‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 84 sur 113 · Fos » 1 y vo-n8 (cf. édit., p. 2o · texte numérisé non relu

Fos » 1 y vo-n8 (cf. édit., p. 2o

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prolixité du développement, tels sont les défauts constants de l'ouvrage; mais les contemporains y étaient-ils sensibles? Leur goût était peu formé, l'obscurité leur semblait souvent être de la profondeur, et ils avaient surtout un appétit de savoir qui les rendait inaccessibles à l'ennui1. Sans aucun doute le roi se fit lire le livre de son secrétaire. Dans ce fatras interminable, une idée dut le frapper, cjui revenait sans cesse : c'est que la gloire des rois dépend de la faveur qu'ils accordent aux lettres. Celles-ci ont besoin pour refleurir en France que François lei les protège ; mais les doctes, à leur tour, peuvent assurer la gloire du prince en célébrant ses louanges. Ainsi Budé assignait par avance au roi la tache qui devait être la grande œuvre du règne ; cela, au moment où François Ier n'avait rien fait encore pour mériter la reconnaissance des lettrés2. A celui qui devait être appelé le « Père des lettres », il propose le nom de « roi Musegetes » comme le plus beau titre qu'il puisse ambitionner. François Ier semble avoir pris à tâche de réaliser le programme tracé dans les Apophtegmes. Non pas que la lecture du livre ait suffi à le changer et à faire de lui un Mécène, mais par ses entretiens avec lui Budé renouvelait sans cesse l'effet de ses premières exhortations; nous pouvons, à les lire, prendre déjà l'idée de ce que sera son rôle à la cour ; dans l'évolution insensible qui vint modifier l'esprit léger du roi, il faudra faire une grande part à l'insistance de ses conseils et à sa chaleur persuasive.

En composant le recueil d'Apophtegmes, Budé, nous l'avons dit , n'abdiquait pas ses idées sur la supériorité des langues

i. Ce qui, à ce point de vue, est caractéristique, c'est l'admiration des contemporains pour les lettres de Budé. Pour l'estime (pion faisait de Y Institution du Prince en particulier, il faut retenir un passage de Du Bellay [Deffence, II, 12) : « Guillaume Budé et Lazare de Baïf, dont le premier a escrit, non moins amplement (pie doctement, {'Institution du Prince, œuvre certes assez recommandée par le seul nom de l'ouvrier. »

2. Les premières années de son règne sont absorbées par la liquidation des guerres d'Italie et par la préparation de l'élection impériale à laquelle la mort de Maximilien devait bientôt donner lien. Au reste, Budé disait lui-même, dans la lettre citée [dus haut du mois d'avril 1018, que pour le moment le roi songeait à toute autre chose qu'à protéger les lettres (Liicuhi-., p. 2/12 D).

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anciennes. Il n'en est que plus curieux d'observer comment il a manié l'idiome national, quand il s'est vu contraint de s'en servir, et c'est justement ce que nous allons faire.

A l'époque où nous sommes, c'est par le vocabulaire que se marquent le mieux les tendances d'un écrivain ; la syntaxe de Rabelais est celle de ses contemporains, son vocabulaire n'est qu'à lui. Voyons donc comment est formé celui de Guillaume Budé. Gela nous fera-t-il reconnaître en l'auteur un de ces lotirieurs ou de ces grécaniseurs qui commençaient alors à se donner carrière? Ce serait une erreur de le croire. On ne trouve nulle trace, dans son œuvre, d'un effort raisonné pour acclimater en français des néologismes empruntés au latin ou au grec. Il ne recourt à un mot nouveau que s'il ne peut faire autrement. Il fut le premier, semble-t-il, à employer philologie, niais il n'a pas risqué le mot sans l'expliquer tout de suite ' ; il fait de même pour phare, mot dont on ne cite pas d'exemple avant lui2. Il n'ose pas hasarder encyclopédie et se sert du mot latin en ayant soin de l'expliquer3. Il parle du « bon ange d'Auguste » quand il pouvait essayer de franciser genius4. Les néologismes que l'on trouve chez lui répondent ordinairement à des mots latins qui ne sauraient, en raison de leur sens spécial, avoir d'équivalents en français. Il parle des seps (septa) de la Grèce5 et

i. Cf. supra. Il semble bien que Budé ait été le premier à employer le mot; cf. A. Delboulle, dans Revue d'hist. littér., t. IV (1897), p. 285.

2. F" f\i) r" et v" : « ung phar... comme il y a auiourduy a Gennes et auoit anciennement en Alexandrie. » Dans l'édition de 1 ."» 4 7 , " ung pliai' » est remplacé par : « une haulte guette », et en i553, il semblail que le mot eût encore besoin d'explication, car il figure dans la Briefue Desclaration d' 'aucunes dictions [tins obscures contenues au quatriesme Hure [de Rabelais].

3. F" 34 i" (cf. édit., p. N.S) : les lettres 0 sont les escrains et les aulmoires esquelz la science et sapience a tousiours esté- gardée et enclose, dont les Iiods entendemens portent la clef, quant il/, son! bien et deuemenl instruictz en toutes disciplines desquelles les bonnes lettres font profession, faisans uni;' cercle des ars liberaulx et sciences politicques, ayans connexité et cohérence de doctrine. .. ». Cf. supra, y. 1 20 h h. '■'>.

