Pp. 03 et
2. Pp. 79-81, et surtout la conclusion du développement : « Nostrum es1 hoc crimen, qui etiam nullo vindicante, ius omnibus commune Francis abiudicainiis. „ Cf. p. 56 : (1 Galli omnino homines nec ad poeticam autem uec ad oratoriam uati. Quis boc iudicium facil ? homines germana in Francis aati, in sinti Franciae aliti et educati, et nunc in gremio eiusdem hoc dictitantes... Egregios ciucs, et patriae amaulissimus 1 9
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subsister, c'étaienl les revendications énergiques contre la royauté
littéraire dont se targuait le peuple italien; c'était cette affirmation que la France pouvait, elle aussi, briguer les faveurs de la Muse; c'étaient ces exhortations aux Français d'oser prétendre enfin à la gloire littéraire1. Par là le de Asse est un manifeste qui nous révèle déjà le nationalisme littéraire d'où sortira la Pléiade. 11 dut faire d'autant plus d'effet que Budé joignait l'exemple au précepte et que le de Asse, comme œuvre scientifique, effaçait les plus fameux travaux des humanistes italiens2. L'auteur de la Deffence a profité, nous l'avons vu, des idées qui s'y trouvent exposées3. Cela suffit à nous attester l'impression profonde que durent faire ces pages vigoureuses et d'un accent si français.
11 faut insister sur ce dernier point, car Budé n'a point l'étroitesse de vues ou plutôt l'égoïsme, qui est trop souvent celui des gens de lettres. Il ne pense pas qu'un pays est toujours assez flo-
i. Voir les passages déjà cités et aussi la tirade sur les Misopatrides, de la p. 699. A vrai dire, Budé a bonne espérance que ces exhortations porteront leur fruit. Il ne faut plus à la France que des Mécènes pour y voir fleurir la poésie et l'éloquence. La renaissance des lettres, dont l'Italie a eu les prémices, a commencé de se faire sentir chez nous (p. 580) : « Nuper tamen instauratae utriusque Linguae felicitate, studia iuuenum nostrorum ma^nopere exarserunt. Pauci enim literarum admiratione ducti, pertinaci studio multorum aemulationem excitauerunl ; simul Italorum industria, qui libros in dies alios atque alios ediderunt, literarum bonarum nomen mm pridem aostris inauditum, priniiini inuisum, deinde neglectum, postremo festiuum ac plausibile esse coepit. » Ceux même que leur ignorance aurait pu rendre réfractaires à ces études aouvelles tiennent à ce que leurs (ils s\ adonnent. D'ailleurs, Budé reconnaît que ce mouvement n'a pas encore donné beaucoup de résultats.
2. Dès l'année iôiN, Tixier de Bavisi prend à son compte les idées de Budé sur- les aptitudes littéraires des « Gaulois », et c'est le nom de Budé qu'il cite justement pour illustrer sa thèse. Il ne peut croire qu'il y ait, parmi les Italiens, un homme qu'on puisse seulement comparer à Budé. « Si Budaeî decem (alios tamen mm aspernor) essent nobis, facile sperarem Gallicum nomen Romano clarius propediem illustratum iri... » [loannis Rauisii Textoris Epitheta, i524, f° 176 v° ; c'est la seule édition que j'aie pu voir, mais l'ouvrage date de i5i8.)
'.\. D'ailleurs, il esl une foule de circonstances qui, depuis i'5l5, avaient contribué à vulgariser ces idées. Voir, à ce sujet, les réflexions de M. Em, Boy,
dans un article déjà cité [Revue d'hisl. Iith'-r., i^qô, p. 235),
lissant quand les humanistes \ mil à l'oison les pensions ou les bénéfices. Sans doute, il n'esl de gloire pour une nation que celle à laquelle ils contribuent, niais leur rôle est d'abord de faire connaître l'histoire de leur pays el d'en perpétuer le souvenir eu des œuvres durables '. Budé ne se contenterait pas, pour la France, d'une hégémonie littéraire comme celle qu'on reconnaissait alors à l'Italie; il a pour son pays des ambitions plus positives. Elles se montrent dans ce que j'appellerai les digressions politiques de l'ouvrage. On y voit l'attention que Budé apportait à suivre les événements politiques de son temps. On y peut étudier la façon dont il les juge; et ce n'est pas le moindre intérêt de ce traité sur les monnaies anciennes.
