‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 79 sur 113 · F. 92 V (cf. l'édit. de l'Ârrivour, p · texte numérisé non relu

F. 92 V (cf. l'édit. de l'Ârrivour, p

?>. Lacabr., p. 242 I) : « ex aida me subduxi, née unquam postea... persuadere quisquam mini potuit ut denuo e studio migrarem. 0

4. Lucabr., \>. 253 A : » curiosus esse uolui, ... aulam inspicere sustinui atque etiarn ïntrospiecre. » Le contexte marque bien qu'il s'agit d'un l'ait tout récent.

5. L. Delaruelle, Répertoire analyt. et chronolog. ^ p. '>(>.

LE RECUEIL D APOPHTEGMES OFFERT A FRANÇOIS Ier. 201

prince et de lui faire agréer ses services; elle se placerait donc au début de l'année i5iq.

Ces constatations valaient la peine d'être faites : elles restreignent singulièrement la portée qu'on a parfois attribuée au livre de Y Institution du Prince1. Un fait d'abord est certain. Pendant les vingt années qu'il devait vivre encore, Budé n'a pas songé à faire imprimer l'opuscule qu'il avait compose'' pour le roi2. S'il l'a toujours tenu secret, s'il ne l'a pas jugé digne de voir le jour, c'est justement que l'ouvrage étail écrit en français et ne s'adressait pas à ce public d'humanistes dont Budé recherchait les suffrages; si, d'autre part, il l'avait écrit en français, c'est qu'il le destinait au seul roi et que François Ier ignorai! le latin3. Plus tard, il agira d'autre façon, quand il lui adressera l'éloquente préface des Commentarii. C'est en grec qu'il l'écrira, pour être lu des humanistes dont il défend la cause, et le roi, pour en prendre connaissance, devra se la faire traduire en fiançais. Ainsi Budé ne pensait pas faire œuvre littéraire en composant son opuscule. Dans le fait qu'il l'a écrit en français, on ne saurait voir un désaveu de sa doctrine sur la prééminence des langues anciennes. Loin de là ; elle est pleinement confirmée par le sort qu'il réservait à son œuvre, en la laissant dormir dans la bibliothèque du roi4.

1. Joachim du Bellay, dans la Dejfenre (II, 12), range Budé parmi a les scavans hommes de France » qui n'ont point méprisé leur vulgaire », et il dit de Ylnstitution du Prince : « œuvre certes assez recommandée par le seul nom de l'ouvrier ». (Edit. Chamard, pp. 33i el .'532-334.) LV nos jours, M. Brunot s'est demandé si Y Institution du Prince De marquait pas, de la part de Budé, une concession faite aux partisans du « vulgaire ». -Mais, comme il le remarque, le seul fait que l'ouvrage est composé pour François 1er permet de croire que Budé s'est décidé bien malgré lui à l'écrire en français. (Brunot, Histoire de la langue franc., t. Il, p. 76.)

2. Voir à ce sujet, dans l'Append. II, l'étude sur tes Remaniements du recueil d'Apophtegmes .

3. Cela semble bien résulter des renseignements que aoûs avons sur son éducation; cf. B. de Maulde la Clavière, Louise <!>• Savoie et François fmt pp. 237-241. Budé nous ilii lui-même de François [«(cf. Répertoire analyt. et chonolog., p. i5, n. 1) : « Idem literarum nescius. » Qu'est-ce à dire, sinon que le roi n'avait pas reçu la culture classique? Cela expliquerait encore, si les indications n'en sont pas mensongères, le titre de I Opuscule suivant (daté de

février i522, anc st.) : Summaire ou Epitome du Hun- de Isse, fait par le commandement du roi par maître < in il la/ma- Budé... et par lui présenté au dut seigneur. Budé l'aura rédigé pour rendre accessible au roi un ouvrage que

celui-ei n'aurait |>as pu lire dans le texte.

