‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 46 sur 113 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. A Rome, où l'ambassade est^nourrie par les soins de .Iules II, il esl frappé delà délicatesse du pain qu'on lui donne; il veut savoir de quel froment ce pain esl fait el ce qu'en coule la farine (de Asse, p. 5qq). A Venise, il remarque qu'on est assailli de cicérones, comme nous disons à présent, qui vous font voir les nombreuses curiosités de la ville (ihid., p. 790).

4. Lucubr., p. 303 A : « dodos ibi [en Italie] hommes non [ta multos per transennam uidi potins quam audiui, et literarum meliorum professores tanquam a limine salntaiii, utique quantum homini licuit Italiam raptim peragranti nec libéra le^atione. »

ô. II. Omont, Bulletin </<■ la Soc. de l'histoire de Paris, t. XII, |>. 48-

Jean Hudé, son fils, nous l'apprend dans ces notes déjà citées plus d'une fois,

mourut a le derrenier jour «le febvrier l'an i5oi (a. st.] et sa femme le ■>. août

l5o6 (cf. la noie suivante). Ils furent enterrés au couvent des (lélestins (à l'emplacement actuel du quai îles ( lélcsliiis) ; voir leur épitaplie dans Y /'.pi hiphii-f

du vieux Paris, t. Il, pp. 326-327.

ti. Lucubr., p. 363 A. dans une lettre de 1017 : c Pâtre orbatus annoa abhino quindecim ac multa incommoda perpessus, fortunaeque iniquitatem multipliciter expertus, cursuin aihilo setius institutum peragere uelis remisque contendi... Patri copioso biaeres relictus non ex solida uncia (semissem enim maxi-

84 GUILLAUME Bl DÉ.

en profita pour se marier; en i5o5 ou [5o6, ùi;é de trente-huit ans1, il épousait Roberte Le Lieur qui, elle-même, n'en avait pas plus de quinze2; c'était la fille d'un Roger Le Lieur, sieur de Boishenard et de Mallemains, le premier de la famille qui eût quitté la Normandie pour s'installer à Paris3. En dépit de ce mariage, la Philologie restait chez Budé souveraine maîtresse. S'il demandait des enfants à sa femme, il prétendait que la Philologie lui donnât une postérité de livres immortels qui assureraient le souvenir de son nom 4. Les enfants, c'est lui qui le remarque naïvement, vinrent au jour plus vite que les livres. En i5i6, il en avait sept, parmi lesquels une seule fille5.

Le bonheur paisible de cette vie studieuse et familiale devait être gâté par une maladie dont Budé ne put jamais se guérir. Il en parle souvent, dans ses divers ouvrages, en termes trop vagues, il est vrai, pour que nous en puissions deviner la nature6. C'est

mus fratruin primigeniorum ïure tulerat) ex matris haereditate eandem partem quadriennio post habui : hoc fere fuit subsidium instituti inihi cursus... » Cf. p. 242 D : « duodeui»inti iisdem parentibus orti liberi, haeredes duodecim patri superfuimus. »

1. Dans la lettre à Tunstall, qui est de 1517, Budé dit avoir pris femme annos abhinc duodecim.

2. Dans une lettre de i5i8, Budé annonce à Th. More qu'il vient d'avoir son septième fils, uxore uixdum ingressa annam daodetricesimum [Lucubr., p. 24O, tout en bas).

3. Voir, aux manuscrits de la Bibl. nat., le vol. 212 du Cabinet de d'Hozier, pour le dossier Le Lieur (no 54û4)j et, dans ce dossier, les pièces 2 et 3.

4. C'est Budé, cela va sans dire, qui institue cette comparaison de mauvais goût entre les résultats de son mariage et ceux de son commerce avec la Philologie : voir surtout Lucubr., p. 358 C-D.

