CHAPITRE IV
Le « de Asse » comme œuvre scientifique.
Les Annotations aux Pandectes avaient remporté un franc succès et achevé de mettre Budé en lumière. Les critiques dont il fut l'objet n'étaient rien auprès des éloges qui semblent lui être venus de toute part. Les juristes même, que tant de passages de son livre semblaient faits pour indisposer, les juristes applaudissaient à son entreprise et l'adjuraient de la poursuivre. Il se laissa persuader ; il entreprit de donner une suite aux premières Annotations et se mit à y travailler '. Mais il était dans sa destinée d'être d'abord un initiateur et de marquer tour à tour sa place dans toutes les provinces de l'érudition. On était alors fort curieux de connaître, par le détail, la façon dont avaient vécu les Romains ou les Grecs, de savoir si leur magnificence dépassait celle des modernes2. Pour cela, il fallait pouvoir évaluer les sommes que citent, à chaque instant, des auteurs comme Pline
i. Voir, dans les LucubraL, p. 260, la lettre de Budé en réponse aux félicitations que Bérault lui avait adressées. Elle doit être datée du 25 mars i5n (cf. L. Delaruelle, Revue des Biblioth., 1902, p. l\-±i, n. 5). Voir aussi G. B. de Asse (Lyon, i55o), p. 54- C'est à celle édition que se rapportent, sauf avis contraire, toutes les citations du de Asse faites dans les chap. iv et v. Ces citations sont indiquées seulement par le chiffre de page. On s'est d'ailleurs assuré que, dans ces passages, le texte de 1000 ne présentait aucune différence notable avec celui de l'édition princeps.
2. Un texte de Budé m mis apprend que Louis XII partageait lui-même cette curiosité. Cf. ms. de l'Arsenal 5io3, f° 91 v° ; le passage en question se retrouve dans le livre de l'Institution du Prince, édit. de l'Arrivour ( 1 547), p. «80.
LE « DE ASSE » GOMME ŒUVRE SCIENTIFIQUE. l3l
ou Suétone. Or on ne savait comment y réussir, et tout le monde sentait le besoin d'un livre qui en donnerait le moyen. Un jour, quelques amis de Guillaume Budé déploraient, devant lui, l'absence d'un pareil ouvrage; tout de suite, il promit de l'écrire1. Il y était préparé par ses études antérieures : depuis longtemps, sans doute, il s'occupait de Pline l'Ancien, celui des auteurs latins qui nous est le plus précieux pour ce genre d'études2. Cependant, il nous le dit lui-même, il devait regretter plus d'une fois de s'être engagé si à la légère. Dans cette tâche nouvelle, il n'avait vu d'abord qu'un délassement. Mais le sujet lui réservait des surprises, et devant la masse des matériaux qui s'offraient à lui, il laissa là cette suite des Annotations aux Pandectes que nous l'avons vu entreprendre. Il se donna tout entier à l'œuvre nouvelle, qui finit par atteindre une étendue quadruple de celle qu'il voulait d'abord lui donner3. Enfin, le de Asse parut au mois de mars i5i54.
Contrairement à l'usage, ce gros volume ne se mettait pas sous la protection d'un des grands qui étaient alors en posture de favoriser les belles-lettres. Budé l'adressait à « tous les hommes de bonne foi qui sont studieux de belles-lettres et de philosophie 5 ». Il indiquait par là sa conviction d'avoir travaillé pour tous les humanistes et son désir d'être jugé uniquement d'après les mérites et l'intérêt propre de son œuvre. La préface tout entière est pleine de ces deux sentiments, Il avait voulu, disait-il après les lieux communs du début, contribuer à cette œuvre qui se poursuit depuis deux générations et qui a déjà abouti à une véritable restauration de la langue latine. Ses Annotations aux Pandectes
i . Pp. 54 et 274.
2. Il semble qu'en ii>o8 il possédât déjà le manuscrit de Pline dont il sera question à l'Appendice I. A la page 42(J des Annotât., il cite une leçon de Pline (xiv, no) qui serait prise /// antiquis exemplaribus manuscriptis. Or, c'est celle d'un manuscrit qui lui a sûrement appartenu.
4- Il faut insister sur cette date puisque jusqu'à présent les livres les mieux informés oui donné celle de i5i4 comme ayant marqué l'apparition de l'ouvrage. Voir à ce sujet notre Bibliographie, au |.i.
5. « Gulielmus Budaeus Parisiensis, Regius Secretarius, ad optimum queaque et candidissimum uirum, literarum et philosophiae sludiosum, Praefatio in libros de asse et partibus eius. 0 L'avant-propos, dont o'esl là le titre et d'où sont tirés les développements suivants, occupe les pages 3-8.
l32 GUILLAUME BUDÉ.
n'avaient encore qu'un intérêt assez spécial ; l'œuvre qu'il donne aujourd'hui est d'une portée plus grande ; elle concourt à l'interprétation de l'antiquité tout entière et emprunte sa matière à des écrivains de toute espèce. De même son premier livre ne pouvait attirer sur lui (pie l'hostilité des ignorants. Dans celui-ci, il s'attaque à des opinions qui sont celles des humanistes les plus doctes. S'il est lui-même convaincu d'erreur, il se verra accabler par l'unanimité de leurs témoignages. Mais, s'il fait triompher ses idées, il ne devra à personne le mérite de sa victoire, car personne avant lui n'avait sérieusement essayé de débrouiller le sujet qu'il aborde.
