Pp. 2G
3. Pp. 73-7/1, 4° et /|(>. Dans le deuxième de ces passages/ [Budé qualifie de Gothica et barbara la langue des Accursieus , sans doute à l'imitation de Yalta : celui-ci, dans la préface déjà citée (cf. supra, p. g3) du 3(i livre des Elegantiae, a employé plusieurs fois gothique comme synonyme de barbare. <;Vsi un sens que le 1 n'avait pas pris encore l'n français. Quanl aux exemples qu'à la p. /|n Budé a donnés de ce jargon « gothique », on a pu voir plus haut (p. 99) qu'ils ae sont pas inventés à plaisir-.
LES PREMIÈRES <( ANNOTATIONS AUX PANDECTES », Io3
Tout autre est la méthode qu'inaugure Guillaume Budé. C'est, si l'on veut, un retour à celle des Glossateurs, car il s'attache, avant tout, à l'étude minutieuse des textes. Mais tandis qu'ils ignoraient le latin et l'histoire, Budé apporte à ce travail toutes les ressources d'une science immense et d'une intelligence formée par l'humanisme italien. Avant de commencer les Pandecles, il faut d'abord les comprendre ; pour cela, point n'est besoin d'être juriste, il suffit d'être philologue. Il s'agit là d'un texte littéraire, au même titre que les décades de Tite-Live ou les discours de Gicéron : c'est, de part et d'autre, la même langue, ou peu s'en faut '. Les méthodes sont uniformes qui nous feront pénétrer ces œuvres, en apparence si diverses. Ce sont, exclusivement, celles de la philologie : tendre, par l'explication des Pandectes, à la connaissance intégrale de l'antiquité classique, langue, idées, mœurs, institutions; puis, inversement, faire concourir tous les auteurs anciens, latins ou grecs, à l'interprétation des textes juridiques : c'est le programme qui sans y être expressément développé se dégage du livre tout entier.
Déjà Politien avait proposé une tache semblable à ceux qu'il appelait les grammairiens. « C'est leur rôle, disait-il, d'étudier et de commenter tous les auteurs de l'antiquité : poètes, historiens, orateurs, philosophes, médecins, jurisconsultes leur appartiennent au même titre. » Et il ajoutait : « Voilà longtemps que je prépare des commentaires à la fois sur le droit civil et sur les traités anciens de médecine; j'y ai dépensé beaucoup de veilles et je ne prétends y gagner d'autre nom que celui de grammairien2. » C'était là une conception toute moderne; Politien en avaitdonné la formule; il ne put, malheureusement, achever ces commentaires sur le droit civil, dont on vient de l'entendre parler. Il a seulement étudié quelques passages des Pandectes en plusieurs
i. Pour faire l'éloge de la latinité des Pandectes, Budé .1 eu recours aux propres paroles de Valla, comme ayant pins de poids qm- s<m propre jugement. A. la p. 3g des Annotationes, il cite deux passages îles Elegantiae, |>iis dans cette Fameuse préface du livre III, que i s l'avons déjà vu mentionner.
'. Politiani opéra, édit. parisienne de i5io, i. II. f" 5o p°.
endroits de ses Lettres et de ses Miscellanées ' ; d'ordinaire, c'esl pour corriger le texte courant à l'aide du manuscrit florentin,
dont il avait t'ait une collation2. Pietro Ricci, lui aussi, s'est occupé des Pandectes dans le recueil de mélanges qu'on a cité plus haut ; il a cherché à en éclaircir plusieurs expressions, par des rapprochements avec les auteurs classiques3; niais ce n'est là qu'i
partie insignifiante de l'ouvrage, lài somme, on peu! dire qu'en i5o8 personne n'avait encore étudié les textes juridiques comme allait le faire Budé, c'est-à-dire en philologue. Gomment procède-t-il? nous allons le voir maintenant.
Il faut d'abord « établir » le texte que nous voulons étudier. Le tort des Glossateurs, ce fut souvent de vouloir expliquer l'inexplicable, et de prétendre trouver un sens aux pires erreurs des copistes4. Les éditions des Pandectes sont pleines de fautes et de lacunes qui sautent aux yeux : il n'est, pour les corriger, que d'avoir de bons manuscrits. Budé connaît l'importance des Pandectes dites « pisanes » : il les avait feuilletées, lors de son passage à Florence5. En même temps il avait vu, chez Pietro Ricci, des notes de Politien relatives au célèbre manuscrit". Il utilise, dans
i. Les lettres et les chapitres en question sont indiqués ou même transcrits en grande partie dans Dante dal Re, I precursori italiani, pp. 44~72-
2. Ce manuscrit est celui qui est connu sous le nom de « Pandectes pisanes ». La collation qu'en fit Politien est souvent mentionnée par les érudits du seizième siècle et il en sera question plus loin. Elle fui utilisée par l'allemand Haloainler. | r sa fameuse édition des Pandectes publiée à Nuremberg en i ."">->»».
