‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 60 sur 113 · LES PREMIERES « ANNOTATIONS A.UX PANDECTES · texte numérisé non relu

LES PREMIERES « ANNOTATIONS A.UX PANDECTES

volontiers le modèle d'une constitution pour notre pays. Il montre quelque part que, selon eux, les juges ne doivent pas être soustraits aux accusations de leurs justiciables. « El cependant, ajoute-t-il, nos usages vont contre l'autorité de ces deux princes de la philosophie ; les j uges de nos tribunaux suprêmes sont inamovibles et irresponsables ' . » Budé serait même enclin à transporter telles quelles, en France, les institutions de Rome et d'Athènes. Chez les Grecs, il semble approuver fort celle des vcy.rfj/.a/.-:;. « Si la France, dit-il, avait des magistrats de même sorte, notre droit coutumier sciait moins incertain et moins obscur2. » Il explique ailleurs comment les Romains s'y prenaient pour assurer l'entretien et la réparation des édifices publics, et il regrette qu'en France on n'ait pas tenté de les imiter sur ce point3. Il vient d'exposer, d'après Isocrate, l'influence qu'à l'Aréopage le génie même du Heu exerçait sur les plus mauvais juges. « Plaise au ciel, conclut-il, (pie, moi vivant, un génie semblable se manifeste dans le Parlement et dans les autres cours de justice4 ! » On voit le caractère de toutes ces réflexions ; en même temps qu'il y témoigne, pour l'antiquité, d'une admiration sans réserve, l'auteur y fait une critique très vive des mœurs de son temps et de son pays. C'est le monde des tribunaux qui exerce le plus souvent sa verve de moraliste. Juristes, juges, avocats, personne n'échappe à ses coups. Il leur reproche à tous leur esprit mercenaire qui rabaisse et qui avilit la majesté de la justice et de la

([ne reproduire, parfois dans leurs termes mêmes, les raisons données par Axistote.

i. Pp. 240-241. Budé remarque qu'en France il n'en a pas toujours été ainsi, niais, dit-il : « priscam seueritatem posterior aetas non tulil. »

2. P. 277 : « Si huiusmodi magistratibus Francia recte atque ordine uteretur, mores certe et instituta oostra, iusque omnino moribus nostris introductum receptumque (quas consuetudines dicimus) non tara incerta obscuraque essent quam ipsa esse non pridem deprehensum est. 0 Cf. p. >S:> : « Si igitur aomo-

phylaces Atheniensium similes baberemus •> Dans le premier de ces deux

passages, on remarquera que Budé semble faire allusion à une circonstance récente où aurait apparu, dans toui son joui', l'obscurité du droit coutumier.

.">. C'est ;'i propos du moi stirttitrrin et des magistrats qui étaient chargés d'assurer, pour les édifices publics, l'état de sartatecta; voir p. 4oa : - Quod utinam institutum in Francia bodie esset, ne Basilicae et Regiae aedes et magnificentissima proauorum atauorumque aostrorum memoriae monumenta uetustati exedenda nostri seculi incuria rclinquerentur, ■

loi. " Il n'y a plus de jurisconsultes ; devenir des praticiens, c'est là le seul objectif de la plupart des jeunes gens. Pour eux le droit civil n'a plus comme fin de maintenir entre les citoyens l'égalité de la loi et de la coutume ; il leur fournit seulement l'occasion de vendre et de prostituer leur parole, et de grossir leurs honoraires en multipliant les pièces. » Pour cela, tous les moyens leur sont bons : « Il se trouve des avocats pour écrire leurs plaidoiries avec des lettres immenses et des interlignes d'un pied et demi'. » II est vrai qu'ils s'entendent à la chicane : « Ils ont mille moyens pour esquiver la lutte et traîner les procès en longueur ; ils connaissent tous les artifices de procédure; ils tendent des pièges à l'adversaire, ils savent tous les moyens de faire triompher la cause plus faible aux dépens du droit et de l'honnête 2. » Tout en France est organisé pour assurer le triomphe des méchants : « Les crimes restent souvent impunis et la vertu n'obtient que de maigres récompenses; pour les bons il n'est pas de retraite sûre, pas d'asile contre les méchants. La calomnie se donne pleine licence ; et les procès renferment mille surprises. Telle est, chez nous, l'organisation de la justice; l'homme le plus modéré, le plus honnête risque le plus souvent de ne pouvoir maintenir son droit : du moins il lui faudra hanter tous les coins du Palais, et, de remise en remise, se résigner à vieillir ; il lui faudra affronter les roueries et les impostures des praticiens, les dédains hautains de certains juges ; il lui faudra dévorer mille

affronts Vous croyez éviter ces misères en vous montrant

ennemi des procès? On dirait que tout le voisinage s'accorde pour vous créer des embarras. Par amour de la paix vous cédez un peu de vos droits? Tous veulent leur part de l'aubaine; ce sont charpie jour de nouvelles affaires. Vous montrez les dents à vos adversaires et vous décidez de plaider : c'en est fait, et pour jamais, de votre tranquillité3. »

i. Cf., pour l'ensemble du développement, pp. 7.3-75. Dans la première îles citations que j'en ai Faites, se trouve un membre de phrase qu'on ne saurait traduire exactement el que je reproduis ici : 0 iwris ciuilis finem... esse putant aui sordidam meritoriae et ueluli prostantis uoeis altercationem, aul sivli mercenarii sacculariam illam operam. »

2. P. M.'), à propos ilu mol ueterator : 0 Veterator aduoeatus dicî bodie [mi est , qui, etc. •>

.''.. Pp. i!)ti-it'>7, à propos de l'e&vofiia : « Hac, ut uidetur, Eunomia Gallia

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