5. De Asse, p. 793 (c'est Detoynes qui est censé parler) : « quippe quae [uxor tua] bis trium te liberorum iure decennio reddideril et auctum et ornatum... Illi uero tilii saepe comuientaiiti a lires oblundnnt iucundo 1 pu ri ta lu, uuica cum sorore lusitantes. » .Mais ce passage ne se trouve pas encore dans l'édition de i5l5 ; il apparaît d'abord dans la réimpression de 1 5 1 6 . La fille, qui est la dernière née, a dû venir au monde entre ces deux dates : cf. Lucubr., p. l\oZ A. Budé eut un septième fils dans le courant de l'année 1018 [Lucubr., p. 246, tout en lias). Il eut encore nn entant en i.">:>i ( Lucubr. . p. !\ 1 â B).

li. Le R.03 nous donne sur celle maladie des détails assez complets, mais ilmil rien ne prouve l'.iut liciil icitc. Mlle se manifestait par une douleur terrible, accompagnée de gonflement, qui prenait Budé' à la gorge et lui coupait la respiration. Il s'\ ajoutait une migraine chronique, qui le gênait fort dans ses iravaux (pour ce dernier détail, cf. la note suivante). Les médecins auraient attribué à des vapeurs celte pesanteur de tête continuelle ci iis lui auraient conseillé

de se faire brûler an 1er rouge la peau du dessus du crâne, pour donner un

à l'époque de son mariage qu'il avait commencé d'en souffrir1; il payait, nous dit-il, les efforts surhumains qu'il demandait chaque jour à son corps depuis qu'il s'était voué à la Philologie. Le mal agissait par accès, mais par accès si douloureux que Budé ne comptait pas comme vécus les jours où il en avait souffert2. Vaincu par la douleur, il songea plus d'une fois à changer son mode d'existence, à laisser de côté ses livres et ses travaux. Les médecins le lui prescrivaient, sa femme l'en suppliait, ses amis le lui demandaient avec instance3. Le chancelier de Rochefort le pressait même de se rendre à la cour; il lui écrivait lettre sur lettre pour le décider4. A la faveur de cet appui, Budé aurait pu faire encore une belle carrière; c'était le moment de renoncer à la Philologie; il ne put finalement s'y résoudre. 11 répondit au chancelier qu'il était malade et ne se relâcha pas de son ardeur au travail. D'ailleurs, Guy de Rochefort mourut sur ces entrefaites

passage à ces vapeurs. Le Roy prétend que Budé se laissa taire cette opération, mais qu'il a'en ressenti! aucun soulagement (Vitu G. 11., dans les Vitae selertorum aliquot uirorum, p. n/|).

i. En i5i6, Budé écrit à Erasme que cette maladie le tient depuis onze ans (Lucubr., p. 308 C). En i532 (dans le de Philologia, Lucubr., p. g5 A), il parle de cette pesanteur de tête « capitalem illam carnificemque çrauedinem, quai- niihi annos fere duodetriginta infestior fuit commentanti... » Un passade du t(e Asse (voir la note suivante) semble assigner une date un peu postérieure à la première apparition de la maladie.

2. Dr Asse, pp. 792-793 (c'est Deloynes qui parle) : « Vidi enim te et misertus sum annos plus septem ita infirma ualetudine, ut uelut Dioscuri alternis uiuus mortuusque uiderere. » Cf. Lucubr., p. 30 C.

3. Lucubr., p. 358 D : « In hoc autem studiorum progressu atque etiam procursu persaepe inhibitus sum, ac prope retroactus aduersa ualetudine, quae nillii negotia lam limita exhibuit, ut non scincl impetum ceperini uitae a me institutae tenorem abrumpendi, ci desidiae atque inertiae affectum iam corpus îndignabunde dedendi. Quis enim in tam longae tamque molestae uâletudinis taedio, non se uel medicorum placitis, uel uxoris precibus, uel amicorum nionitis permitteret, ut complorata spe literarum? »

4. De Asse, p. NolS (à propos de (iuy de Bochefbrt) : " aeque enim est aul

fuit unquam bominum quisquam cuî secundum parentes plus me debere existimarem, etîamsî niliil est aut fuit quod ei acceptum referre possem, ut i|ui eo tempore mortuus sit, quo milii absenti et propemodum inuito optime cupere ac magnifiée coeperat... Tu enim aosti frustra me ab eo auntiis et literis eius chiro-

"Taphis accrrsituin, eum c»-o quidem ualrl udinriii tum niilii [ncommodissimam

excusarem, ille autem existimaret per detrectationem ualetudinarium me esse, et falso causarium, <;t iterum me admonens aegre Ferrel ignauo me literarum

studio aniumm maioiis l'ortunac despondisse. »

et Budé ne retrouva plus l'occasion qu'il avait laissée passer devant lui.

