‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 43 sur 113 · S. supra, p · texte numérisé non relu

S. supra, p

f\. Vau. Legrand, Bibliogr, hellén., 1. I, pp. lv-lvi. .le ne vois pas comment M. Omont a pu dire (Mémoires de le Sur. <h> l'hist. de l'aria, t. XII, p. 07)

Grec le suivit fie près à Paris : Georges Hermonyme, de Sparte, v arriva en i/ijt», au retour d'une mission diplomatique qui l'avail conduit en Angleterre1. Il avail avec lui un petil bagage de manuscrits grecs qui devinrent son gagne-pain. On commençait à rechercher comme des raretés tous les livres écrits dans cette langue mystérieuse que le grec était encore en France. Hermonyme sut exploiter celte curiosité naïve. Il s'adonna au métier de copiste et se lit assez vite une clientèle dans le monde parisien2. On a retrouvé le plus grand nombre des manuscrits qui lurent ainsi copiés par lui : ce sont surtout des œuvres de piété, des recueils <lo sentences morales, des œuvres de l'époque byzantine; mais les œuvres des ailleurs classiques y sont en minorité3. Dans quelques-uns de ces manuscrits, le textegrecesl suivi d'une traduction latine : une vie de Mahomet, un recueil de sentences morales, lu Voir du sulut de Gennadius, ce sont là les principaux opuscules que Georges Hermonyme ail mis en latin '. On le voit,

qu'Andronic Callistos vint enseigner le grec à Paris peu après que Georges Hermonyme s'y fut lui-même arrêté en juin 1/17G. Andronic Callistos avait jadis enseigné dans plusieurs villes d'Italie, mais on voudrait avoir la preuve qu'à Paris il a t'ait acte de professeur. De plus, la lettre d'Andronic, reproduite à nouveau par M. H. Oinont (ibid.), indiquerait à défaut d'autre renseignement qu'il avait quitté la France quand Hermonyme y arriva.

1. Sur Georges Hermonyme, cf. le mémoire déjà cité de H. Omont, Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris, dans les Mémoires de la Société de l'hist. de l'uris, t. XII (i885), pp. 0Ô-97. La notice biographique y est suivie d'un Catalogue des manuscrits copiés pur Georges Hermonyme, qui est cliose toute nouvelle et qui contient une foule de renseignements curieux.

2. Les plus illustres de ses clients ou de ses protecteurs sont le cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Lyon [(voir les nos 2, 38 et f\j du Catalogue); Tristan de Salazar, archevêque Me Sens (n° 18), enfin Louis de Beaumont, évêque de Paris (no 34 )•

3. Sur la nature des œuvres qu'on trouve dans ces manuscrits, voir les indicationsd'H. Omont, Inc. cil., p. 70. Dans cette liste de soixante-quatorze manuscrits, on trouve seulement, en fait d'œuvres classiques, quelques traités de Xénophon ou de Plutarque, sept discours d'Eschine ou de Démosthène, les « Œuvres et les Jours » d'Hésiode, les « Olympiques » de Pindare, deux tragédies d'Eschyle, autant d'Euripide, l'histoire de Thucydide ci quelques dialogues de Lucien. Il faudrait savoir, d'ailleurs, dans quelles circonstances ces manuscrits ont été exécutés.

/|. .M. II. Omont a dressé (/or. ci/., |i. ij-j) l.i liste des Manuscrits de d'ror-

ges Hermonyme accompagnés d'une traduction latine, mais l'un doit bien entendre que ces traductions ne Boni |>as toutes l'œuvre d'Hermonyme. Quel-

il n'y a rien là qui nous permette de voir en lui un helléniste, au sens véritable du mot.

