‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 83 sur 113 · Fo 3i v° (cf. édit., p. 80); voir les Proverbes, \\i · texte numérisé non relu

Fo 3i v° (cf. édit., p. 80); voir les Proverbes, \\i

3. F° 33 v° (cf. édit., p. 86). Le texte qui amène le développement est emprunté aux Proverbes, \w, 1.

4. F" 34 r<J (cf. édit., p. 88). C'est à propos de cette comparaison que Budé ajoute (ibid.) : « et fault que tout homme mercurial qui a naturelle aptitude a éloquence, ayt pour sa compaigne de iour et île nuict une dame qui s'appelle philologie, c'est a dire amour des bonnes lettres et inclination a l'estnde. »

Dans ses lettres, il a parlé bien souvent du commerce qu'il entretenait luimême avec sa chère Philologie. De même cette image des « escrains » et 0 aulmoires esquelz la science et sapience a tousiours esté gardée et enclose 0 eu rappelle une qui se trouve dans le de Asse. Budé, développant cette idée que

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justement que les anciens les appelèrent « lettres humaines », car les hommes qui ne les cultivent pas vivent à Pétai de bêtes brutes. Pour renaître, dans tout l'éclat qu'elles avaient il y a douze cents ans, elles réclament seulement la faveur des rois et des princes; l'étude de l'Ecriture sainte gagnerait à ce renouveau; il y faut des interprètes qui connaissent les lettres profanes, et l'on n'eu doit pas croire, sur ce point, ceux « qui se nomment théologiens et ne scavent pas la langue latine, et cuydent qu'il n'en soit mille grecque pource que de leur temps on n'en parloit point. Et se parcy deuant est aduenu que aucuns roys de France avans honneste vouloir n'ayent fait choses dignes de grant gloire ou de mémoire, ce a esté parce qu'ilz n'ont pas honnoré les choses dignes d'honneur, et faulte de soy estre aidez de ceulx qui portent tousiours la clef du trésor de Salomon qui a esté le plus riche et le plus opulent roy du monde1 ».

Telle est la conclusion par laquelle Budé termine cette revue des aphorismes de Salomon. Il passe alors aux apophtegmes des « princes » grecs et romains et prend le ton narratif pour ne plus guère le quitter jusqu'à la fin du volume. Les récits succèdent aux récits, sans qu'il essaie de les grouper d'après leur caractère ou de les relier par des transitions2. Presque tous sont empruntés

les rois ont intérêt à s'entourer d'hommes savants, conclut en ces termes (p. 465) : s Huiuscemodi enim scriuia (ut dicitur) pectoral ia, optimos ri [ >< > t < -i 1 tissimos principes circunf'erre necesse est, quibus in ipsis ius, l'as, et aequitatem, omneque çenus eiuilis humaniorisque doctrinae, condita ad usuni quotidianum ha béant ». Ce n'est là qu'un rapprochement de détail; il est presque superflu de remarquer qu'au point de vue des idées, le recueil d'Apophtegmes ne t'ait, si je puis dire, que prolonger et préciser certaines parties du de Asse. De l'analyse que nous sommes en train de l'aire, on peut rapprocher, par exemple, ce qui a été dit plus haut aux pp. 193-194.

1. I'" 3ô rr> (cf. édit., p. 911). Il va sans dire que, dans les dernières lignes dece passade, Budé parle au figuré et considère seulement la richesse de Salomon... en sagesse. Ce qu'il dit des princes qui n'ont pas su perpétuer la mémoire de leurs actions répète en somme le passage cité un peu plus liant, à la page 207.

2. Il est vrai qu'il en est ainsi chez Plutarque où chaque apophtegme, si court qu'il soit, forme un tout indépendant. Mais au moins l'auteur grec groupait ensemble tous 1rs apophtegmes attribués à un même personnage. Budé, lui, ne l'ait pas toujours de même : d'Alexandre il passera à Thémistocle pour nous <ii<f, quelques pages plus loin, un nouvel apophtegme du roi t\<- Macédoine. On cherche en vain quelle idée directrice l'a pu guider : il semble vraiment qu'il aille à l'aventure.

à Plutarque ', mais ce n'est pas une traduction que Budé nous donne. On sait que, dans ses Apophtegmes, l'auteur grec est, à l'ordinaire, d'une brièveté extrême. Budé est moins court et plus intéressant. Il mentionne les circonstances que Plutarque laisse deviner au lecteur; il ne se borne pas à faire parler son personnage ; il nous expose pourquoi il parle ainsi ou il nous développe les motifs de ses actions2. Il prend soin aussi de nous renseigner sur ceux de ses héros qui risqueraient de nous être inconnus. Le livre de Plutarque a la sécheresse d'une série de théorèmes; aux récits de Budé, on reprocherait plutôt d'être parfois un peu traînants ; mais, somme toute, ils ont de la vie et sont d'un tour assez agréable3. On n'y sent point, chez le narrateur, la préoccupation de la moralité finale. Il est assez rare que Budé prenne la peine de l'exprimer4; s'il quitte parfois le ton de la narration, c'est pour s'échapper en des réflexions qui n'importent nullement au sujet. Ces digressions, il est vrai, ne sont pas la partie

i. A ses Vies, sinon toujours à ses Apophtegmes. Vers la fin du livre, les anecdotes sur Porus ont été prises dans Ouinte-Curce.

