F° !\ r<J et vo (cf. édit., I'° A 5 v
3. Fo 5 r« (cf. édit., ibid. el f° A <> r°). Ce texte confirme encore nos inductions au sujet de l'époque à laquelle l'ouvrage fui écrit; au moment où Budé parlait ainsi, le roi n'avait pas encore montré qu'il t'Ai disposé à protéger les lettres; on était encore, évidemment, dans les premières années du règne; cf. infru, p. 2i 4, n. 2.
LE RECUEIL d' APOPHTEGMES OFFERT A FRANÇOIS Ier. 200
Tel est ce qu'on pourrait appeler le prologue de l'ouvrage. Venant alors à son dessein, Budé montre d'abord que « est prudence lettrée une chose précieuse et don de Dieu inuenté pour supplier les faultesde nature humaine » et aussi que « l'ame et l'entendement de l'homme croist et se augmente par lire escriptures ou escouter parolles qui tendent a vertu ou enseignent sapience »'. Or, les anciens, dans leurs livres, nous offrent bien des exemples et des enseignements dont nous pourrions taire notre profit. Mais, pour y réussir, il faut savoir les langues dont ils usaient, la langue latine et la langue grecque et, malheureusement, on trouve bien peu de gens « qui soient fort bons latins et trespeu qui soient bons grecs, combien que beaucoup de gens s'en meslent, et la cause est la grande difficulté et grant labeur et grant nombre de liures en toutes sciences qui fault lire et entendre pour auoir congnoissance suffisante a escripre esdictes deux langues ornement et élégamment » 2. Ainsi chaque homme a besoin de la science pour « soy et sa famille gouuerner ». Elle est donc plus nécessaire « a ceulx qui ont plus grande famille et très nécessaire a ceulx qui ont famille telle qu'elle ne se peult nombrer comme sont les grans princes et les rovs » 3.
Acquérir sapience, c'est le meilleur moyen pour laisser de soi, comme le désirent tous les mortels, un souvenir honorable et glorieux. Pour passer à la postérité, il faut ou faire de grandes choses ou raconter celles que d'autres ont faites. Tile-Live a écrit l'histoire romaine et « son nom est par cela aussi illustre comme celuy de ceulx dont il a escript pource qu'il a esté excellent historien, et ainsi est-il des autres » '. C'est pour se rendre immortels que les gens de lettres prennent tant de peines, qui bien souvent restent vaines; en France, au moins, leurs travaux sont toujours laissés sans récompense : « il n'est mémoire d'homme qui y ait eu aucun p rouf fit iusques auiourduy, ne
i. F° 7 r° (cf. édit., pp. 15-17).
2. F° m r» (cf. édit., |>]>. 28-2<j). L'adverbe ornement (plus Fréquent smis la forme aornement) se trouve encore un peu plus loin d" iM i 'i : o Binon que de parler proprement et ornement. » Godefroy, dans Bon Dictionnaire <lf l'ancienne langue française, ne cite, pour aornement, qu'un seul exemple du seizième Biècle; il l'emprunte à I;' Rhétorique de Pierre Fabri, qui date de i52i,
'.'>. F" 10 vo (cf. édit., |>. ■'>").
'\. \'» 12 v» (cf. édit., p. M).
n'aura cy après comme ie crov, se n'est que par vostre libéralité et prudence les gens studieux qui pour l'amour des bonnes lettres ont esté negligens de augmenter leur patrimoine, soient tellement mis en auant qu'iLz pensent estre récompensez en tout ou partie de leurs labeurs et de leurs f'raiz, ce qu'on doibt espérer de vous, sire, qui auec l'inclination que vous auez a toutes choses honnestes, pouez aussi faire iugement par vous mesmes de la faculté de science et doctrine d'ung chascun, ce que peu de princes scauent faire. Toulesfoys, iusques icy en ceste vacation il n'y a eu nulle attente de p rouf fit ou d'honneur et de prééminence en la distribution des offices et bénéfices, mesmement en ce royaume. Mais l'espérance et la doulceur de la gloire qu'on pense deuoir estre perpétuelle, fait que les gens de grant esperit auancent souuent leur mort et abrègent leurs iours pour le labeur d'entendement qu'ilz se donnent en contemnant leur santé '. »
S'il veut bien user des biens qui sont départis à l'homme, le roi doit travailler à acquérir la Prudence. Mais trouvera-t-il jamais personne qui lui veuille servir de précepteur ou de maître? L'histoire lui en tiendra lieu. Elle lui montrera la façon de mériter une gloire immortelle et lui-même, à son tour, fournira par ses actions une ample matière aux historiens de son royaume. Mais, pour que l'histoire offre un enseignement efficace, il faut un historien qui soit à la hauteur de sa tâche. Mieux vaut ne pas être loué du tout que de l'être par un auteur médiocre. Alexandre défendit à tous les artistes autres qu'Apelles et Lysippe de peindre ou de tailler son image. Auguste prit une mesure analogue à l'égard des historiens romains. C'est que les anciens faisaient grande estime des bons écrivains, poètes, orateurs, historiens. On ne manque pas de faits qui le prouvent, et Budé en cite quelques-uns. Il raconte assez longuement comment Cicéron, par son éloquence, arracha à César la grâce de Ligarius2. Ce lui est une occasion de définir l'éloquence et de montrer comme il est difficile d'y atteindre. On le voit, du reste, par les divers
i. F<> 12 vo (cf. èdit., p. \M\). On aura reconnu, dans ce passage^ l'expression d'une idée chère à liudé, et qu'il avait déjà développée dans les Annotations et dans le de Asse (cf. supra, pp. i hj et i63-i64). Il y reviendra encore dans des ouvrages ultérieurs.