LES PREMIERES « ANNOTATIONS AUX PANDEGTES ». II
Dans los Annotations, nous n'avons encore étudié que le philologue; l'humaniste s'y révèle par des diatribes enflammées contre les détracteurs des humanités. Déjà nous l'avons vu railler les « Accursiens » et se moquer de leur goût pour un langage tout barbare. .Mais la question est plus haute et Budé l'a bien senti. L'étude des humanités ne pouvait s'imposer sans ruiner des traditions séculaires ; c'en était assez pour qu'elle rencontrât des hostilités déclarées. Juristes et théologiens répétaient que l'éloquence est un pur bavardage, prodigue de vaines paroles mais vide de pensées sérieuses1. Au Parlement il s'était trouvé des hommes pour dire qu'il fallait brûler tous les poètes et reléguer la poésie au delà des Alpes, là d'où elle était venue pour notre malheur J ; on ne pouvait étudier le grec sans s'exposer à leurs brocards3. Budé proteste avec indignation. Est-ce aux théologiens de dédaigner l'étude des humanités? Les Pères de l'Eglise ne l'ont jamais fait; ils ont cultivé l'art de parler et d'écrire et ils l'ont fait servir à la confusion des hérétiques et au triomphe de la foi. Ce sont les humanités qui nous font aimer la vertu, elles font naître chez les jeunes gens la passion de la vraie gloire ; dans l'adversité comme dans la maladie, il n'est pas de liens plus puissants pour nous rattacher à la vie. Seule, enfin, l'éloquence peut donner tout leur prix aux choses. Pour toutes ces