Ces paroles respirent la fierté d'un homme qui est venu à bout d'une entreprise difficile et qui sait très bien la vraie valeur de son œuvre. Budé se défend, il est vrai, d'attacher trop d'importance aux résultats qu'il a obtenus. En dépit de ses protestations presque touchantes dans leur naïveté, ses vrais sentiments se font jour. Il espère que son livre aura toute la valeur d'un acte et pourra développer, chez ses compatriotes, une émulation profitable. Son exemple prouvera que les Français ne sont pas, nécessairement, incapables d'être les disciples de .Minerve. C'est dans cet espoir qu'il a dédié son livre au génie de la France ou, comme il le dira plus tard, « à l'honneur et fortune de France et à l'esprit angélique protecteur d'icelle ' ». Ainsi ce livre d'érudition se présente, dès les premières pages, comme l'œuvre d'un ardent patriote.
En France, le succès dut répondre à l'impatience (pie le livre avait provoquée. Après !»•* Annotations, on ne doutait plus que Budé ne parvint à résoudre le difficile problème auquel il s'était attaqué. L'œuvre n'était pas encore terminée que Nicole Bérault en célébrait déjà les mérites2. Quand elle eut paru, ce l'ut de la
i. Ms. de l'Arsenal 5io3, I" <j3 v°; voir tout le développement dans notre Appendice II, à l'extrait C du £ 1 .
2. Angeli Politiani Rusticus, 1" C 0 ro (à la fin d'un passage sur les valeurs respectives des mesures anciennes) : » Sed animaduerto hune laborem nostrum fore superuacuum atque in bis nos ludere operam, quae eleganter ac distincte perscripta sunl a Budaeo in <■<> opère, quod summo studio ac diligentia, Dec minore doctrina conscripsit de ponderihus el mensuris, propediem, ni ci speramus et optamus, in lucem proditurum, Edemque facturum qod modo quantum utriusque linguae peritiam babeat, quamque recondita doctrina ac multiplici praeditus sit Budaeus noster, sed etiam quantum antiquitatis teneal quantaque
fierté que l'on ressentit à se dire que l'auteur était un Français. Ce sentiment apparaît dans la devise que l'éditeur Josse Bade mit en tète du livre lorsqu'il eut à le réimprimer : « Il est souvent plus facile de critiquer que d'imiter'. » Il se trouva des Italiens pour s'en froisser 2 : cela montre déjà le bruit qui se faisait, hors de France, autour de l'œuvre nouvelle. Les humanistes anglais témoignaient pour le de Asse d'une admiration sans réserves. Dans le nombre quelques-uns seulement étaient déjà liés avec Budé ; mais il reçut de presque tous des lettres qui le félicitaient vivement3. Le Suisse Vadianus fit plus: dans un de ses ouvrages il célébra publiquement la science admirable du savant qui faisait la gloire de la France f. Ce concert d 'éloges était pour Budé
industria reuocare in lucem studeat, quae uel temporum iniuria, uel hominum incuria ac socordia, tam longo tempore sepulta ac prope exstincta
iacuerant. »
i. Au recto même du feuillet de titre, dans l'édition de i5i6 : « Mtour'^aaOat. xaCra pa'6v Èstiv ïj ixta^fraaOat. Cauillari haec promptius est quam aemulari. »
2. Erasmi Op., t. III, col. iSi I). Il est bien peu probable que cette épi« graphe ;iii été composée par Budé, comme semblaient le croire les Italiens en question. (If. d'ailleurs, sur les circonstances dans lesquelles elle fut faite, l'édition de i5i6, au fo 93 v° {Foilocas Badius Lectori S. D.).
3. Lucu.br., p. 2^1 B : « nibil propius factum est bis alteris tuis literis quam ut librum meum de Asse exoscularer, qui mibi clarissima una in prouincia tôt simul amicos uno nomine talesque conciliauit... Ais enim in amore, atque etiam (si credere ipse sustineo) admiratione mei socios tibi esse Linacrum, Morum, Tonstallum et Latymerum cum nonnullis aliis. quorum ut Tonstallus et Lina crus epistolarum commercio mibi iam coniuncti sunt, ita alii olira foi-tasse aotiores mihi erunt, siquando res ita nata fuerit. 0 (Lettre a Richard Pace, du 27 avril i5i8.) Cf., à la page 245 B, la lettre à Thomas More, et enfin, pour les rapports entre Budé ci Linacre, p. 249 A. Celui-ci était venu à Paris à la suite île Marie d'Angleterre, la troisième femme île Louis XII. C'est alors qu'il lit la connaissance île Budé qui nous donne, sur leurs entretiens, un détail intéressant : « ls [ Linacer] mihi inter loquendum dixerat aliqua eorum quae explirniss.- me plane confido, illustrari hac aetate non posse, et ego me \A facturum receperam quod ille admirabatur. 9 (Lucubrat., p. " > * * 7* A.) Le fait est que Linacre, dans une traduction île Galien publiée en 1517, appelle Budé et Érasme a les deux lumières île son temps », duo noslrae aetatis lumina (I" 2, v°).
