‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 25 sur 65 · RE · texte numérisé non relu

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pour Adamas est une vénération affectueuse ea one. non pas une véritable amitié fraternelle et passionnée.

Il voit en lui un génie supérieur, un sage que la destinée a placé sur sa route pour guider son inexpérience. « Il «est réjouissant », dit-il, « de s'unir à son égal, mais il «est divin de voir un grand homme élever jusqu'à lui les « esprits plus humbles » (1).

Subjugué par cette personnalité supérieure et pris au charme de sa tendresse, Hyperion s'abandonne, se laisse conduire avec confiance et Adamas l'entraïne au devant de sa destinée, Comme ils gravissent, à l'aube, le sommet du Cynthus, ils s'arrêtent émerveillés par la splendeur du soleil levant, et, Adamas indiquant, d'un geste, l'astre qui illumine les dernières brumes du matin, s'écrie, plein d'enthousiasme : « Sois comme lui ! » (2).

Les relations d'Hyperion et d’Adamas auxquelles l’auteur consacre quelques pages seulement, sont comme le prélude du poème d'Hyperion. Adamas semble jouer dans l'Hyperion définitif le rôle du père de Diotima dans la rédaction antérieure du roman. Il personnifie une Sagesse supérieure dont l'apparition domine l’action épique sans être mêlée à cette action. Adamas montre la voie au jeune héros, puis il s'évanouit en lui laissant le viatique du souvenir et d'une paternelle bénédiction. Cette sagesse est un Critérium qui fait naître, chez Hyperion, la douloureuse conscience de sa médiocrité morale et le désir d'atteindre la perfection. Le but vers lequel doit tendre son éducation, Hyperion l'a découvert, en compagnie d'Adamas, sous les ruines des temples et dans l’amoncelle-

ment des belles formes mutilées : c'est la résurrection de

l'humanité grecque ! Et quel sera le principe de cette éducation ? (3). Adamas l'a révélé à Hyperion au sommet

sk

du Cynthus : ce sera l'ascension enthousiaste de l'âme vers l'idéal, vers la claire vision du beau et du vrai qui se dégage des méditations profondes et qui dissipe les erreurs du réel, comme le soleil levant illumine les brouillards de la nuit.

Plus tard, lorsque Hyperion combattra pour l’indépen- , en pensée, l'idéal entrevu dans Adamas et le rêve qu'il a fait à Kalaurée près de Diotima. La belle illusion que personnifient Adamas et Diotima doit prendre vie au contact de la vigueur héroïque d'Alabanda. Nous agissons, dit Hyperion, pour créer « le monde d'Adamas, le monde de Diotima » (x).

dance de la Grèce, il associera

Ainsi, dans l'âme d'Hyperion, Adamas se rapproche de Diotima et non d’Alabanda. Son intimité avec le héros présente un intérêt psychologique, une valeur symbolique, mais elle ne permet pas le plein épanouissement de la personnalité dans les effusions riches et complexes d’une amitié véritable.

Les relations d'Hyperion et d'Alabanda constituent le véritable monument qu'Hôlderlin élève, dans son œuvre épique, aux grandes amitiés de sa jeunesse et au souvenir des belles affections antiques. Leurs enthousiasmes esthétiques et philosophiques, leur soif d'action héroïque, leurs dévouements et leurs tendresses, aux jours de victoire comme aux jours de défaite, sont un écho de la chaude exaltation de « l'hymne à l'amitié » ou des lettres à Neuffer, de ladmiration profonde d'Hôlderlin pour l'excellence morale de Castor et de Pollux, d'Harmodius et d’Aristogiton (2).

Entre la disparition d'Adamas et le moment où Hyperion se sépare d'Alabanda, l'amitié se manifeste, chez le héros, sous trois aspects différents.

a D 64. LS

C'est d'abord la souffrance vague mais très profonde d'une âme privée d'amour qui cherche en vain un génie sympathique dont les aspirations répondent aux siennes. « Ceux que j'aimais », dit-il, « sont morts, il y a long- « Lemps, el plus aucune voix neme parle d'eux » (1). Puis, celle plainte se précise et Hyperion avoue ce qui lui manque surtout, au milieu de ses compagnons dépravés. C'est « la beîle consolation de retrouver dans une autre « âme son monde intérieur » (2). Le besoin d'amitié vient donc, chez lui, de la nostalgie d'une humanité plus belle, entrevue dans ses rêves, et dont il cherche, dans le monde, la réalisation sensible. Il voudrait « en plongeant son regard dans l'infini d'un regard sympathique » (3) rejoindre ia lignée des frères vaillants et enthousiastes qui furent jadis et qu'il appelle en vain.

Hyperion rencontre enfin Alabanda et il goûte alors la joie de se confier à un ami qui partage ses aspirations, « comme l'ouragan », dit-il, « dont les forces déchaînées « ébranlent les forêts et les montagnes, nos âmes se lais- « salent emporter sur les ailes de projets immenses » (4).

Mais, cette exaltation n'est qu'une illusion. Trompé par son cœur avide de perfection, Hyperion a cru découvrir, chez Alabanda, une noblesse d'âme qui n'existait pas. Il tombe alors dans un désenchantement profond, et, tandis qu'il marche à l'aventure sur le rivage, il pense, un instant, à se précipiter dans les flots pour y chercher l'oubli (5).

L'amitié qu'Alabanda inspire à Hyperion est un sentiment très complexe déterminé par l'attrait de la beauté physique et des affinités morales, par le prestige et la

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