soins en i .">oS \

Toul cela ne représente encore que la inoindre pari de sou activité. Pendant toute la durée de son enseignement, c'est à l'étude d'Aristote qu'il s'est adonné surtout ; c'est à des ouvrages d'Aristote que sont consacrées ses publications les plus importantes. Aristote reste toujours aux yeux de Lefèvre, ci dans tous les ordres de science, le maître incomparable qu'il l'aul se borner à commenter, « in Logica rationali subtilissimus, in philosophia mundana philosophus, in ethicis totus prudens et actiuus, in politicis iurisconsultus, in metaphysicis sacerdos atque theologus » 4. Lefèvre a composé des commentaires à tous les traités d'Aristote qui étaient expliqués dans les écoles parisiennes, (l'est la série de ses Introductiones 5 '. (les ouvrages s'inspiraient

i. Cf. («. Knod, n'J 78; publication de l'année i5oo : Textus de Sphera Iohannis de Sacro bosco. Cum comment. lacobi Fabri Stapul... Geometria Euclidis Megarens.; sur une autre édition d'Euclide donnée par J. Lefèvre, voir Clerval, op. cit., p. 24. Le livre du moine anglais de Sacro Bosco (xiic siècle) Hait depuis longtemps classique : mi ne compte plus les éditions qui s'en donnèrent dans les premiers temps de l'imprimerie.

2. Les Elementa Musicalia figurent dans l'impression de i/|<)<> signalée plus haut (p./|<i,n. 3); à la suite se trouve un petit ouvrage intitulé Fabri Rithmimachiae ludus (cf. G. Knod, p.'34,n. 1). L'Introductorium astronomicon est déjà dans le recueil de i.~mk'> mentionné au même endroit. Il sera réimprimée part en 1 ."h 7, avec les commentaires de .lusse Clichtoue (( Ilerval, 'y/, cit., p. x.wi).

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