4. Ce chapitre était déjà rédigé quand j'ai connu le travail du D' Milosch

On s'exposerait à des mécomptes si l'on cherchait dans le manuscrit de l'Arsenal ce traité de Y Institution du prince que nous promettent les éditions posthumes. Nous ue sommes pas encore au temps où les littérateurs se mêleront de régenter les princes, et Budé, simple secrétaire du roi, à peu près ignoré de lui, aurait été mal venu à lui donner des conseils. Aussi bien nous l'avons vu en étudiant le de Asse ; il n'est pas de ces humanistes intransigeants qui, à force de vivre en pensée avec les écrivains antiques, deviennent insensibles aux réalités de leur temps : il a le sentiment très net des traditions qui s'imposent au roi de France, des devoirs et des droits aussi que lui confère son titre; il n'aurait g'arde d'offrir à François Ier une oeuvre telle que ce discours à Nicoclès qui devait être, au seizième siècle, traduit et commenté tant de fois pour le plus grand profit des princes '. 11 songe à distraire le roi plus encore qu'à l'instruire, et il mettra en français, à son intention, toute une série d'apophtegmes choisis dans le recueil de Plutarque2.

Peu d'ouvrages anciens furent, à la Renaissance, plus célèbres que celui-là; peu surtout furent plus souvent proposés aux princes

Triwunatz, Guillaume Budé's (te l'Institution du Prince (Erlangen et Leipzig, iqo3). L'auteur a ignoré l'existence du manuscrit de l'Arsenal; ainsi son travail manque d'une base solide et je ne crois pas utile d'y renvoyer. Cependant, M. Triwunatz a bien montré, en s'aidant d'arguments qui ne sonl pas tous, il est vrai, d'égale valeur, que l'ouvrage devait avoir été écrit au début du règne de François 1er (pp. 36-47).

i. Erasme le traduisit pour l'offrir au futur Charles-Quint, en même temps que son : Institutio principis christiani. [Opéra, t. IV, col. 55g-56o et 612- 616.) En France, il faut signaler surtout la traduction de Louis Le Roy I Trois Hures d'Isocrates... Paris, Vascosan, i55i), où le discours à Nicoclès porte comme sous-titre : de la manière comme un Roy se doibt gouuerner; elle avait été, d'abord, offerte en manuscrit au jeune roi Henri II quand il monta sur le trône. (Voir, aux inss. de la Biblioth. nat., le n° i843 des .\ouv. Acquis, fr.)

2. A vrai dire, ce recueil est double et comprend, comme on le sait, d'abord les « Apophtegmes des liais et des généraux », ià àTEOfOéypaTa tSv ^aaiÀÉiov %oà aTpaxr(Yû>v, en second lieu les <■ Apophtegmes des Lacédémoniens », ta à-oy,)v;[).ï-.v. Aa/.i.mxâ. Il débute, dans les Œuvres mondes, à la p. 172.

LE RECUEIL d'aPOPHTEGMES OFFERT A FRANÇOIS Ier. 2û3

comme une lecture qui leur convenait particulièrement. En Italie, Filelfe, et plus tard Rafï'aello Regio, l'avaient successivement traduit '. Erasme devait s'en inspirer pour composer un nouveau recueil d'apophtegmes destiné au duc de Glèves et Juliers 2. Rien, suivant les idées du temps, n'était plus propre que ce genre d'écrits à développer chez les princes le goût de la vertu. Les apophtegmes étaient le complément obligé de ces livres de sentences qu'on mettait entre les mains des jeunes gens3. On ne se contentait pas d'apprendre ce qu'il fallait faire ; on voulait savoir, par le menu, ce qu'avaient fait et même ce qu'avaient dit, dans telle circonstance, ces grands hommes de l'antiquité qu'on s'essayait alors à imiter servilement. Les apophtegmes répondaient fort bien à ce désir ; leur brièveté les rendait propres à se graver dans la mémoire et les faisait goûter des princes et des grands seigneurs qui n'avaient pas beaucoup étudié et qui cherchaient dans la lecture un divertissement et non une étude. Ainsi l'entreprise de Budé avait grande chance de plaire au roi. Le malheur est qu'il ne s'est pas renfermé dans son rôle de traducteur. Il a cousu à son recueil une sorte de prologue où il développe des idées de son cru et qui semble interminable. Il faut faire effort pour se retrouver dans ce fatras et pour en apercevoir les idées les plus importantes. Je m'attacherai à les mettre en lumière, sans suivre pas à pas le texte original et, comme il s'agit d'une œuvre qu'on peut qualifier d'inédite4, j'userai largement des citations5.

