‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 36 sur 113 · En i5ot», chez Estienne (G. Knod, op. cit., in · texte numérisé non relu

En i5ot», chez Estienne (G. Knod, op. cit., in

ô. En i5i5 (Clerval, op. cit., p. 24). Cette traduction elait jusqu'alors restée manuscrite.

»'». Cf. supra, p. /|S.

7. Edition, avec commentaires, des Politiques et de l'Economique (i5o6),

tOS 14 v*> et 7 1 vO; j'ai noté ces exemples au cours d'un examen de l'ouvrage qui a été très lapide : il se peut qu'on en puisse trouver beaucoup d'autres.

Rhenanus, citer el traduire un passage de Suidas '. D'ailleurs il avail è\é l'élève de ce Georges Hermonyme qui donna des Leçons à Budé et dont nous parlerons au chapitre suivant 2. On verra ce que valait le professeur; il était, certes, incapable de faire de Lefèvre un véritable helléniste, et nous ne voyons pas que celui-ci l'ait jamais ét<;. 11 suffirait, pour le prouver-, de voir les grosses fautes qu'Erasme a relevées dans ses Epîtres de sainl Paul3. En tout cas, il n'a pas abordé l'étude directe d'Aristote ou des autres ailleurs grecs ; je dirai même qu'il n'a pas été tenté de le faire el qu'il n'en sentait pas le besoin. Ce qu'il demande à Aristote, c'est une doctrine qui puisse servir comme de fondement à celle de l'Eglise catholique; mais il n'a point de goût pour l'étude désintéressée des auteurs anciens '. En cela, son point de vue reste celui de l'Ecole. Par son enseignement el par ses écrits il a sans nul doute exercé une influence très notable5,

i. G. Knod, op. ci/., p. l\o (c'est Beatus Rhenanus qui parle) : « Faber Stapulensis... in Suidae hominis graeci sed christiani uocabulario ostcndit, (|iiid hominis hic Lucianus fuerit. »

2. Lefèvre a aussi reçu quelques Leçons de Lascaris. Dans ses Logica de l'édit. <le i5o3, il parle (f° 22 v») d'un vieux manuscrit : « quod mihi praecep- (or et singularis amicus Ioannes Lascaris communicauit. »

3. Bayle, Dictionnaire critique, remarque F de l'article Lefèvre, cite ces paroles de Richard Simon, dans son Histoire critique : « Il a laissé dans tout cet ouvrage de grandes marques de faiblesse, soit pour l'interprétation, soit pour la latinité. Erasme et Stunica ont repris doctement une partie de ses tantes, avant prouvé par plusieurs exemples qu'il n'était que demi-grammairien el qu'il n'avait qu'une connaissance médiocre de la langue grecque. » Sur les reproches d'Erasme à Lefèvre, <-\'. Vander Haeghen, Biblioth. Erasmiana, fascicule de VAdmonitio aduersus mendacium, pp. 91-95.

4. Nous songeons toujours, en formulant ces appréciations, à la première période de la carrière de Lefèvre, et seulement à celle-là. Plus tard, en même temps qu'il prenait du goût pour les auteurs mystiques, il s'adonnait à l'étude

de Platon el se le rendait familier. Ses Hecatonomiae, parues en i5o6 à la suite de la Politique d'Aristote (cL supra, p. f>2, n. 7), sonl un recueil, en sept livres, de sept cents propositions extraites des Lois de Platon el de sa République. .Mais du voit bien qu'il était mal préparé à comprendre le grand philosophe grec (Ah. Lefranc, Le Platonisme à l'époque de la Renaissance, dans la

/tenue il'hist. littér., t. III, p. 5). En revanche, il dut èlre séduil par le platonisme adultéré de Plotin el de Marcile Ficin. Eu ce sens, le moine Jérôme de Pavie [Hieronymus Papiensis) pouvait dire justement que Lefèvre, après avoir

élé nn pur aristotélicien, était devenu un platonicien convaincu (( ilcrval. n/i. cil., p. 72).

