Cf. infra, p. 86, n. ■< et
3. Beatus Rhenanus, qui fut, nous L'avons vu, au nombre c!<' ses élèves, étail arrivé à Paris en mai i5o3 (<i. Knod, Aus der Bibliotek des H. Rh., p. 21). Sun ami intime, Michel Hummelberg, qui arriva ■< Paris en r5o8 seulement, reçut encore les leçons d'Hermonyme (J. Paquier, Jérôme Aléandre, p. 35, n.5). On ne connaît pas, sur celui-ci, de témoignage postérieur.
f\. Lucubr., pp. 35 B-36 C : « [gitursimul ut quem impetum cepissem pater] animaduertit..., reuoeare me el retrahere insiiiii tanquam uebementiorem in
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à peu leur fruit, el chaque jour il acquérail des auteurs gérées une intelligence plus complète. I ne circonstance heureuse lui permil de parfaire sou éducation d'helléniste. Charles VIII, à sou retour d'Italie, ramenait en France le célèbre Janus Lascaris. C'était, lui, un savanl d'une valeur incontestable; par ses éditions d'auteurs grecs, par sou activité incessante, il devait grandement contribuer à la renaissance des études grecques. Il accueillit avec bienveillance l'helléniste qu'étail déjà Guillaume Budé. Par malheur il passa peu de temps en France et moins encore à Paris. En i5o3, il fut chargé d'une ambassade à Venise qui le tint éloigné de France pendant plusieurs années '. « 11 ne m'a pas, affirme Budé, donné en tout vingt leçons". » Mais
modum incitatum, et iamiam praecipitaturum in exitium. Itaque suadere, monere, distinere in diuersa nie parte, imperatisque operis aliis super alias auoeare. Id uero eius commentum non mihi minuere laborem et industriam, sed geminare cœpit, cum ego nihil mihi deperire temporis literis destinati sinereni, quin tantundem lucubratione et uiiiiliis exacte rependerem. Tandem autem... ille offensiore iam animo fremere, indignari, qod obscurissime ferre denique, me unum habere se deploratae spei filium, in <pio tamen non quamlibet olim spem collocasset subsidii l'aniiliaris et imaginum gentis : erat enim iam olim mitlti.s honoribus pablicisque muneribus iisdemque perpetuis ornatus indulgentia Regum, (/nos etiam anus nu-as cesserai. Harum autem personarum ciuilium, cum mihi unam ut fit uenia Régis impetrata induisset, quasi et auctoramento abduci a litterarum studio possem, et ad maioris ornamenti spem erigi, sensit se non hominem, sed statuam, ut dicitur, eo facto titillasse. » Cf., à la |). 286 D des Lucubr., la lettre à son fils Dreux, OÙ il rappelle les difficultés de tout ordre qu'il a dû surmonter pour arriver à s'instruire. Il avait un père « ab hoc studio primum me distinentem imperatis aliis operis, de industriaque
leiiellenteiM, deinde etiam ob id saepe oil'ensionein denuntiantem, nisi moderatius animo obsequerer libris agglutinato ». On pourrait se demander, il est vrai, s'il n'v ;i pas dans ces passages une pari de rhétorique. Nous y trouvons ce qu'oD pourrait appeler le thème de la vocation contrariée, indiqué déjà par Ovide (Trist., IV, 10, 21-26) el qui sera repris par Ronsard (édit. Blanchemain, t. VI, p. 189 sqq). .Mais il y a, chez Budé, une précision de détails et
aussi une simplicité de ton qui parlent en faveur de l'exactitude de son récit.
Au contraire, Le Roy, son biographe, a t'ait un vrai discours des objurgations prodiguées par Jean Budé ;'i son (ils.
1. Em. Legrand, Bibliogr. hellén., t. I, p. exu sqq., dans l'excellente
notice consacrée à Lascaris. Le 17 avril [5oo, Lascaris se trouve déjà à Milan (p. «ai. 11). Le 11 juin lôo.'t, nous savons qu'il est ;'< Venise comme chargé d'une
mission officielle (p. cxliv) ; il n'en reviendra qu'en l'année i5og (p. cxlix). <X infra, p, 7"), n. 3.