\. Édition île Pomponius Mêla donnée par Joachim Vadianus 1 i5i8), I" 92 v ei \" : <. (i;illis suis lucem attulil uerae eloquentiae, et exquisitae humanitatis Gulielmus Budaeus Parisiensis, uir supra communem uel literatissimorum hodie captum eruditus, el m ipsa indicant animi soi monumenta, integer uitae scelerisque purus, amansque aequi et honesti... 0 Sur Vadianus, cf. dans le Répertoire analyt. ri chronol. la notice de lu lettre 21 , p. 43.
I 34 GUILLAUME IHJDÉ.
un juste sujet d'orgueil ; il y avait là de quoi le rendre insensible aux critiques qui purent lui venir de l'Italie1. Les années devaient continuer ce succès de la première heure2. Pour ses contemporains, Budé restera toujours l'auteur du de Asse ; c'est ce livre surtout qui lui vaut la réputation dont il jouit, même en dehors du monde savant. De leur côté, les érudits continuent de recourir au de Asse et de le citer avec éloge3. Les livres postérieurs qui traitent le même sujet4 n'arrivent pas à en ruiner le crédit. Pendant longtemps, le de Asse continue de faire autorité et reste le livre indispensable à qui veut connaître toutes les questions relatives aux monnaies antiques et à leur évaluation5.
Budé ne disait que la vérité en affirmant que son œuvre marquait une entreprise toute nouvelle. Depuis l'antiquité, le sens s'était perdu des mots qui servaient à désigner les monnaies
i. Lucubr., p. 246 C : « si uobis (il parle de ses amis d'Angleterre) inç-enium et industriam meam probasse me contiderem, ne Momum quidem(ut aiunt) uel Ligurinum, uel Tuscanicum tiniendum magnopere ducerem. » Il y a là, très probablement, une allusion à l'ouvrage de Leonardo Porzio, que les Italiens opposaient malignement à celui de Budé, et qu'ils donnaient sans doute comme lui étant antérieur. Mais il semble qu'à ce moment l'ouvrage de Porzio fût encore manuscrit, et cela suffirait à trancher la question de plagiat. Voir d'ailleurs dans le Répertoire analyt. et chronol. les lettres 24 et i63.
2. On peut voir, dans le § 1 de la Bibliographie, les nombreuses réimpressions qui furent faites du deAsse pendant la première moitié du seizième siècle; il faut mentionner à part celle qui parut en i522, à l'imprimerie aldine. C'était le célèbre bibliophile Grolier, un ami intime de Budé, qui l'avait commandée à François d'Asola (Le Roux de Lincy, Recherches sur Jean Grolier, p. 434).
3. Cf. les Annotationes de Lazare de Baïf, p. 1 63 du de re uestiaria et l'opuscule de Glareanus, intitulé également de Asse, fo A 2 vo ; Glareanus, après avoir loué la méthode de Budé, déclare qu'il n'a cessé de le consulter et de le suivre pas à pas.
4. Le livre de Porzio a déjà été mentionné. Le travail de Glareanus se donne, nous l'avons vu, comme inspiré de celui de Budé. En revanche, l'opuscule d'Alciat, de Ponderibns et mensuris (i53o), et le livre de Georges Aiçricola, de Mensuris et fonder ibus, sont, par endroits, une critique de l'œuvre du savant français. Mentionnons encore, pour être complet, le livre de Bobert Senaut (Cenalis), de itéra mensurarum ponderumque ratione (1547).
fi. Il sera encore réimprimé en 1695 dans le tome II de Selden, Historiae rei nurnmariae ueteres scrîptores. De plus, un libraire de Bàle avait, dès i54o,
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grecques et romaines. Les textes où ils se rencontraient restaient lettre morte pour les commentateurs; tout ce qui, dans Suétone ou dans Pline l'Ancien, est relatif à la vie matérielle des anciens, à leur luxe, à leur prodigalité incroyable, tout cela échappait à l'intelligence du lecteur moderne; c'était comme une province de l'antiquité dont l'accès demeurait fermé aux humanistes, où personne n'avait encore tenté de les faire pénétrer. Les plus doctes étaient rebutés par les difficultés de l'entreprise, et, vers le milieu du quinzième siècle, Flavio Biondo écrivait: « Pour ce qui est de montrer tout au long quel a été le système monétaire de chaque époque, il ne suffit pas de dire que la chose est difficile, elle est proprement impossible \ » Il avouait même ingénument qu'il n'avait pu en venir à bout. Cependant, le sujet de sa Roma triumphans le remettait sans cesse en présence de ces questions monétaires ; et il n'a pas laissé, pour son malheur, de les aborder quelquefois. Il n'y a que des erreurs dans les renseignements qu'il donne sur les monnaies romaines et leur valeur respective.
