I . ( !f. su /ira , pp. i 17-1 1 <S
qu'il explique le sens général des versets qu'il transcrit ; tantôt il reprodiiit presque textuellement ce commentaire, tantôt il se contente de le résumer ou de s'en approprier l'esprit. Parfois, d'autres interprètes de la Bible sont mis à contribution dans ces noies; ainsi, l'on y voit cités saint Grégoire de Nazianze, Paschase Radbert1 et le célèbre Nicolas de Lyre2. Voici maintenant quelques-unes des remarques de Budé.
A propos d'une expression d'Esaïe (c. 3o, v. 1) :
Ordiri telam esaiae 3o pro consiliam agitare : et aliquid institue re : aut moliri aliquid [citation du v. 1 qui renferme l'expression citée; rapprochement avec un passage d'un chap. précédent. ... metaphora est sumpta ex eo quod tela paulatim texitur. est igitur ordiri coeptare : ut detexere perficere . nt daemon genus humanum perdere coeptabat : sed christ us hoc consilium disiecit s/10 morte . cicero de dialecticis loquens . « ad extremum ipsi se compungunt suis ociiini nibus : et multa quaerendo reperiunt non modo ea quae non possunt ipsi dissolu ère : sed et in m (/uibns ailte exorsa nef pot i US detexta retexuntur » de Or. 2. i58]. hominum autem est ordiri telam sed dei dete.rere : hoc est successu/n coeptis nos/ris dore.
Plus tard, liudc a complété cette remarque en y ajoutant les lignes suivantes qui sont manifestement d'une autre écriture :
ex hoc fieri aliud potest : ordiri telam Penelopis quae magno labore te. rit tir et l>reui rete.ritur. [Et dans la marge :] ordiri telam Penelopis : pro labore irrito et nunquam absolubili incoepto dici
jtolest.
(lette expression de ordiri telam, nous la retrouvons dans un passage des lettres laliues, et Toussaiii, pour l'expliquer, renvoie justement au chapitre d'Esaïe où Budé l'a prise (G. l'uidnei Epistolae, ('dit. de l53l,
l'° 110 r°). Dans le de Philologia [Lucubr., p. 90), Budé s'en serl
1. Paschase Radberl appartient au aeuvième siècle. Celui de ses ouvrages auquel Budé fail îles emprunts est intitulé Expositiones in Lamentiones [eremiae. I >n trouvera ses œuvres au t. CXX de la Patrologie de Migne.
■•. Nicolas de Lyre ou Nicolaus Lyranus, ainsi nommé de sou village d'origine, est surtout connu par ses Postillae perpetuae siue breuia Commentaria m uni versa Biblia. Un proverbe <lis;iii de lui au seizième siècle :
Si Lyra non lyrasset, Luther us non saltasset,
encore et prend soin d'en bien indiquer la valeur, (liions enfin cette phrase «lu même ouvrage [Lucubr., p. 93) : c< Tametsi rursus quid Franciam tuam dico Penelopeam telam texuisse? »
Souvent aussi Budé commente 1rs passages bibliques en citanl à côté des textes d'auteurs anciens. Nous l'avons vu plus haut prendre «les exemples dans Perse et dans Cicéron ; ailleurs, il citera Virgile, Horace. Juyénal et même Aristote; il aura recours an scoliaste Acron et à Suidas pour éclaircir le sens d'un mot. Il vient, par exemple, d'expliquer cette expression d'Esaïe (c. 1. v. 22) : <■ Yiiiuin luum mixtum est aqua 0. Avec saint Jérôme, il voit là une allusion à ceux qui gâtent, parleurs explications, le sens primitif «le l'Ecriture. Voici maintenant comment il s'y prend pour étendre et diversifier l'emploi de cette métaphore :
Aîffleuces autem />!/ . ui ni gênas est inter dàlcia 'quod semper mustum est... »./■ hoc metaphora pulchre sumi potest cum signifîcare uolumus nimiam esse ac conniuentis inertiae indulgentiam quae in austeritatem censurae non transit, pli. iunior in epist. a deuehemus lumen pro nono musto nouos uersiculos tihi » : unde mustum /ira dulci et recenti quod nondum austeritatem adeptum est. ni si musteam censuram dicamus quae nondum satis est austera...