2. Lucubr., |). 'MYA A : « Is [Lascaris] cum oinnia causa mea cuperet, non
magnopere iuuare me potuit, cum agerel fere in comitatu régis multis ab bac
Lascaris lui avait prêté le trésor- de ses livres el l'en avait fait le dépositaire ' ; ce dut être pour Budé une fortune, à ce moment où les livres grecs étaient encore une rareté 2. Il n'était plus un novice et pouvait désormais se passer de maître. Avant même «pie Lascaris ne quittât la France il eut l'occasion de montrer ce qu'il savait faire. Son ami Germain de Ganay avait demandé au savant grec une traduction d'un certain opuscule de Plutarque : Lascaris la lui avait promise ; ses occupations à la cour l'empêchèrent de tenir sa parole. Ce fut alors Budé qui entreprit la chose à sa place; le icr janvier i5o2 Germain de Ganay recevait l'hommage de la traduction3. Le succès L'encourageant, Budé renouvela l'entreprise. En [5o3, puis en i5o5, il donnait encore au public, traduits en latin, deux autres traités de Plutarque et une lettre morale de saint Basile à Grégoire de Naziance4. Ce
urbe millibus distractus, et ego frequens in urbe, rarissime in comitatu fuerim; fecit libens ici démuni quod potuit, uir sunima comitate praeditus, ut et uonnunquam praesens mihi atiquid praelegeret, id quod uicies non contigit, ahsens etiam librorum scrinia concrederet, et pênes me deponeret. » Budé ne tut pas le seul à Paris qui profita des leçons de Lascaris. Celui-ci dirigea aussi dans leurs études le médecin Guillaume Cop (J. Paquier, Jérôme Alêandre, p. 87) et Lefèvre d'Etaples (cf. supra, p. 53, n. 2).
1. Voir la fin du passage cité à la note précédente. Dans une lettre de 1609, qui a été publiée par M. Legrand (op. cit., t. II, pp. 33 1-333), Budé t'ait allusion aux livres de Lascaris, dont il avait reçu le dépôt et que, depuis, il lui a renvoyés. Les relations entre les deux hommes ne cessèrent jamais; à la fin de la lettre qui vient d'être citée, Budé s'autorise, pour demander un service à son ami, de l'affection toute fraternelle que Lascaris lui témoigne. Pour les circonstances qui devaient, plus tard, les rapprocher l'un de l'autre, voir l'Index du Répertoire ii/ki/. et chronol. de la Correspond, de (1. /!., au mot Lascaris.
2. Le premier livre grec imprimé, la Grammaire (le Constantin Lascaris, date de 1/170; Aide Manuce ne commence qu'en l'année i/|()3 la série de ses admirables impressions grecques. Le premier livre imprimé en France l'a été en 1507. Quand Alêandre arrive à Paris, en i5o8, il constate (pie les livres grecs de Manuce s'y vendent à prix d'or (J. Paquier, Jérôme Alêandre, |>. 3û). On peut supposer (pie Budé, pour se procurer des textes grecs, fil copier par Hermonyme quelques-uns des manuscrits «pie lui avait confies Lascaris.
3. Lucu.br., p[>. 5og B-5 10 C : « Nam cum superiore anno Lascaris Khyndascenus... naturalia Plularchi décréta Latine interpretanda te poscente récépissé!, idque per otium ei facerenon licuisset, quod iam annum eum inter aulicos agentem desideramus, lu altero abhinc mense cum ex secessu in urbem rediissem, continuo buius incepti omis in hûmeros profecto impares ei incli" nasti... 11 (Lettre-préface, à Germain de Ganay, du de placitis philosophorum
iKiliiralihiis. datée des calendes de janvier lôo').
4. La lettre de sainl Basile et les deux antres traités de Plutarque se trouvent
sont là ses débuts d'helléniste el ce sont aussi les premiers symptômes du réveil des études grecques en France.
A ce double titre, ces traductions devaient provoquer en France une admiration mêlée de surprise. Elles suffirenl pour établir la réputation de leur auteur. Personne, d'ailleurs, n'était en mesure d'en estimer la valeur réelle et, pour les déprécier, les malveillants n'eurent d'autre ressource que de prononcer le mot de plagiai '. Depuis, elles ont trouvé divers censeurs au jugemenl desquels ou s'en rapporte encore aujourd'hui. Les reproches qu'ils ont faits à Budé peuvent se réduire à un seul, celui d'avoir été un paraphraste plutôt qu'un véritable traducteur".