Cela souvent n'est pas moins vrai pour les humanistes italiens de la génération suivante. Ils n'osent pas encore aborder de front ces questions, mais parfois ils sont forcés d'y toucher dans leurs nombreux commentaires aux écrivains latins; d'ordinaire ils le font de façon peu heureuse. C'est Niccolô Perotti pour qui le mot pondo signifie proprement un poids de 12 livres2. C'est Domizio Calderino qui ne sait pas toutes les tournures différentes dont les Latins se servent pour exprimer une somme en sesterces 'K L'un et l'autre, il est vrai, commentent un poète
réduit l'ouvrage à la forme, plus pratique, d'un abrégé {Catalogue des livres imprimés de la Biblioth. nul., t. XX, col. 1247).
1. Cité par Budé, p. 63o. Le texte de Biondo se trouve au livre V de sa Roma triumphans, 1 8 ro et m r». Sur le personnage et sur ses différentes œuvres, on peul consulter la Wiederbelebung de Vbigt, aux différents passages mentionnés par i'Index.
■2. X. Perotti Cornucopiae, f° 17 v°. En reproduisant ce passage (p. 1 38), Budé ajoute : « Hic nominare eos necesse non habui qui eius errorem totidem uerbis in suos ipsi commentarios retulerunt. » La Cornucopiae, le plus important des ouvrages de Perotti, nous offre, sous la forme d'un commentaire à Martial, une véritable mine de renseignements Bur l'antiquité latine. L'auteur le composa vers la fin de sa vie, qui arriva eu i/j8o, et mourul Bans l'avoir publié. Sur Perotti, voir l' Index de Voigt.
3. Pp. 128, i36, 241. Les passages originaux se trouvent dans le commen-
chez qui ces noms de monnaies ne se rencontrent que rarement. Mais voici d'antres humanistes, et non moins célèbres, pour qui semblable excuse ne peut être invoquée. Sabellico et Béroalde ont tous deux donné des commentaires de Suétone, un auteur où l'on trouve, presque à chaque page, l'indication précise de grosses sommes d'argent ; on observe, chez eux, la même impuissance à résoudre les problèmes que soulève le moindre de ces textes '. Politien, lui, montre une ignorance admirable des difficultés que présente la matière. Sur la demande d'un de ses amis, il expose, dans une de ses lettres, le système des poids et des mesures anciennes : la lettre fourmille d'erreurs, qui témoignent de sa légèreté, et l'on voudrait, comme Budé, pouvoir douter qu'elle soit vraiment sortie de sa main2.
Un seul mérite d'être retenu parmi les humanistes italiens qui se sont, au quinzième siècle, occupés de cette question, c'est Ermolao Barbaro, le célèbre auteur des Castigaliones Plinianae, celui qui se vantait, avec un peu d'emphase, d'avoir corrigé dans son auteur plus de cinq mille passages fautifs3. Son œuvre est de celles qui s'imposent à l'admiration et l'on ne peut nier que le texte de Pline n'ait, entre ses mains, gagné beaucoup en correction et en pureté4. Mais, souvent, il passe vite sur les textes qui sont les plus importants pour éclairer le système monétaire
taire de Domizio sur Martial; cf. Domitii Calderini commentarii in Martialem, fos C2 v°, f v°. Domizio da Calderio lut professeur à l'Université romaine ; il eut ainsi l'occasion d'écrire dus commentaires aux œuvres de plusieurs poètes latins; il mourut en i ^1 7 7 » ;! l'âge de trente-deux ans. On peut consulter sur lui le Spécimen lypographiàe romanae XV saeculi par Laire, pp. 206-209 et p. 2i5; voir sussi le chap. ix dans les Miscellanea de Politien.
1. P. 96, 127 et aussi 5G5. Pour les textes originaux, voir Commentation.es condite a Philippo Beroaldo, f°s 22 i-o et v°, 70 v" et 77 r<>, et enfin 100 v°. Sabellico (i436-i5o8) s'est l'ait surtout connaître par ses écrits historiques. Sur Filippo Beroaldo, dit l'Ancien, cf. supra, pp. 20-21.
2. Pp. 5ll-5i3 : à propos de la capacité de l'amphore. La lettre de Politien est, dans le recueil des lettres latines, la dernière du livre X.
3. Dans la préface à Alexandre VI des premières Castigationes Plinianae (1/192); cf. encore le morceau intitulé Hermolaus bonis qui se trouve à la fin du recueil. Ermolao Barbaro le Jeune, qui mourut eu i/jg3 patriarche d'Aquilée, est l'un des humanistes les plus justement célèbres du quinzième siècle italien. De nomhreuses lettres de lui ont été insérées parmi les lettres latines de Politien, surtout au livre XII.
']. Voici comment un des plus récents éditeurs de Pline apprécie encore les travaux d'Ermolao Barbaro sur Pline : 0 l' race la ru m illud opus et incredihilis
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des anciens. Il semble même ne pas voir toujours les contradictions que présentent entre eux certains de ces passages. S'il n'était pas en état de les résoudre il devait, tout au moins, les signaler au lecteur. Parfois aussi il esquive adroitement les difficultés les plus redoutables1. Son livre a permis à Budé d'écrire le sien; en lui fournissant un texte de Pline suffisamment correct, il lui épargnait tout un travail préliminaire aussi pénible qu'ingrat. Mais, il faut le répéter, Barbaro n'a fait, pour ainsi dire, qu'effleurer le sujet qui sera traité dans le de Asse; il n'a résolu aucun des problèmes essentiels qui se poseront d'abord à l'esprit de l'humaniste français.
