‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 90 sur 113 · C'est le cas, on s'en souvient, des manuscrits .1 et B · texte numérisé non relu

C'est le cas, on s'en souvient, des manuscrits .1 et B

\\. V" â ij v.

4. Pour les divergences qu'on remarque, à partir d'un certain endroit, dans la numérotation des chapitres, voir Tri wunatz, p, 101, n. 2.

3 V' GUILLAl ME BUDÉ.

connu et utilisé le travail de Richard Le Blanc. Voici le sommaire du chapitre \.\vu dans l'édition parisienne (f° 7^ r°) :

Les Empereurs, roys, princes, et grands personnaiges du temps passé ont eu en grande reuérence les hommes lettrés et scauans,

connut' il appert pur l'exemple d'Alexandre le grand.

Voici, dans l'édition de l'Arrivour (p. g5), le sommaire du chapitre correspondant (numéroté xxiv) :

L'Autheur continue à monstrer, combien les '/ronds Empereurs et Roys du temps passé, ont heu en reuérence les hommes sçauants

et lettrés. Prônant son dire, par Alexandre le grand, qui ne des-

duiijnu donner il un Philosophe cent talents, pour dresser l'Escole de sa Philosophie.

Citons encore un exemple qui me semble concluant. Le chapitre xxxiv de l'édition parisienne est précédé du sommaire suivant :

Pomment différent vraye amitié, et celle qui est faihcte et simulée : dont pouuons entendre quelz personnages nous debuons aimer.

11 est question, au débul du chapitre, de l'affection que deux courtisans d'Alexandre, Cratère et Ephestion, portaient chacun à leur roi: puis Budé s'étend sur l'affection toute particulière qu'Alexan !: ■ avait lui-même pour Ephestion. Ce sommaire résume donc assez bien le sens moral qu'on peut trouver dans ces pages. Peut-on en dire autant du sommaire que donne l'édition de l'Arrivour (p. [29) pour le chapitre correspondant ?

L'Autheur monstre en ce Chapitre quelle différence il y a entre la vraye et feincte amitié. Et par ce, donne assés à entendre, que

nous débitons aimer les hommes non pas comme riches et abondants en biens de ce Momie, mais comme hommes : n'est/ mans la chose estrange de nous au sens latin : alienum a nobis , qjzi est propre et naturelle à V Homme .

Il v a là une véritable amplification du texte de l>e Blanc et qui est l'aiie sans égard au contenu du chapitre. Il est plus difficile d'imaginer comment Bichard Le Blanc, empruntant à l'abbé d'Ivry les sommaires de son édition, les aurait chaque fois resserrés de la façon qu'on a pu voir. Nous pouvons l'en croire quand il affirme avoir pris sur lui de

diviser en chapitres L'ouvrage original de Budé. Ce qui nous reste à dire de sou édition achèvera de montrer son indépendance à l'égard de L'édition de l'Arrivour.

En général, il semble que Richard Le Blanc ait transcrit fort scrupuleusement le manuscrit qu'il avait sous les veux et qui, dous l'avons vu, ne devait contenir * ni apostrophes, ni accents. Il eut, évidemment, beaucoup de peine à le déchiffrer; cela se voit aux fautes nombreuses qui se sont glissées dans sa transcription et qu'il n'a pas su corriger. Il imprime replaudissant (f° 4 r°; cité par Triwunatz, p. 44) au lieu de resplendissant (cf. .1. 1° 3, r° olB, f° 2 r°). Cette phrase : « en laquelle seule langue [la langue grecque]... éloquence... peult plainement. . . monstrer, et exhiber sa triumphante puissance 9 {C, t'° 11 v°), devient, dans l'édition parisienne: « et laquelle seule langue... et loquence... peult pleinement, etc. » (f° i5 r°; cf. le texte de l'Arrivour, p. 26). Dans ce même passage, on rencontre des expressions comme celles-ci : en fourniture et remplage [remplissage ■?] de tel ouurage, ou encore : dilater lesjius et l'imites de lu domination. Je pense que ces exemples suffiront.