Ce n'étail en somme qu'un simple copiste, niais l'on manquait de maîtres pour l'étude du grec et certains furent bien heureux de trouver Georges Hermonyme. David Chambellan, un maître des requêtes de l'hôtel, s'empressa de lui réclamer des leçons1. Bientôt, il est vrai, les « tracas du mariage » viendront interrompre ses ('tudes à peine commencées. N'importe, il en gardera toujours un souvenir attendri, d'où lui viendra une certaine fierté; vingt ans plus tard, il se plaît encore, dans un plaidoyer au Parlement, à citer le début de l'Odyssée2. Nous voyons naître avec lui, dans la haute bourgeoisie, cette soif de savoir, ce goût de la culture antique qui s'incarneront si bien dans Budé.

Chambellan n'est pas, tant s'en faut, le plus célèbre des élèves d'Hermonyme. Reuchlin se plaisait à se proclamer son disciple; il ne put d'ailleurs suivre ses leçons que pendant fort peu de temps3. Le bon Lefèvre, qui profita aussi de ses conseils4, parle

ques-unes de celles qui lui sont dues ont été imprimées par la suite. M. H. Omont signale celle de Gennadius (uia salutis hominum) et la Vie de Mahomet (Machometi ni tu) : voir les nos 34 et 74 de son Catalogue. Il y faut joindre l'opuscule intitulé Aristoteles de uirtutibus (M. Pellechet, Calai, des incunables, n° 1267; cf. le no 18 du Catalogue d'il. Omont).

1. Deux des manuscrits d'Hermonyme ont été copiés pour David Chambellan (nos 1 ci 5 du Catalogue d'Omont) et sont respectivement datés de 1^78 et de i^79- La note qu'on trouve dans le second est particulièrement intéressante : « Hec sacrosancta euangelia greca scrilti et aptari Ceci Parisius per annum antequam ducerem uxorem per quemdam Georgium Hermonimum... Quo tempore miràbiliter optabam peritiana litterarum grecarum, qu*am interrupit solicitudo nuptiarum, tamen posl matrimonium fréquenter, quasi furtim, tam i^recas quam ebreas litteras legi. Tcstis est miclii Deus quod ebreas sine preceptore didisci Litteras... » Evidemment, c'était Hermonyme qui avait appris à Chambellan les éléments du grec.

2. Discours prononcé en 1 409 : « ...De quo posset uerificari uersus llomeri, Odissa prima (sic) : Polloo d'antropon eiden astea kay noon egnon. » (R. Delachenal, llistoii-c des avocats au Parlement de l'aris, iN8r>, p. 248).

3. En février 1/17X, Georges Hermonyme répond à une lettre que Reuchlin lui avait adressée d'Orléans; il l'engagea poursuivre diligemment les études de grec qu'il a commencées. Ou possède une autre lettre, non datée celle-là, d'Hermonyme à sou ancien élève, ci qui est écrite en grec. L'une et l'autre supposent chez Reuchlin un ton d'affectueux respect à l'égard du vieux grec (reproduites par II. Omont, lue. cit., pp. 88-89). Cf. E. Jovy, Mém. de la Soc. de Vitry-le-Franç., 1. XIX, p. 324.

4. Lefèvre écrit quelque part : » Georgius Hermônymus et Paulus Emi-

LES ORIGINES I)F. GUILLAUME JîUDÉ. 71

de lui sur le ton d'une vénération véritable; mais ce n'esl pas lui, nous l'avons vu, qui pouvait juger de la valeur d'Hermonyme comme professeur de grec. Il demeura toujours un helléniste médiocre, et ce fut, sans doute, faute d'avoir eu un bon maître1. Quand Erasme, alors en France, voulut s'avancer dans l'étude du grec, il entendit, naturellement, parler de Georges Hermonyme et résolut de lui demander des leçons. Il eut vite assez de ce Grec « deux fois Grec, qui était toujours affamé et demandait beaucoup trop cher » ~. Si du moins il avait été fort savant ! .Mais, dit Erasme, il savait à peine le grec, et ne tenait guère à l'enseigner3. Un peu plus tard, Beatus Rhenanus fut aussi de ses ('lèves; il garda de lui le même souvenir qu'Erasme. C'était, nous dit-il, un homme « plus habile à tirer de l'argent qu'à enseigner, plus apte à être cocher que professeur ' ».

lius... quorum ille ut naihi pater, liic uero ut dominus et beneuolentia fraterna, uterque autem ut mihi praeceptor es! » (cité par K. H. Graf, Zeitschrift fur Iiistor. Théologie, 18Ô2, p. 7).

