‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 66 sur 113 · P. iôo, première manchette · texte numérisé non relu

P. iôo, première manchette

l\. P. 162 : (( Huius [romanae] lihrae bessem selibram nostram regiam esse dieo, euius niodus a zygostate publico statuitur Parisiis... Hoc besse nuuc utemur pro libra quam marcam uoeitamus ». Le marc{marca) valait, comme le dit Budé, la moitié d'une livre parisis, soit 240 grammes; c'était le poids dont se servaient les changeurs, les orfèvres et les ciseleurs (monetarii et aurifices et uascularii).

5. Partant de la valeur légale du marc (11 IV.), Budé conclut finalement qu'un sestertium , soit 1,000 sesterces, représentait, en chiffres ronds, quarante-trois francs (p. i65). dette somme ne correspond pas exactement à la proportion qu'il Irouvait entre le poids de la livre romaine et celui du marc d'argent; on peut voir, à la note suivante, comment s'explique cette différence, et quel élément nouveau il a fait entier dans ses calculs.

est toute relative et dépend, à chaque époque, de circonstances très complexes. D'ailleurs, limiter à ce qu'elle prétend découvrir, sa méthode est, théoriquement, excellente, mais elle l'a conduit à des résultats inexacts. Le « marc » valant 245 grammes, ses calculs donneraient à la livre romaine une valeur de 367 grammes au lieu de 317 grammes qu'elle pesait réellemenl '. Faut-il s'étonner de cel écart? Ce dernier chiffre, on le remarquera, est le fruit de recherches qui se sont prolongées pendant des siècles entiers. Nous sourirons de la confiance (pie Budé montre dans l'exactitude de ses conclusions; nous regretterons que, dans le compte rendu de ses observations, il n'ait pas encore procédé avec assez de rigueur, qu'il ne nous ait point fait connaître dans le plus grand détail les résultats de ses pesées. Mais nous ne saurions nous étonner que, dans une matière aussi nouvelle, entouré qu'il était de tant de causes d'erreur, il ne soit pas arrivé du premier coup à la vérité.

Il resterait maintenant à répéter, pour les monnaies grecques, le calcul qui \ieut d'être fait pour les monnaies romaines. Budé s'en occupera dans la suite de ce livre II; pour le moment, il ne saurait. II est trop impatient d'appliquer, dans les textes anciens, le mode d'évaluation qu'il a été conduit à adopter. C'est ce qu'il fait pendant de longues pages, el il en profite pour faire observer de combien les richesses des Romains étaient supérieures aux nôtres. Cela n'est pas étonnant puisque, pendant des siècles, Rome s'est enrichie des dépouilles de l'univers presque tout entier. « Pour moi, dit Budé, quand je considérais les faits

1. Une erreur initiale de déduction est venue fausser encore ces premiers résultats. Budé, et c'est là son tort, accepte aveuglément cette affirmation de Pline que le denier romain avait le poids de la drachme attique (p. 119). Partant de là, il vent établir une parité complète entre le système grec et le système romain : la livre romaine et la mine attique seront chacune de 100 drachmes ou de 100 deniers (p. 1 ^ 7 ) . Mais la livre romaine étant, dit-il, divisée en 12 onces et l'once en 8 drachmes, l'on n'aurait ainsi que 96 drachmes à la livre. Il faut donc, pour parfaire le poids en question, y ajouter une demie

once ou '\ drachmes, - cum libra in ralione uummaria cui ina Graeca exae-

quata sit, et plane sil centenaria i) (p. iti'i). Il a tenu compte de cette considération pour calculer la somme d'argent français <|ui correspond au poids de la livre romaine. C'est un des endroits de son ouvrage où la théorie vient le plus fâcheusement faire torl à l'étude objectivedes faits. D'ailleurs, les textes quise trouvent chez les anciens expliquent très bien son erreur.

l46 GUILLAUME BUDÉ.

(jiie j'ai recueillis dans cet ouvrage-ci, Rome m'apparaissait comme le repaire des brigands qui ont mis à sac toute la terre, et comme le trésor commun de toutes les nations '. » On le voit, Budé n'a pas été dupe, en étudiant l'histoire romaine, de cet air de grandeur qui faisait illusion à ses contemporains. Sous la majesté des apparences, il a su voir le caractère vrai de la réalité; ici encore, le sens critique l'a emporté chez lui sur le respect et l'admiration qu'il avait, malgré tout, pour cette antiquité. Enfin, notons-le, malgré ce qu'il a dit sur l'énormité des richesses des anciens, Budé montre un souci constant de contrôler les chiffres donnés par les auteurs et de bien s'assurer qu'ils ne sont pas invraisemblables2. Celui que donne Pline l'Ancien pour la valeur d'une perle de Cléopâtre lui avait paru bien élevé. Il est donc allé, pour se renseigner, chez un joaillier de ses amis. Il nous rapporte l'entretien et en conclut que le chiffre donné par Pline n'a, en soi, rien d'impossible3.

