‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 78 sur 113 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Recueil d'Apophtegmes offert à François Ier.

C'est ici que doit trouver place l'étude de l'ouvrage qui deviut plus tard, entre les mains d'éditeurs peu scrupuleux, le livre de Y Institution du Prince. Le texte original en est conservé dans un manuscrit de l'Arsenal, dont le seul examen démontre l'authenticité. C'est, en effet, le propre exemplaire que Budé fit écrire pour l'offrir à François Ier. Une miniature, en trie du volume, nous montre l'auteur présentant son livre au roi ; dans l'encadrement du second feuillet figurent les armes de France et la salamandre de François Ier. Enfin de menues corrections, qui semblent de la main de Budé, attestent qu'il a revu le manuscrit avant de l'offrir au roi '. C'est bien là le premier texte de Y Institution du

i. Voir, à la bibliothèque de l'Arsenal, le manuscrit 5io3. La miniature dont il est question est celle dont la reproduction figure en tète de ce volume. Au recto du second feuillet se trouve un très riche encadrement qui présente alternativement des fleurs variées et un semis de fleurs de lis d'or sur fond bleu avec l'initiale F et les mots E CAELO DESCENDIT. Dans le bas de l'encadrement, la devise r\L2Tl EEAYTON, et, à coté, une salamandre au milieu des fleurs. En tète de la page, ce distique en lettres rouges : o Verbi certa fades, ut mundo augustior esset, « Principe Francisco nobilitata luit. »

Puis vient, en lettres bleues, la formule d'adresse au roi, dont voici le début :

« A Trcspuissant, tresuictorieux treseminent prince, Francoys le roy trescrestien de France premierdece nom... Guillaume budé son treshumble et tresobeissant subiect et secrétaire... »

En dessous, l'écusson de France surmonté de la couronne royale et soutenu par deux anges.

Le manuscrit, écril sur parchemin, comprend iiN feuillets, suivis de 3 feuil-

200 GUILLAUME BUDK.

Prince, c'est même le seul qui présente des garanties d'authenticité et qu'on puisse étudier comme étant vraiment l'œuvre de Guillaume Budé.

Or, ce manuscrit, il nous est possible de le dater avec assez de précision. Le seul titre que Budé y prenne, dans la formule de dédicace, c'est celui de secrétaire du roi. Il fut donc exécuté avant Tannée i522, pendant laquelle Budé fut successivement nommé maître de la librairie et maître des requêtes '. D'autre part, l'auteur, y parlant de son de Asse, affirme qu'il ne s'est encore trouvé personne pour en contredire les conclusions2. Pour tenir ce langage, il fallait que le de Asse eût bien au moins deux ans de date ; cela nous mettrait donc à l'année 1617, au plus tôt. Voici qui nous permettra de préciser encore. Budé écrivit ce petit traité, il nous le dit lui-même, « pour se donner plusauant à congnoistre » au roi. Jusqu'alors il n'était pas du nombre des secrétaires royaux qui étaient attachés à sa personne et qui le suivaient en tous lieux ; en avril 1018, il pouvait nier encore qu'il appartînt à la cour3. C'est peu de temps après qu'il résolut d'y retourner; lui-même écrivait à Vives, en août i5ig : « Une chose encore est venue mettre le trouble dans ma vie; j'ai voulu voir et même étudier la cour4. » Nous savons d'ailleurs qu'à cette date il revenait d'une ambassade auprès du roi catholique5. Ce fut sans doute l'offre de notre manuscrit qui lui permit d'attirer sur lui l'attention du

lets blancs; il est d'une exécution très soignée. En général, le scribe n'use pris de l'apostrophe (cf., cependant, au fo 10 \-o), et il ignore encore l'usage des accents. Les corrections qui sciaient de la main de Budé se trouvent au I" 6oro {larme corrigé en larmee = l'armée), au fo 97 v° [si corrigé en sil = s'il), enfin au fo 116 po (le mol chapitre, dans la référence d'une citation, remplacé à la marge par Hure). On remarquera aussi que les feuillets 38-/).") ne sont pas à la bonne place. Ils auront, sans doute, été déplacés quand, au dix-septième siècle, le manuscrit reçut sa reliure actuelle. Ils devraient suivre le feuillet qui porte actuellement le numéro 77.

t. Budé l'ut reçu maître des requêtes le 21 août de l'année if>:»2. Peu de temps auparavant, il avait été nommé inaitre de la librairie du roi (cf., dans le Répertoire analyt. et chronolog., p. iq5 et n. 4)-

Page 1