3. Sur les chapitres en question du de Honesta disciplina, voir Dante dal Re, I precursori italiani, pp. 102-111. Je me suis arrêté sur les œuvres de Ricci et de Politien, parce que Budé, nous le verrons, connaissait les unes et
les autres. J'ai, au contraire, passé sous silence les Corrections au texte des luis données par Pius Antonius Bartolinus, humaniste obscur que je n'ai pu identifier. Elles ne durent être connues de Budé qu'en iôm, quand Josse Bade les fit entrer dans l'important recueil des A nnotationes doctorum virorum in Grammaticos, etc... Il put lire aussi dans le même volume les pages où Bé-
roalde l'Ancien el < iiovanni-Ba I lista Pio ont dit leur l'ait aux A ce nrsicns (fos -{> ro
et i56 r°); il trouva même, dans les Annotations à Suétone du premier de ces
humanistes, quelques corrections au texte des Pindecles qu'il avait lui-même
proposées. < >n verra plus loin (p. 106 n. 4) ce qu'il faut penser de ces rencontres;
ti. I'. 178 : « Cura aliquando apud Pelrum Crinitum... essemus... cuius aune liber de Honesta disciplina, aliique suauissimi in manibus habentur, inter
contrectandos oonnullos eius libros in quaterni an incidimus manu Politiani
scriptum : in quo annotatîones pauculae erant, consulta (ni uidebatur) obscu-
LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AI'X PANDECTES ». Iû5
sou livrre, toutes les leçons qu'il avait pu recueillir ainsi, et les œuvres de Politien lui eu fournissent quelques autres1. A défaut des Pandectes florentines, il donne souvent la leçon des manuscrits qu'il a consultés à Paris'. Ainsi Budé voit très bien le secours que la tradition manuscrite peut apporter à l'éditeur des Pandectes; pour certains passages, il déclare même que c'est une vaine entreprise de cherchera les corriger sans le secours de l'archétype florentin :\ Il n'avait pas, vu le caractère de sou livre, à faire une collation des manuscrits parisiens; pourtant il a le niérite d'en avoir, le premier, reconnu la valeur et de les avoir signalés à l'attention des philologues à venir.
Au ieste, on le voit dans les Annotât iones, jamais il ne manquait, s'il en avait l'occasion, d'étudier les auteurs anciens sur les manuscrits eux-mêmes. C'est ce qu'il fait pour Pline l'Ancien4;
ritate con^estae ut, si forte interciderent, a nullo legi possent, — sic enim erat ingenium hominis, — pleraeque tamen frigidae scrupulositatis cl contemnendaë. » Le passage est doublement intéressant pour le jugement sur Politien qui s'y formule et pour les renseignements qu'il renferme. Ces notes de Politien, si elles étaient vraiment autographes, doivent être distinguées de sa collation, (jui se trouve sur les marges et dans l'interligne d'une ancienne ('dit ion du Digeste (Dante daJ IV. [ precursori italiani, pp. 43-44)> Elles auraient disparu depuis, car un ne les connaît que par le seul témoignage de Budé.
i. Pp. 3o4, 3o6, 335, 337, 660, etc. Ailleurs (pp. 36o-36i), Budé parle en
ces tenues d'un manuscrit qu'il avait vu à Borne : » Nos certe liuiic locum in c impendio iuris ciuilis, quod est Bomae in bibliotheca Pontificis per indicis seriem ordine alphabeti sermone Graeco compositum... legimus. »
2. P. 284 : « In antiquissimo exemplari »; p. 358 (il s'a»it de restituer le mot grec brabeatas dans un passage des Pandectes) : a Sic enim in antiquo exemplari legimus literis pseudograecis, ut ab imitante exaratis »; p. 734 : « in antiquo legimus... » Bien ne nais autorise à penser que les manuscrits en question aient été la possession de Budé lui-même; dès lors il est naturel de penser (ju'il les avait consultés à la « librairie » de Saint-Victor, car ailleurs il cite expressément un manuscrit de ladite bibliothèque.