Au reste, pour apprécier au juste la valeur de L'édition parisienne, il suffirait de la collationner avec les manuscrits A et B dont nous avons vu {supra, p. 236) qu'elle semblait dériver. 11 faudrait surtout le faire pour tous les passages qui marquent, dans cette édition, des additions au texte de l'Arsenal ou de l'édition lyonnaise. Je n'en ai pas eu le loisir; mais dans tous les endroits où j'ai comparé le texte de E aux textes de .1 et de B, j'ai constaté qu'il n'en différait que par des variantes sans importance. Au lieu de rient . et est émanée, il donnera, on l'a vu plus haut (p. 235), vient, et est deriuée ; au lieu de pour sa raie pordon, il donnera pour su ferme portion. I >e même, .!/>' avaient écrit par acoustumance et exercice {A, I'° 1 r°; //, f° 1 v°; cf. supra, p. 238 : E présente la leçon suivante : par continuance et exercice [sic 1 f" 1 v°). Au lieu de -.fondatrice et ainj mental ri<<- (cf. supra, p. •'.'m|\ on trouve, dans E : fondatoire et augmentatoire \ I" 4 r0)-

Il faudrail savoir, il esl vrai, si ces variantes ne se trouvaient pas déjà dans le manuscrit suivi par Richard Le Blanc. Nous avions d'abord admis provisoirement que E dérivait de B {supra, p. 237); il semble, en tout cas. qu'il n'en dérive [tas directement. <m ne retrouve pas, dans E (voir f° 4 r°)j la bévue princes de renommée que, plus haut (p. 240),

nous avons relevée dans H. Kst-ce le inan uscri t de la Vatica [ui a été

L'intermédiaire? La chose semble probable, mais n'a, au reste, que peu

2/j4 GUILLAUME BUDÉ.

d'importance. Nous sommes assurés, et cela suffit, d'avoir, dans l'édition parisienne, une copie suffisamment fidèle du remaniement que représentent les manuscrits .1 et B.

Edition dk l'Akrivour, donnée par Jean de Luxembourg. — Au

point où nous en sommes arrivés de notre étude, il n'est plus besoin d'en dire loni>' pour caractériser l'édition de l'Arrivour. Elle doit, nous l'avons fait voir, dériver du même texte que l'édition parisienne; pour la layon dont elle le reproduit ou plutôt dont elle le dénature, on a pu la juger par les extraits que nous en avons donnés. L'amplification, c'esl le procédé le plus habituel dont use l'abbé d'ivrv'. Ce n'est pas le seul, et il lui arrive de pratiquer des coupures dans le texte qu'il a sous les yeux2. Enfin, dans les passages mêmes qu'elle reproduit le plus fidèlement, son édition contient des fautes grossières et qui ne sauraient être imputées à la négligence de l'imprimeur3. Le nom d' « Anaxarche» (C, f° 36 r°) devient « Anaparchtts » (p. 96); celui de « Psammon » i C, 1° 33 r°) se change en « Psaumon » (p. 84). Il est question d' « Antoine Misa » (p. i4$). au lieu de « Musa » (C, f° 63 r°), et enfin des « Termophiles » (p. 117)!

Voici maintenant des fautes d'une autre espèce. Un passage du livre rapporte l'entretien d'un roi de Lacédémone cl d'un ambassadeur étranger. L'édition de l'Arrivour imprime (p. ii(>) : « L'Empereur qui du tout s'enqueroit, demanda au Roy, etc. » Inutile d'ajouter qu'il faut lire : « L'Ambassadeur... » (cf. C, f° 4°" r°). Ailleurs, le reviseur repré-

1. Il sentit intéressant de, comparer le style de ces amplifications à celui des autres ouvrîmes du réviseur. On conserve à Chantilly deux traductions de Jean de Luxembourg, toutes deux dédiées ;'i Amie de Montmorency. L'une est celle du Phédon, dont le manuscril lut exécuté vers i54q {.Journal des Savants, 1904, (»• '44)' 'j(' second des manuscrits renferme deux des Verrines de Gicéron et fut exécuté de. 1 r>3T» à [538 (Chantilly, leCabinet des Livres, t. Il, p. 7). Lutin, .M. Léopold Delisle ;i publié, du même auteur, un opuscule en vers intitulé : Le triomphe ri 1rs gestes de Mrv A nue de Montmorency (en une plaquette remise le [6 mars tQo5 aux membres de l'Institut). Sur.lean de Luxembourg lui-même, voir Gallia christ., t. XIII, col. 170.