A l'exception de quelques pages sur la valeur du talent ', toute la fin du deuxième livre est prise par ces citations variées qui font passer sous nos yeux certains aspects curieux de la vie romaine. Encore n'épuisent-elles pas la série des questions relatives, comme dit Budé, « à l'antique opulence » 5. Nous le

i. P. 169 : « Equidem (quod ad nie atlinet) cum haec quae in hoc opusculo congessi, animo reputarem, ca milii species urbis Romae animo obuersabatur, quasi arcem quandam expilatorura orbis (errarum uiderem, et ueluti commune gentiuni omnium cimeliarchium (ut uerbo [ustiniani principis utar) id est sanctius conditorium rerum loto orbe eximiarum. »

2. Outre l'exemple que nous allons citer, voir ce qu'il dit, au lias de la page 2^7, pour apprécier 1rs appointements annuels qui étaient attribués à l'acteur Hoscius. (Vl autem denarios mille...)

'.'■>. Pp. 217-220 (voir la manchette Margarita Cleopatraé). Budé commence par demander au joaillier en question (a gemmario quodam primi nominis mihi familiarï) ce que pesait la plus grosse perle dont il ait jamais eu connaissance. L'on prend un rendez-vous pour1 aller en voir une, irès remarquable, qui était alors entre les mains d'un ciseleur; niais Budé est empêché de s'y rendre. Enfin, il nous parle d'une perle Fort belle dont lui a parlé un autre joaillier qui était aussi de ses amis //i/o etiam Jani i I ini'i 1er utebar. Je cite CCS détails parce, qu'ils nous montrent, en liudé, un homme qui ne \il point du

tout à part île la vie de son temps, et que ses relations mettent en contact permanent avec la bourgeoisie commerçante.

f\. Pp. 2()3-2l I.

5. P. 244 : « Mulia buiusce generis restabant, nisi hic liber iusta iam magnitudine excreuissetC »

LE « DE ASSE » COMME ŒUVRE SCIENTIFIQUE. ik']

verrons y revenir dans le livre suivant et surtout dans le livre IV où il tentera d'évaluer les revenus de l'empire romain. Il va, pour le moment, parler de la monnaie d'or chez les anciens.

Le livre III s'ouvre par un texte de Pline dont Budé a vu l'importance, mais aussi les difficultés : c'est celui qui mentionne la première frappe de l'or à Rome et donne la somme que l'on tirait d'une livre d'or l. Le fait est que le texte est évidemment corrompu ; aujourd'hui encore les philologues n'ont pu se mettre d'accord sur les corrections qui y seraient nécessaires2. Mais Budé n'est pas à la merci d'un texte altéré et peut suppléer aux renseignements que celui-là devait contenir. Il recommence, pour les monnaies d'or, les opérations qu'il a faites d'abord pour celles d'argent. Il procède comme la première fois ; il prend le soin de nous décrire quelques-unes des monnaies d'or sur lesquelles il a opéré et qui sont de sa collection : de la sorte on pourra contrôler les résultats auxquels il arrive3. Il a donc pesé à la fois vingt-quatre pièces, il obtient ainsi un poids égal à 6 onces, 2 gros et quelques grains, soit un peu plus de 191 grammes4. Gela fait, pour chaque pièce, un poids moyen de 7 gr. 90 : Yaureus de César pesait, en réalité, 7 gr. 80 : l'écart, on le voit, est peu considérable. Cependant Budé a repesé, l'une après l'autre, ces mêmes pièces d'or : Yaureus de Vespasien s'est trouvé moins lourd

1. Après avoir cité le texte (cf. Pline, XXXIII, 3, 47) et expose sommairement la grosse difficulté qu'il présente, Budé fait cet aveu : « In hoc nodo dissoluendo cum diu aestuarim, niliil comminisci potui quo locum hune certo restituerem » (p. 24a)- H se horne donc à montrer que le passage est corrompu, et il y propose une eorrection qui s'inspire du texte de ses propres manuscrits (p. 201). Il y reviendra encore un peu plus loin (pp. 258-269).

2. Voir les éditions modernes de Pline, notamment celles de Sillig, de Jan- Mayhoff, et aussi Mommsen (trad. de Blacas), Histoire de la monnaie romaine, t. II, p. 1 1/|.

3. Pp. 2 ."> i - r> f» /( (voir la manchette A nrea nomismata expensa). Parmi les monnaies décrites, il s'en trouve une d'Auguste, qui est le n° 82 de Cohen; j'y ai reconnu aussi les numéros suivants de Cohen : Néron, 2i3; Galba, 289; Trajan, 5ooj il serait sans doute facile de multiplier ces identifications, lai terminant ces descriptions, Budé remarque: 0 Marc ideo enarraui uerbose fortasse, quod hodie huiusmodi multa circunferuntur nomismata, ex quibus iudicium fieri uolo, siquid aul falso aut temere censuisse uisus sim. Neque enim de ions tantummodo iudicio facto acquieui. »

4. Voir le début do passage précédent. La livre française ('tant évaluée à 490 grammes, l'once eu était la 1 « » * * partie, ci le gros la S1' partie de ronce.