3. F*. 439, après avoir proposé une conjecture, d'ailleurs peu heureuse : « Quanquam id est hariolari, huiusmodi lacunas replere uelle sine exemplari prisco. 0 Cf. p. 5i3 : » Hic locus \Dig., XVI, 3, 26, 2] igitur uix emendari
potest, nisi inspectis ,1 relie! vpis tinrent inis. Suiil autein et alia nommlla loca
huiusmodi, quae non tam doctrinae sunt quam fortunae. Vt quisque enim aut in antiquissimum aliquod exemplar forte inciderit, aut etiam maiore aliquo fato archetypos legerit, facile baec emendabit, si tamen locus ille incolumis exstiterit. »
4. I*. 429 : " Sic enim in antiipiis exemplaribus legitur manuscriptiâ »; [). 63i : 0 In uetusto Plinio. » l'uni- les manuscrits de Pline l'Ancien que Budé a pu avoir entre les mains, voir l'Appendice I.
iob'
GUILLAUME lu Dl .
pour divers passages de Pline le Jeune, il donne le texte de celui que Fra Giocondo avait découvert en France, et qui, depuis, avait passé en Italie ' ; il en cite un aussi d'I lérodote 2 ; enfin il recourt plus d'une fois, pour le Nouveau Testament, à un manuscrit que possédait l'abbaye de Saint-Victor3.
Pour révéler l'altération du texte, le témoignage «les manuscrits n'est pas toujours nécessaire. Les éditions (-(Mirantes contiennent encore beaucoup de termes barbares, ou l'on reconnaît sans peine, bien que défigurés, autant de mots grecs <»u latins. Le lecteur verra tout de suite la faute et la corrigera de lui-même: Budé ne s'attarde que rarement à de pareilles corrections '. Dans beaucoup d'autres passades, l'altération était plus profonde, en même temps que moins apparente; il en a signalé un grand nombre où les commentateurs n'avaient vu encore aucune faute. Il est parvenu plus d'une fois à retrouver le texte authentique des manuscrits5. Dans les endroits où ceux-ci même sont fautifs, il a fait souvent des conjectures ingénieuses et dont plusieurs se retrouveront dans les éditions ultérieures6. Il en a fait aussi de
i. P. i4ô e1 passim. Cf. II. Keil, dans son édition des lettres de Pline, Leipzig, 1870, pp. xxi-xxv.
2. Pp. 660-661 : <• Vt apud Herodotum legimus in antiquo exemplari. »
3. P. i5i, à propos d'un passage de saint Lue : « Vt nos in exemplari Graeco legimus uisendae antiquitatis, quod est apud diui Victoris ad urbem. »
'\- I*. 3/(2, à propos d'un passage des Pandectes, III, 2, 4, où les éditions donnaient : Neque themelici neque sexustici : <■ Thymelici et xystici legendiim Henni non nouit » ; p. 5i5 : « Sphaeristerium legendum esse [au lieu de pheristerîum ; cf . Dig. XVII, 1, 16],... aemo bac aetate iuuorat », etc. La première de ces corrections avait déjà été faite par Béroalde l'Ancien, dans ses Annotations à Suétone (cf. innot, doct. air. i5ii, fo 73 v<>). Dira-t-on pour eida que Budé l'a [irise dans Béroalde? -Non certes. En un autre endroit, il
ne s'est pas caché d'un emprunt qu'il lui taisait (p. /{'.')■'.), mais celte eor-
reetion-là était, il le remarque lui-même, si facile à l'aire qu'elle devait, nécessairement, être faite par plusieurs humanistes. Il y a eu rencontre accidentelle,
et non plagiat. On peut en dire autant d'une autre correction qu'onl l'aile successivement Béroalde, Pius Antonius Bartolinus (Annot., doct. uir., i5n,
fofi -:, \ el 206 \") cl enfin Guillaume Budé (|>. 617) : il s'agit de la restitution du mot pityocampe dans on passage des Pandectes.
.1. Les exemples sont trop nombreux pour qu'on les [misse citer tous. On
I rra voir les Annotatîones, aux pages ."••'>( (cf. Dig., I. 2, 24), i'jS^Dig., IV.
6, «h. 420 (Dig., VIII, 4, i3)3 ',71 {Dig., XIII. ''.. 5, io), 486 {Dig., XIV, 1, 1. tii. 5oo (Dig., XVI, 2, 171. etc.
t'i. La conjecture de la p. i5g {Dig., I. 2, 2, 43) est reprisée! complétée par
Haloander: celles de la p. 438 (Dig., X, 4, «j. ô|. ,1e la p. 698 (Dig., XXII. 1.
