‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 71 sur 113 · P. 55 : a Ah aostris autem metuendum · texte numérisé non relu

P. 55 : a Ah aostris autem metuendum

4. ïbid. : a Quos si ueritati potins quam animo suo indulgere existimarem, aut ea esse eruditione ut latine loquentes intelligere sine magistri opéra el praeitoris 1 Missent . Facile 1 ni si Fallor) ostenderein cur adbuc Factura sii ut dicendi Facultas olim uernacula Galliarum, liieiis iamdiu in italia illustratis, in (lalli.iiii non reuersa sit, transalpinarum ipsam rerum plus quam el par est el utile cupidam. 0

n'ont jamais pu les entendre qu'au milieu du fracas des trompettes ' ! Pour avoir eu, pendant un ou deux ans, des savants à leur table, ils s'érigent en prêtres des Muses et d'Apollon2. A vrai dire, leur engouement pour les choses d'Italie ne les rend pas plus généreux envers les savants qui en viennent. « Ainsi, dit Budé, j'ai eu des amis italiens dont le départ m'a coûté bien des larmes, car, s'ils quittaient notre pays, c'était, me disaient-ils, qu'ils ne trouvaient point d'encouragement chez ceux même de qui dépendait leur fortune3. » Comment l'étude des belles-lettres serait-elle en faveur chez nous4? Il est trop clair qu'on n'en peut

i, P. 56 : « O acre iudicium hominum, quibus tamen ipsis inter classica récitantes halos exaudire tantum uacauit ! »

2. P. 57 : « Porro etiani patet. Solis enim Italis... » Pour apprécier la justesse de ces railleries, il faut se représenter ce qu'était, à Milan, la vie d'Etienne Poncher ou de Jeffroy Charles (cf., à ce sujet, L. Delaruelle, /*// professeur italien d'autrefois; voir les Mélanges Brunot aux pages 93-96).

3. Pp. 77-78 : « Vtinain auteni eius sequaces, quorum ad stomachum Gallica non facit oratio, non magis Italiam quam Italos adamarent, aut certe Italicam doctrinam cum Italia... Amicos ipse ex Italia habui, a quibus non sine lacrimis diuulsus sum, cum prouincia paucorum crimine ins^rata facessere se dicerent. » Comme on le voit, j'ai dû paraphraser cette dernière phrase du développement. — Il serait intéressant de savoir de quels humanistes italiens il y est question. Un nom se présente d'abord à l'esprit, c'est celui de Fra Giocondo, qui fut, nous l'avons vu (pp. 89-90), l'ami de Budé et avait quitté la France depuis i5oâ. Ce qui m'empêcherait d'y voir une allusion à Aléandre, c'est que celui-ci ne quitta pas Paris avant le 29 novembre 1 5 1 4 , date à laquelle le de Asse était presque terminé. Par ailleurs, l'allusion serait parfaitement motivée. Aléandre était en relations avec Budé et, d'autre part, il dit lui-même qu'il n'aurait pas (juitté Poncher, dont il était le secrétaire, si le prélat français avait consenti à lui faire une situation sortahle. (Sur ces différents faits, voir J. Paquier, Jérôme Aléandre, pp. 38, io5-io(>, 107.)

/j. Il convient de faire observer que, dans les développements précédents, Budé mêle souvent deux questions distinctes : celles de l'influence italienne dans les lettres d'une part, el de l'autre dans la politique. I !f., à la p. i63, !<■ début de la note 2 et aussi le de Asse, à la page 61 : « at mine inuenti esse dicuntur..., qui doctos posse Gallos fieri cum negauerint, insuper prudentes in Gallia oec reperiri contendant, nec inueniri. » Budé laisse voir le fond de sa pensée quand il parle ailleurs (pp. 65-66) de l'homme politique « qui rerum Gallicarum Iransactores ideo in Italiam petendos esse duxit, ut nostrates homines rerum actu summoueret, non quod eorum solertiam prae nostrorum admiraretur ». C'est que la question politique et la question littéraire se trouvaient, dans la réalité, intimement liées l'une à l'autre. Ce que Budé veut surtout dénoncer, c'est la conduite antifrançaise de Georges d'Amboise et de ses protégés. Ce sont les mêmes personnes qu'il prend à partie dans les développements dont nous parlons à présent et dans ceux qui sont proprement politiques, ("est l'entourage

retirer aucun fruit. Les nobles français se font gloire de leur ignorance, et ils croiraient déroger en se consacrant aux arts de la paix. « On voit, à présent, l'effet de ce préjugé; depuis longtemps, l'étude des belles-lettres est devenue le monopole du peuple ; après les nobles, les prêtres y ont renoncé , ô scandale ! comme s'ils craignaient en s'y livrant d'amoindrir , aux yeux de l'opinion, la noblesse et la splendeur de leur ordre '. » Voilà l'état d'esprit qu'il faut combattre et détruire; le mal dont nous nous plaignons n'a pas d'autre cause que celle-là. Jamais il ne s'est trouvé un étranger, même un Italien, pour nous interdire de prétendre à la gloire que donnent les ouvrages de l'esprit. Ce droit que possèdent tous les hommes, qui donc le refuse à la nation française? Ce sont justement des Français, excellents citoyens sans doute, et qui aiment vraiment leur patrie2! On sent, dans ces paroles, une indignation sincère et qui n'emprunte rien aux formules de la rhétorique. Aussi bien, Budé s'excuse si la colère l'a emporté plus loin qu'il n'aurait voulu. « Mais, dit-il, pouvais-je ne pas compatir au sort honteux de ma patrie? n'est-ce pas elle qui m'a mis au monde, qui m'a nourri, qui m'a, vaille que vaille, donné l'instruction ? ne lui ai-je pas donné mes enfants comme gage de mon attachement ? En provoquant ce débat au grand jour, j'ai essayé de lui être utile, ainsi qu'à mes concitoyens 3. » Nous pouvons, nous, ajouter que Budé n'a pas fait œuvre vaine et que son appel devait être entendu. Toutes ces pages perdirent bien vite leur saveur d'actualité. Ce qui en devait

du roi qu'il se plaint de voir indifférent aux études littéraires (p. 58) : « quandoquidem huius aetatis decreto, nihil cum literis aulico cnmitatui » (cf. p. 85, en bas). .Mieux encore, ce sont ceux qui exercent le pouvoir à la place du roi (p. 78) : « At res ipsa clamitare uidetur, non ltalicam doctrinarn ex Italia, sed eommoda, sed ornamenta, sed quod dicerc nunc mussito, paucis hoininibus quaeri, quorum hianti cupiditati f'ortuna quamuis profusa satisfacere nequit. » Nous aurons bientôt l'occasion de préciser de semblables allusions (cf. infra, p. 1G8, n. 1 et p. 170, n. 1).

Page 1