DEUXIEME CAHIER
Le deuxième cahier porte ce titre sur le dessus de la reliure : herbae, frutices et pigmenta. 11 se compose de 60 feuillets numérotés paye à paye et dont les 20 derniers sont restés blancs. .Même dans la première partie du cahier, des pages entièrement vides se rencontrent entre deux séries de notes. D'autres ne sont même pas remplies à moitié, la même note se retrouve parfois en plusieurs endroits, à quelques pages seulement de distance. Tel qu'il est, le volume forme une suite de nomenclatures détaillées, plus ou moins complètes, où Budé a rassemblé, au hasard de ses lectures grecques et latines, tous les termes de zoologie, de botanique, de médecine, toutes les expressions techniques enfin qui lui étaient d'un usaye courant dans la vie journalière. Ou il énumère et décrive des plantes potagères, des maladies ou des ustensiles de ménage, il procède toujours de même dans la rédaction de ces notes. Chaque chose est d'abord désignée par son nom latin, ensuite, presque toujours, par le terme français qui y correspond. Souvent aussi elle est définie et décrite d'après les auteurs anciens qui ont écrit sur la matière, et auxquels Budé se réfère. Pour mieux faire voir comment il procède, nous allons passer en revue la suite de ces notes, indiquer dans quel ordre et sous quels titres elles se succèdent, quels auteurs en fournissent la matière et nous en transcrirons aussi quelques-unes.
Les vingt premières pages sont occupées par la nomenclature de diverses plantes : les herbae hortenses, puis les herbae inter cûronamenta numerata, les frutices, enfin les plantes à piquants : de spinosis r.iz'. r/.xvOiociov. C'est à Pline, quelquefois à Celse, mais surtout à Dioscoride que sonl empruntés les détails descriptifs auxquels donne lieu cette énumération. Quelquefois Budé les complète à laide de ce qu'il a appris par lui-même :
brassica ni us caulis v.zj.\).îrt les chou:.
Asparagus sparage
bliluin SXîtçv diosc, XaYaveOaTflu nullius usus in médicinal
Amarantus hic non agnoscitur noble flan- esse uidetur ex plinio (jui ait : spicam esse purpuream uerius quam Jlorem.
personata et persolata herbe à tigneux.
betulla arbor le boullay1. ex pli. lib. i<> cap. i ig. betulla gaudet frigidis. Gallica haec arbor mirabili candore atque tenuitate : ternhilis magistratuum uirgis. eadem circulis flexibilis.
Les notes sur h médecine qui occupent les douze pages suivantes sont <le deux suites : les unes sont rangées sous le simple titre de mOF-
bis, les autres sous le titre : Vlcera et injlammationes. Pline, Paul d'Egine, Gelse y sonl fréquemment cités :
duritia r/~rrto;.-j. durillon tumor sine dolore diosc. suit une citation grecque]... in /me génère sant (///ne lu/me uulgo dicuntur.
Tonsillae uulgo amigdalae dicuntur nomen es/ partis et morbi. (intitules a graecis dicuntur.
Les notes qu'annonce ce titre : Colores ex Vitruuio plinio et dios- Cor. sont intéressantes par des détails sur les emplois que certaines couleurs avaient au temps de Budé :
auripigmentum orpiment : croceus color : quo libn hodie extrin-
see/is in f roule liniinlur . nrsenienin tjrneee dieiliir e.r i/i/r.
hysginum le bresil (/no tingunt alutas rubentes et pannos hodie. cinnabari uvsç aî;j.z Ipiv.z'no: uoeant inquit diosc. sang de dragon . plinius confundit cum minio e.r theophrasto.
Les pa^es suivantes présentent des mites de divers caractères : d'abord les expressions latines et les termes français par lesquels on désigne certaines bouillies comme la J'onrinenlée . ou certaines conserves de fruits comme le COtignac. Puis c'est u ne ('mi ii m éra I ion des choses de toute sorte, même vulgaires, qui ont leur utilité dans la vie courante : Budé se contente de donner à côté l'un de l'autre le terme latin et le terme français qui v répond. Voici d'abord les instruments de cuisine comme le poêlon, etc. puis la série des mets les plus divers : c< les bignetz [artolagani cice . utitur) », la soupeà l'oignon (ius ceparium) et bien d'.autres encore. Viennenl ensuite certains noms d'outils, ceux de quelques parties
i. Sic. La betulla est le bouleau. A côté do la forme moderne, la forme boulliau a été signalée par Delboulle dans un texte de i5i6 (Hatzfeld-Darmesteter-Thomas, Dictionn. général).
t>54 GUILLAUME BUDÉ.
du vêtement féminin, de plusieurs jeux, e1 enfin divers termes et expressions qui se rapportent principalement aux choses et aux ados de la vie religieuse :
Solemne sacrum eucharistiae cum diacono et hypodiacono et choreatis symphoniacis et pastophoris1 .
ici un in cardinalia id est quatuor temporam.
e reis uiolatae religionis et pietatis pro nihilo habitae, eximere, absouldre.
proditores nominis initiali die et proditrices les compères' .
dominica palmaria uel uerbenarum dies . uel uerbenalia . pasques /hoiries.
erogator stipis deo sacrae aumônier uel deo diçtae.