2. Voir à ce sujet le travail déjà cité de Triwunatz, à la p. <)N. (lu pourrait Facilement grossir le nombre des exemples qui sont cités à cet endroit.

.'5. Il se peut que, pour certains de ces passages, le manuscrit original contienne déjà la faute. Pour que mes exemples fussent absolument probants, il faudrait voir au moins la leçon de ABE et s'assurer que le bon texte y est

conservé.

sente par A ' développe cette idée que les rois ont grand besoin de gens qui leur disent la vérité ; I) nous donne pour cel endroil 1 p. nû 1 : « 1rs Kovs... ne peuuent auoir faculté si grande de quelques gens qui leur soient utiles, que de diseurs de vérité, et zélateurs du bien public. » L'édition parisienne a conservé ta vraie leçon (f° 82 r°) : au lieu de faculté, il faut lire faillie. Dans le passage enfin dont nous avons parlé plus haut (p. 242), l'édition de l'Arrivour fait dire à Alexandre (p. 129) : « Cratère est Philosophe : mais Ephistion [sic] est Phil'Alexandre " ; et cela ne signifie rien du tout. Yoiri. au contraire, le texte même de Budé (Arsenal, f° 61 v°) : « cratère est philobasileus, mais hephestion est philalexandros (cf. E. 1° 107 v°). ( )n voit le peu de confiance que l'abbé d'Ivry mérite comme éditeur. Qu'il ait mal su le grec, cela ne serait rien encore; mais souvent il se montre incapable de comprendre le texte qu'il a sous les yeux. Pour expliquer que son édition ait si souvent l'honneur d'être citée île préférence aux autres, il faut supposer (pie celles-ci sont demeurées inconnues de la plupart des érudits. La sienne ne mérite aucune espèce de confiance et doit être rejeter dans l'ombre. Elle peut cependant avoir encore un intérêt pour l'étude de la langue du seizième siècle. Il est manifeste que Jean de Luxembourg a voulu rajeunir la langue du manuscrit, qu'il avait sous les veux. De là, dans son édition, des corrections de détail dont nous avons déjà cité plusieurs exemples. Il n'entre pas dans notre plan de les étudier; qu'il nous suffise de signaler ici l'utilité qu'il v aurait à le faire. Pour faciliter ce travail, le mieux serait encore d'éditer le texte original de Budé, celui que renferme le manuscrit de l'Arsenal.

Aussi bien, il convient de le rappeler en terminant, c'est là et là seulement qu'il faut chercher la pensée de Budé. Il n'est pour rien dans les additions ou remaniements que présentent, sans exception, tous les autres textes. L'étude détaillée que nous venons (le faire aboutit, sui' ce point, à confirmer nos premières conclusions. Parmi les éditions, une seule présente quelques garanties de fidélité : c'est l'édition lyonnaise de Guillaume Gazeau : elle peut, à la rigueur, donner une idée de l'œuvre originale. .Mais, tant qu'on n'aura pas ('dite le manuscrit de l'Arsenal, personne ne pourra se flatter de connaître le seul ouvrage français de

Budé.

1. Le passage manque dans l'Arsenal (fo £9 r°) el encore dans ('. (fo \n v). C'est dans A qu'il apparaît d'abord (fo 61 v).

Les « Aduersaria » de Guillaume Budé.