LES PREMIÈRES (( ANNOTATIONS AUX l'ANDECTES )). IO7
moins bonnes1, niais son mérite ne s'en trouve pas amoindri. La critique de textes, ne l'oublions pas, était encore dans l'enfance, et Budé ne disposait pas des ressources que possèdent nos modernes philologues : il est excusable de ne pas faire aussi bien, et, pour juger son œuvre, il en faut voir les tendances bien plus que les résultats effectifs. Considérée de ce point de vue, elle mérite les plus grands éloges. Budé témoigne, en général, d'une intelligence parfaite des textes qu'il doit commenter. Il s'entend très bien à découvrir les passages de latinité suspecte qui décèlent une altération2. Il ne les corrige pas au hasard : toujours ses conjectures s'autorisent d'exemples des auteurs classiques. Il est plus rare qu'elles rendent compte de la faute des manuscrits. Budé a cependant l'idée des erreurs que les copistes
12) se retrouvent également chez lui : l'une et l'autre sont citées sous ce nom dans l'apparat de Mommsen (Corpus iuris ciuilis, editio stereotypa, Berlin, 1872, t. I). .Mommsen, dans son édition, fait aussi une place à la conjecture de la ]). 38i (« ut in commentarium relati potins quam delati legendum sit in fine leois »; cf. Diff., IV, 0, 3a), à celle de la p. O74 {Dig., XXI, 1, 23, 9); mais parfois il en donne comme siennes que Budé proposait déjà; cf. d'une part son apparat pour IX, 2, 27, 9, et XXI, 1, 21, 2-3, et voir d'autre part les Annot., pp. 427 et 673.
1. Uuelques-unes ont pour objet de corriger une tournure que Budë considère, avec raison, comme peu latine, mais qui est pourtant de la langue des jurisconsultes; cf. An/10/., p. /|00 (Diff., XII, 1,42, 1) : « nam quod Accursius : dari curari legit, latinitas non admittit, nec loquendi lurisconsultorum consuetudo. » De plus, cette langue est toute en formules très concises, et pleine de mots techniques qu'on trouve rarement chez les écrivains : certaines erreurs de Budé tiennent à ce double caractère; ainsi, à la p. 43i, il n'a pas compris le tectori du texte authentique (Diff., IX, 2, 27, 35); à la p. 487, il a tort de corriger en canabi le cannabae îles manuscrits (Diç., XIV, 1, 1, 12). Ailleurs (p. 080), il a bien l'idée de la correction qui rétablirait le texte authentique; mais, dit-il : « Vt autem ucspillonem legatur pro sandapilario, sensui non eongruit » (cf. Diff., XXI, ■>., 3i ). De même il a voulu (p. 67 1 ) changer en comissator le comesor des manuscrits (Diff., XXI, i, 18); mais il tant dire ;'i s;i décharge que ce dernier moi est totalement inconnu des auteurs classiques.
2. P. 36i (cf. Diff., IV, 3, 11) : « Ego uero non praeceptae sed receptae legendum affirmauerim, cm coniectura ductus, quod nemo unquam Latinus aliter locutus est »; suivent les exemples. I'. .">:!i {(■['. Diff., I, 22, 'il : - Accursins praestitum est pro praestandum intelligi uoluit, pugnante Latine loquentium consuetudine. Malim igitur praestitutum legi. 0 On peul voir encore, a la p. 667, la façon dont est discuté le problème critique qui se pose j propos d'un autre passage {Diff., XXI, 1, 17, 4). La deuxième des conjectures propotées à cet endroil est signalée par Mommsen dans son apparat.
io8
GUILLAUME IM'DK.
commettenl le plus fréquemment. Il propose quelque part de retrancher deux mots ijui se seront indûment glissés <le la marge dans le texte1. Ailleurs il explique la faute des copistes par l'emploi d'une abréviation dans le manuscrit archétype2. Il sait aussi les erreurs que provoque souvent l'emploi des chiffres romains, et il s'en souvient pour faire une intéressante conjecture 3: A propos d'un autre passage, il note la tendance qu'ont les scribes à prendre certains mots l'un pour l'antre : souvent iudicare est In îndicare, et augustius est In angustius. L'énumération continue pendant plusieurs pages, avec exemples à l'appui : elle dut être fort précieuse aux humanistes de l'époque qui, faute de mieux, usaient encore d'éditions très défectueuses '.