Son amour pour les lettres anciennes lui avait valu certaines amitiés parmi les lettrés et les mécènes du temps. Guy de Rochefort, Pierre de Courthardy vécurent assez longtemps pour applaudir au succès de ses premières traductions. A ce dernier, il dédia les deux traités de Plutarque sur la part de la fortune dans le succès des Romains et dans celui d'Alexandre1. Il dut rechercher avidement la société des humanistes italiens qui, à Paris, représentaient alors la tradition du Quattrocento. Il était l'ami de Paul Emile2. Fausto Andrelini lui fit hommage d'une longue pièce; on veut croire qu'il n'en a guère aimé l'inspiration stercoraire3.

Il eut, avec Lefèvre, des relations plus solides. Le vieux maître lui adressait, en ioo5, une lettre de dédicace où il parle du longespace de temps qui a cimenté leur amitié4. Il y célèbre l'appli-

i. Lucubr., p. 4&4- : « G. B. ... Praefatio ad clarissimum, eruditissimumque uirum Petrum Cothardum, primum Parlamenti Praesidem. » Datée du 18 août i5o3.

■2. Anna/, in Pond., p. 2G8 (il s'agit de l'étymologie du mot arrêt que Budé voudrait faire venir du g-rec àpscjTÔv = placitum) : « Cuius me uerbi dudum Paulus Aemilius admonuit, Gallicarum hisloriarum scriptor. a ('■(., <laus L'ouvrage de Lefèvre intitulé Decem librorum Moralium Aristotelis très conuersiones (édit. d'Henri Estienne, 1 5 iO), la lettre par laquelle Lefèvre offreà Budé la traduction des Grandes Morales par Giorgio Valla (fo 1 v° de la numérotation spéciale qui commence après le fo ii4) : « uidebis et me tuae diligentiae imitato rem, quam non solus admiror atque laudo, sed et Georgius Hermonymus et Paulus Emilius uehementer efferunij commendant, ac extollunt. » (Cf. infra la note /), pour la date de eette lettre.)

3. Voir la plaquette intitulée Faustus de injlaentia syderum. Et querela

parrhisiensis pauimenti, éditée à Paris par Félix Baligault, sans date. En

voici le titre de départ (f° a ii r°) : P. F. A. Fond 'iuiensis poète laureati ad

guillermum budeum parrhisiehsem patricium : greca et latina litteratura

insignitum de influentia... Carmen. Un vers suffira à montrer quel est le ton

du poème :

Vndique mcril.i Unit pnerorum infecta cacantum.

Cf. d'ailleurs la réimpression «le P. Lacombe dans le Bulletin (le la Société

île l'iiist. i/e Paris, i()o3, pp. 173-175.

4. « Longa temporis consuetudo. » C'est la lettre de dédicace dont il a été question plus liant (n. 2). Elle n'esl |>as datée et je la connais seulement par

une édition de [5l6, mais eelle-ri est une simple réimpression d'une publication antérieure de Lefèvre. La traduction de Giorgio Valla à laquelle la lettre à Budé sert de préface parut pour la première t'< > i-s dans "édition de i5o5 : la

cation admirable de Budé, grâce à laquelle il esl devenu, sans maîtres, un latiniste et un helléniste éminent. S'il l'avait eu jamais pour élève, il n'eût sans doute pas manqué de le rappeler en cette occasion. Il semble donc peu probable qu'il ait été, pour les mathématiques, le professeur de Budé; l'on doit, jusqu'à nouvel ordre, écarter sur ce point L'affirmation de Louis Le Roy1. Mais Budé a fréquenté Charles de Bovelles, qui passait alors pour un mathématicien éminent2. Nous avons une lettre où celui-ci raconte une visite qu'il a faite à Budé. Leur entretien, qui a duré deux heures, n'a point roulé sur des choses frivoles. Sur sa demande expresse, Bovelles explique à Budé l'utilité des mathématiques et le secours dont elles sont aux théologiens. Mais Budé veut en savoir davantage et de Bovelles lui montre, par un exemple, les principes de "la mystique des nombres3. Rien n'est plus instructif que le récit de cet entretien. Budé s'adresse à de Bovelles comme à un maître de la science; il ne songe pas à discuter les principes qu'il lui entend exposer. Il semble y voir des idées communes et qui n'ont rien que de raisonnable. Aussi bien, il comptait, parmi les amis de son monde, des adeptes de ces idées mystiques, tel Germain de Ganay, conseiller clerc au Parlement de Paris *, à qui il a dédié sa traduction du de placitis.