Malheureusement, Budé ne s'est pas permis de [nommer les grands personnages dont il avait à critiquer les actes. Bien que presque tous fussent morts au moment où parut le de Asse, il ne parle d'eux qu'en usant de métaphores ou de périphrases toujours fort obscures. C'est un vrai travail pour nous que de déchiffrer ces énigmes. Les contemporains, au contraire, n'avaient pas de peine à comprendre toutes ces allusions historiques ; ils purent en apprécier sans réserve la franchise et la virulence. Il est deux hommes d'Etat qui tiennent, dans ces digressions, une place toute particulière, dont les portraits, tracés en pleine lumière, s'opposent l'un à l'autre et semblent incarner deux générations : c'est Georges d'Amboise et le chancelier Guy de Rochefort. De celui-ci Budé nous fait un véritable panégyrique3; il admire surtout la rigidité de sou caractère et l'austérité sans égale avec laquelle il a su remplir ses liantes fonctions. Il lui sait gré. évidemment, d'avoir maintenu intacte l'autorité de la justice, dont le Parlement est le souverain dépositaire \ Il le loue, enfin, par contraste avec
1. Voir, par exemple, ;'i la p. 75 : « Ego certe îta existimo ... rerum suariim praecones Franciam, non quoslibet, sed etiam Talthybiadas edituram, si modo hoc principes intellexerint, priscorum regum clarissima gesta ideo in ubscuni iacere, quod rite initiâtes eloquentiae scriptores non inuenerinl i|>si, nec aequales, Dec posteros. »
2. L'éloge de Guj de Rochefort occupe, dans !<• de Asse, les |>|>. 445-45o. Sur les relations personnelles que Budé avait rues avec le chancelier, cf. supra,
p. .s."., il parle encore de lui avec beau* p d'éloges dans son de Philologia el
dans une de ses lettres (G. II. Lucu.br., pp. 53A et 242 C-D).
.'i. Voir, en général, sur la vie de Guy de Rochefort, la notice de L. Thuasne, Hobertî Gaguini Epittole, t. II, p. 03. Les épitaphes qu'on lui lii en vers Iran-
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ceux qui sont venus après lui, et pour accabler Georges d'Amboise, c'est à Guy de Rochefort qu'il va le comparer '.
A vrai dire, il avait, comme humaniste, de fortes raisons pour
(;;iis donneraient de lui une idée analogue à celle que nous laissent les éloges de Guillaume Budé (Montaiglon, Ane. Poés. franc., t. VI, pp. 157-170). En voici, d'ailleurs, quelques vers (p. 170) :
C'est cestuy-là qif.i Loys douziesme D'immortel loz fait porter diadème ; Sous la justice il acquit ce beau nom : Père du peuple et triomphant renom.
Luy, estant roy, plusieurs guerres il eut, Dont le sien peuple à peine s'apperceut. La cause estoit de son bon chancelier...
En France il estoit comme
Jadis Catho au grant Sénat de Romme.