i. Apophthegmatam Libri Sex, e.rcerptorum per Des. Erasmum, p. 5 : « Comperimus hoc opus [les apophtegmes de Plutarque] bis Latine uersum, primum a Francisco Philelpho, deinde a Raphahele Regio. »

2. C'est le recueil dont est tirée la citatiqn précédente et qui parut en i53i. Le titre qu'on trouvera tout au long dans la Bibliographie suffit à indiquer comment le livre a été composé et quel en était le but.

3. Le plus célèbre est celui de Dionysius Cato : recueil de préceptes moraux versifiés, et dont les éditions ne se comptaient plus.

4. Uue analyse sommaire du manuscrit de l'Arsenal se trouve dans le recueil du marquis de Paulmy, Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, t. XVII, pp. 10-18.

5. Les indications de feuillet renvoient au [manuscrit de PArseDal ; l'édition de Y Institution (tu Prince, dont les pages sont indiquées en même temps, est celle ijui fut donnée en \^!\1 « l'abbaye de l'Ârrivour; partout où elle suit à peu pies le manuscrit, on a marqué lu correspondance entre les deux textes pour que le lecteur puisse les comparer entre eux. L'orthographe du manuscrit a été scrupuleusement respectée; mais, pour la commodité de la lecture, on a

Un verset de Salomon nous montre que « le don présente par l'homme lui eslargist son chemin poursoy gecter en auant, et luy l'ail ouuerture pour soy présenter deuant la face des princes » '. Budé s'autorise de celte pensée pour offrir un présent à son roi. Sans doute ce présent est de peu de valeur, mais sans s'arrêter à cela, François 1er aura seulement égard à l'affection de celui qui le fait et peut-être voudra-t-il bien mettre ce petit volume au nombre de ceux qu'il fait souvent lire devant lui. « Non pas, dit Budé, que ie pense ledit Hure estre a estimer pour mon industrie d'auoir mis en ordre le contenu en si peu de temps qu'il a esté fait, ou pour grande propriété el élégance de langaige franco ys, car de ce ne me puis ie a droit venter ne ne vouldroye, mais pour l'auctorité et réputation des roys, princes et autres personnages célébrez par renommée historique desquelz i'ay colligé aucuns dietz, sentences et faitz insignes et accumulé oudit liure2. » De même le roi fermera les yeux sur les fautes qui déparent ce travail « actendu memement que l'euure est précipité», et l'accueil favorable qu'il lui fera excitera d'autres hommes de lellres à travailler pour lui plaire. Ainsi, continue Budé « vous reueillerez et exciterez les bons et francs esperitz de vostre royaume qui par cy deuant se sont assopiz par nonchaillance et endormiz en desespoir de mieulx auoir ou estre plus aduancéz pour bien faire. Et retirerez en France l'honneur des bonnes lettres et élégantes qui depuis cent ans en ca environ que la vraye langue latine s'est commencée à instaurer au moyen que la langue grecque, dechassée de son pays par les Turcs, est passée en Italie, n'a pas grandement suyui le nom et parti de France pource qu'on ne luy faisoit grant accueil, et serez ou temps auenir le roy surnommé musegetes 3 »

juge utile de mettre des apostrophes et d'accentuer les e non muets à la tin des mois. De même les noms propres oui été pourvus de majuscules. Enfin je n'ai pas toujours respecté l'usage du scribe pour l'emploi de l'a et du v.

i. F» 2 i-o et vo (cf. édit., f° A 4 r°). L'1 verset en question se trouve dans les Proverbes, XVIII, [6.

Page 1