lettre est donc de cotte année-là. En tête des anciennes éditions du de placitis philosophorum, l'on trouve déjà une lettre de Lefèvre à Hermonyme pour le remercier de lui avoir communiqué cette traduction latine composée, dit-il, par « notre Budé », a nostro Budaeo.

1. Vitae selectoram aliquot uirorum, p. 220: « Mathematicas disciplinas ab lacobo Fabro nobili philosopho didicit. » Ce qui a pu donner lieu à cette tradition, c'est que dans le de Asse Budé se montre familier avec ces études; il semble même connaître fort bien la science de la « sphère », ainsi qu'on disait, alors (cf. de Asse, pp. 28-80).

2. Charles de Bovelles (sic; voir Cm. Châtelain, Poésies françaises de Ch. de H.) naquit vers 1470 et mourut vers i553; il fut chanoine de Saint- Quentin, [mis de Novon. L'on prendra une idée de son œuvre en parcourant la listi- de ses divers ouvrages dans le Catalogue des imprimés de la Bibl. nat.} t. XVII, col. \!y>.. Il a contribué à répandre en France certaines idées des philosophes allemands, et notamment de Trithème, qu'il avail vu lui-même en Allemagne.

3. Voir, dans le volume qui débute par le < lommentari Us in primordiale euangelium diui foannis (i5ii), au I" $7 v°t l;l lettre intitulée Carolus Bouillus Guillelmo Budaeo regio secretario.

4. Germain de Ganay est le frère du chancelier Jean de Ganaj à qui Budé a dédié les n Annotations aux Pandectes ». Conseiller clerc au Parle ni eu

88 GUILLAUME lil'in'.

G. de ( i;in;i\ correspond avec Marsile Ficin1; on lui dédie une traduction de Paul d'Egine2; il se l'ait ['amphitryon des lettrés de son temps3. C'est déjà, semble-t-il, un véritable humaniste.

Cependant il écrit à l'allemand Trithème comme à un maître vénéré4; de Bovelles lui adresse des lettres el ensuite tout un court traité sur les propriétés mystiques des nombres5. Le traité de Plularque, qu'il se l'ait traduire par Budé, est un ouvrage de « philosophie naturelle » ; mieux que tout antre, il représente ces tendances contradictoires qui, à l'époque, sont celles de beaucoup de gens instruits. 11 nous l'ait connaître le milieu dans lequel Budé se trouvait alors et dont, nous le verrons, il n'a pas laissé de subir l'influence.

Germain de Ganay, dans le Parlement, n'est pas le seul qui s'intéresse aux lettres anciennes. Budé a comme ami intime le conseiller Morelet de Museau, <pii a visité les l diversités italiennes et est revenu fort savant « dans l'une et l'antre langue »6. Il dédie sa lettre de saint Basile à Gaillard Ruzé, conseiller clerc

i485, doyen de Beauvais en i5o23 il fui désigné en i5og pour l'évêché de Cahors; en i5i2, il L'échangea contre celui d'Orléans et mourut en i520.

i. Epistolae Marsilii Ficini Florentini ( i ^197), f°s 238 ro, 2^0 ro, :-/)■.- v». Ces lettres de Ficin, écrites en i/e/i, montrent que Germain de Ganay lui avait demandé certains de ses ouvrages et que Ficin en faisait prendre des copies pour les lui envoyer. Cf. la plaquette intitulée Athenagoras de resurrectione, etc., où se trouvent deux autres lettres à Germain de Ganay (v° du feuillet de titre et f° a iiij r°).

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