Enfin, dans les notes suivantes qui font partie d'une série assez longue, Budé relève un bon nombre d'expressions qui se rapportent à la vie civile et mondaine de son époque :
opifices et tabernarii les gens de mestier.
orbis rhythmicus ung rondeau
liomo urbanae frontis qui scet ia son entregens
alipedes cursores, et pegasidae postes.
uicorum magistri les quarteniers uel regionum potius
primatus regiae /office de grant maître
octouiri monetales les généraux des monnayes.
so //a/es regiae les comensaux de la maison du roy.
Après un intervalle de cinq pages blanches, nous retrouvons des nomenclatures d'histoire naturelle. Voici le titre de la première : Aues exarisl. li/>. o° de animn/ibus. Les détails empruntés à Aristote sont quelquefois complétés à l'aide de Pline. Le plus souvent le nom latin de l'oiseau est simplement accolé au nom grec, (les remarques s'appliquent d'ailleurs aux articles des rubriques suivantes: quadrupèdes, puis: pisces et eorum gênera, enfin : é.Xx'catxat ïp~w:-.v/.xi. Quoi que semble annoncer le titre suivant. la dernière nomenclature n'est pas du genre de celles que nous avons vues au début du volume. Budé y relève, avec la traduction latine de Théodore Gaza, tous les mots, toutes les expressions relatives à la nature ou à la vie des plantes qui se rencontrenl dans
i. Pour ce dernier mot, cï. le de Asse (Lyon, i55o), |>. 752. 2. Cf. Lucubr., p. -.'Mu (fin de la lettre ;i Ruzé).
Aristole. Cette liste s'arrête au milieu delà page 84. Les vingt derniers Feuillets du volume sont blancs; sur le dernier cependanl on trouve nu recto quelques indications d'étymologies françaises, par exemple : Seî-nveiv, disiicr ; y.ir.zv.'i . COpper.
Après cette revue rapide du contenu de notre volume, ou voit plus clairement, je pense, l'intention dans laquelle Budé prenait ces notes et l'usage qu'il en a dû faire. Elles lui servaient à exprimer dans un latin correct, par la parole ou par la plume, les choses et les idées les plus modernes et dont les anciens n'avaient même pas eu le soupçon. Les expressions par lesquelles il imagine de désigner en latin Pâques fleuries, le ( îarême ou l'Epiphanie, nous le voyons s'en servir pour dater ses lettres. Les noms latins de fruits, de légumes ou de fleurs, il en usait chaque t'ois qu'il taisait visiter à un ami son jardin de Mark, ou son verger de Saint-Maur. Toutes ces nomenclatures qu'il dressait pour son usage personnel répondaient d'ailleurs à un besoin réel, ressenti par tous les humanistes de son temps. Rien n'est plus instructif à cet égard que les titres de certains manuels publiés chez Ivoliert Kslienne par son père (maries, les années [536 et suivantes. Il suffira de citer ici le de lit' llortensi . qui est de [536 ' :
Caroli Stephani de re Hortensi Libellus uulgaria herbarum, florum ac fruticum quae in hortis censeri soient nomina latinis uoeibus efferre docens ex probatis authoribas. In puerorum </rntiam utilitatem.
Voici comment, dans l' Avant-Propos, Gh. Kslienne rend compte du dessein qui l'a dirigé; il suppose que des écoliers lui exposent les besoins auxquels répondra justement ce volume :
« Ai nei'o, inquiunl illi adulescentes , tantum petimus m uulgaria lloruin. herbarum ac fruticum nomina, quae in hortis nostratibus passim reperiuntur, Latinis uoeibus nobis exprimas, aut si desint Latinae, Graecis uerbisquo pacto dici possinl aperias : ut saltem si quando nobis contingat hortulos inuisere... muti non uideamur... Nihil enim estquod aeque iuuenis animum commendet, atque earum rerum cognitio, quibus quotidie animum pascit : période atque optimum est eum qui tritico assidue uescitur, panis nomen non ignorare... «
i. On trouvera les titres 'le toul ces manuels dans les Annales des Estienne, l'ou\ page île I îem m.i i-i I , que nous avons eu déjà l'occasion de citer au cours de ce volume.
256 GUILLA1 ME in DK.
Ces lignes nous semblenl très bien expliquer l'utilité toute pratique que Budé comptait tirer de ses notes1.
En tout cas. il était indispensable de mentionner ces différentes publications de Gh. Estienne : elles servent à caractériser les notes que nous venons d'étudier, mais en même temps elles leur enlèvent aussi toute valeur au point de vue lexicographique ; on y retrouve tous les noms vulgaires de plantes, de fleurs ou de fruits, dont nous avons seulement noté quelques-uns; et c'est ce qui nous dispense de nous arrêter davantage à ce cahier.