CD
dérables au texte de l'Arsenal. Pour faire bref, on n'en citera ici que deux :
Ms. de l'Ars.
fo 5 r° : les bons... esperitz de rostre royaume qui par cy devant se sont...
endormiz en desespoir de mieulx auoir ou estre plus aduancez pour bien faire. Et retirerez en France...
fo 30 v° :... le monde, qui est rempli de perturbations et de molestes, lesquelles d'heure en autre ou iour en iour rendent l'homme variable et inconstant en son propos et incertain en ses opérations...
l-'ilit. de G. Gazeau.
fo 5 V° : — pour bien faire : car de Grâces expectatiues on ne peult si longuement viure, et entretenir un si honneste propos : et retirerez en France...
f" 31 T" : ... le monde, lequel est remply de perturbations, de molestes, de heurts, et obieetz, cl interruptions de tranquillité, reculions de fortune, et oppressions de cas J'or lu il:, cl inopinés : ci mire lesquelz nul nepeult obtenir, ou prani/re sauuegarde, cl asseurement, sinon de Philosophie : et encor'cn fortune coin m une, et tel', '/ne Dieu le permect, ou inspire. Lesquelles choses d'heure en aultre. non seulement de iour en l'aultre, rend [sic]
l'homme variable, et i<(i-\v"\ci/(inl , inconstant en son propos et incertain en ses opérations...
il.es mots en italiques indiquent ce
qui est addition.)
Après ces deux séries d'exemples, «m ne doutera plus, je pense, que h- manuscrit, origine do <:, ail (''té transcrit à l'insu de Guillaume Budé. Les modifications de pure forme tendenl à altérer, dans son caractère essentiel, h- si\ le qui esl celui du texte original ; les autres, — on en a
APPENDICE II. 23g
vu un exemple, — ne l'ont qu'interrompre la suite naturelle des idées et sont, en général, d'une maladresse insigne. Le nombre, il es1 vrai, n'en est pas très considérable; en somme, la pins grande partie du texte contenu dans l'édition lyonnaise reproduil assez fidèlement l'œuvre de Guillaume Budé.
Bibliotu. Xat., Ms. pr. [0192 i.l 1. — Les spéei mens d'appareil critique qu'on a pu étudier plus liant auront déjà donné une idée des modifications que ce manuscrit apportait au texte dont il était lui-même issu. La plupart sont dues à ces mêmes procédés que nous signalions tout à l'heure et qui consistent à redoubler l'expression primitive ou bien encore à insister, par une phrase incidente, sur une chose qui s'entendait d'elle-même. Là où C imprime il'0 27 r" ) : » Ce Nestor... estoit saige par bon esperit, et cler entendement de sa nature », .1 mettra (f° 3q r°) : a Ce nestor... estoit saige par le hou esprit qu'il auoit et cler entendement de nature». Voici ce que devient, dans A 1 l'u 3 r°) une partie de la phrase déjà citée plus haut (p. 20^ et p. 238 pour les additions figurant déjà dans C 1 :
... l'honneur des bonnes lettres et élégantes, qui despuis cent ans en ca ou environ que la vraye langue latine s'est commencée a instaurer et remectre sus au moyen que la langue grecque fondatrice cl augmentatrice de huiles sciences libérales dechassee de son pays par les turqs despuis cent ans est passée et venue en ytalie [sic], n'a pas grandement suyui le nom et parti de France pour ce qu'on ne luy faisoit niant accueil en ce pays.
Un dernier exemple montrera la prolixité de certaines de ces additions. La phrase du manuscrit de l'Arsenal que l'on citait à la p. 238 avait déjà pris, dans ».', des proportions insolites; dans .1. elle s'est transformée en ce développement amorphe il" 46 r°) :
... le monde, lequel est remply de perturbations i\c molestes de heurs et d'obieetz et d'interruptions de tranquilite vexations de fortune e1 oppressions de cas fortuitz et inopinez. C'est assauoir es matières esquelles la témérité de fortune peult eccploicter jen pure pari [sic] sans signification de main-\y<f\mise ou dénonciation précédente, Contre lesquelz exploietz droicturiers au tortionniers nul ue peull obtenir ou prendre inhibitions sauluegarde ou exemption synon de philosophie et encores en l'orme commune et tant et si auant que dieu le permect ou inspire. Car mut obstant les sentences paradoxes ci décrets inopinables publies ci emologues en Grèce anciennement philosophie quelle qu'elle sait cl qu'elle si- nomme ne peult donner admortissemens de passants et affections.. Lesquelles choses d'heure en heure non seulement de îour
24û GUILLAUME BUDÉ.
en ionr rendent l'homme variable et vacillant inconstant en son propos gyroetant a tous vens de fortune et incertain en ses opérations.