1. Voir le texte cité à la unie précédente et vï., <hns la réimpression donnée par Simon de Colines en i534, la préface du Commentaire à la Sphère de Sacrobosco (vo clu f. de titre). Lefèvre y parle de ses fréquentes visites au vieux Grec; s'il s'est adonné aux mathématiques, c'est, dit-il, sur le conseil d'Hermonyme, « qui mihi tanquam pater est ». Cette dernière expression indique que le maître était sensiblement plus âgé que le disciple. Sur la connaissance que Lefèvre avait du grec, cf. supra, pp. 52-53.

2. Evidemment, c'est d'Hermonyme que veut parler Erasme dans ce passage d'une lettre à Antoine de Bergues, abbé de Saint-Bertin : ci menses aliquot Graecum didascalum audire decreui plane Graecum, uel potius bis Graecum, semper esurientem, et immodica mercede docentem 9 [Er. Epis t., col. 64 D; la lettre doit être datée de l'année i5oi). Dans une lettre datée de Paris, i5ob (//>/(/., col. 100 E), il y a encore une allusion à un Grec avide, qui doit s'appliquer à Georges Hermonyme : « Non possis non ridere, si scias quam auide meus Graecus Sûpov illud... expectarit, quoties St&pou meminerit, quoties incu-

saril quod non mil Irret ur, etc. 9 Rebitté parle, il est vrai (p. 255), d'un Grec,

Michel Pavius, qui, en [499, aurait été le professeur d'Erasme. Mais je ne sais comment, de la lettre où ce personnage est nommé, il a pu conclure qu'il lût Grec [ibid., col. 66 E; lettre du i4 décembre '499)-

3. « Lutetiae tantum unus, Georgius Hermonymus, graece balbutiebat, sed talis, ut neque potuisset docere si uoluisset, neque uoluisset, si potuisset. » (Cité par II. Omont, loc. cit.. p. 66, n. 3.)

4. J. Paquier, Jérôme Aléandre, p. 97. Cf. le passage de Beatus cité par E. Jovy, Mém. de la Soc. de Vitru-le-Frajiçois, t. XIX. p. 325 : 0 Hermonymus Lacedaemonius, non tam doctrina quam patria clarus, olim tibi | Beuchlin | apud Parisios praeceptor el mihi Graecae Linguae tirocinia exposuit, lui subinde memor. »

72 GUILLAUME ItUDE.

(1rs témoignages concordenl parfaitemenl avec relui de Guillaume Budé. Eu se moquanl d'Hermonyme, il n'a donc pas cédé

au plaisir de nous persuader qu'il sYlaii instruit toul seul, sans maître digne de ce nom; nous pouvons ajouter foi au récil qu'il nous fait de ses relations avec le Grec besogneux. On a souvent cité le passage1; il vaut la peine d'être traduil en entier. C'était dans le coniinenceinenl de sa vie d'étude, vers i4û4? '■ « «le rencontrai, dit-il, un vieillard gre?, ou plutôt c'est lui qui me rencontra car je lui valus de belles rentes. Il savait de grec à peu près ce qu'il faut pour soutenir, avec un Grec, une conversation littéraire. Je ne saurais dire tout ce qu'il m'a fait souffrir en m'enseignant, chaque jour, le contraire de ce qu'il devait m'apprendre le lendemain. Mais il me faisait l'effet de lire très bien et de prononcera la manière des lettrés; et puis j'entendais dire qu'il n'y avait pas d'autre Grec en Fiance; je le croyais très savant dans sa langue et il savait renouveler mon désir de l'apprendre en me faisant l'éloge d'Homère et en me nommant d'autres écrivains célèbres. Une circonstance encore entretenait mon erreur; je prenais pour de l'habileté ce qui était chez lui le résultat de l'ignorance; je pensais que, s'il était si sobre de conseils précis, c'était pour profiter de ma soif d'apprendre et me faire payer plus longtemps l'impôt. Mais enfin, les relations nouvelles avec l'Italie provoquèrent chez nous un réveil des belles-lettres; les livres grecs et latins commencèrent à arriver en France. Voulant à toute force rattraper le temps perdu pendant ma jeunesse, je n'épargnai ni l'argent pour en acheter ni la peine pour les étudier. Laissant là toute autre besogne, je faisais chaque jour la tâche d'un jour et demi. Enfin, je suis arrivé à désapprendre tous les mauvais principes que j'avais reçus3. »