On le voit donc, celui-ci n'exagérait pas lorsque, dans sa préface, il déclarait ne devoir rien à personne. Dans l'œuvre des humanistes italiens du quinzième siècle, il y avait surtout des erreurs à glaner, et c'est ce qui rendait si périlleuse l'entreprise de Guillaume Budé. Il lui faudrait faire prévaloir sou système contre l'autorité d'un Béroalde ou d'un Erinolao Barbaro; ainsi les rares incursions que ceux-ci avaient faites sur le terrain de la science monétaire, loin de lui être utiles, risquaient de le desservir. Joignez à cela qu'il mettait son ambition à faire « un livre » et que cela même était une grande nouveauté. On a pu le constater par l'énumération que nous faisions tout à l'heure, les Italiens avaient, jusqu'alors, produit force commentaires et pas un ouvrage suivi ; ils faisaient essentiellement œuvre d'exégètes, mettant bouta bout les remarques que leur suggérait la lecture d'un auteur et passant sous silence les passages les plus épineux2.
érudition is et sin^ularis sagacitatis plenissimum. ■> Edit. <1. Mayhoff, chez Teubner, t. H (1875), p. xxv.
1. Pp. ?>-]!>, 552-553, 693, etc.; voir Ylndex an mol Hermolaus. Si l'un se reporte au de Asse, l'on remarquera que les critiques de Budé sont toujours empreintes d'um- grande modération et qu'il rend pleine justice à la science d'Ermolao Barbaro. Mais quand, par exemple, il l'accuse (p. 370) d'avoir embrouillé une question par la multitude des témoignages qu'il cite, la critique est parfaitement justifiée : cf. Hermolai Barbarî Castigationes Secandae, I'" ce ii 1 •". Dr même, dans le passage où il parle des sentisses usurae(pp. 107- 109), il sait très bien mettre en lumière le mérite de Barbaro qui a su, le premier, résoudre cette question; au moyen de nouveaux textes, il vient même renforcer ses conclusions, qui étaient encore' contestées.
■2. Presque tous ces ouvrages sont en réalité le résultat 'les 0 lectures » Faites dans les Universités italiennes sur les divers auteurs anciens; cela explique l'aspect décousu qu'ils présentent. Mais, il faut bien le dire, les humanistes
l38 GUILLAUME BUDÉ.
Aucun d'eux n'avait encore entrepris de réunir lous les renseignements épars sur un sujet particulier dans les divers auteurs anciens, de les coordonner, de les analyser à la lumière l'un de l'autre, et ainsi d'arracher son secret à l'antiquité, (l'est là ce que Budé semble avoir entrepris le premier. Si la science a pu être définie la connaissance méthodique des choses, c'est, on peut le dire, l'instinct d'un vrai savant qui donna à Guillaume Budé l'ambition d'écrire le de Asse. Il nous reste à voir comment il a réalisé son dessein.
On ne s'étonnera pas si nous disons tout de suite qu'il y a de tout dans ces huit cents pages et que bien des parties de l'ouvrage n'ont, avec la question des monnaies anciennes, aucun rapport, même lointain. Pour le moment nous ne parlerons pas des digressions proprement dites dont nous réservons l'étude pour un chapitre spécial. Mais à supposer que le de Asse en fut allégé, il y resterait encore bien des choses étrangères au sujet; le lecteur pourrait toujours se plaindre que la marche de l'ouvrage soit trop lente et que le plan manque de netteté. De plus, chacun des cinq livres du volume ne forme pas en lui-même un tout bien homogène; le plus souvent ces divisions n'interviennent que pour ménager l'attention et nous laisser reprendre haleine. L'ouvrage a été écrit au courant de la plume ' et cela se sent à chaque page. Nous ne savons même pas, en commençant le livre, où l'auteur prétend nous conduire. Point d'introduction où seraient exposés les principes essentiels de la méthode qu'il doit suivre ; nous ne sommes renseignés à ce sujet que par des déclarations fragmentaires et, si je puis dire, épisodiques, qui se succèdent sans aucun ordre d'un bout à l'autre de l'ouvrage. De même, point de ces paragraphes qui viennent, de temps à autre,
italiens du quinzième siècle y témoignent trop souvent d'une présomption
incroyable; ils ont encore plus d'aplomb q le science et certains, dans
leurs commentaires, cherchent surtout à donner d'eux-mêmes au lecteur une opinion très favorable. Barbaro est encore parmi les pins modestes.
i. Une formule comme celle-ci suffirait à le montrer (p. \%o) : « Sed de statere et solido inferius loqucmur, si meinoria non exciderit. »
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rappeler au lecteur les résultats acquis et lui permettre de mesurer le chemin parcouru. Enfin, aucun souci, chez l'auteur, d'insister sur les détails essentiels qui permettent seuls de bien suivre la marche du raisonnement. L'ouvrage est d'une seule teneur et doit être lu d'une haleine. Nous ne prétendons pas, dans l'analyse que nous allons faire, dissimuler ces nombreux défauts. Mais, pour donner une idée claire d'une œuvre qui est à peu près illisible et qui reste, malgré tout, si considérable, nous serons bien forcés d'aller au plus court et de ne pas suivre l'auteur dans les méandres de son développement. Ces infidélités sont volontaires, mais l'intérêt du lecteur nous les a seul dictées.