I);ims tout ce verbiage, on serait bien embarrassé de trouver même l'ombre d'une idée. Par contre, d'autres additions sont caractéristiques des tendances du réviseur. On se souvient «lu passage (supra, p. 209) où Budé se moquait des théologiens qui « ne scauent pas la langue latine. «•! cuydent qu'il n'en soit nulle grecque pource que de leur temps on n'en parloit point ». Le reviseur v a cousu un long développement OU il affirme l'utilité «le l'éloquence pour les juristes et les théologiens; le ton en est assez dur pour les «c sophistes » ignares «jui osent s'opposer encore au progrès des bon hes lettres (A, f°55v°;cf. les pp. 90-94 de D, les ll'os. 70 r-73 v° de E et comparer à 67, f° 35 v°). En un autre endroit (ms. de l'Ars., 1"° 53 r°; cf. C, f° 44 v°), Budé, parlant des Athéniens. rappelle l'intérêt qu'on portait chez eux aux «'ludes de « philosophie et lionnes lettres ». C'est l'occasion, pour le reviseur, de célébrer cette renaissance «les «Huiles grecques et latines à laquelle on assiste depuis peu (A, f° 04 v°; cf. E, f° 90 v°; manque dans D, pour la plus grande parti»'). Ainsi la revision dont .1 est le témoin est l'œuvre d'un humaniste fervent, et qui peut-être connaissait Budé, qui, en tout cas, devait l'admirer beaucoup : cela expliquerait le soin qu'il a pris de transcrire son opuscule.
Biblioth. Nat., Nouv. ACQUIS, fr. Oaôg (B). — Nous avons dit plus haut que ce manuscrit «levait représenter un remaniement du texte «le .1 : on se confirme dans cette opinion quand on examine les deux textes l'un à <:(')!<'• <l«' l'autre. Celui <!«' li est sensiblement le même que celui de .1 ; autant que je l'ai pu constatera toutes les additions importantes de A se retrouvent aussi dans H. D'autre part, on l'a vu plus haut l p. 235), il arrive que li. en adoptant la leçon de .1, v ajoute quelque chose. Vbici
enfin «pii est plus concluant : certaines leçons de li proviennent d'une leçon de A, mal lue par le nouveau copiste. Les mots princes <!<• Home, transcrits dans A (f« 3 r°), comme on vient de le voir, deviennent dans
li il'" 2 m°) princes de renommée. De même, dans cette phrase sur Tite- Live : son nom en est pur cela aussi célèbre, et renomme, ces derniers mots de A 1 1'° i5 y°i deviennent, avec li, célébrée et renommée
( I" 8 \"i. On doitdonc penser que U a été copié soit sur .1 lui-même, soit sur le manuscrit dont il procède ; on peut dire que c'en esl le double, car les leçons qui lui sont propres semblent insignifiantes.
APPEXDICE 11. -1[\\
Edition parisienne de Ieii.w Toucher. — Ce qui fait, à première vue, l'intérêt de cette édition, c'est qu'elle est précédée d'une lettre-préface «|ui nous renseigne sur les circonstances de la publication «le ['Institution. L'auteur en est un nommé Richard Le Blanc qui s'est fait connaître, en son temps, par des traductions françaises d'ouvrages grecs ou latins'. Elle est adressée au duc de Guise et contient ce passage important : « l'ay esté meu vous addresser ceste petite epistre pareequ'en baillant pour estre mis en lumière, a honneste homme lacques Bogard, un liure intitulé les oeuures et les iours d'Hésiode poète Grec, que i'a\ traduict en nostre langue Françoyse,... mon singulier et lion amy lehan Fouchor... m'a exhibé, et monstre un liure en Françoys de l'Institution du Prince composé par Maistre Guillaume Budé... : lequel liure auoit esté escript, et copié de quelque ignorante personne, en sorte qu'il n'y
auoit aucune oliseruation d'orthographe, nv forme de distinction mes-
meinent il nv auoit aucun accent obserué , duquel maintenant l'on useen nostre escripture Françoyse a l'imitation de la langue Grecque. » Le Blanc s'est donc chargé «le corriger les fautes les plus évidentes; il a mis des sommaires eu tète des chapitres et des annotations aux marges. Tout ce travail une fois fait, il lui a semblé que lehan Foucher « feroit bien son debuoir de mettre en publicq un tel oeuure diuin »3.
On voit ce qui résulte de ces déclarations. Le Blanc dit expressément que l'édition parisienne est faite directement sur un manuscrit et que les sommaires des chapitres, les annotations marginales restent sou œuvre exclusive. Il faudrait donc que l'édition de l'Arrivour fût postérieure, car il v a entre les deux éditions des points de contact évidents. Pour la division de l'ouvrage eu chapitres, on observe, de l'une à l'autre, une correspondance presque absolue4. De l'une à l'autre, les sommaires des chapitres offrent, dans leur rédaction, des analogies frappantes et continuelles. .Mais en fait, c'est bien l'abbé <l I\r\ , toul le montre, qui a
i. Voir les Bibliothèques françoises de La Croix du .Munie ci <!<■ I)u Verdier (1772-1773), au 1. II. pp. 376-377, el au 1. III, pp. 4i2-4i3. On y trouve en effel mentionnée une édition de la traduction d'Hésiode qui aurai) paru à Paris, en i547, chez Jacques Bogard. Pour les autres traductions de Le Blanc, on peut consulter aussi Ah. Lefranc, Le Platonisme en France à l'époque de lu Renaissance (dans la Revue d'hist. littér., 1. III. 1896, p. 38), et surtout l.i'<>|iul(l Dclisle, dans le Journal des Savants, 1900, pp. 'iv'M'.r.