Ce n'est pas cependant sur la critique de textes que porte l'effort principal de Budé : il s'est proposé surtout d'expliquer, dans les Pandectes, les mots et les expressions que les commentateurs avaient négligé d'éclaircir ou bien qu'ils avaient mal comprises 5 : son œuvre est, avant tout, celle d'un lexicographe. L'intérêt en serait fort restreint si elle était consacrée au seul vocabulaire des Pandectes. Mais ce n'est pas la manière de Budé de se tracer un
i. I'. .")()■' (Dig. XIX, i, 17, 8). A vrai dire, en même temps qu'il supprime deux mots, Budé veut en modifier un troisième, el cria diminue beaucoup la vraisemblance de sa conjecture.
:>.. I*. r).'!o {Dig., XVII, 2, 52, 2) : « Legendum puto agrum colendum licitatori dam us [au lieu de : agrum pollicitatori damus]. Sic enim fieri solet, ut liane mendam ex compendio scribendi inoleu'sse credam, duabus dictionibus in 1111,1111 coagmentatis, hoc modo: agrum col. licitatori. Puisse autem morem per notas scribendi in iure ciuili, satis ex Valerio Probo constat. » L'idée est ingénieuse; mais la conjecture était inutile, les bons manuscrits donnant : agrum i><>lit<>r-i dam us, qui va très bien.
3. Le texte du Digeste, sur les tribuns militaires (I, ■>., 2, 25) portait cette phrase : » tnterdum \\ fuerunt, interdum plures. » Budé propose de lire : seni fuerunt. Il justifie sa conjecture par de nombreux textes de Tite-Live, puis il ajoute (p. 1/17) : « Hune auiem errorem sic irrepsisse existimo. Cum
enim seni hoc modo seriptum librarii repei'issenl VI. euin M syllaba suprrpo
sit.i . . . , existimauerunl uiceni legendum esse, literas numérales pro syllaba accipientes. a La conjecturé devail être reprise par Cujas.
4. l'p. 713-718. Budé conclut ainsi l'énumération : « Sunt et alia huiusmodi
multa, sed isla mine in meulem iienerunt. »
5. C'est la deuxième partie du dessein qu'il exposait à ses amis {Arum/.,
p. \i) : •■ ausus... iaçtare inter amicos, me aliquando facturum ut Pandectae emendatius atque intelligentius legerentur. » C'en est aussi la partie la plus
importante : il suffit d'ouvrir le volume pour s'en rendre compte.
LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS ATX PANDECTES ». IOO,
plan et de s'imposer des limites. Dans chaque passage auquel il s'arrête, il commence par expliquer un mot particulier ' ; il en montre les différents emplois; il étendra même ses remarques à des mots de la même famille, puis à tous ceux qui expriment la même idée que le premier 2. C'est ainsi, du moins, que d'ordinaire il procède; mais il ne suit pas un ordre constant et, parfois, c'est le hasard des textes cités qui lui apporte la matière de ses explications. Souvent aussi Budé, de parti pris, entreprend une digression. Il a expliqué le sens de fidutià et de sponsio, mots qui ni tut pas, dans les auteurs classiques, le sens qu'ils prennent dans les Pandectes ; cela, dit-il, lui adonné l'idée « d'expliquer certains termes de droit qui se trouvent dans les auteurs latins et qui pourtant ne figurent jamais dans les Pandectes, dans le Code ou dans les Institutes ». Suivent plus de quarante pages à ce seul propos 3.
Il faut soi-même feuilleter le livre pour apprécier à sa valeur l'érudition qui v est répandue. Pas de mot, si rare soit-il, pour lequel Budé ne trouve des exemples à citer : s'il n'y en a qu'un seul dans toute la littérature latine, soyez sur qu'il l'aura remarqué4. Tous ces exemples s'éclairent l'un par l'autre et peu à peu
i. Souvent, nous l'avons dit plus liant |>. 101, n. i, c'est un mot qui n'a pas été compris parAccurse, et voici l'uni' des formules par quoi Budé commence en ce cas : ci Accursius hoc uerbum [pedamenta] perperam intellexit, quod etsi hodie oemo nisi plane indoctus ignorât, tamen ut haec res tota innotescat, aliquid ah auctoribus rerum rusticarum repetendum » (p. 4o8). l'uis viennent de nombreux exemples de Pline, de VaiTOn, de ('. ilumelle. D'autres l'ois, il s'agît d un
mol dont le sens demande à être précisé : a Haec dictio iustus apud lurisconsultos frequens, non salis (ut arbitror) intelligitur » (p. 5i6).]