Puis, c'est le mot mulsum qu'il définit à l'aide de Pline l'Ancien et de Dioscoride et dont il indique ensuite l'emploi métaphorique. 11 l'ait de même pour les termes de uappa, de lora, etc. ; et chaque fois c'est le même mélange d'exactes définitions empruntées aux auteurs techniques, et de raffinement dans l'usage «le la métaphore. A propos de celle expression de .lérémie (c. 9, v. 3) : extenderunt linguam suam quasi arcum mendacii, Budé fait la remarque suivante : ex hoc trahere alias metaphoras possumus . /// si tragulam calumniae dicamus uel sagittam sycophantiae uel criminationis. N'est-ce pas la première «le ces métaphores qui lui SUggérail dans une de ses lettres l'expression : eloquentiae tragulae (Lucubr., p. '•">■> C)?
Enfin , certaines des idées <pii reviennent le plus souvent dans scs ouvrages se laissent déjà pressentir dans les extraits des prophètes; parfois même elles y sont indiquées d'un trait rapide. Voyez cette application toute actuelle d'un passage de Jérémie [Lament., c. t, fin du
idem I ère mi os fdcta est hierusalem quasi polluta menstruis
inter eos . hoc hodie usurpari potest contra pontifices arma tractantes : et in consiliis principum bellicis praesidentes... quod contra fastum pontifcum et antistitum hodie usurpari potest : et contra purpuram fortasse cardinalium.
Une application toute semblable est faite sur un passage d'Ezéchiel (c. 6, v. 3-4) :
hoc ad fastum et ecclesiasticum romanum praecipue et aulicum referri potest . ibi enim clii uoeantur illi qui rerum habenas tenent. quorum unum et alterum deinceps nostro tempore phaethontes uidimus nondum extincto incendio.
L'un et l'autre de ces passages seraient à leur place dans le de Asse, à l'endroit où l'auteur flétrit la manie guerrière des pontifes et dénonce le luxe inouï des prélats courtisans. D'ailleurs, on peut relever dans le de Asse des souvenirs directs des notes du premier cahier. A la page 720 ledit, de Lyon, i55o) l'expression calicem irae domini bibere esl de celles qui mit été relevées par Budé parmi ses extraits de l'Ecriture. A la même page, Budé rapporte expressément à l'un des prophètes la création de l'expression qu'il emploie : « Proh superi immortales, qui décor rei clericae... cum hinc senatus slultiliae et temeritatis illinc peiuicaciae inusitatae ac fanaticae frontem fronte conterentes, ut ille prophètes inquit, décréta i'utilia impiaque perscriberent in aede Bellonae coacti ?' » C'est un souvenir du chapitre 3 d'Ezéchiel et de la remarque qu'il avait laite lui-même sur l'un des versets : frontem fronte propulsare ac contundere es/ impudentiam impudentia relidere ac retundere conterereque.
Toutes les métaphores du de Transitu, par lesquelles Budé compare les chrétiens à îles soldats enrôlés sous l'étendard du Christ, sont comme eu germedans ce commentaire d'un passage d'Ezéchiel (c. 2, v. 3) :
partes autrui dici possunt dei ri daemonis, ri transire m partes. ri descendere in partes . et a partibus stare . ri auctorari et desertorem esse "fil emansorem . ri in Jide stare . ri stationem tenere . ri arcem prodere aut retinere . et in praeuaricationis uerbo mutin dici possunt in ignaniam nul ambitiosam primorum sacerdotum conniuentiam.
1. J'allège la phrase ci je n'en carde que la partie la plus caractéristique,
( )n peut arrêter ici ces exemples; ceux que nous pourrions encore citer nous amèneraient aux mêmes conclusions. Nous avons dans ce premier cahier comme un recueil d'expressions qui s'inspirent du style de la Bible. Il n'y faut pas chercher autre chose.