2. Un exemple montre bien comment Budé procède dans ce travail d'amplification; il se trouve au fo 35 vo (cf. édit., p. gb). Plutarque disait simplement, dans l'un de ses apophtegmes {Mor., p. 179) : « 'Avajfdtp^co oè t<o çiXoff6çu) ôouvai tbv 8toi"/.TjTr)v ÊxsXsuaev 8aov av aîtr^aï) ■ tou oè otor/.T)ioù cpr^cravroç, <o; Ixaxbv aîiErcai TâÀavta, KaXGk, ï-?r), r.oiei, etc. » Budé, au lieu d'entendre par ôioi/./,-^; le trésorier, prend le mot dans le sens de : gouverneur de province. Dans les paroles que Plutarque prête à ce personnage, il voit l'indice de sa mauvaise volonté, et il imagine qu'il cherche a se dérober à l'injonction du roi : « ainsi que font aucunesfoys les seruiteurs et officiers des roys, gens non Iettrez qui n'ont pas si nobles cueurs comme leurs maistres, et regardent plus a leur prouffit que a l'honneur des roys ».

3. Pour permettre au lecteur d'en juger, nous donnons au début de l'Appendice II l'histoire de Cicéron plaidant devant César la cause de Ligarius et aussi le récit de l'entretien fameux entre Cinéas et Pyrrhus. On pourra comparer ce deuxième extrait avec la version d'Amyot et aussi avec le récit de Montaigne (I, l\2, tout à la fin du chapitre).

4- Voici pourtant une réflexion intéressante, à propos de la modération dont Pompée fit preuve quand il était tout-puissant à Rome. Il ne cherchait pas, dit Budé, à s'emparer « de l'heritaige de ses voisins comme les hommes font communément, car les riches tendent tousiours a fin de chasser au loing leurs poures voisins en acquérant ce qui est a l'entour de soy le plus au long et au lé qu'ilz peuent » (fo 96 r"). < >n sent percer dans ces lignes la même compassion pour le peuple qui se montre à certains endroits des Annotations ou du de Asse (cf. su/ira, pp. 123-12/1 et 1 7 ^1 ) •

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la moins curieuse de l'ouvrage. On pourra lire plus loin ' celle qui est relative à l'origine du de Asse. II vaut la peine d'en citer ici une autre,, qui est amenée par un mot du général romain Quinctius. 11 avait affaire à Philopémen qui était alors fort bien pourvu de troupes, mais tout à fait dénué d'argent. Cela faisait dire à Quinctius que son adversaire avait bien des bras et des jambes, mais qu'il n'avait pas de ventre. On pourrait, observe Budé, en dire autant de la Germanie; elle est pourvue de bras et de jambes,

« Mais elle n'a pas la partie du corps ou se fait la cuisine, ainsi que le corps du royaume de France qui est accompli de toutes choses [f . 39 r°] comme i'ay autresfoys escript, et a les membres qui sont nécessaires pour la cuysine et pour la despence, et de présent a le chef en grandeur et en reputacion proportionné et correspondant a sa beaulté et magnificque regard, ce que de long temps ne fut veu... toutesfoys le royLoys unziesmecpii estoil prince de grant entendement, et cler voyant et deuant et derrière luy, disoit ainsi que i'ay certainement entendu, que la vermine d'Alemaigne est moult a craindre en ce royaume, par la vermine il entendent la grande et innumerable multitude de peuple qui tout consume et dévaste le pays par ou elle passe comme les calendrcs mengussent le froment ou grenier... neantmoins il semble que [v°] l'empire ioinct au royaume comme il a esté autresfoys, seroit ung corps complet de toutes pièces pour auoir puissance telle et si grande que la peut auoir ung monarche, combien qu'il ne soit nécessaire ne pour le chef ne pour les membres2. »

De tous ces apophtegmes mis ainsi bout à bout, il reste à voir quelles leçons se dégagent avec le plus de netteté. Mais cela est parfois assez malaisé à dire. Il en est quelques-uns qui ne comportent aucun enseignement; ils ne valent que par le piquant d'une réponse ou par la célébrité du personnage qui les a émis : tels les mots de Pyrrhus après ses victoires sur les Romains et quand il quittait la Sicile3. D'autres récits sont d'une application

ï. A l'Appendice II : voir, dans le S i, l'Extrait Ci 2. Fo 38 v° et 3g r" (cf. MU., p. i58). \\. Ko <j5 po (cf. édit., |>. i5o).