2. Voir, par exemple, l'annotation relative à un passage du Digeste (XIX, i, ii, 12) où se trouve le moi defungi (pp. fi-p-ÔSo). Budé en détermine le
sens, il en donne l'équivalent grec , il explique aussi les mots defunctorie,
perfunctorie, perfungi ; de perfanctorie, il passe à translaticie, qui est à peu
prés synonyme, puis ensuite à translaticias, Enfin, il explique les expressions
bonajide, optimafide, qui expriment l'idée contraire à celle de perfunctorie.
M. Pp. 92 et i/|o. De même on voit annoncée, à la p. 365, une digression
sur les mots latins qui sont devenus d'un usage courant seulement après l'époque
de Cicéron : « Quorum [uerborum] quaedam hic enumerabo, quae in mentent milii uenerunt ». Cette étude occupe douze pages (pp. 365-377).
\, Voyez, par exemple, à la p. 638, la note sur un passage des Pandectes (XIX, 5, 20, 2) où se trouve le moi uascularius. Le texte cité par Budé (Cicéron,
Verr., \, 54) fournit, avec celui d'Ulpien, les seuls emplois du mol qu'on con naisse dans toute la latinité'. Cf. encore |,i noie de la page âi(ti, relative à fulu-
nous font saisir le sens exact des termes les plus spéciaux, des locutions les plus rares. A vrai dire, Budé ne procède pas comme s'il faisait un lexique méthodique ; il ne considère pas chaque mot en lui-même, pour essayer de le définir, pour suivre la filiation des sens; il l'étudié dans la phrase même où il le rencontre; parfois il en précise la valeur pour ce cas particulier ; souvent aussi il se dispense de le faire quand le sens se dégage tout seul des différents textes cités1. Pour reprendre ma comparaison, il amasse des matériaux pour un dictionnaire à venir, — que bâtiront ses successeurs. Ce n'est pas à dire que ces notes forment une suite de citations mises simplement au bout l'une de l'autre. Budé excelle à saisir la valeur propre d'une expression, à montrer les divers emplois qu'on en peut faire2. Et souvent ses exemples sont si bien choisis qu'une définition y ajouterait peu de chose". Pour les expressions juridiques il ne se contente pas d'en donner le sens abstrait, il montre à quelles institutions elles répondent 4, ou bien encore il cite les propres expressions françaises qui en fournissent l'équivalent. Cette partie de son travail est, il est vrai, l'indice de préoccupations très spéciales. Nous l'avons vu se plaindre du latin barbare que parlaient les jurisconsultes de son temps. Ses Annotations leur offraient les moyens de ramener au Palais la pratique d'une langue plus pure; elles tendaient, il nous le dit lui-même, « au renouvellement
dromus (Dig., XIX, i, 54). Il est vrai qu'il se méprend sur le sens du mot, qui désigne une corde tendue de funambule et non, connue il le croit, une espèce d'hippodrome. Il a déduit ce dernier sens de l'ensemble «lu passage de Suétone (Ner., il) qu'il cite à cet endroit. On saisit là, sur le vit', la façon dont il procède.
i. Il serait superflu de citer des exemples; on en trouvera presque à chaque page des .1 nnotationes.
2. On pourra se reporter, si l'on veut, à l'annotati léjà citée p. ioo,,
n. :<. Je signalerai encore les remarques relatives à contarbare (pp. /i<.i",-/i<),,là excutere (pp. 634-636), à efferuescere (pp. 667-669), etc. Ce ne sont là que quelques exemples, choisis presque au hasard entre beaucoup d'antres.
;'). Cf., par exemple, page Ô89, ou bien encore, la digression déjà citée, qui s'étend de la page ij:! ;'i la page i/|o. A la page 5 1 5, on peut voir encore comment Budé arrive à définir le sphaeristerium. Il laisse d'abord parler les exemples : >■ Locumin balneis fuisse sphaeristerium exemplis apparebit, quam-
uis Indus ueilii \ itruuius non ineminil •>. Puis il précise le sens en donnant
celui du verbe ^ic ^yx-.'-JX,^.
I\. Page 188 (a propos de : lege agere), page 388 (à propos de : mulctam ■ lucre), etc.