Budé disait aussi, dans un autre sens, il est vrai (p. 44?) : c< u'r ingenuï et Catoniani spiritus. » D'ailleurs, il n'y a pas que des traits élogieux dans son portrait du chancelier, et cela même nous en garantirait la ressemblance. Il fait, par exemple, cet aveu précieux (f" g4 r° de l'édit. pr inceps) : « Reprehensus fuit a multis (ne ah omni eum culpa uidear vindicasse) quod dicerent euni ad rem paulo auidiorem fuisse, atque Lrae praecipiti iiimium induisisse ... Equidem ut iram in eo praecipitem expertus sum, qui cum eo saepe hahui negotium, ita, etc. »
1. Voir le développement qui commence au milieu de la p. G7 : « Nos très uiros uidimus, qui ad niagnos honores assumpti, caelum nostrum impleuerunl nominum suorum celebritate; quorum duo tum aequales, tum simul in actu summo reruni Francicarum fuerunt. Etc. » Suit un parallèle entre ces deux hommes, auquel se mêlent, dans les panes suivantes, des allusions à un troisième personnage politique. On peut, avec de l'attention, arriver à identifier sûrement chacun de ces trois personnages. Prenons les deux dont il est d'abord question. La mort du premier, arrivée ci la dixième année de sa magistrature », a rempli l'autre d'une joie scandaleuse : 0 Nullum enim Catonem esse superstitem sciebat, cuius supercilium suprema sois aulae uereretur » (p. 08). Or, Guy de Rochefort a bien occupé dix ans la charge de chancelier (de i4'.)7 à
1607, année de sa mort); l'allusion à Caton, rapprochée de celle qu'on a vue un peu plus haut, achève de nous persuader qu'il est bien question de lui ici. Quand au second personnage, qui se serait réjoui de sa mort, c'est assurément Georges d'Amboise. D'abord, il louchait de si près au faîte de l'Olympe, 0 ut quicquid (unoni lupiter inter suauia diceret, latere eum uulgo non putaretur »
(p. O7). Entendez par là qu'il était en tiers dans tous les secrets du roi. En second lieu, il n'a pas obtenu du sort la consécration suprême de Sun ambition : « Praeler omnium ferme opinionem accidil quod ci fortuna sununam manum uegauit, ... destituta toi hominum spe, et praesertim cohortis miniatulae iam ad comitia ... properantis 0 (p. 70)- H faut voir ici une allusion au désir où Georges d'Amboise était de ceindre la tiare, et la cohors miniatula, dans le style de Budé, c'est le parti des cardinaux qui soutenaient sa candidature. Enfin, le même homme prodiguait l'argent pour des constructions d'une magnificence insensée : « libens l'eeii, ut ... exstruendis Lnsanis ac pprtentosis praetoriis opu-
ne pas aimer le puissant cardinal : celui-ci n'avait rien fait pour les jjens de lettres et c'est à lui que pense surtout Budé dans les digressions dont nous avons déjà parlé1. Cela cependant ne l'a pas rendu insensible aux grandes qualités que possédait Georges d'Amboise. « C'était, dit-il, un homme de tous points remarquable; il avait surtout une élévation naturelle d'esprit qui le rendait supérieur aux cupidités mesquines et à l'attrait des plaisirs vulgaires2. » En somme, il y avait en lui l'étoffe d'un grand homme d'Etat, si l'égoïsme n'avait pas toujours été L'unique règle de ses actions. Budé lui en veut de l'autorité qu'il avait su prendre sur le roi et qui semblait être sans limites3, il lui en veut de cette prodigalité effrénée qui s'exerçait aux dépens du peuple4, de ce népotisme éhonlé dont souffrent les g-ens de mérite et qui a rempli toutes les charges de gens à sa dévotion \ .Mais ce qu'il semble lui reprocher avec le plus d'insistance, c'est d'avoir fait
lentiam uanissime consumerel » (pp. 72-73); or, l'on sait le goût du cardinal pour les somptueux bâtiments, et Budé a parlé lui-même des dépenses scandaleuses qui s'étaient faites à Caillou (cf. supra, p. i5o, n. 1). Os différents traits, et d'autres encore, — qui seront cités en leur lieu, — concourent à montrer qu'il n'y a rien de téméraire dans notre identification. Pour le troisième personnage, cf. infra, p. 171, n. 1.
1. Cf. supra, p. i(>4, n. l\. Voir aussi de Asse, p. 09 : « Verum in eo ipsius in reliquoque comitatu literatum nulluin bominem agnouisses, nisi siquis eral fuite unus inter externas clientelas. Etc. 0 l'A', p. 72 : « Nam qui beneficentia et suffragatione ingénia literatorum excitare debebat ... in libéra penus amplissimae «lispensatione, sibi suisque prolixissime frangens, publicae opuleutiae dispendio se suos(jue augendos esse cum cohorte amicorum asseclarumque ratus est. »
2. « Vir cetera egregius <'l in primis commendabilis auimi sulilimitate, tum sordibus auariliae, tum omni obscena uoluptate maior. » Je cite d'après l'édition de i5i5, f° i4r°. Dans l'édition de i55o, la ])hrase, un peu modifiée, commence tout au bas de la p. 69. Dans l'uue comme dans l'autre, le texte porte inaiore au lieu de maior qui est demandé par le sens.