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si lointaine qu'il est besoin de la deviner. Thémistocle exilé se réfugie auprès du roi de Perse, et par un discours habile il se fait bien venir de lui '. C'est là, sans doute, un exemple des effets de l'éloquence et cela montre aux princes l'estime qu'ils doivent faire des hommes éloquents. Restent les apophtegmes dont le sens est clair et précis. Les princes, en les lisant, apprendront à aimer la gloire, à respecter les lois, à être, dans la guerre, économes du sang de leurs sujets2; l'exemple de Pyrrhus les gardera des ambitions excessives 3. Enfin, nombre d'apophtegmes les inclineront à la libéralité '. Il n'est pas de vertu que Budé nous montre plus souvent chez ses personnages ; c'est, évidemment, celle qu'il tient le plus à inculquer au roi, dans l'intérêt de tous les gens de lettres.

L'idéal qu'il se forme du prince irréprochable transparaît aussi dans la sympathie qu'il montre pour certains de ses héros : toutes ses préférences s'en vont, d'instinct, vers Pompée. Il s'étend longuement sur ses actions et sur les plus beaux traits de sa carrière. Il l'admire d'avoir enrichi sa patrie et d'avoir toujours respecté les lois5. Evidemment, il est séduit parce qu'il y a, dans sa vertu, d'un peu théâtral; et même il préfère Pompée à Alexandre. Celui-ci a quelques taches dans sa vie : la gloire de Pompée est toute pure ; elle semble « estre une sérénité de renommée sans aucune

i . Ce qui est relatif à Thémistocle commence, dans le manuscrit, au fo 4t> v°> dans l'édition, à la p. ioo.

2. Voir les anecdotes relatives à Philippe (fo 52 v° et p. 112 de l'édition), à Artaxerxès (fo 5o v° et p. 109 de l'édition), à Scipion Emilien (fo 78 vo et p. 168 de l'édition).

3. Fo 42 ro (cf. édit., p. 162). C'est l'entretien classique entre Pyrrhus et Cinéas que nous avons d'ailleurs reproduit dans l'Appendice II.

4- Outre l'histoire d'Anaxarchus, on peut voir celles qui, dans le même endroit, intéressent encore Alexandre. Il n'est pas étonnant, remarque Budé, que celui-ci se soit montré généreux envers les gens de savoir : « car lui qui scauoit les histoires par lesquelles il auoit esté meu a faire les grandes entreprises de conquestes, ne ignorait pas que par ce moyen il pouoit grandement augmenter sa renommée et exaulcer son nom comme il a fait » (fo /J'> r° '■> cf. édit., ]). 98). Au fos 5i vo (cf. édit., p. m) et 56 ro (cf. édit., p. 117), on trouvera d'autres apophtegmes qui mettent en relief la libéralité d'Archélaûs <-t aussi de Philippe, père d'Alexandre.

5. A partir du f° 80 vo (p. 180 de l'édition). L'éloge de Pompée, qu'on peut lire au fo 97 vo, est la paraphrase du fameux morceau de la Pharsale (IX, 190 sqq).

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nubilosité de vergongixe et de reproche, et sa vie me semble ung vray exemplaire et prothocolle ' . »

Ce pourrait être la conclusion de l'ouvrage ; mais Budé ne sait pas finir, et il affaiblit l'effet de cet éloge en reprenant la série de ses apophtegmes. Pour terminer, il rappelle que la « doctrine » est nécessaire aux princes, et cite, à ce propos, une nouvelle sentence. « Pour ceste cause, ajoute-t-il, disoit Alexandre le grant qu'il ne se reputoit pas moins obligé à Aristote son précepteur, qu'il faisoit à Philippe, son père. Le feu roy mon père (disoit il) est cause de ce que ie viz, mais mon précepteur est cause que ie viuray par honneur et mourray en gloire2. » Ainsi, que les princes s'adonnent à l'étude de l'histoire, qu'ils méditent les enseignements du temps passé : ils parviendront à ce degré de prudence qu'il faut pour gouverner les peuples : « Et ce sera, sire, la conclusion de ce présent liure que i'ay composé à ceste fin en assemblant diuerses choses et accumulant les ditz et faitz de plusieurs gros personnaiges. » Si François Iftr y prend du plaisir, Budé sera bien payé « du temps qu'il a consumé en l'estude des bonnes lettres ». Puis ce livre excitera chez le roi « une treshonneste et feruente émulation des choses louables et recommendables qui sont recitées dedans, en augmentant et stimulant et mectant en exercice les vertuz dont dieu et nature ont mis la semence et nayfue inclination en vous par grande largesse et bénignité »3.

Ce sont là les idées essentielles du livre offert à François 1er, telles au moins qu'on croit les entrevoir; car elles sont, à l'ordinaire, noyées dans des développements qui sont proprement illisibles. Il faut, nous l'avons dit, mettre à part tout ce qui est récit; dans le reste du livre on voit éclater partout cette incapacité à conduire sa pensée que nous avaient déjà révélée chez Budé les Annotations et le De Asse. Flottement de la penser,

i. V<> roi r° (cf. édit., p. hj4)- O» notera encore, à propos d'Auguste, un passage où perce l'admiration de liudc pour l'empire romain ; fo 72 v (cf. édit., p. 146).

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