Budé, dans le de Asse, s'est proposé deux choses : d'abord, il a prétendu retrouver le sens exact que présentent, chez les anciens, les différents noms de monnaies ou de mesures ; et il a voulu, en même temps, déterminer au juste quelle en était la valeur absolue et nous donner ainsi les moyens d'évaluer en monnaie moderne les moindres sommes d'argent dont parlent les écrivains anciens. Ce qui faisait la difficulté de son entreprise, c'est qu'il manquait, si je puis dire, d'une base sur laquelle il pût asseoir ses calculs. Les anciens ne nous ont guère laissé d'écrits où ces notions se trouvent exposées d'une façon systématique ; le petit poème attribué à Favinius, l'opuscule de Priscien de Figuris numerorum, étaient les seuls, ou peu s'en faut, dont on pût alors disposer'. Budé a bien vu que c'étaient là, pour son dessein, d'assez médiocres secours2. On avait bien, avec cela, de nombreux textes épars dans les écrivains grecs et latins ; mais comment en tirer parti? Comment savoir distinguer, entre tous ces témoignages, qui se complètent l'un l'autre et souvent se contredisent, celui qui fait
i. Le premier de ces opuscules est intitulé Rémi Fauini de. ponderibus et rnensuris; il a été édité dans YAnthologia latina de Ricse, P. I, fascic. 2, pp. 27-37. Sur la question de savoir à qui on doit réellement l'attribuer, voir \V. Christ, dans le Rheinisches Muséum, t. -XX, i865j pp. « » r( - 7 3 . L'opuscule de Priscien figure dans les Grammatici Infini de Keil, t. III, a* partie. Budé pouvait le lire dans les éditions de Priscien, qui, à l'époque, étaient déjà fort nombreuses. Pour les vers de Favinius, la seule édition que j'en aie vue citée
est celle de Leipzig (Martinus Herbipolis, V'i. parue en 1494. Cf. <i. Bauch, Geschichte des Leipziger Friihhumanismus, p. 49*
2. Dans l'un et l'autre de ces opuscules, il relève des erreurs OU des affirmations hasardées. Cl*, p. 20O, 207, 568, 56q.
GUILLAUME 1UIDK.
autorité et qui nous fournira enfin le principe initial dont tout le reste se déduira aisément ?
En cette circonstance, Budé a, du vrai savant, la sage prudence avec laquelle il procède, la clairvoyance qu'il apporte à reconnaître les écueils de sa route. Il sait fort bien que d'un texte isole il est impossible de rien extraire de certain. Que de précautions il faut prendre pour utiliser le livre de Pline l'Ancien ! Si l'on accepte comme authentiques les chiffres donnés par les éditeurs, Pline se trouvera en contradiction avec lui-même ou avec d'autres écrivains. Son œuvre, tell»1 que nous la possédons, est pleine d'erreurs qui ont été commises, au cours des siècles, dans la transcription des chiffres cités par l'auteur '. Le meilleur moyen de les corriger est de recourir à de bons manuscrits, el Budé n'a pas manqué de le faire. lia utilisé jusqu'à trois manuscrits, dont un seul, il est vrai, avait une véritable valeur2. C'est son uetustissimus, comme il l'appelle. Il s'abusait sur l'ancienneté de ce manuscrit, que les critiques datent seulement du treizième siècle; mais, enfin, il a su en reconnaître l'importance et s'en est servi fréquemment pour améliorer, d'heureuse façon, le texte traditionnel3.
Tout ne sera pas dit encore quand ce travail d'épuration aura été terminé. Pline n'était pas omniscient, et l'on ne doit, en aucun cas, accepter aveuglément son témoignage. Budé n'est pas de ceux qui s'inclinent, sans discuter, devant son autorité sacro-sainte. C'est un abus irritant que cette vénération ridicule dont on nous veut pénétrer pour l'antiquité tout entière. Pline était un bomme, comme les autres ; dans un ouvrage d'une telle étendue il a pu, en dépit de sa science, commettre quelques erreurs. Croirons-nous que ce soit un sacrilège de les mettre en lumière et de les faire constater? lue chose parle plus haut que le respect dû à ce grand savant, c'est l'amour de la vérité qui, toujours et partout, doit être notre guide '.
i. Sur ce qui explique la fréquence de ces erreurs, voir p. 1 85, à la manchette : Numerorum deprauatorum ratio. Pour 1rs exemples, voir, outre la suite de ce même passage, pp. 279-280 et passim.
■>. Voir l'Appendice I de notre travail.
'.'>. Les exemples de ces corrections sont quasi innombrables; voir l'Index à la rubrique Plinii locus.