Nous verrons tout à l'heure ci' qu'il en faut penser ; mais un pareil jugement, dans sa sévérité, est trop catégorique pour être complètement équitable. Quand on lit ces anciennes traductions, pense-t-ou bien toujours aux difficultés multiples qu'il a fallu surmonter pour les écrire3? Au début du seizième siècle, isolé comme il l'était à Paris, Budé n'est guère mieux outillé, pour entreprendre des traductions, que les humanistes du Quattrocento qui, les premiers, ont mis en latin les chefs-d'œuvre de la pensée grecque. Au moment où ils écrivaient, tout était encore à faire dans le domaine de la philologie grecque. Ils traduisaient sur des textes incorrects. Ils n'avaient, pour se guider dans leur travail, que de médiocres grammaires ou des lexiques incom-
réunis dans une édition d'octobre i5o5 (cf. le § 1 île la Bibliographie). Celui qui esl intitulé de fortuna Romanorum et Alexandre Magniini d'abord imprimé m [5o3, ainsi que !<• montre la dédicace (Lucubr., p. 485).
1. G. H. Annotât, in Pandectas, p. 281 : « Sed quid cum illis agas qui ea quae ex Graecis feci, ab aliis libris compilasse me dictitarunt, qui tamen nusquam extanl ? »
■2. Bug. de Budé, Vie de Guillaume Budé, p. 62. Au seizième siècle, Nicolas Clénard a critiqué en détail la traduction donnée par Budé de la lettre de saini Basile sur la vie dans la solitude (V. Chauvin et A. Roersch, Etude
sur lu rie ri 1rs /rurti/l.r ifr rVÎCOloS Clénard, IQOO, p. 66).
'.'1. Voir à ce sujet une page excellente de <>. Voigt, die Wiederbelebung, t. Il, p. 171. Dans le passage qu'on va lire, j»' n'ai l'ail que mettre au point, si je puis dire, les réflexions indiquées par lui.
plets '. Dans les endroits difficiles ils étaient livrés à eux-mêmes. Assez souvent ils se trompaient; presque toujours ils tâtonnaient, traduisant par à peu près, redoublant l'expression pour mieux attraper le sens2. Ainsi leur traduction s'éloigne peu à peu du texte original et glisse fatalement à la paraphrase. La faute ne leur en est pas imputable; elle tient aux circonstances dans lesquelles ils travaillent et qu'ils sont bien forcés d'accepter. A lui seul, ce défaut ne nous permet pas de conclure à la médiocrité d'une traduction.
Pour celles qu'il a données de Plutarque, Budé n'a eu sous les yeux aucune traduction antérieure. Il nous l'affirme3 et tout nous invite à le croire. Il est vrai que le traité de fortuna Romanorum avait été traduit par Niccolô Perotti, mais l'œuvre de ce dernier était restée manuscrite4. A l'époque où il traduisit l'ouvrage à son tour, il semble peu vraisemblable que Budé en ait eu connaissance. Quant aux autres traités de Plutarque traduits aussi par Budé, je ne sache pas qu'avant lui ils l'eussent jamais été 5. Reste la lettre de saint Basile à Grégoire de Naziance ; Filelfe l'avait mise jadis en latin et sa traduction avait été déjà imprimée plusieurs fois6. L'on admettra, si l'on veut, que pour
1. Sur les grammaires grecques en usage à la fin du quinzième siècle, voir G. Voigt, ibid., p. 38o. Au début du seizième siècle, celle de Théodore Gaza tend à remplacer toutes les autres et devient, pour une trentaine d'années, la vraie grammaire grecque classique (J. Paquier, Jérôme Aléandre, |>|>. 69-70). Dans les manuscrits d'Hermonyme identifiés par H. Omont, il y a quatre copies du premier livre de la grammaire de Gaza. A la même époque, on est réduit, pour le vocabulaire, au lexique de Jean Craston. Depuis i/j8o, date <le la première édition, on en cite un certain nombre de réimpressions italiennes; l'ouvrage est de ceux qu'Aléandre s'empressa d'éditer à Paris (J. Paquier, op. cit., pp. 08,
2. Ce redoublement de l'expression, là où suffirait un seul terme, est un des caractères les plus frappants de la langue du seizième siècle, qu'on l'observe chez des traducteurs ou chez des écrivains originaux. Voir dans A.Tilley, The literature ofthefrench Renaissance, t. I, p. 28"), les exemples qu'on en pourrait citer dans une seule page d'Ain vol.