4- F" ^3 v" (cf. édit., p. 1 /( -S ; : il est question d'un temple que " tous les

roys con fédérez... dédièrent au bon ange d'Auguste César qui s'appelloil genius t^-saris .-. Rabelais use quelque pari d'un lourde phrase analogue (III, 1 1 : ■■ 1rs bons daemons (appeliez les, si voulez, anges ou génies) »• Cf. enfin Du Bellay, Deffence, I, 6.

5. !•'"- \.\ yo-44 y ' (cf. édit., p. [63) : a Entre les villes occupées par Philippe y en auoil deux dont l'une s'appelloil Chalcis el l'autre Demetriade, que le roy

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d'un philosophe cynicque* ; il exhorte François I"r à mériter le nom de roi Musegetes2 : il emploie la forme purpure et semble ignorer pourpre donl pourtanl Jean Lemaire s\'*i ait déjà servi3. Si l'on ajoute méticuleux employé au sens de craintif4, on aura tous les mois nouveaux que j'ai relevés dans le recueil d'apophtegmes.

Sans en créer lui-même, Bndé pouvait, il est vrai, profiter largement de ceux qui se créaient autour de lui et qui, peu à peu, se faisaient une place dans la langue ; mais on ne voit pas que telle ait été sa manière. 11 reste étranger au mouvement qui pousse les écrivains de son temps à accroître et à renouveler le vieux fonds de la langue. C'est celle du quinzième siècle finissant qui compose la substance de son vocabulaire. Sans doute il emploie contemner5 quand blâmer irait aussi bien; obscure au lieu d'obscurci6 ; vitupère au lieu de blâme ' ; excusation

en soy mocquant | vouloit appel 1er les seps de Grèce, pource que par icelles il tenoit la Grèce en subiection,... »

i. Fo ii'| v<< : o A luv quelquefoys s'adressa ung qui se disoit philosophe cynicque. » Le mot apparaît aussi dans la Rhétorique de Fabri, en i.Vm (Hatzfeld-Darmesteter-Thomas).

2. Cf. supra, p. 2.o!\. On aura remarqué que Budé écrit « musegetes » d'accord avec la forme que le mot grec a dans la langue commune ; « musagète » vient de la forme dorienne, par l'intermédiaire du latin. Jusqu'à présent, Philibert Bugnyon était le premier écrivain chez qui on eût signalé le mot (Brunot, Ilisi. (!<■ la langue franc., t. II, p. 287).

3. F" 02 ro (cf. édit., p. 1 80). « Pourpre » est employé par Jean Lemaire dans une œuvre de i5u (édit. Stecher, l. III, p. 255). D'ailleurs le mot, sous la forme porpre, «'tait ancien dans la langue.

4. F<> 77 ro : « plus lasche el plus méticuleux. » Au seizième siècle, on ne connaît pas d'autre emploi du naît, et il est à peu près certain qu'il n'était pas entré dans la langue. Louis Le R03 . traduisant justement un opuscule de Budé, emploie 0 craintif » pour rendre meticulosus ; c'est, sans doute, qu'il ne connaissait pas « méticuleux » [Traittè delà vénerie, édit. II. Chevri'ul, p. :>J\ ; cf. Lucubr., p. jh-C). l'ouï' en finir avec les mots du vocabulaire de Budé qui semblent nouveaux dans la langue, je mentionnerai encore, sans prétendre être complet : intelligiblement (fo 4 r°, signalé pour la première fois dans la Rhétor. de Fabri), passe droict (fo 82 r\ dans Bob. Estienne en iâ'|i(), tortionnaire (fo 111 v, dans les Nouvelles de Des Periers); voir sur

Ces divers nuits I l;il/l'eld-l );i rmestelei'-TIli imas.

â. Cf. supra, p. 206. Budé tombe ici sous le coup d'une critique de Ronsard (Brunot, Hist. de la langue franc., t. Il, p. 225, n. 2).

f>. Fo ioo vo; l'édition de [547 corrige en : obscurcy (p. io3).

7. Fo io5 !•"; Ronsard oe voulait pas non plus qu'au lieu de blasmer on employât blasouner; il est probable que vitupère n'aurait pas trouvé grâce devant

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au lieu d'excuse1 ; inuader au lieu d'envahir2. Pourtant ce sont là des cas assez rares. Dans son fond, la langue des Apophtegmes n'a rien d'artificiel, ni de littéraire, et elle ne se distingue, semble-t-il, que par son caractère d'archaïsme ; des mots ou des expressions y figurent qui devaient subsister encore dans le langage familier, mais que la langue littéraire tendait à éliminer 3. Budé emploie encore enhaité4, feablement5 et felonnie6. Epaminondas s'accuse en un endroit d'avoir été « coint et gaillard » ' '. Ailleurs, il est question des pays « qui marchissoient a l'Arménie8 ». L'auteur ne recule pas non plus devant les

lui. Je note que le mot se rencontre dans un document historique de 1 r»3*> (Lavisse, Hist. de France, t. V, 11, p. 90).

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