\. Pp. 25, 276, 587. Voici, dans le premier <lr ces passages, quelques lignes qui portent loin : 0 lu quo | Plinio] mihi nostrae mena >riae hommes doctissimi absurdula quadam religione obstrinxisse aequalium suorum ... iudicia uiilen-
LE « DE ASSE )) COMME ŒUVRE SCIENTIFIQUE. 1 4l
L'essentiel, dans les recherches de ce genre, c'esl en somme d'arrêter d'abord les principes qui formeronl la base du système,
puis de s'y tenir obstinément sans trop s'embarrasser des textes qui semblent y contredire. 11 faut, comme ledit Budé lui-même, suivre toujours la méthode employée parles géomètres. Un théorème est-il considéré comme démontré, ils y rattachent aussitôt une proposition nouvelle qui dépend nécessairement «le la première. L'adhésion qu'on a donnée à celle-là entraîne celle qu'on donnera à la deuxième et ainsi de suite à l'infini '. C'était, en effet, la seule méthode qui pfit. en l'état de choses, donner de sérieux résultats. A une condition cependant, c'est qu'aucun doute ne pût subsister sur la vérité de ces propositions initiales. Nous verrons tout à l'heure si Budé a satisfait à cette condition.
11 débute par une série de définitions fort simples, relatives aux parties de l'as et à leur valeur respective. Nous ne le suivrons pasdans ce détail, maison v peut remarquer déjà le principe d'une confusion regrettable. Parmi les divisions de Vas, il mentionne
tur... Ego uero antiquos t/uaque illos, homines ni nos fuisse puto, et aliqua etiam scripsisse i/ikip parum intélligerent. » (l'est tout à fait l'attitude, el c'esl même le langage de Pétrarque à l'égard d'Aristote. Cf. P. de Nolhac, Pétrarque et l'humanisme, p. r5.
Ce que Budé <lit là de Pline, il le dirai) aussi bien de Cicéron, l'idole de l'humanisme italien. Il montre, en effet, qu'on peut trouver des erreurs dans les (envies du grand écrivain romain. Il n'a pas compris, par exemple, ce qu'Aristote entendait par Ventéléchie et, sur ce point-là, Politien a vainement tenté de le justifier ( De Asse, pp. 33-47). Attaquer Cicéron, c'était alors un crime impardonnable. L'allemand Camerarius prétendit réfuter Budé et flétrir ce « flagellator Cicéron is » (voir, dans le Summum de Guillaume Bigot . Vepistola, >///</ se : item et Gulielmum Budaeum : a quorundam défendit calumniis). Ce fui le début d'une querelle littéraire qui s'espace sur un temps fort long et à laquelle il est l'ait allusion dans le Y'' livre de Pantagruel (ebap. \i\. Comment nous arrivasmes au royaume de la Quinte essence, nommée Entelecbie). Ici, d'ailleurs, Budé avait raison contre les défenseurs à outrance de < licéron.
i. P. i <j.~> ; cf. p. i:>2. Il va de soi que ces propositions initiales seront ellesmêmes fondées sur- l'expérience. La comparaison employée ici par Budé ne doit pas aous tromper sur le caractère d<- sa méthode qui, on le verra, part toujours de l'observation des faits.
la drachme qui vaudrait 1/8 de l'once ou bien encore 3 scripules1. Or, la drachme est un poids grec et ne saurait prendre place dans la série des poids romains. Budé semble croire que les deux systèmes se correspondent ; c'est là une erreur qui, dans la suite, en entraînera d'autres plus graves. Après de longues digressions2, Budé aborde enfin l'un des problèmes les plus difficiles qui s'imposent à son attention. On sait les valeurs différentes que le mot sestertius prenait chez les écrivains latins. Le sestertius ou nummus était d'abord une monnaie de cuivre d'un usage très courant, qui valait 2 as 1/2. Puis, on prit l'habitude de compter par sesterces et, pour les grosses sommes, des abréviations s'imposèrent. Le mot, employé comme neutre, devint, à lui seul, l'expression synonyme de 1000 sesterces. Quand enfin l'on arrivait au million, on disait decies centena milita sestertium (pour sestertiorum), c'est-à-dire cent milliers de sesterces, ou, par abréviation, decies sestertium; pour 3 millions, l'on disait de même tricies sestertium, et ainsi de suite. L'ellipse avait, jusqu'alors, empêché de comprendre cette dernière expression. Béroalde, par exemple, entendait decies sestertium comme signifiant : dix fois la valeur d'un sestertium, soit 10.000 sesterces3. Mais alors que de difficultés inextricables on risque de rencontrer ! Et Budé énumère, avec un peu trop de complaisance, tous les passages des auteurs latins qui, de ce fait, deviennent entièrement incompréhensibles. Il rapproche les unes des autres les évaluations qui sont données en divers endroits pour des dépenses analogues. Les exemples se succèdent et s'accumulent ; ils arrivent à point nommé pour enrichir la démonstration et nous montrent, une fois de plus, l'érudition merveilleuse de celui qui les a rassemblés.