">. Peut-être ne sont-ce point ses travaux sur Aristote qui ont « - « 1 le pins

d'action sur les contemporains, lai revanche, les tendances mystiques qui furent

54 <■! ii.lai mi; lil DÉ.

mais dont on ne saurai! dire qu'elle fui bonne de tons points. Ce que Lefèvre, professeur, pouvait faire de pins utile, c'était d'affranchir les esprits de l'autorité despotique que possédaient alors les écrits d'Aristote. Mais commencer par accepter ce joug et ne tâcher ensuite qu'à donner de la doctrine une expression plus exacte, c'était rajeunir l'enseignement de l'Ecole et prolonger ainsi la vie de la scolastique. Par ses œuvres d'exégète, Lefèvre a précipité la Réforme; philosophe, il n'a servi, peutêtre, qu'à retarder le moment où l'Université se trouverait en conflit avec les représentants du véritable humanisme.

Nous pouvons, maintenant, mesurer le chemin parcouru dans cette enquête sommaire sur les origines de l'humanisme français. Au cours du quinzième siècle et surtout dans le dernier tiers, nous avons souvent constaté chez les individus une sympathie efficace pour ces tendances nouvelles qui viennent d'Italie ; quelques-uns ont même cherché, timidement, à modifier l'esprit de l'enseignement que dispense l'Université parisienne. Mais ce sont là des manifestations isolées qui se sont produites sans beaucoup de suite, dont les auteurs eux-mêmes n'ont pas senti toute la portée et qui, en somme, n'ont abouti à aucune réforme des programmes. En i5oo, l'Université parisienne est, à peu de chose près, par son organisation et par ses méthodes, ce qu'elle était un siècle plus tôt '. C'est toujours la formidable machine

à un moment les siennes répondaient alors, très certainement, à un besoin des intelligences. Josse Clichtoue, le plus connu de ses disciples, écrit un livre de mystica numerorum signijlcatione (Clerval, op. cit., pp. xxi et 67). Un autre

(feutre eux, (lharles de Movelles, professe des idées semblables à celles de

Clichtoue (voir au S •"> de notre chapitre 11). Il serait curieux d'examiner l'esprit qui se dégage de leurs travaux et de rechercher quelle part ils onl pu avoir, par là, dans la formation du platonisme de la Renaissance française.

1. Pour l'organisation de l'Université au moyen âge et à la fin du quinzième siècle, la thèse de (Mi. Tliurot (i85o) garde tout son intérêt. <!. Knod a complété ou corrigé quelques indications de Ch. Thurol dans le deuxième chapitre du travail souvent mentionné plus haul (Aus der Bibl. il. lirai. Rhénan., pp. 21-26). El il est presque superflu de renvoyer au tome V de du Boulay (Historia Uniuersit. Paris.), p. 570 sqq. etpassim.

construite au moyen âge pour fabriquer des théologiens. Tout continue d'y rire subordonné à cette fin. L'étude des belleslettres tient tout entière dans celle de la grammaire, et on la relègue au degré le plus bas de l'enseignement. La logique est toujours la science des sciences ; à l'étude approfondie des auteurs on continue de préférer la dispute. Nous voyons, par l'exemple d'Erasme, le dégoût que ces habitudes inspiraient déjà aux bons esprits. Erasme, dans les dernières années du siècle, a l'ait plusieurs séjours à Paris '. Il a fréquenté la Faculté de théologie; tout l'y rebuta bien vite. Il voulait s'adonner à l'étude de saint Jérôme; mais, à Paris, bien peu lisaient ses écrits ; de ceux-là quelques-uns seulement savent les apprécier et deux ou trois à peine les comprendre. En revanche, toutes les écoles retentissent des noms de Scot, d'Albert le Grand et d'autres auteurs encore plus ignorants2. Erasme doit se faire violence pour s'accommoder aux mœurs des scotistes. « A ce qu'ils disent, les mystères de la théologie restent inaccessibles à quiconque a fréquenté les Muses ou les Grâces. Ils vous forcent de désapprendre le peu que l'on sait de belles-lettres; ils vous l'ont revomir tout ce que vous avez bu à la source de l'Hélicon. Vraiment, continue Erasme, y a-t-il cervelles plus imbéciles que celles de ces théologastrès ? Pour moi, je ne sais rien de plus barbare que leur langage, rien «le plus grossier que leur intelligence, rien de plus épineux que leur doctrine, rien de plus violent que leurs discours 3. » Dans ce monde latin où triomphent les disciplines scolastiques, Pausto Andrelini apparaît à Erasme comme le seul homme qui entretienne le culte, de la

i. Cf. A. Richter, Erasmus-Studien (1891). Erasme arriva pour la première luis ;'i Paris m septembre i^./i. au pins tard.