IZJO GUILLAUME BUDÉ.

que ceux de Tibère et de Claude1 ; il s'est passé à Rome, ajoutet-il, ce qu'en France nous pouvons voir à présent, les princes ont diminué de jour en jour le poids légal de la monnaie.

Ces premières constatations nous permettent déjà de trouver combien on taillait d'aurei dans une livre ; elles jettent ainsi quelque lumière sur l'énigme du texte de Pline2. Il s'agit maintenant de rechercher la valeur de Vaureus en monnaie française; cela est facile puisque nous avons déjà calculé le poids de la livre romaine. En prenant comme base la valeur commerciale de l'or, on trouvera qu'à Rome, une livre d'or équivalait à 112 1/2 de nos écus d'or au soleil3. Encore est-ce, dit Budé, une estimation très modérée, mais il ne veut pas qu'on l'accuse d'exagérer les choses étonnantes qu'on peut lire sur le luxe des anciens4.

Il reste maintenant à déterminer la valeur proportionnelle de l'or et de l'argent5. Des constatations faites jusqu'alors, il résul-

1. Pp. 257-258. Ayant fait cette constatation, Budé ajoute aussitôt : « Ouod ne comminisci uidear, a tergo in eo [c'est-à-dire de Vespasien] numnio annonam esse dico. » Il donne ensuite quelques indications sur Vaureus de Vespasien et des empereurs qui ont suivi.

3. Pp. 209-260. Pour comprendre la manière dont Budé procède en cet endroit, il faut avoir présent à l'esprit un passage des pp. 162-1 03 (Hoc modo teneamus, libram nostram, etc.) sur lequel nous ne nous sommes pas arrêtés, et dont voici la substance. Si le marc d'argent représente les 2/3 de la livre romaine, l'once romaine et l'once française seront égales l'une à l'autre, puisqu'il y a 8 onces dans le marc et 12 dans la livre. Pour calculer la valeur de la livre d'or romaine, Budé se contente donc de prendre la valeur en or d'une once française et démultiplier par 12 1/2 (on se souvient qu'il ajoute 1/2 once à la livre romaine pour pouvoir l'assimiler à la mine attique).

4. Ibid. : « ut exténuasse ma^is rerum miracula quam auxisse uideamur. » A vrai dire, la valeur commerciale de l'or était alors, nous dit Budé, supérieure à sa valeur légale. Mais, remarque-t-il, il aurait pu prendre comme base de ses calculs la valeur de l'or français à l'étranger, et elle est encore au-dessus de la valeur commerciale, ("est même ainsi que des officiers royaux ont pu, s^ràce aux affaires italiennes, réaliser des nains énormes sur le change des pièces d'or françaises qu'ils exportaient comme une marchandise. Je fais «;ràce au lecteur des chiffres précis que Budé cite au cours de ses calculs. Mais on me permettra d'appeler sur de semblables passages l'attention des historiens. Ils y trouveraient sans doute plusieurs faits nouveaux qu'il serait utile de retenir pour l'histoire économique de cette époque.

">. P. 265 : « Beliquum est ut colligamus qualis fueril argenti ad aurum

analogia. » Dans les pages précédentes, on trouvera des détails précis sur les divers litres d'alliage pour l'or ou pour l'argent, et sur l'industrie d'un laveur d'ur parisien, dont l'habileté était alors très renommée.

terait qu'elle était dans le rapport de i5 à i. Au reste, Budé cite les principaux textes d'auteurs anciens qui sont relatifs à la question; les divers chiffres qui y sont donnés ne s'éloignent pas sensiblement de celui qu'il a proposé ; il s'arrête plus longuement sur un passage de Suétone qui serait de nature à remettre tout en question1. Les pages suivantes ne nous apportent pas de notions nouvelles; elles n'ont d'autre but que de confirmer les résultats précédemment acquis. Budé y revient sur la valeur du talent attique, qu'il avait déjà déterminée2. Tout cela sans qu'on voie bien où l'auteur prétend nous mener. Une citation relative au luxe incroyable des Perses l'engage dans une digression; désireux de citer d'autres exemples de ce luxe, il décide de transcrire tous les textes venus à sa connaissance qui peuvent en donner une idée3. Plus loin un autre texte lui donne l'occasion de revenir sur la grandeur romaine et sur les richesses de l'empire4. Pendant plus de soixante pages il accumule, sur ce sujet, les détails les plus instructifs; on retrouve là le même sens critique, la même érudition que nous avons déjà signalée dans une autre partie de l'ouvrage -\

Le livre IV est moins riche que les précédents en recherches originales6. Budé y continue d'exposer ce qu'il sait des richesses des Perses7. Les Perses le ramènent encore une fois à l'empire

i. P. 269; cf. Suct., Cues. 54, et, pour le commentaire de ce texte, Mommsen, Monnaie romaine, \\, p. ii3. Sur cette question de la valeur relative de l'or et de l'arçent, Budé présente une suite de remarques isolées plutôt qu'il ne formule de conclusions fermes.

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