Cependant, il faut expliquer l'énigme et montrer enfin ou plutôt démontrer quelle différence il y a entre sestertia centum et sestertium centies. « C'est là, dit Budé lui-même, le point essentiel de notre dessein, c'est là le nœud de tout l'ouvrage4. » Deux
3. P. 127, à la rubrique Decies sestertium, et dena sestertia.
4. Pp. 121-122 : « Ventum iam esse ad locuin praecipitem, horrore quodam animi seritio, instantis h proximi periculi magnitudinero rcputantis. Une esl -niiii caput eius rei quam agimus, hic cardo totius operis, haec denique aléa aucipitis incepti, ut... »
textes de Cicéron viendront fort à point nous aider à résoudre le problème ; il y est question de la même somme qui, la première fois, est donnée comme valant sestertium undecies centena milita et la deuxième comme valant sestertium undecies. Les deux expressions sont donc identiques, et il faut toujours, quand un adverbe de quantité est rapproché de sestertium, sous-entendre avec : centena millia1. Dès lors tout devient clair dans les textes qui nous avaient embarrassés et, du même coup, il en est d'autres qu'on peut corriger sans hésitation2. Cependant, Budé ne pense pas avoir encore assez fait pour entraîner la conviction du lecteur. C'est une loi qu'il s'imposera dans cet ouvrage de rendre si évidentes ses moindres démonstrations que le lecteur ne puisse, sans déloyauté, lui refuser son adhésion3. Il ajoute donc de nouveaux exemples, plus décisifs encore, à ceux qu'il avait donnés. Il ne lui reste plus, après cela, qu'à expliquer l'origine de cette expression elliptique et à indiquer les règles qu'on doit observer en l'employant.
Tel est le contenu du premier livre 4. Budé emploiera le second à déterminer exactement la valeur des monnaies anciennes 5. Il voudrait que le de Asse donnât le moyen d'évaluer en monnaie française toutes les sommes mentionnées par les auteurs grecs ou romains : ainsi nous serons vraiment renseignés sur les richesses du monde ancien et sur le prix qu'y coûtaient les choses6. Mais il faut, dit Budé, reprendre les choses d'un peu
3. P. 1 33 : « ... hanc tamen in me legem ultro terre planeque sancire hoc in opère statui, ut nunquam perfunctus pollicitatione uidear, nisi ita omnia perspicua fecero, ut negare omnino quisquam ea quae denionstrauero, citra improbitatem nequeat. »
4. Ce premier livre se termine, à la p. i/j3, par un résumé des matières qui y sont traitées.
:>. P. i44 : " Resta) pais immensi laboris in hoc lihro explicanda, etc. » G. Ibid. Faute de cette recherche, nous n'aurons jamais une familiarité complète avec les monuments de l'antiquité : n Perinde atque si huius aetatis negotiatores in gentem exteram et incognitam merces pétant, quae quanti al) ea gente indicentur, non percipiant, sed pro suo quisque captu pretium iis statuant. » Mais ;nissi quelles ne seront pas les conséquences de notre travail (p. i45) : « Quod cum effecerimus (facturum enim omnino me recipio) quid iain causae erit, quin omnes libri Graeoi in latinam linguam, aul latini in uernaculam uersi, bac omnino parte illustrati uideantur et explanati? «
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haul et, sous ce prétexte, il se perd en de longs détours qui nous éloignent du 1ml '. Enfin il nous explique comment il a réalisé son dessein. Il possédait un certain nombre de monnaies anciennes d'or et d'argenl qu'il avait acquises jadis, à tilre de curiosité. Il a pris d'abord celles d'argent, — des deniers évidemment, — il lésa examinées une à une pour s'assurer qu'elles étaient toutes authentiques; cela fait, il les a placées tour à tour dans une balance très délicate et les a pesées fort exactement2. Sachant que ioo deniers valent une livre', il est facile, par le poids moven du denier, de déterminer celui de la livre romaine. Selon Budé, la livre française qu'on appelle « marc » serait, à la livre romaine, dans le rapport de 2 à 34. Dès lors, nous sommes à même de déterminer, en monnaie d'à présent, la valeur des principales monnaies anciennes : il n'y faut qu'une opération d'arithmétique 5. Budé ne se doute pas que la valeur de l'argent
1. Dans les quinze pages auxquelles je fais allusion, Budé étudie plusieurs textes de Pline qui sont, à son point de vue, d'une importance considérable. En même temps (pp. 1 07-1 5cj), il établit des équivalences entre le denier et la drachme, entre la mine et la livre romaine. Si, comme nous l'avons fait remarquer (voir supra, pp. il\\-i[\2), c'était partir d'un principe faux, il ne faisait là que suivre les écrivains anciens; ses conclusions s'inspirent rigoureusement des textes qu'il a recueillis chez eux et qu'il cite.
2. Pp. i5q-i6i, i63-i64- Budé a décrit minutieusement certaines des monnaies dont il se servait. Par exemple, il avait entre les mains plusieurs monnaies d'Auguste (jui correspondent aux nos 18, 0,7, i8<j de (lohen {Monnaies frappées sous l'empire romain, t. I); les descriptions qu'il en a faites sont l'oit exactes. 11 ne s'était pas contenté, pour ces recherches, d'utiliser les pièces qui lui appartenaient. Il nous dit (p. iG4) : « quod [pondus] non in meis tantum, sed etiam in alienis nun.mis exegi, quae plurima et omnium prope consulum atque principum uidi. »