2. Erasmi Op., t. III, col. 67 C : « cuius [Hieronymil scripta cum cligna sini, quae ab omnibus passim legantur el ediscantur, uix pauci legunt, pauciores mirantur, paucissimi intelligunt. Deum immortalem, Scotus, Aibertus, et dis indoctiores auctores, omnibus in scholis perstrepent...

.'). fbid., col. 77 F-78 A (lettre de Paris, i499)- Erasme, dans sa diatribe, n'épargne même pas le caractère et la vie des théologastrès. Voici, dans son texte complet, la phrase <|ni m'a fourni la fin de la citation : « sed in nostrae tempestatis theologastros quosdam iocari libuit, quorum cerebellis niliil putiilins, lingua niliil barbarius, ingenio nihil stupidius, doctrine nihil spinosius, moribus nihil asperius, uita nihil fucatius, oratione nihil uirulentius, pectore niliil nifrrius. »

poésie '. Il le choie, il chante ses louanges 2. Etant passé en Angleterre, il exhorte Fausto à le suivre et à ne pas vieillir dans la vase infecte île la Gaule3. Décidément la France lui semble un pays peu propice à la culture «les bonnes lettres.

Et pourtant le moment n'est plus déjà loin on l'humanisme va faire dans notre pays une apparition décisive. Libre aux maîtres parisiens de s'obstiner à des méthodes surannées et de mépriser l'étude des lettres anciennes. Ce qui ne s'est pas fait par eux se fera en dehors d'eux et contre eux. Ils ne sauraient arrêter aux frontières ces ballots de livres qu'envoient les libraires italiens et qui multiplient en fiance les œuvres de la pensée antique4. Ils ne peuvent effacer des esprits les souvenirs éblouissants que rapportent d'Italie les Français, chaque jour plus nombreux, auxquels il arrive de passer les Alpes. Les hautes classes de la société sont conquises à cette culture italienne qui fait l'existence plus douce et plus belle, qui l'emplit de jouissances nobles et délicates5. De simples bourgeois se découvrent un amour imprévu pour cette antiquité lointaine dont le pres-

i. Cela ne veut pas dire qu'il se tienne à l'écart des autres lettrés. II est en relations avec Robert Gaguin et il lui adresse plusieurs lettres, surtout pour lui emprunter des livres : voir, dans L. Thuasne, fi. (1. Epîst. et Oral., au t. 11, les lettres 71, 72, 74 et 90 avec les notes.

2. L. Thuasne, Rabelaesiana, 1er article, dans la Revue <!<■* Bibliothèques (1904), p. i4 du tirage à part. Ou peut voir aussi, dans la Correspondance, les lettres adressées à l'Andrelini. En 1 5 1 8 , Erasme écrivait encore à un ami (Er. Epis/., col. 807 D) : « Hic annus multos eximios uiros tui similis absumpsit,... Lutetiae Faustum immortalitate dignum. »

3. Erasrni Epistolae, col. ôti I) : « Quid ita te iuuat hominem tain nasuturn inter merdas Gallicas consenesccrc? » Dans cette phrase, l'expression grossière que je me suis vu forcé de paraphraser vient directement, comme .M. L. Thuasne l'a montre, d'une pièce d'Andrelini lui-même (voir, à la p. iôdu tirage à part, l'article cité dans la note précédente).

4. Voir, à ce sujet, le livre de A. -A. Renouard, Annales de l'imprimerie des Aides (i834)- Beaucoup des livres qui parurent alors à Paris étaient de simples reproductions des éditions italiennes.

ô. L'histoire de l'italianisme en France a déjà provoqué plusieurs travaux remarquables dont aucun n'embrasse encore tout le sujet, mais qui sont remplis d'indications précieuses et nouvelles. On consultera en particulier le livre de .M. Em. Picot, Les Français italianisants an XVI* siècle (1906), les notices du même auteur sur Les Italiens <-n France au XVI* siècle (en cours de publication dans le Bulletin Italien), enfin le ch. vj de Paul Vitry, Michel Colomôr ri la sculpture française de son temps (1901).

tiçe renaîl ; ils se remettent à l'étude du latin, ils entreprennenl celle <lu grec. L'un d'entre eux a l'ail plus; il s'est enfermé chez lui, dans son « étude ». Il s'est promis d'arracher leur secret à ces belles impressions grecques que publie « messer Aldo ». Les maîtres lui ont fait défaut; il ne s'est pas rebuté, et, à l'heure dont nous parlons, Budé est à la veille de se révéler comme le premier helléniste de France, premier par le mérite aussi bien que par la date.

Page 1