J'ai reproduit dans cet Appendice, sans presque y rien changer, un travail <[ui date de douze ans déjà et qui fut présenté au conseil de l'Ecole des Hautes-Etudes comme rapport sur la mission qui m'avait été confiée1. Il a pour objet l'étude des cahiers manuscrits de Guillaume Budé que M. Eug. de Budé conserve à Genève dans ses archives de famille et qu'il venait alors de mettre au jour2. Tous les cahiers ne se rapportent pas à cette partie de la carrière de Budé que nous avons étudiée dans le présent volume. Toutefois, leur principal intérêt est de nous montrer comment Budé lisait les anciens, quelles préoccupations le guidaient dans l'élude de leurs ouvrages, comment il avait laborieusement amassé les matériaux du style obscur qui est le sien. On voit mieux, en étudiant ces cahiers, comment Budé s'est formé, comment il s'y prenait pour préparer ses grands ouvrages. Ainsi, cet Appendice pourra compléter utilement certaines pages de notre livre. Je n'ai pas l'ait grand changement au texte primitif de mon travail. Je l'avais écrit sous l'impression toute fraîche des documents qui en font l'objet. Depuis, je n'ai pas eu l'occasion de retourne! à Genève et de les étudiera nouveau, .le ne puis donc mieux faire que de donner tel quel mon premier exposé. qui au moins a le mérite d'être exact et complet. En terminant ces explications, je tiens à dire tout ce «pie ce travail doit à l'obligeance de M. Eug. de Budé. Pendant mon séjour à Genève, il a mis à ma disposition le manuscrit du mémoire qu'il avait présenté à l'Académie des Sciences morales et politiques; j'y ai trouvé un guide précieux pour

i . Je ne donne ici qu'une partie du rapport, celle qui esl relative ;'i Guillaume Budé; on eu trouvera une analyse sommaire dans l'Annuaire de l'Ecole des Hautes-Etudes pour l'année 1896.

2. Cf. les Comptes rendus de l'Académie des Sciences morales et politiques, année 1894, >'''' semestre, |>|>. 375-38o.

le dépouillement des Aduersaria. Depuis. M. Bug', de Budé ;i tiré dé ce Mémoire les éléments d'un article qu'il a publié dans la Revue Bleue [Manuscrits inédits <lc Guillaume Budé: les « Aduersaria ». année [896, t. 1. )>|>. 77|,-77'")i- J'ai consulté avec fruit ce nouveau travail.

Les sept volumes où sont contenues les notes manuscrites de Guillaume Budé sont tous de reliure et de format à peu près semblables. Ils ont en moyenne om20 de long- sur omi5 de large; la reliure est en peau ou en parchemin, et présente encore des restes de lanières qui taisaient l'office d'attaches; quatre d'entre eux portent sur ces plats des dessins noirs formant des losanges.

Ce qui met, à première vue. le plus de différence entre ces volumes, c'est l'état divers de conservation dans lequel ils sont parvenus jusqu'à nous. La reliure en est plus ou moins fatiguée. Les dessins noirs des plats y sont parfois presque totalement effacés, comme si les volumes qu'ils ornent n'avaient cessé d'être maniés par le possesseur. D'autres sont mieux conservés : l'un, enfin, sur les plats de sa reliure encore fraîche, laisse voir les armes de Guillaume Budé; il semble qu'une lois le volume rempli, Budé l'ait jeté au fond d'une armoire et ne l'ait plus jamais consulté.

L'examen de l'écriture permet de préciser encore ces premières indications. On la voit changer de façon notable non seulement d'un volume à l'autre, mais dans le cours d'un même volume, parfois même dans la même page. Un seul volume semble être tout entier d'une écriture uniforme et c'est justement celui dont la reliure s'est conservée la plus fraîche. Les notes des autres cahiers ont du être prises au jour le

jour; parfois elles se SOnl SUCCédé sur les pages blanches à d'assez

longs intervalles. Puis, une l'ois ces cahiers remplis, Budé a dû les rouvrir bien souvenl pour y chercher le souvenir de ses anciennes lectures. D'autre part, il serait vain de prétendre aller plus loin dans les précisions et nous ne pouvons songer à classer cet amas de notes suivant l'ordre rigoureux des temps. Il est possible quelquefois de retrouver, dans les œuvres, des tours, des métaphores que Budé avait notées dans ses cahiers à' Aduersaria. Nous nous appliquerons, cela va sans dire, ;'i signaler tous ces rapprochements. Il faudrait seulement se garder d'en tirer des conclusions trop hâtives. Les sept cahiers que nous possédons ne représentent sans doute qu'une minime partie des matériaux que Budé utilisait pour ses ouvrages, c'est là ce qu'il ne faut pas oublier,

Nous adopterons, dans notre étude des divers cahiers, l'ordre adopté par .M. Eug. de Budé dans le Mémoire et l'article cités plus haut. Nous n'avons aucune raison valable pour l'écarter e1 nous n'en avons pas de meilleur à proposer au lecteur.

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