‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 95 sur 113 · QUATRIÈME CAHIER · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CAHIER

Le quatrième volume n'est pas, à proprement parler, un recueil d'extraits comme celui que nous venons de décrire. Mais le dessein dans lequel Budé a rédigé ces notes est assez facile à comprendre. II a voulu faire de ce volume un vaste répertoire de pensées, de tours de phrase et de métaphores où il n'aurait qu'à puiser un jour pour écrire sur les sujets qui lui tenaient le plus à cœur. Pendant plusieurs années, il y a noté au jour le jour, et sans grande méthode, tout ce qui, dans ses lectures, pourrait servir à l'expression de ses idées personnelles. Il serait impossible, pour mettre un peu d'ordre dans cette confusion, de répartir ces notes par séries suivant les auteurs d'après lesquels elles sont prises. Rarement les titres annoncent toute une suite d'extraits d'un même ouvrage. Le plus souvent, les notes se suivent pêle-mêle, empruntées aux auteurs les plus divers; souvent même rien n'en indique la provenance-. Parfois, elles s'interrompent au milieu d'une page, puis reprennent après quelques feuillets blancs. De temps à autre, quelques rubriques très générales nous aident à mettre un peu d'ordre dans cette confusion. Nous ne nous astreindrons pas à passer, paye par page, une revue minutieuse de ce que contiennent ces mîtes innombrables; nous relèverons seulement celles qui sont les plus intéressantes, soit en ellesmêmes, soit par les rapprochements qu'elles peuvent suyyérer avec les divers ouvrages de Budé,

Le volume commence par quelques extraits, peu intéressants, de saint Augustin, de Quintilien, de Pline et de Cicéron. Mais voici déjà des notes où l'on voit comment Budé sait élargir, en les employant au figuré, le sens propre des expressions qu'il rencontre dans ses lectures :

désponsos ie.iugare <li<i potest de episcopi translatione . uuli' diuortia spiritualia.

i. Le sixième livre avait été mis à contribution pour les citations de Celse qui se trouvent dans le cahier précédent.

candidam simplicitatis sumere . deposita praetexta . id est hypocritico uultu.

necrobii homines semianimis uitae, ut monachi, mundo mortui.

elicius paracletus qui sacris et supplicationibus elicitur ut olim élicius iujtiter . pli . et ouid.

diua maria hilaratrix de liesse et recuperatrix de recouurance, ut lupiter liberator.

pia aeurnulatio et conteutio est zelus.

Cette dernière remarque est reprise un peu plus loin, sous cette forme : zelus a cacozelia differt. Budé se servira de ces deux derniers mots en plusieurs endroits de ses ouvrages; un passage du de Transita ne l'ait même que développer la seconde des définitions que nous avons transcrites : « Zelum scriptura graeca uoee appellat ...» (Edit. de i535, f° 23.) De même, pour les expressions : homines caelipetae, et : philosophiae christipetae studium, qu'on retrouve en un autre passage du traité; elles ont été fournies à Budé par ces deux notes qui se succèdent dans le volume manuscrit à peu de distance l'une de l'autre :

christipetae et sa/utipetae, caelipetae ut agripetae cicero. christipetae, caelipetae . c[ toj /pircou e®té[j.îvou

Cette expression grecque est empruntée aux homélies d'Origène ; elle est citée, avec le nom de l'auteur, en un autre endroit du volume.

Après quelques extraits de saint Hilaire et de Macrobe, certains passages de Pline suivies Heurs fournissent à Budé la matière d'applications symboliques. En voici un exemple :

Tanta est inter pontifices nostri temporis et pontifices priscos si mil il ado quanta est inter irin caelestem et hortensem.

Les pages suivantes sont remplies de commentaires analogues sur des passages d'Aristote (in mechanicis), de Vitruve, de Celse et d'Athénée. Les longues citations qu'on rencontre de ces auteurs sont presque toujours suivies d'une formule comme : e.r hoc similitudo su mi potest..., OU bien : hoc ad cas transferri potest ... Ce gOÛl de Budé pour les comparaisons et les symboles ne pouvait être que développé par les deux ouvrages dont nous rencontrons ensuite des extraits. Le premier est ainsi annoncé dans les notes : ex aetiologicojdiuinorum officiorum. C'est l'œuvre de Guillaume I huant i, évoque de Mende, désigné par Budé SOUS le nom fie : (îuiliel mus miu/a/e/isis . L'auteur \ explique dans

liGo GUILLAUME BUDÉ.

le plus grand détail la signification mystique de toutes les cérémonies catholiques et de tons les objets qui touchent au culte. S'il veut montrer dans les cloches le symbole de l'éloquence sacrée, il suivra la comparaison par le menu et considérera successivement le bronze de la cloche. le battant, la corde, etc. Ce sont naturellement des passages de ce genre que Budé s'attache à transcrire. L'ouvrage intitulé Malogranatum ', dont nous trouvons ensuite des extraits, est d'un caractère pins exclusivement théologique. Tous les dogmes du catholicisme, même les plus abrupts, y sont l'objet d'éclaircissements et de longs commentaires. Budé fait de ce livre des extraits assez nombreux qui se rapportent à la question de la grâce, à celle du libre arbitre ou du péché originel. Quelquefois il n'y prend que des expressions isolées, et les éclaircit, selon son habitude, au moyen des auteurs classiques. Un passage assez long sur la mort, qui est d'un tour assez éloquent, a passé presque textuellement dans les notes de notre cahier. (Cf. Malogranatum, lab. III, Distinctio III, cap. xm.)

Après les extraits du Malogranatum, nous voyons dans les pages suivantes se succéder pêle-mêle les noms de Marsile Ficin \/ib. de uita caelitus), de Grégoire de Nazianzeetde Synésius ; les lettres de ce dérider fournissent à Budé la matière de nombreuses métaphores. Les noms de quelques personnages mythologiques sont expliqués allégoriquement dans des notes dont l'origine n'est d'ailleurs pas indiquée :

unusquisque herculem sejacere potes! imperante eurysteo id est rat io ne et philosophia.

alecto cupiditas . tisiphone iracundia.

Cette note est à rapprocher de celte phrase du de Transitu ( Luetihr.. p. 1/Î7 Ai : " Nam quam acerbiorem mentium immortalium carnificinam, quam Alecto (ut ita dicam) acerbiorem... » De même nous voyons, dans cet buvrage, Budé reprendre l'identification qu'il établit dans ses notes entre Calypso et l'hypocrisie (Lucubr., p. 19a G) : « ... Ibidem ergo

1. Je transcris Vexplicit de l'exemplaire que j'ai consulté à la liihliotlièque nationale :

Explicit dyalogus dictas Malogranatum compilâtes a quodam abbate monasterii Aule regiae in Bohemia ordinis Cysterciensis. — Annn domini MCCCCLXXXVII.

• ici abbé cistercien, qui n'est pas nommé, est quelquefois appelé < lutins. On |)-ui voira ce aom les répertoires biographiques,

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