i. Cf. notamment Rebitté, Guillaume Budé, pp. i44~I45, et H. Omont, loc. ci/., p. 69. La tradutioa qui va être donnée du passage est d'ailleurs presque toute nouvelle.

2. Pour la date où Budé commença à étudier le grec, cf. Lucubr., p. 53 A.-B. D'une part, il nous dit que Charles VIII l'avail l'ait venir à la cour, juste au moment où il allait être enlevé par une mort soudaine (f 8 avril i'iu*); et un peu plus loin il ajoute : <• Eram enim tum plus minus quadriennium in rudimentis utriusque linguae. » Cela signifie, je pense, car utriusque est embarrassant, qu'en 1/19H, Budé s'adonnait au grec depuis quatre ans, tout en continuant d'étudier le latin.

.1. Lucubr., p. 3Ô2 C-D : a Ecce autem aliud incommodum..., statim Grae-

Telles furenl les leçons que Budé recul d'Hermonyme; au reste, en le congédiant, il ne rompil pas toutes relations avec lui. Le vieux Grec n'eut garde de lâcher sa proie; il le harcelait sans cesse pour se faire acheter quelques manuscrits '. Budé continua de l'employer comme copiste et ne lui ferma jamais sa porte2. Au début du seizième siècle, Hermonyme trouvait encore quelques élèves parmi les étudiants qui voulaient apprendre le grec. 11 vivait toujours en r5o8; on ne sait quand il mourut3.

Les déboires dont il fut la cause pour Budé avaient encore redoublé l'ardeur au travail du jeune homme. Cette fois il avait trouvé sa voie et rien ne pouvait plus l'empêcher de la suivre jusqu'au bout. Ce n'était point l'affaire de son père qui le voyail négliger le soin de son avenir. Jean Budé voulut (''teindre chez

son fils cette passion dont il le \ oyait dévoré. Il essaya de le

raisonner : peine perdue. 11 l'employa à des travaux d'une autre espèce qui devaient lui faire oublier sa Philologie. Le temps que Guillaume perdait ainsi, il le regagnait en travaillant la nuit. Son père, alors, se fâcha tout de bon. L'on devine les doléances qu'il put faire : Guillaume était, de tous ses fils, le seul qui ne lui donnât pas de contentement. Sa jeunesse pourtant avail provoqué d'assez belles espérances; il ne les justifiait guère aujourd'hui. Pour vaincre cette vocation tenace, Jean Budé usa d'un dernier expédient; il lit admettre son lils dans le collège des secrétaires nivaux. Tout fut inutile : Guillaume ne changea rien à sa vie studieuse et solitaire '. Cependant ses veilles portaient peu

cuni quendam nactus sum senem... «jusqu'à : « eo primum perueni, ut dediscere instituerem, quae maie edoctus eram. »

1. Voir la suite du passage précédent. La liste dressée par II. Omont des manuscrits <le Guillaume Budé (pp. m-i i3 du Bulletin de la Sociétéde l'hist. <!<■ l'm-is, 1. XII, i885, dans la Notice sur les collections de manuscrits île Jean et Guillaume Budé) ne comprend guère que îles manuscrits copiés par Georges Hermonyme ; ils sonl décrits en détail dans la notice spéciale consacrée ;'i ce dernier.

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